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Le Double - Fedor Dostoievski

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Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
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Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Le Double - Fedor Dostoievski   Dim 17 Jan - 13:27



Двойник
Traduction & notes : Gustave Aucouturier
Préface : André Green


ISBN : 9782070372270

Notre Opinion
Personnages



Citation :
[...] ... Il fut visible que Christian Ivanovitch n'attendait pas, et ne souhaitait pas, de voir devant lui M. Goliadkine, car il parut un bref instant embarrassé et son visage prit involontairement une expression bizarre, on peut même dire mécontente. Comme, de son côté, presque toujours M. Goliadkine flanchait et perdait presque contenance au moment d'aborder quelqu'un pour parler de ses propres petites affaires, cette fois aussi, n'ayant pas préparé la première phrase qui était pour lui, en pareille occurrence, la pierre d'achppement, il fut pris d'une totale confusion, bégaya quelque chose - qui devait probablement être des excuses - et, ne sachant que faire d'autre, prit une chaise et s'assit. Mais il lui revint aussitôt qu'il s'était assis sans y avoir été invité, il sentit son incorrection et se hâta de réparer sa faute contre l'usage du monde et les bonnes manières en se relevant sur-le-champ. Puis, se ravisant, avec la vague intuition qu'il venait de faire deux sottises coup sur coup, il se résolut sans tarder à une troisième, c'est-à-dire qu'il tenta de présenter une justification, bredouilla quelque chose avec un pâle sourire, rougit, perdit pied, se réfugia dans un éloquent silence, et enfin s'assit décidément et de de l'air de ne plus vouloir se relever, en même temps qu'à toute éventualité il se couvrait de ce même regard de défi qui devait avoir l'extraordinaire pouvoir de réduire putativement en cendres et de réduire en poussière tous les ennemis de M. Goliadkine. De surcroît, ce regard exprimait pleinement l'indépendance de M. Goliadkine, c'est-à-dire qu'il disait clairement qu'après tout M. Goliadkine s'en fichait, qu'il était ce qu'il était, qu'il avait son quant-à-soi comme tout le monde, et qu'en tous cas "son izba était à l'écart". Christian Ivanovitch toussa, se racla la gorge, apparemment en signe d'approbation et d'accord sur tous ces points, et dirigea sur M. Goliadkine un regard vigilant et interrogateur.

- "Je suis venu, Christian Ivanovitch," commença M. Goliadkine avec un sourire embarrassé, "je suis venu vous déranger de nouveau, et je me permets de demander de nouveau votre indulgence ..."  M. Goliadkine, visiblement, cherchait ses mots.

- "Hum ... oui !" prononça Christian Ivanovitch en lâchant de ses lèvres un flot de fumée et en posant son cigare, "mais il faut que vous vous en teniez à ce qui vous a été prescrit. Je vous ai bien expliqué que votre traitement doit consister en un changement d'habitudes ... enfin, des distractions ... enfin quoi, il faut fréquenter des amis et des connaissances, et puis aussi ne pas bouder la bouteille, hanter régulièrement une société gaie ..."

M. Goliadkine, toujours avec le même sourire, se hâta de faire remarquer qu'il lui semblait être comme tout le monde, qu'il avait son chez-soi, qu'il avait ses distractions, comme tout le monde ... que certes, il pouvait aller au théâtre, car il en avait comme tout le monde les moyens, que le jour il était à son bureau et le soir chez lui, que ça allait tout à fait bien. Il nota même en passant qu'il ne lui semblait pas être plus mal que les autres, qu'il habitait chez lui, dans son propre logement, qu'enfin, il avait chez lui Piètrouchka. Sur ce, M. Goliadkine resta court. ... (...)

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: Le Double - Fedor Dostoievski   Dim 17 Jan - 17:37

Citation :
[...] ... Dans la poignée de mains de jeunes collègues qui l'encerclaient, à l'improviste, et, comme par un fait exprès, au moment le plus pénible pour M. Goliadkine, apparut M. Goliadkine cadet, gai comme toujours, avec son petit sourire de toujours, piaffant comme toujours, bref : farceur, sauteur, enjôleur, rigoleur, agile de la langue et agile de la jambe, comme toujours, comme auparavant, comme la veille par exemple en une minute extrêmement désagréable pour M. Goliadkine aîné. Hilare, papillonnant, tourbillonnant, avec un sourire qui était comme un "bonsoir" adressé à tout le monde, il s'introduisit dans le cercle des fonctionnaires, serra la main à celui-ci, frappa sur l'épaule de celui-là, donna une rapide accolade à un troisième, expliqua à un quatrième à quoi venait de l'employer Son Excellence, où il avait été, ce qu'il avait fait, ce qu'il avait rapporté ; embrassa droit sur la bouche un cinquième, probablement son meilleur ami ... bref, tout se passa exactement comme dans le rêve de M. Goliadkine l'ancien. Quand il se fut trémoussé tout son soûl, quand il eut achevé, avec chacun à sa manière, de les travailler tous en sa faveur et de faire à chacun, que ce fût utile ou non, des gentillesses à coeur joie, M. Goliadkine le jeune, soudain et sans doute par erreur, puisque jusqu'alors il n'avait pas trouvé moyen de remarquer la présence de son ami plu âgé, tendit aussi la main à M. Goliadkine l'ancien. Par erreur sans doute aussi, bien qu'il eût eu tout loisir d'observer le vil M. Goliadkine le jeune, notre héros saisit avidement la main tendue si inopinément, et la serra avec vigueur et cordialité, la serra dans une sorte de surprenant élan intérieur, dans une sort d'émotion éplorée. Notre héros s'était-il laissé leurrer par le premier mouvement de son indécent ennemi, ou bien avait-il été pris de court, ou bien encore avait-il eu au fond de lui même le sentiment et la conscience de son état d'infériorité, il est difficile de le dire. Toujours est-il que M. Goliadkine l'ancien, dans la plénitude de son bon sens et de son libre arbitre, et devant témoins, serra solennellement la main de celui qu'il qualifiait son ennemi mortel. Mais quelles ne furent pas sa surprise, son indignation et sa rage, quelles ne furent pas l'horreur et la honte de M. Goliadkine aîné, quand son adversaire et mortel ennemi, l'infâme M. Goliadkine cadet, voyant l'erreur de l'innocente victime de ses persécutions et de ses perfides supercheries, sans la moindre vergogne, sans le moindre sentiment de charité et de pudeur, avec une insolence et une grossièreté intolérable, arracha d'un coup sa main à celle de M. Goliadkine aîné ; bien plus encore, il secoua sa main comme s'il l'avait de la sorte souillée dans quelque chose d'abominable ; bien plus encore, il cracha de côté avec accompagnement du geste le plus outrageant ; bien plus encore, il tira son mouchoir et à l'instant même, de la façon la plus incivile, s'essuya l'un après l'autre les doigts qui venaient de passer quelques secondes dans les mains de M. Goliadkine l'ancien. Durant qu'il agissait de la sorte, M. Goliadkine le jeune, selon sa laide habitude, tournait exprès les yeux autour de lui, afin que tous remarquassent sa conduite, et regardait les assistants l'un après l'autre, s'efforçant visiblement de suggérer à chacun tout ce qui pouvait s'imaginer de plus désobligeant concernant M. Goliadkine. Il sembla que le comportement de l'écoeurant M. Goliadkine cadet eût suscité la réprobation générale des fonctionnaires qui assistaient à la scène : même la jeunesse évaporée laissait paraître son déplaisir. Il y eut tout autour un murmure et un bourdonnement de voix. Ce mouvement général ne pouvait échapper aux oreilles de M. Goliadkine l'ancien. Mais soudain une simple plaisanterie venue à point nommé, et qui jaillit incidemment des lèvres de M. Goliadkine le jeune, brisa, anéantit les derniers espoirs de notre héros et fit de nouveau pencher la balance du côté de son mortel et encombrant ennemi. ... [...]

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