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Gustave Flaubert

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Julie
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MessageSujet: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMar 2 Jan - 21:35

Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de feuilleter un des albums – qui commencent à être nombreux – de la collection "Passion" des éditions Textuel, en tout cas il commence à en y avoir pour tous les goûts : Passion Rimbaud, Passion Proust, Passion Gainsbourg et même… Passion Sport, mais oui, il s’agit là d’une collection éclectique d’albums toujours superbes et se plonger dans un de ces livres est un vrai bonheur. Même si en ce qui me concerne Passion Sport a un peu trop des airs d’oxymore parfait… Gustave Flaubert Okjesors

Par contre, j’ai un grand faible Gustave Flaubert Yeuxcoeu Gustave Flaubert Yeuxcoeu  Gustave Flaubert Yeuxcoeu  pour les romans de Flaubert et sa truculente correspondance pleine de vie, d’espièglerie et de caractère, et lorsque cet album est paru j’ai eu beaucoup de mal à ne pas rogner sur les sous destinés aux cadeaux de Noël pour me le procurer (surtout qu’à la librairie je l’avais très souvent sous les yeux et, pire, à portée de main, un vrai supplice de Tantale)… Mais Thomas me connaît bien… et j’ai donc pu entreprendre une dévoration complète de l'Album Flaubert dans les jours qui ont suivi le 24 décembre. C’est un régal absolu.

Le texte d’Eric Le Calvez, même s’il est parfois un peu elliptique (mais c’est probablement la façon dont les albums sont conçus qui l’exige), est très clair, et permet à la fois de découvrir Flaubert quand on ne le connaît pas et de se rafraîchir la mémoire quand on a déjà lu des choses sur lui. Les documents abondent, entre reproductions de manuscrits (on a mal pour Flaubert quand on voit comment il raturait impitoyablement le fruit de longs mois de travail, des pages entières, pour repartir à zéro), photos, portraits et caricatures de l’écrivain à tous les âges, ainsi que de son entourage (La ressemblance physique entre lui et son ami Louis Bouilhet est frappante et très émouvante, puisque Bouilhet, que Flaubert appelait son « accoucheur », aidait inlassablement son ami dans la rédaction de ses œuvres, lisant, relisant encore et encore les manuscrits, faisant des recherches de documentation – et Dieu sait que Flaubert avait besoin d’une documentation titanesque ! Il le considérait comme son ami le plus proche, voire son frère, une espèce d’âme-sœur littéraire) : autres écrivains (dont Maupassant dont Flaubert deviendra le maître attentif), femmes (dont la grande amie George Sand et Louise Colet, la maîtresse envahissante), figures de l’époque (empereurs, éditeurs, actrices – on voit notamment la sublime photo de Sarah Bernhardt par Nadar), lieux où Flaubert a vécu, voyagé, objets lui ayant appartenu, sa bibliothèque, son encrier et, très impressionnant, son masque mortuaire. On voit aussi défiler des oeuvres d'art l’ayant inspiré ou ému, comme La tentation de Saint Antoine qui lui fera écrire l’œuvre du même nom, qu’il retravaillera tout au long de sa vie avec une constance qu’il n’aura pour aucun autre de ses écrits. On parcourt des extraits de journaux, et énormément de pages de titres de livres, entre ceux qu’il publie, ceux de ses amis qu’il lit attentivement, ceux de ses détracteurs et ceux qui appartiennent à la documentation préparatoire qu’il ingurgite pour chaque roman ou nouvelle, même quand il s’agit d’un passé vieux de quelques années seulement (Dans le cas de L’éducation sentimentale qui se passe pendant la révolution de 1848). On aura ainsi senti et même presque palpé ce « monde de livres » qu’annonce le titre de l’album, où Flaubert a passé sa vie, lui sacrifiant tout, vie privée, parfois vie sociale, richesse et même sa santé, et y ajoutant sa touche ineffaçable. Et c’est un monde où, vous le savez, il fait bon aller !
Jelisavecplaisir  Jelisavecplaisir  Jelisavecplaisir  Jelisavecplaisir


Eric Le Calvez
Flaubert, un monde de livres
Editions Textuel, collection "Passion"

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 28 Fév - 11:06

Flaubert est l'un de mes auteurs francais preferes.

Il est surtout repute pour ses tres longues descriptions qui sont adorees ou detestees.

Le roman qui m'a tout particulierement impressione est Salammbô. D'ailleurs je ne le considere par vraiment comme un roman mais plutot comme un tableau. Les couleurs de ce livre sont uniques.

L'histoire se deroule a Carthage pendant la guerre punique qui l'oppose a Rome. Hamilcar Barca a fait appel a des mercenaires pour fortifier son armee en echange de recompenses. Mais les mercenaires ne sont pas satisfaits du montant de ces recompenses et decident de se revolter.
Pendant ce temps ,Mâtho, un des chefs mercenaires, tombe amoureux de la fille d' Hamilcar:Salammbô. Afin d'attirer son attention il derobe le Zaïmph, un voile sacre qui appartient a Carthage.

Voici un extrait pour vous donner une idee de la beaute des descriptions.



Le palais s'éclaira d'un seul coup à sa plus haute terrasse, la porte du milieu s'ouvrit, et une femme, la fille d'Hamilcar elle-même, couverte de vêtements noirs, apparut sur le seuil. Elle descendit le premier escalier qui longeait obliquement le premier étage, puis le second, le troisième, et elle s'arrêta sur la dernière terrasse, au haut de l'escalier des galères. Immobile et la tête basse, elle regardait les soldats.

Derrière elle, de chaque côté, se tenaient deux longues théories d'hommes pâles, vêtus de robes blanches à franges rouges qui tombaient droit sur leurs pieds. Ils n'avaient pas de barbe, pas de cheveux, pas de sourcils. Dans leurs mains étincelantes d'anneaux ils portaient d'énormes lyres et chantaient tous, d'une voix aiguë, un hymne à la divinité de Carthage. C'étaient les prêtres eunuques du temple de Tanit, que Salammbô appelait souvent dans sa maison.

Enfin elle descendit l'escalier des galères. Les prêtres la suivirent. Elle s'avança dans l'avenue des cyprès, et elle marchait lentement entre les tables des capitaines, qui se reculaient un peu en la regardant passer.

Sa chevelure, poudrée d'un sable violet, et réunie en forme de tour selon la mode des vierges chananéennes, la faisait paraître plus grande. Des tresses de perles attachées à ses tempes descendaient jusqu'aux coins de sa bouche, rose comme une grenade entrouverte. Il y avait sur sa poitrine un assemblage de pierres lumineuses, imitant par leur bigarrure les écailles d'une murène. Ses bras, garnis de diamants, sortaient nus de sa tunique sans manches, étoilée de fleurs rouges sur un fond tout noir. Elle portait entre les chevilles une chaînette d'or pour régler sa marche, et son grand manteau de pourpre sombre, taillé dans une étoffe inconnue, traînait derrière elle, faisant à chacun de ses pas comme une large vague qui la suivait.

Les prêtres, de temps à autre, pinçaient sur leurs lyres des accords presque étouffés, et dans les intervalles de la musique, on entendait le petit bruit de la chaînette d'or avec le claquement régulier de ses sandales en papyrus.

Personne encore ne la connaissait. On savait seulement qu'elle vivait retirée dans des pratiques pieuses. Des soldats l'avaient aperçue la nuit, sur le haut de son palais, à genoux devant les étoiles, entre les tourbillons des cassolettes allumées. C'était la lune qui l'avait rendue si pâle, et quelque chose des Dieux l'enveloppait comme une vapeur subtile. Ses prunelles semblaient regarder tout au loin au-delà des espaces terrestres. Elle marchait en inclinant la tête, et tenait à sa main droite une petite lyre d'ébène.[quote]


Je tiens aussi a ajouter que pour avoir un apercu de la beaute des descriptions exotiques de Flaubert sans pour autant lire tout un roman, vous pouvez essayer la nouvelle Herodias qui se trouve dans Trois contes : Un cœur simple, La Légende de Saint Julien l’Hospitalier, Hérodias
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 28 Fév - 21:56

Ah oui, Trois contes c'est fantastique ! Je n'ai jamais réussi à rentrer dans l'univers de Salammbô, je préfère pour l'instant le Flaubert "normand" de Mme Bovary, Bouvard et Pécuchet et aussi celui de L'Education sentimentale. Mais il a écrit beaucoup de textes marqués par un romantisme échevelé comme Salammbô et Hérodias. Ca me fait l'effet de longs poèmes en prose, c'est très beau. Ca déconcerte quand on a commencé par les autres, mais il ne faut pas oublier qu'il a écrit Mme Bovary comme un remède contre l'excès de romantisme dont témoignait La tentation de Saint Antoine selon les amis à qui il avait lu le texte. Il y avait beaucoup d'idéalisme et de fantaisie dans cet écrivain-là !

Et sa correspondance, Morgane, tu aimes ? Je trouve que c'est incroyable la manière dont on le sent vivant dans ces lettres, comme si elles dataient d'hier, exceptés les quelques archaïsmes de style qui font daté aujourd'hui. Gustave Flaubert Yeuxcoeu Gustave Flaubert Yeuxcoeu Gustave Flaubert Yeuxcoeu
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeJeu 1 Mar - 12:25

Je n'ai lu que quelques lettres de Flaubert. Celles qu' il adressait a sa maitresse (je ne me souviens plus de son nom).
J'avoue avoir ete tres surprise par le romantisme dont il fait preuve meme dans ces lettres. Je pensais que ce n'etait reserve qu' a la fiction.


"l'excès de romantisme dont témoignait La tentation de Saint Antoine"

Etant une amoureuse de Chateaubriand j' ai du mal a concevoir l'exces de romantisme. :gorgedéployée:


J'ai aussi lu Mme Bovary et L'education sentimentale et beaucoup aime.
Je ne connaissais pas cette expression le Flaubert normand. Sa capacite a decrire des mondes aussi differents que celui de Salammbô et d'Emma Bovary est tres impressionante.
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeVen 2 Mar - 1:56

Celui que je préfère c'est Bouvard et Pécuchet, c'est à la fois drôle et profond.

Par contre la Tentation de Saint-Antoine et Salambô, je n'ai pas aimé, je trouve que ça fait trop " fouillon, " trop lyrique.

Madame Bovary et l'Education sentimentale ce n'est pas mal mais ça ne justifie pas à mes yeux de porter Flaubert au rang de géant du XIXème. Je ne le vois pas en égal de Zola.

Morgane la Fée a écrit:
Sa capacite a decrire des mondes aussi differents que celui de Salammbô et d'Emma Bovary est tres impressionante.

Comme celle de passer à Bouvard et Pécuchet également.
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeLun 5 Mar - 19:54

Bouvard et Pécuchet est un OVNI génial, tu as raison, André.

Je trouve qu'il faut relire Mme Bovary et L'éducation sentimentale pour se rendre compte de la finesse du style. C'est vrai que ça peut paraître un peu plat à première lecture. C'est en tout cas l'impression que j'avais eue, mais à la relecture, c'était autre chose !! Gustave Flaubert Yeuxcoeu Gustave Flaubert Yeuxcoeu Gustave Flaubert Yeuxcoeu Il y a des passages très poétiques dans Mme Bovary.
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeLun 5 Mar - 22:36

C'est vrai. Il m'est arrivé de feuilleter des passages de Madame Bovary et de m'être étonné de l'écriture que je n'avais pas su apprécier.
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMar 8 Mai - 12:19

Gustave Flaubert Bouvardetpcuchetje5

Si, au lieu de brader "Mme Bovary" à des élèves de 3ème ou de Seconde qui n'y comprennent que peu de choses tant leur expérience personnelle se trouve à dix mille lieues des tourments d'une provinciale mal mariée du XIXème siècle, on leur offrait des "Morceaux choisis" de "Bouvard & Pécuchet", peut-être le malentendu qui s'établit en général très vite entre les élèves et Gustave Flaubert n'existerait-il pas. (Il faudrait, notez bien, que les enseignants y mettent aussi du leur, et voilà qui est plus hasardeux ... Gustave Flaubert Devilstr )

Car l'oeuvre inachevée de Flaubert est un monument pince-sans-rire dressé à la bêtise monomaniaque élevée au rang de l'art par deux anti-héros dont on se demande bien souvent si leurs excentricités ne vont pas finir par les faire sombrer dans la folie pure et simple.

Pourtant, à bien regarder ce livre extraordinaire, c'est autour de Bouvard et Pécuchet plus que dans leurs agissements personnels que se déploie, dans toute sa gloire, la beaufitude bourgeoise et bien-pensante. Au sein de la province normande où ils sont allés chercher repos et plénitude, nos deux personnages principaux ne sont entourés que d'aigris et d'envieux qui, lorsqu'ils s'aperçoivent de l'originalité des deux compères, s'empressent d'unir leurs efforts pour les blâmer, les décrier et les moquer de toutes les façons possibles et imaginables. Une certaine Mme Brodin ira même jusqu'à attiser la nature très charnelle de Bouvard afin d'obtenir de lui un prix risible pour l'une de ses propriétés qu'elle convoite.

Le monde paysan et ouvrier n'est pas mieux traité par un Flaubert qui, bien que né à Rouen, ne se faisait visiblement aucune illusion quant à l'avidité naturelle de ses compatriotes. Les événements de 1848, les petites et grandes lâchetés des notables sont passés au crible. Avec une lucidité rare et à l'opposé absolu du Hugo des "Misérables", Flaubert campe enfin des enfants de forçat absolument irrécupérables que Bouvard & Pécuchet, en philanthropes aussi émus que naïfs, tentent en vain d'élever hors de la fange où ils sont nés.

Bref, ce livre est d'une cruauté inouïe envers la Nature humaine à laquelle il ne laisse aucune rémission possible. Et malgré tout, devant ce défilé écrit de silhouettes à la Daumier, le lecteur s'amuse de bout en bout, partagé entre les rires que lui inspirent les déconfitures successives des pauvres Bouvard et Pécuchet et la tendresse que, peu à peu, l'originalité foncière de ces deux caractères finit par lui inspirer.

Certes, on ne rit pas aux éclats - quoique, parfois ... Et l'on est ici bien plus proche de l'humour anglais que des éclats rabelaisiens. N'empêche : ce roman se lit sans efforts en une seule journée et, quand on le referme, on se demande si, finalement, dans sa jeunesse, on n'est pas passé à côté du vrai Gustave Flaubert.

A lire absolument.
lol!
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Dernière édition par le Mar 8 Mai - 12:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMar 8 Mai - 12:40

Je souscris totalement à ce que tu dis, c'est un pur bonheur de lire ce roman... et une frustration sans bornes de se dire qu'on ne saura jamais comment Flaubert aurait terminé ce qu'il envisageait comme une véritable encyclopédie (en deux livres) de la bêtise humaine. Le dictionnaire des idées reçues, qui vaut aussi le détour, aurait figuré dans le deuxième volume projeté mais jamais écrit par le romancier, comme témoignage d'une lucidité soudaine des deux compères redevenant copistes mais cette fois pour dénoncer toutes les inepties qui leur seront tombées sous les yeux. Quel régal ça aurait été, mais quel régal est, déjà, ce qu'il nous en a laissé !

Rabelaisien, je trouve que l'épisode de la vache gonflée à laquelle ils font des passes d'hypnotiseurs pour la libérer de ces gaz inconfortables l'est totalement... Et je vous laisse découvrir ce qu'ils appellent "une porte ouverte à l'espérance, un débouché peut-être ?"... Gustave Flaubert Crazy C'est tellement bien écrit que cet épisode digne des blagues scatologiques de cour de récré en devient hilarant. J'en ai pleuré de rire à imaginer tout le village rassemblé autour de la pauvre vache énorme et les deux idiots en train d'essayer de l'hypnotiser !!... suscitant des réactions très inattendues de la pauvre bête.

Quant à Mme Bovary, oui, c'est une erreur de la faire lire (et tronçonner Gustave Flaubert Gerbe2 ) à des collégiens. Même au lycée on ne saisit pas forcément tout ce que sa situation veut dire et implique. Et on a l'impression de lire un roman bourgeois ennuyeux au style littéraire sans capter une onde de l'ironie qui circule de bout en bout dans la trame du texte.
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MessageSujet: Madame Bovary défraie toujours la chronique...   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 30 Mai - 21:03

... littéraire en tout cas, et ça promet d'être passionnant :

"Elle s'appelle Emma Bovary et son histoire est célèbre. Amoureuse de l'amour, elle a vécu d'illusions, trompé son mari et ruiné son ménage. Dans un geste de désespoir, elle se tue en absorbant une forte dose d'arsenic - c'est du moins ce que prétendra Flaubert. Or c'est un fait reconnu que l'arsenic, en une seule prise, n'est presque jamais mortel...
Voici ce qui s'est réellement passé : au chevet de la jeune femme, deux médecins ont été appelés. L'un, le docteur Canivet, relève des traces discrètes de contusions ; l'autre, le professeur Larivière, pourra témoigner des derniers mots chuchotés par Emma : "Assassinée, pas suicidée." Deux policiers de Rouen sont dépêchés à Yonville afin d'élucider l'affaire. Et les voilà bientôt nantis de plusieurs suspects possibles : un mari cocufié, un prêteur sur gages, deux femmes de caractère, un cynique libertin, un pharmacien concupiscent...
Dans le décor médiocre et petit-bourgeois où Emma suffoquait d'ennui, Philippe Doumenc orchestre une contre-enquête brillante et talentueuse - un vrai et noir roman qui nous révèle enfin ce que Flaubert lui-même feignait d'ignorer."

Ce roman, c'est Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, de Jean-Philippe Doumenc, chez Actes Sud. Gustave Flaubert Faimand
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeJeu 31 Mai - 15:12

Tiens je l'ai vu l'autre jour à la FNAC, et j'ai pensé à la passionnée de Flaubert Wink
Tu nous diras ce que ça vaut si tu le lis.
Je ne connais pas l'auteur, mais j'ai vu qu'il avait obtenu un Prix Renaudot en 1995
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeJeu 31 Mai - 15:27

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeJeu 31 Mai - 16:37

Elle le lira peut-être pendant nos vacances ; en tout cas, je viens de l'acheter !
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 11 Nov - 13:03

Non, je ne connaissais pas. Ce que tu en dis me donne envie de lire cette suite. Je comprends bien la volonté de Flaubert "de ne pas faire du Zola". Cela constitue un risque cependant en écrivant la vie de Berthe tant à la fin de Madame Bovary elle est en situation de déclassement social. C'était une enfant mal partie dans la vie. Je me suis toujours demandé ce qu'elle était devenue...
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 11 Nov - 13:12

Merci pour ton conseil. Je le lirai sans doute prochainement.
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 11 Nov - 13:38

Pour répondre à un message ancien de MDV, je n'ai jamais vu Madame Bovary étudié en troisième ou en seconde. Les professeurs de troisième actuellement se demandent plutôt quel roman du XXème siècle ou du XXIème siècle ils vont pouvoir faire étudier à leurs élèves avec la nouvelle réforme qui se profile à l'horizon. Jusqu'alors, Maupassant par exemple passait bien en troisième. Et en plus il faut que les oeuvres choisies soient de préférence en lien avec le programme d'Histoire. J'ai entendu parler d'une expérience avec Les Ames grises par exemple qui n'était pas très concluante. Les problèmes de compréhension étaient importants. Quand je songe que Le Testament français est proposé dans les nouveaux programmes de troisième... Enfin, les enseignants cherchent les oeuvres correspondant aux nouveaux programmes avec lesquelles les élèves de troisième accrocheront et qui peuvent avoir une valeur formative. On peut leur faire confiance je pense, ils connaissent un peu leur métier.

Dernière édition par Lucile le Mer 11 Nov - 14:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 11 Nov - 14:10

Parles-tu du collège ou du lycée ? Pour le collège, il semble que les nouveaux programmes relèvent plutôt du dressage. De manière générale, tous les vieux profs que je connais me disent que par rapport à leur jeunesse, les programmes sont devenus démesurément ambitieux, sans rapport réel avec le niveau des élèves. En ce qui concerne le lycée, je n'ai jamais très bien compris comment on pouvait faire aimer la littérature avec des questions comme celle du "registre" et avec des "objets d'étude".
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMer 11 Nov - 14:16

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Pour les indications d'édition en caractères minuscules, il nous est impossible de modifier le prénom. Navrée. Vraiment.
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeDim 22 Nov - 21:20

Lucile a écrit:
je n'ai jamais très bien compris comment on pouvait faire aimer la littérature avec des questions comme celle du "registre" et avec des "objets d'étude".

Tout à fait d'accord, ni aimer ni comprendre...
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeLun 23 Nov - 12:23

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MessageSujet: Le Dictionnaire des idées reçues   Gustave Flaubert Icon_minitimeDim 9 Déc - 15:38

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeSam 26 Avr - 16:03

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert   Gustave Flaubert Icon_minitimeMar 6 Mai - 20:46

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MessageSujet: Madame Bovary   Gustave Flaubert Icon_minitimeLun 12 Oct - 19:40

Gustave Flaubert Madame11

Edition présentée, annotée et commentée par Romain Lancrey-Javal, professeur au lycée Fénelon, à Paris

ISBN : 9782035866004

Extraits
Personnages


Il fallait bien que cela arrivât Gustave Flaubert J_aipast . Depuis les profondeurs de ma 3ème - en 1974 - nos chemins ne s'étaient plus croisés sauf l'allusion que fait Faulkner à son sujet en décrivant le Popeye de "Sanctuaire" et puis, ma fille cadette arrivant en Terminale littéraire (bon sang ne saurait mentir Gustave Flaubert Crazy ), j'ai revu - et relu - "Madame Bovary." - "Vous n'avez pas pris une ride, ma chère," lui ai-je dit et j'étais sincère. "Si je pouvais m'être aussi bien conservée ... - Mais vous, ma chère, si vous avez changé, je sais que ce changement vous permettra de mieux parler de moi et de me rendre justice. Mais pour l'amour du ciel, dites-moi : M. Flaubert a exagéré, je n'ai pas ses moustaches ? ..."

Emma Rouault, épouse Bovary, l'un des personnages les plus narcissiques de toute notre littérature et aussi l'un des plus attachants. Car le lecteur ne met pas longtemps à comprendre que, bien que n'ayant jamais manqué de rien sur le plan matériel en cet univers, elle est née avec une tendance à la rêverie, un amour de la chimère que toute jeune fille connaît (si, si, même de nos jours ! Wink ) mais sans l'agent qui aurait équilibré tout cela. En général, c'est à la mère que revient cette mission de maintenir l'enfant, puis l'adolescent, dans la réalité : or, Mme Rouault décède alors que sa fille est encore bien jeune et l'on peut dire que, du jour de ce décès, les chiens du déséquilibre sont lâchés.

Autrement dit, le drame peut commencer : tout est en place.

Adorée par son père, un paysan riche mais sympathique, Emma reçoit une éducation "pour demoiselles de bonne famille", dans un couvent où le parfum des cierges, les volutes de l'encens et les chants cristallins des nonnes et de leurs élèves entrouvrent pour elle une porte sur un mysticisme  et une foi qui, à une certaine époque, auraient peut-être pu la sauver du suicide. Plutôt bonne élève, elle aime ce qui fait rêver et par-dessus tout les romans (même si, en principe, ce genre d'ouvrages est interdit au couvent à moins qu'il ne s'agisse d'histoires pieuses et édifiantes.) Le problème, c'est que cette pénurie, même si elle part d'un sentiment louable, ne fait qu'aggraver les choses parce que les histoires d'amour édifiantes, dans la vie, que ce soit sous le règne de Charles X ou de nos jours ... Vous en avez déjà connu beaucoup, vous ? Gustave Flaubert 306469 Seulement, à l'époque, il est strictement interdit de prévenir les jeunes filles qu'on leur ment et que, à l'extérieur du couvent, l'attendent des jeunes gens, rustauds ou gandins, peu importe, mais qui, en les épousant, les traiteront (sauf exceptions rarissimes, mais qui existent) comme des morceaux de viande doublées d'excellentes ménagères mais à qui, surtout, surtout, il ne faut pas parler plaisir. Du moment que l'homme, lui, a son plaisir, la femme peut aller se faire... voir. Gustave Flaubert Angemoqu

C'est l'usage. (D'ailleurs, de nos jours, pour certains, l'usage a-t-il tellement changé ? Gustave Flaubert Okjesors ) Pour Emma, l'"usage" est un peu plus compliqué, d'ailleurs. En effet, elle épouse Charles Bovary, officier de santé, un brave garçon qui n'a pas inventé le scalpel mais qui, à défaut d'une intelligence réelle et d'une beauté qui eût arrondi certains angles, aimera vraiment, réellement Emma. A ceci près que, charnellement, ils ne s'entendront jamais, ce qui est déjà un très mauvais point de départ, surtout pour la femme, le mari ayant, par nature, une tendance très nette à se prendre pour un véritable champion en matière sexuelle Gustave Flaubert Devilvic . Mais le plus grave, finalement, c'est peut-être que notre Emma, si tête de linotte et si égocentrique qu'elle soit, est tout de même une nature plus fine, plus exigeante que Charles. Elle se résignerait sans doute à tout ce côté détestable du mariage si au moins son mari avait non pas du charisme, mais plus de personnalité. Or, elle le découvre avec horreur d'année en année, c'est un faible, c'est un mou, une nullité, l'humiliation finale étant atteinte avec l'échec de l'"opération" du pied-bot d'Hippolyte.

Un faible honteusement  dominé par sa mère qui, d'ailleurs, l'a fait épouser en premières noces une certaine veuve Dubuc, qui avait du bien et au moins vingt ans de plus que lui. Et Charles a dit : "Oui, Maman", comme il continuera à le dire lorsqu'Emma aura le dos tourné. Autrement, c'est : "Oui, Emma" ou "Oui, chérie". Charles est une bonne pâte et ce n'est certainement pas sa faute si sa première épouse est morte, après avoir appris une ruine qui a mis aux cent coups Mme Bovary Mère. Certes, Charles avait commencé à se rapprocher des Rouault - le père avait été son patient - mais eût-il divorcé après la ruine de sa femme, c'eût été certainement pour obéir à "Maman" et non par méchanceté. Disons-le à sa décharge : il y a gros à parier que ce faible aurait d'ailleurs commencé par refuser et même essayé de lutter contre la volonté maternelle. Mais la Mort a tranché - et c'est peut-être plus heureux pour la défunte.

Jeune, jolie, narcissique, aspirant à une vie qui n'existe que dans les romans ou alors chez les gens titrés et qui ont de l'argent, Emma, elle, n'est pas heureuse. Freud était bien loin de pouvoir établir ses théories sur l'Inconscient mais, plus on avance dans la connaissance d'Emma, et plus le lecteur moderne discerne en elle la faille, probablement due, en tous cas largement renforcée par la mort précoce de la mère.

Pour pallier son éternel ennui et la routine d'une vie qu'elle tient pour miteuse, Emma, qui n'a aucun sens maternel, place sa petite Berthe en nourrice et se distrait comme elle peut. Pour reprendre une expression qui dit bien ce qu'elle veut dire, elle se fait son petit cinéma. A Yonville-L'Abbaye, où Charles a emmené sa petite famille dans l'espoir de voir s'améliorer ce que l'on n'appelle pas encore une dépression mais un mal "nerveux", mal dont souffre sa femme, elle attire l'attention du clerc de notaire, Léon Dupuis, un petit jeunot qui, au départ, est persuadé qu'elle ne prête aucune attention à lui. Ce qui, d'ailleurs, est vrai. Maigrelet, provincial, timide, Léon n'a pour l'instant rien pour plaire à Mme Bovary. Puis, elle commence à se rendre compte de certains regards et elle s'abandonne aux charmes du flirt. Mais Léon l'aime-t-elle ? Ne se fait-elle pas des idées ? Et le voilà qui s'en va poursuivre ses études à Paris ! Ah ! Le drame ! Quel drame !

Pour la première fois, le lecteur commence à sentir combien Emma, sans en avoir nettement conscience, est heureuse dans le Drame.

D'ailleurs, elle oublie bientôt Léon et tombe carrément dans les bras de Rodolphe, symbole triomphant du "macho" comme Maupassant en a croqué des milliers. Oh ! ce n'est pas le méchant garçon, que ce Rodolphe et il est indéniable, même si Flaubert ne nous le dit pas carrément, que, au lit, il ne doit pas être égoïste avec ses partenaires. Mais quel choc justement, pour Emma, habituée à la tiédeur sans imagination des étreintes de son époux ... C'est une révélation, un véritable coup de folie et comme Emma est incapable d'agir "normalement", elle se fait collante, possessive, jalouse ... tout le contraire de ce qu'il faut se montrer avec un homme comme Rodolphe. Finalement, elle en vient à ne plus supporter le pauvre Charles et, sans se soucier de lui abandonner leur fille, elle n'arrête pas de tanner Rodolphe avec des projets de fuite au bout du monde. Sans se soucier, comme d'habitude, de l'avis de son partenaire, elle fait  mieux : elle prépare tout, malles et sacs de voyage, elle paie avec des billets à ordre : elle a perdu la tête ... et d'ailleurs, elle s'en fout ! Gustave Flaubert Demontir

Mais la sienne, de tête, Rodolphe, lui, l'a toujours sur les épaules et, s'il prend la fuite, c'est sans Emma et pour retrouver la paix. Dommage ! Il l'aimait bien, cette femme mais vraiment ! Quelle furie ! Quelle panthère ! Si peu raisonnable ! Comme tout le monde dans le roman, Charles y compris malgré ses études de médecine, Rodolphe ignore qu'Emma est incapable d'accepter la routine même si on la satisfait au lit. Au-delà la satisfaction charnelle, c'est le Rêve, la Chimère, la Passion tout entière qu'elle veut, qu'elle exige d'une existence qui fait rarement de tels cadeaux - ou alors qui les fait dans l'esprit des Grecs, abandonnant derrière eux leur célèbre Cheval de bourré de guerriers sanguinaires.

Passé le premier choc du départ de Rodolphe, Emma retombe dans sa dépression quasi permanente, dépression que les ennuis d'argent n'arrangent guère. Charles, à nouveau, s'inquiète et, sur les conseils de l'inénarrable pharmacien Homais, l'emmène au théâtre, à Rouen, assister à une représentation de "Lucie de Lammermmoor", d'après Walter Scott, auteur très en vogue à l'époque et l'un des favoris de la jeune femme. (Précisons que Lucie finit plutôt mal : folle et meurtrière. A croire que le seul personnage intelligent de "Madame Bovary" est l'héroïne elle-même. Car expédier une personne triste et déprimée assister à une représentation de "Lucie de Lammermmor", ce n'est vraiment pas très malin ... Gustave Flaubert Norigolo ) Et sur qui tombent-ils ? Sur "M. Léon" que son étude parisienne a expédié à Rouen pour régler une affaire. Léon, lui, a bien changé, il s'est .... "emparisianné", si j'ose dire. A tel point que, de fil en aiguille, c'est dans un fiacre clos, roulant en plein jour sur les pavés de Rouen, qu'il concrétise sa liaison avec une Emma Bovary toute bouleversée - elle ne pensait pas qu'on pût éprouver un tel plaisir dans un simple fiacre.

Et tout recommence ... Au début, tout est beau, tout est superbe, tout est merveilleux. Et puis arrive la jalousie. Et ensuite les prédictions incantatoires du style : "Tu me quitteras ! Tu te marieras ! Tu en aimeras une autre ! Tu l'aimes déjà, peut-être !"

Le Drame ! Emma est dans son élément mais pas Léon qui commence à envisager la même solution que Rodolphe. Il aide cependant Emma à obtenir une procuration qui lui permettra, à elle aussi, d'avoir un droit de regard sur l'héritage du Père Bovary, manne sonnante et trébuchante qui vient de tomber à point et puis ...

Dois-je conter la fin ? Cette fin que tout le monde connaît ? Ce lit de mort sur lequel Emma, allongée dans sa robe blanche de mariée, lorsque les pleureuses lui soulèvent la tête pour mieux placer le voile, vomit ce liquide noir qui impressionna tellement Faulkner qu'il devait s'en servir plus tard pour définir son Popeye ?

Dois-je aussi rassurer les rares personnes qui s'inquièteraient de la décoration si attendue par M. Homais - et sur l'obtention de laquelle se termine ce chef-d'oeuvre de Flaubert, l'autre étant pour moi, dans un mode en apparence plus mineur, et bien qu'inachevé, l'incontournable "Bouvard & Pécuchet" ?

De nos jours, Emma aurait pu être plus heureuse. Si l'on avait diagnostiqué ce fond dépressif issu de l'enfance et de la mort de la mère. Pour son narcissisme, je ne sais pas par contre si l'on aurait pu faire grand chose. Mais peut-être ... Comme on se dit que, si elle avait eu, pour l'écouter dans le roman, une oreille plus intelligente que celle de l'abbé Bernisien, les choses eussent pu prendre une voie moins sinistre que l'arsenic. Signalons au passage que tant le clérical abbé Bernisien que le voltairien (ou prétendu tel) Homais sont ici renvoyés dos à dos par un Flaubert qui a certainement hésité à se demander auquel il décernerait le Prix de la Sottise. (Moi, je n'ai pas réussi, je l'avoue. Gustave Flaubert Cafeion2 )

"Madame Bovary" : un grand roman et un personnage qui mérite mieux que sa réputation. Ecoutez-la s'exprimer, qui balbutie, hésite, pleure vraiment, s'interroge, ne sait plus ... , mais entre les lignes. C'est là qu'elle nous parle le mieux, c'est là qu'elle est enfin elle-même, la véritable Emma, la petite fille perdue qui ne sait pas quel chemin prendre et qu'un Destin implacable, jouant de son égocentrisme il est vrai exaspérant, guide toujours vers l'abîme - mais aussi, compensation d'importance tout de même, vers la célébrité littéraire mondiale. Gustave Flaubert Chapeau2

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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