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Lettre A : Alice (Lewis Carroll)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Lettre A : Alice (Lewis Carroll)   Dim 29 Oct - 13:26

Autre Alice, celle-là universellement connue : l'héroïne d'"Alice au Pays des Merveilles" et "De l'Autre Côté du Miroir" :


On affirme que Lewis Carroll - pseudonyme de Charles Lutwidge Dodgson - s'inspira pour la créer de la petite Alice Liddel :


Personnage curieux que Lewis Carroll dont le pseudonyme est aussi connu en littérature que son nom véritable l'est chez les mathématiciens. Avec les jeux, les énigmes et la photographie - passe-temps qu'il abandonna brutalement du jour au lendemain, peut-être parce qu'il avait compris quels démons cela lui permettait d'exorciser - les maths étaient l'une de ses grandes passions. De nos jours, certains le voient affligés du complexe de Peter Pan, d'autres comme un pédophile refoulé.

Alice, je l'ai découverte quand j'avais 8 ans à peu près, dans une très vieille édition empruntée à la bibliothèque de l'école primaire à laquelle j'étais inscrite. Les illustrations n'étaient pas de Tenniel mais, bien qu'elles fussent en noir et blanc, elles valaient leur pesant d'onirisme et de magie. Je me rappelle notamment celle représentant le fameux puits et ses mille étagères. Sur l'une d'entre elles, Alice prendra un pot de marmelade - vide.

Dans les deux aventures, le point de départ reste le même : Alice s'endort et rêve. Mais dès le départ, Lewis Carroll s'arrange pour lui faire franchir la frontière qui sépare la réalité du songe de manière si naturelle que le lecteur ne s'en rend pas compte. Peut-être le lecteur a-t-il des doutes au début du "Miroir" mais, si tel est le cas, il s'aveugle de bonne grâce et s'engouffre joyeusement dans ces nouvelles péripéties.

Tout au long de ses aventures, Alice fait montre d'une audace qui n'a rien de victorienne. Volontaire, obstinée, volontiers critique envers les adultes, cette petite fille recherche l'inattendu et l'insolite avec une passion et un acharnement bien étrangers au XIXème siècle anglais. C'est une rebelle authentique, une curieuse insatiable, qui goûte un certain plaisir à pouvoir, une fois n'est pas coutume, dire et faire ce qu'elle veut même si, pour cela, elle doit vexer autrui (la souris qui récite la poésie pour tenter de sécher les animaux qui sont tombés dans les larmes d'Alice).

Alice est-elle pour autant une héroïne pour enfants ? Oui, sans doute. Disney l'a d'ailleurs choisie pour héroïne dans un dessin animé assez surfait - ce n'est que mon opinion - sauf dans la scène, toute carrollienne, où Alice se retrouve seule dans la forêt. La Reine de Coeurs peut se comparer à l'Ogresse des contes, la Duchesse au menton si pointu a quelque chose de proprement inquiétant - surtout quand le bébé se transforme en porcelet dans sa cuisine - et l'ambiance générale tourne vite au cauchemar.

Mais justement, au contraire des histoires-types pour enfants, il n'y a ici que très peu de personnages qu'on pourrait qualifier de sympathiques. Le Chat du Chester lui-même, qui semble veiller sur Alice pendant une bonne partie du roman, finit par se retourner contre elle à son procès et il faut attendre la fin du "Miroir" pour découvrir, dans le malheureux cavalier blanc, qui tombe toujours de son cheval, une figure plutôt positive.

A cela, beaucoup répondent que c'est son univers à lui, ses fantasmes et ses rebellions personnels que Carroll a investis dans ces deux histoires et que, du coup, cela explique ce côté cauchemaresque. C'est ainsi qu'il est désormais courant de voir dans la Reine de Coeur et sa tyrannie une transposition de la reine Victoria et de ses idéaux rigides. Devant elle, tout le monde tremble, depuis ses familiers (le Lapin Blanc, la Duchesse) jusqu'à ces francs opposants que sont les inénarrables Chapelier et Lièvre de Mars.

Mais pareille explication ne vaut pas pour le "Miroir" où les deux reines, la Rouge et la Blanche, sont bien loin d'être aussi terrifiantes que la Reine de Coeurs. A moins que Carroll ne nous fasse assister ici à une désacralisation absolue de la monarchie et des idées qu'elle véhicule. La preuve finale de cette interprétation nous en serait donnée par le fait que, à la fin du roman, Alice manque devenir reine à son tour.

Enfin, quoi que l'on puisse penser d'Alice et de son monde, mieux vaut s'y plonger sans a priori, un peu comme on se plongerait dans un rêve tout en sachant pertinemment que l'on rêve et que, comme dans nombre de nos rêves "réels", tout peut basculer vers le cauchemar d'une minute à l'autre. Le jeu-vidéo tiré de ces romans est d'ailleurs plus axé sur le cauchemar que sur le rêve.
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