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Pollock - Ed Harris

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Julie
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MessageSujet: Pollock - Ed Harris   Ven 10 Nov - 20:40

Pollock, comme son titre l’indique, traite de la vie de… Jackson Pollock. Ou plus exactement d’une partie de sa vie. Les premières scènes nous placent au cœur du sujet, introduisant dès le début du film une présence obsédante dans la vie du peintre : Pollock et son frère, ivres morts, montent à quatre pattes les escaliers qui mènent à l’appartement qu’ils partagent avec leur mère et la belle-sœur du peintre, la femme de son frère. Cette scène identifie délibérément le frère à l’alcool, et il est vrai que souvent l’un va de paire avec l’autre. Pollock est alors un jeune peintre ambitieux, moderne, qui admire et voudrait dépasser Picasso. Mais aussi un être complexe, excessivement sensible, sujet à des changements d’humeur imprévisibles, refusant tous les compromis. Parmi ses camarades artistes, qui sont aussi des compagnons de beuverie, on trouve un certain Willem De Kooning. A la recherche de son identité de peintre, Pollock va faire une rencontre déterminante : Lee Krasner. Lee est peintre elle aussi, et elle comprend très vite que celui qui ne tarde pas à devenir son amant a un potentiel énorme. Dès lors, elle met sa propre création artistique entre parenthèses, et se transforme en agent, secrétaire, infirmière, cuisinière, conseillère, bref, elle prend à sa charge tous les détails du quotidien qui pourraient entraver la réflexion et la peinture de Jackson. Bientôt, apparaît dans le tableau Peggy Guggenheim, LA mécène de l’époque (elle fut la protectrice notamment des surréalistes, organisa une grande exposition d’artistes surréalistes à New York – qui est restée une référence – et des expositions de peintres comme Dali, Max Ernst, Picasso, et soutint Man Ray). Un peu capricieuse, consciente du pouvoir que lui confèrent son statut et son argent, méprisante vis-à-vis de Lee, elle n’en reste pas moins intéressée par les toiles de Pollock et lui en achète.

L’argent entrant dans les caisses, Lee propose à Pollock de quitter New York, dont elle est pourtant originaire et n’a jamais bougé, tandis que lui vient d’un petit village du Wyoming. Cela lui permettra de se consacrer à son art dans un environnement qui lui convient mieux et présentera l’avantage indéniable de l’éloigner de ceux qui le poussent à boire. Ils s’installent dans une maison isolée, à la campagne, dans l’état de New York. Là, Pollock peint avec ardeur, et poursuit l’évolution de son style : l’ « action painting » est né. Krasner, stoïque, continue à se dévouer à lui avec une constance sans faille. Ils se marient, se disputent un peu car Jackson veut un enfant tandis que Lee n’en a pas particulièrement envie et ne veut pas entraîner qui que ce soit d’autre qu’eux dans cette vie – Pollock n’étant pas facile à vivre et replongeant sporadiquement dans l’alcool. Elle se pose tellement en protectrice qu’un jour où le frère de Pollock débarque chez eux avec sa femme, elle les renvoie prestement d’où ils viennent, craignant que leur présence ne suscite de nouveaux débordements alcooliques chez son mari. Peggy Guggenheim vient régulièrement, ainsi que des amis peintres et critiques. Le génie de Pollock commence à s’affirmer et à être reconnu. Un journaliste vient même le filmer en train de peindre, pour montrer à ceux qui, de plus en plus nombreux, s’intéressent à ce peintre atypique, sa technique très particulière qui consiste à jeter la peinture sur la toile au lieu de dessiner méticuleusement. C’est une épreuve pour Pollock, qui ne peut s’empêcher d’aller chercher un exutoire dans l’alcool, occasionnant une scène d’abord assez cocasse (Lui et Lee accueillent alors tout un groupe d’amis pour quelques jours) mais qui devient très rapidement inquiétante et pénible pour tout le monde.

Au fur et à mesure que le temps passe, Jackson recourt de plus en plus à l’alcool, au détriment de sa peinture, ce qui fait le grand désespoir de Lee et de son entourage. Il sent que son heure de gloire est passée et qu’il ne pourra jamais revenir au sommet qu’il a atteint au bout d’années de travail acharné à la campagne. Aigri, il se détourne de Lee vieillissante, au profit d’une jeune aspirante actrice, Ruth. Lee, ne supportant plus la situation, quitte Jackson et la maison.

Peu de temps après, Pollock, ivre, meurt dans un accident de voiture. Ruth était avec lui, accompagnée d’une de ses amies, et sera la seule survivante. Lee, d’abord terrassée par la nouvelle, survivra de nombreuses années à son mari, pendant lesquelles elle se consacrera à sa propre production artistique et à l’établissement d’une fondation Pollock-Krasner dans la maison où ils avaient vécu ensemble.

Les deux acteurs principaux, Ed Harris, (qui est aussi le réalisateur du film et, il est intéressant de le noter, peint lui aussi. On avait pu le voir, formidable, dans Les Heures où il incarnait le poète séropositif) qui joue Pollock, et Marcia Gay Harden, qui interprète Lee (et qu’on a vue plus récemment dans Brokeback Mountain, où elle jouait la femme d’Ennis – le blond), sont excellents, faisant complètement corps avec leurs personnages. Le film est extrêmement bien fait, montrant à la fois l’homme et l’artiste, le quotidien, les expositions, les transactions commerciales, les relations familiales, le découragement, le succès, et le caractère complexe, la fragilité extrême de Pollock qui ne changent jamais, quoi qu'il arrive.

En tout cas, moi qui ne comprenais rien à Pollock, ça m’a permis de saisir un certain nombre de choses concernant sa démarche de voir quelqu’un l’incarner en plein travail, et je me suis procurée le roman de John Updike largement inspiré de la vie de Pollock et Krasner, Tu chercheras mon visage, pour creuser. J’ai aussi regardé d’un œil beaucoup plus intéressé les reproductions qui figurent dans un livre que nous avons sur son oeuvre. Alors, diront les puristes, les films qui vulgarisent la vie des grands créateurs sont souvent simplificateurs et n’amènent pas forcément à s’intéresser à leur production, faisant passer leur vie devant leur oeuvre ? Je ne sais pas, et je m’en fiche un peu, mais en tout cas je trouve qu’Ed Harris réussit à communiquer sa passion pour Pollock d’une manière très convaincante et réussie, et je pense que nous avons été nombreux à faire une vraie découverte grâce à ce film.


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