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Un nom pour un autre - Mira Nair

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Julie
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MessageSujet: Un nom pour un autre - Mira Nair   Dim 6 Mai - 17:04

Gogol est un jeune Américain « d’origine indienne », comme on dit habituellement. Ou plutôt, il est le fils américain d’un couple d’Indiens, Ashima et Ashoke. Il est le personnage central du nouveau film de Mira Nair, Un nom pour un autre, une réussite. Le début du film, après une scène d’accident de train impliquant un jeune homme dont on découvrira l’identité par la suite, raconte les rencontres (arrangées) et le mariage (arrangé) d’Ashima et Ashoke, en Inde. Le futur marié est en train de s’installer à New York où il commence à enseigner à l’université. Il emmène Ashima avec lui, et là, Nair réussit le tour de force de nous faire voir New York l’hiver par les yeux d’une jeune femme perdue, nostalgique et en proie à un mal du pays et un désarroi complets. Après les couleurs et le mouvement de l’Inde, New York nous paraît laid et filmé en noir et blanc – alors qu’il ne l’est pas ! Et on se demande comment Ashima va s’habituer à sa nouvelle vie loin des siens. Petit à petit, elle s’y acclimate, mais il faut dire qu’Ashoke est un mari aimant et prévenant. Les enfants naissent, d’abord Gogol (nommé d’après l’auteur russe que son père adore) et puis Sonia. Gogol adolescent se heurte à son entourage, ses parents, restés indiens sous des dehors un peu américanisés dans leur maison de banlieue aisée (Ils ne fréquentent quasiment que la communauté bengali du coin, même si Ashima, devenue bibliothécaire, se lie étroitement avec une de ses collègues américaines), et aussi ses camarades de classe qui se moquent de son origine et de son nom (Il n’y a qu’un pas de Gogol à Google, ne me dites pas que vous n’y avez pas pensé). L’heure des histoires de cœur arrive, Gogol tombe sous le charme d’une belle Américaine très « Nouvelle-Angleterre », et il se laisse prendre par l’illusion que ce milieu lui convient, d’autant plus qu’il est très bien accepté dans la famille et le cercle d’amis de la demoiselle alors que la rencontre qu’il finit par organiser à contrecœur entre sa petite amie (qui insiste) et sa famille est jalonnée de gestes à ne pas faire et d’attitudes à ne pas adopter, et ça se passe très mal puisque la jeune fille ne tient absolument pas compte des mises en garde de Gogol. Elle est d’ailleurs totalement à côté de la plaque d’une façon générale (elle arrive à une cérémonie de préparation de funérailles en noir alors que tout le monde est en blanc, et en plus en débardeur décolleté… Je vous laisse imaginer la réaction des Indiens), et cela sera fatal à son histoire avec Gogol, qui entretemps s’est rebaptisé Nikhil.

Il finira par se rendre compte qu’il s’est un peu trop éloigné de sa famille et, après un mariage qui est une erreur avec une jeune Bengalie occidentalisée jusque dans ses mœurs extra-conjugales, il se rapprochera des siens. Mais pour certaines choses il sera un peu trop tard, et il restera à Gogol à redécouvrir la moitié indienne de sa personnalité pour devenir pleinement lui-même…

Le film est magnifique, les sentiments extrêmement bien exprimés, de façon parfois très fine (je n’avais jamais compris avant ce qui unit les couples indiens à part les conventions et l’hypocrisie puisque bien souvent ils ne s’aiment pas, eh bien là j’ai compris la forme de tendresse qui existe entre Ashima et Ashoke), et le lien complexe et indestructible qui réunit deux cultures en une seule pour un personnage comme Gogol est très bien montré. Il ne peut pas choisir entre les deux, et il n’a pas à le faire, mais il faut qu’il trouve son propre équilibre. Les images sont pleines d’émotion (New York au début vu par les yeux d’Ashima, et aussi cette succession de plans qui parle plus qu’un long discours : on assiste à des funérailles en Inde, et la famille pose sur les eaux du fleuve des couronnes d’œillets d’Inde oranges sur lesquelles s’attarde la caméra. Après un fondu enchaîné, on voit le même orange… sur les feuilles d’un grand arbre dans un jardin aux Etats-Unis. Quant à la visite en famille du Taj Mahal, elle nous permet de découvrir un endroit grandiose, y compris à l’intérieur), le film est riche, sensible, émouvant, il fait rire et pleurer le spectateur qui suit avec passion l’histoire de cette famille prise entre deux pays. Un bel hommage au livre de Jhumpa Lahiri, The Namesake, que Mira Nair a adapté avec un grand talent.
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