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Laurent Gaudé

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coline
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Laurent Gaudé Vide
MessageSujet: Laurent Gaudé   Laurent Gaudé Icon_minitimeSam 2 Juil - 22:57

La mort du roi Tsongor raconte le drame d’un royaume qui se déchire au coeur de l’Afrique ancestrale , une Afrique lointaine, imaginaire.

Il y a longtemps, Tsongor est parti de son royaume pour tout conquérir. Vingt ans de luttes et d'expansions, jusqu'au jour où il parvint au pays des rampants, ces êtres isolés en hameaux, maigres, raides comme des piquets, qu'il anéantit comme ses précédents adversaires. Tous sauf un : Katabolonga qui s'est fait la promesse d'être maître de la mort du roi Tsongor. Devenu porteur du tabouret d'or sur lequel trône le souverain, il est à la fois serviteur et veilleur de Tsongor, avec cette promesse suspendue comme une épée au-dessus de la tête de son maître.
Ayant retrouvé la paix, ils vivent à Massaba.
Or, "Depuis plusieurs semaines, Massaba était devenue le cœur anxieux d’une activité de fourmis. Le roi Tsongor allait marier sa fille (Samilia) avec le prince des terres du sel (Kouame). Des caravanes entières venaient des contrées les plus éloignées pour apporter épices, bétail et tissus. (...) Depuis des semaines, chaque habitant de Massaba, chaque nomade avait déposé, sur la place principale, son offrande à la future mariée. C’était un gigantesque amas de fleurs, d’amulettes, de sacs de céréales et de jarres de vin. C’était une montagne de tissus et de statues sacrées. Chacun voulait offrir à la fille du roi Tsongor un gage d’admiration et une prière de bénédiction".
Cet événement est censé être l'apothéose d'une vie tout entière consacrée à la guerre. «Il n'avait travaillé qu'à cela. Donner à sa fille un homme et unir pour la première fois son empire à un autre autrement que par la guerre et la conquête.»
C’est sans compter avec un autre prétendant à laquelle Samilia s’est promise quand elle était enfant, Sango Kérim.
Le roi ne peut choisir. Plutôt que de voir la guerre ruiner son splendide royaume, il préfère s’éteindre sous les yeux de Katabolonga, l’ami fidèle, l’unique survivant d’une tribu battue par Tsongor dans ses jeunes années, celui qui aida le roi de guerre à devenir un roi de paix. " Je sens le souffle violent de la guerre dans mon dos. Elle est là, oui. Je la sens qui fond sur moi et je ne sais pas trouver le moyen de la chasser. " « Dis-leur que je suis mort parce que je n’ai pas voulu choisir entre eux. Dis-leur que ce mariage est maudit parce qu’il a fait couler mon sang et qu’il faut y renoncer. Que Samilia reste vierge encore un temps. Puis qu’elle se marie avec un troisième homme. Un homme humble de Massaba. (…) Qu’ils repartent l’un et l’autre d’où ils viennent et choisissent une autre vie à mener. "
Tsongor charge Suba, son plus jeune fils, d’ériger à travers tout le royaume huit tombeaux à l’image de ce que fut son être à la fois vénéré et haïssable.

Samilia, telle Phèdre, se sait vouée au malheur : " Oui. Je suis aux deux. C’est mon châtiment. Il n’y a pas de bonheur pour moi. Je suis aux deux. Dans la fièvre et le déchirement. C’est cela. Je ne suis rien que cela. Une femme de guerre. Malgré moi. Qui ne fait naître que la haine et le combat ".
Alors, la mort du roi Tsongor raconte le siège de Massaba pour l’amour de Samilia, les douleurs d’une fratrie royale séparée par le destin. La belle Massaba, « bientôt ville exsangue, est livrée à la haine des deux camps qui s’affrontent. Et entraînent derrière eux toute la famille du vieux roi défunt. Sako et Danga, les jumeaux, choisissent chacun un camp opposé, Liboko, le cadet, périt. Samilia rejoint Sango Kerim, au nom du serment que, petite, elle lui a fait de l’épouser et éconduit Kouame le coeur meurtri. ».
S’agit-il d’une fable disant l’histoire d’une Afrique au passé glorieux, minée et presque anéantie par les guerres ethniques fratricides ?

Les personnages semblent sortis d’un conte africain (des mangeurs de khat déciment leurs ennemis dans le délire causé par leur drogue ; des chiennes de guerres, hommes travestis en femmes, humilient leurs ennemis en murmurant à leur oreille "je suis une femme et je te tue" tandis que des amazones providentielles chevauchent des zébus.
Mais on fait aussi le lien avec l’Antiquité. Samilia est à Massaba ce que la belle Hélène fut à Troie.Le personnage de Tsongor qui ne veut trouver le repos et accomplir le passage vers l’au-delà avant que son jeune fils ne soit revenu a d’étranges résonances égyptiennes
Et le roman déroule un récit mythique aux couleurs bariolées.
Extrait : « Les hommes d’Arkalas, tout peignés et apprêtés, se jetaient les uns sur les autres et se mordaient la chair jusqu’à la mort. Ils riaient de démence en se tuant. Dansaient parfois sur le corps de leur ami d’enfance. Et Arkalas lui-même, comme un ogre fou, cherchait des yeux partout quelqu’un de son clan pour lui ouvrir les flancs et boire son sang ».
Pendant ce temps, à dos de mule, Souba poursuit la vérité sur ce que fut véritablement le roi Tsongor. Son chemin lui révèlera aussi, amèrement, la vérité sur sa propre nature. Il comprend qu’il ne pourra réussir sa mission qu’en faisant l’apprentissage de la honte. Quelle honte ? Celle d’être le fils de Tsongor, ce roi que la guerre seule a rendu grand et que la guerre rendra au néant.
« Dans un silence profond, Samilia, sans un regard pour ses frères, tourna le dos aux deux armées et s’en alla... Elle vieillit sur les routes. Allant toujours tout droit. Elle finit par atteindre les limites ultimes du royaume. Et sans même s’en apercevoir, sans un regard pour ce continent qu’elle quittait, elle passa cette dernière frontière, s’enfonça dans des terres inexplorées. »
Souba reconnaît qu’il doit en plus du tombeau à son père, rendre hommage à sa sœur :« Car il sentait que cette femme était sacrée. Sacrée par tout ce qu’elle avait traversé. Sacrée parce que tous, un à un, sans même s’en apercevoir, l’avaient sacrifiée. »

Ce qui se dégage de ce roman c’est sa force, son exotisme . L’écriture simple et dépouillée de Laurent Gaudé est une langue poétique, envoûtante.
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coline
Invité



Laurent Gaudé Vide
MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Laurent Gaudé Icon_minitimeSam 2 Juil - 23:00

Mais j'ai encore préféré celui-là... Jelisavecplaisir

« Le soleil des Scorta » est celui de la région des Pouilles en Italie (le pays de Gelsomina avant qu’elle ne prenne La Strada avec Zampano !). Un soleil écrasant plus précisément le village aux terres arides de Montepuccio. C’est là que vivent les Scorta.

L'histoire de la famille Scorta se déroule sur un siècle (1870 à nos jours).
Parce qu'un viol a fondé leur lignée, ils sont nés dans l'opprobre. Une famille de "pouilleux" qui peu à peu, sur quatre générations, parvient à subsister, à planter ses racines , à saisir sa chance, à transmettre ses valeurs ,à s'accorder aux beautés de sa terre natale
Ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, leur richesse c’est une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie.
Mais le sang des Scorta transmet, de père en fils, l'orgueil, la fierté, la démence et la rage de vivre de ceux qui, seuls, défient un destin retors . Un destin qui génère une solidarité familiale devant les difficultés. Quel que soit le métier (tenancier d’un modeste bureau de tabac ou contrebandier, travailleur des champs ou pêcheur), les modes d’existence des personnages, rien n’altère jamais ce sentiment très fort d’appartenir à un clan où chacun, enserré dans la chaleur des siens, « le soleil des Scorta », doit « faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

"Nous avons fait de l'huile avec des cailloux", "C'est de l'or, disait l'oncle. Ceux qui disent que nous sommes pauvres n'ont jamais mangé un bout de pain baigné de l'huile de chez nous. C'est comme de croquer dans les collines d'ici. Ca sent la pierre et le soleil. Elle scintille. Elle est belle, épaisse, onctueuse. L'huile d'olive, c'est le sang de notre terre."
ou encore
"Regarde la sècheresse de cette terre tout autour de nous, et savoure la richesse de cette huile. Entre les deux, il y a le travail des hommes. Et elle sent aussi cela, notre huile. La sueur de notre peuple. Les mains calleuses des femmes qui ont fait la cueillette. Oui. Et c'est noble. C'est pour cela qu'elle est bonne."

Il y a aussi les secrets. Comme ceux que la vieille Carmela confie à son contemporain, l'ancien curé de Montepuccio, avant que les mots ne viennent à lui manquer.

Roman profondément humaniste que ce dernier livre de Laurent Gaudé récompensé par le Prix Goncourt.
Réflexion sur la vie, sur les vies qui se succèdent de génération en génération. Est-ce que notre destin est marqué d'avance ? Suit-il un chemin tout tracé ? Est-ce que notre vie fait partie intégrante d'autres vies ? Est-ce que tout cela est écrit et que nous n'y pouvons rien ?
Roman de la haine, de la violence, de la misère mais aussi message d'espoir, d'amour, de foi en l'homme.
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Laurent Gaudé Vide
MessageSujet: Eldorado   Laurent Gaudé Icon_minitimeLun 16 Oct - 17:05

Après le succès du Soleil des Scorta, on attendait Laurent Gaudé au tournant. Le sujet de ce nouvel opus était très alléchant : confronter l’expérience de migrants à celle d’un de ceux qui sont censés les empêcher de parvenir à leurs fins.

Certes, il n’était pas le premier à tenter de réunir les deux facettes de ce phénomène mondial, mais l’intérêt restait ; pour moi en tout cas qui avais beaucoup aimé, il y a quelques mois, le roman précédent de l’auteur.

Son style, qui a trop souvent à mon goût recours à la phrase très courte, n’a pas manqué de m’énerver par moments, bien sûr, mais cet homme-là sait donner un souffle à ses récits, et entraîner ses lecteurs à des réflexions sur la marche du monde et le fonctionnement des humains qui surpassent ce léger désagrément – je dis léger parce que, si les phrases sont courtes alors que j’aime l’ampleur sans fioritures, elles restent correctes grammaticalement : un sujet, un verbe, parfois des compléments, jamais ou quasiment de phrases non verbales ou qui sont formées artificiellement alors qu’elles pourraient être une proposition juxtaposée à la phrase précédente, comme « Je sais que je vais mieux. Que je vais finir par guérir. »

Les destins croisés de Salvatore et de Soleiman sont puissants, ils sont impressionnants l’un et l’autre. Le seul regret, finalement, est que le roman soit si court parce qu’il ne laisse pas assez de temps pour que les choses se posent et pèsent.

Eldorado me restera comme un bon souvenir de lecture, mais me souviendrai-je, dans dix ans, que je l’ai lu ?
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Laurent Gaudé Vide
MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Laurent Gaudé Icon_minitimeLun 16 Oct - 19:24

Eh ben tu vois Thomas, je ne l'ai pas lu celui-là mais celui d'avant oui, et je me demande toujours ce qu'on lui trouve.

Je ne vois aucune qualité littéraire dans ses ouvrages.

Comme tu le dis, la synthaxe est on ne peut plus simple (simpliste ?).

Et j'ai peine à croire que le Goncourt lui ait attribué un prix (mais il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce "pseudo-jury", qui refuse à Houellebecq l'étiquette "d'écrivain" et consacre "Le soleil des Scorsa" !!!!!

Oui, je sais, je suis dure. Mais il y a des tas de jeunes talents bien plus prometteurs que lui....
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Thomas
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Laurent Gaudé Vide
MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Laurent Gaudé Icon_minitimeMar 17 Oct - 8:32

C'est ce que je pensais au départ, mais le Soleil m'a bien plu. Celui-ci, moins ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Laurent Gaudé Icon_minitime

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