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Alison Lurie.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Alison Lurie.   Dim 27 Mai - 13:54

C'est un auteur que je ne connaissais absolument pas et qui m'a causé une merveilleuse surprise. Elle a pourtant remporté le prix Pulitizer pour son roman "Liaisons étrangères" en 1984 (on y voit un groupe d'universitaires américains en vacances à Londres ...) et même le Fémina étranger, quatre ans plus tard, pour "La Vérité sur Lorin Jones" qui traite des difficultés rencontrés par l'auteur d'une biographie.

Née en 1926 dans la ville d'Al Capone, elle a réussi une très brillante carrière universitaire. Son premier roman, "Les Amours d'Emily Turner" ne sort qu'en 1962. Il sera suivi de "La Ville de Nulle-Part" qui se situe dans le Los Angeles des années 60-70.

En 1967, elle publie "Des Amis Imaginaires" qui se déroule pour sa part en Nouvelle-Angleterre, dans un milieu de fanatiques adeptes de tables tournantes et de manifestations psychiques et qui se verra adapté, sous forme de série, pour la télévision anglaise.

Depuis que le poète James Merrill l'y encouragea dans les années 50 et en dépit de nombreux rejets d'éditeurs, on peut dire que Lurie n'a pas cessé d'écrire. Outre les romans, elle a également publiés des essais et même des livres pour enfants.

Précis et même perlé, son style exprime autant de choses qu'il en laisse sous-entendre. C'est en tous cas l'impression que j'en ai retiré et une chose est certaine : je rachèterai certainement d'autres livres de cet auteur que j'ai découvert avec un très grand plaisir.



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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges


Dernière édition par le Lun 4 Juin - 20:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Alison Lurie.   Dim 27 Mai - 14:15



Women & Ghosts
Traduction : Céline Schwaller


Vu son thème, "Femmes & Fantômes" prendra place dans la section "Epouvante et Terreur", ici.
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MessageSujet: Re: Alison Lurie.   Mar 12 Juin - 14:35



Love & Friendship
Traduction : Sophie Mayoux


Premier roman d'Alison Lurie, "Les Amours d'Emily Turner" parut en 1962. D'ores et déjà, on y rencontre l'écriture serrée, les demi-teintes, les non-dits et les sous-entendus qui caractérisent le style de cet auteur. Peut-être l'exposition de la situation sera-t-elle tenue pour un peu trop longue par les puristes. Peut-être jugera-t-on que le contrepoint formé par les lettres d'Allen Ingram à Francis Noyes est amené de manière trop maladroite. Mais enfin, un premier roman demeure un premier roman et les génies eux-mêmes se sont fait les griffes avant de produire leurs miracles.

L'intrigue se situe dans une petite ville universitaire du Minnesota, Convers où vient d'être nommé Holman Turner, qui se verra défini plus tard comme "le mari-type américain" : sain, assez primaire sur le plan sexuel et plutôt conservateur. Issu d'un milieu simple, Holman a fait un beau mariage en épousant Emily Stockwell, fille d'un financier qui siège également au Conseil d'Administration de Convers. De leur union est né un petit garçon, maintenant âgé de quatre ans, Freddy.

C'est leur installation à Convers qui va révéler très vite à Emily qu'elle n'aime plus son mari. Du coup, bien évidemment mais non sans avoir beaucoup hésité et un peu par défi, elle prend un amant parmi les collègues de son mari. (Il va de soi qu'elle choisit le plus anti-conformiste, tout au moins en apparence.) Mais bien que leur relation soit intense, Emily finira par réaliser que mieux vaut pour elle demeurer avec Holman et Freddy ...

Un peu maigre pour plus de 340 pages en petits caractères, direz-vous. C'est à voir. Car Alison Lurie s'attache à décrire, avec la rage d'un peintre pointilliste, le plus infime détail - drôle, loufoque, tragique - de la vie universitaire américaine au début des années soixante, c'est-à-dire, il faut le garder à l'esprit, avant que les événements du Viêt-Nam n'ait gravement secoué ce mode de vie si particulier.

Cet univers en vase clos est lui-même emprisonné au sein d'un autre vase hermétiquement fermé : celui de la ville de Convers elle-même où vous ne pouvez rien faire sans que cela soit su par votre voisin. D'où une impression d'étouffement qui ne peut qu'accabler les esprits comme ceux d'Emily ou de Julian et Miranda Fenn, un couple d'amis qui préfigurent pour leur part les hippies de la décennie suivante.


Ce resserrement de l'intrigue, cet enfermement forcé des personnages accentuent les ambiguïtés des caractères et des comportements. Ainsi, Will Thomas, l'amant d'Emily, est-il vraiment si désintéréssé que ça ? Car Emily, en bonne héritière, jouit de revenus personnels qui ne sont pas à négliger, si anti-conformiste que l'on s'affirme ...

En contrepoint, à la fin de chaque chapitre, une courte lettre adressée par Allen Ingram, romancier homosexuel new-yorkais engagé pour un an à Convers pour y gérer des ateliers d'écriture, à son compagnon, Francis Noyes. Ingram, qui n'est pas tributaire de Convers, pose un regard évidemment plus libre sur les faits et gestes des autochtones. Et le recul qui est le sien permet au lecteur de relativiser le "drame" vécu par Emily, par les Fenn (qui sont dans le collimateur de l'Administration universitaire) ou encore par Dick, l'étudiant qui se fera virer de Convers à l'issue du roman.

Mais si le lecteur parvient à relativiser, du coup, il perçoit de façon plus aiguë le désarroi qui touche ces marionnettes, toutes plus prisonnières les unes que les autres non seulement de Convers mais aussi du style de vie qu'elles ont choisi.


Lecture faite, on comprend pourquoi les critiques de l'époque jugèrent ce livre si prometteur. Pour pénétrer dans le monde d'Alison Lurie, il n'est peut-être pas pourtant le meilleur. Comme je vais en lire d'autres, je vous dirai si cette opinion se confirme.
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MessageSujet: Re: Alison Lurie.   Lun 18 Juin - 15:14



La Ville de Nulle Part
The Nowhere City
Traduction : Elisabeth Gille


Eh ! bien ! ça y est ! Dès le deuxième roman d'Alison Lurie, j'ai retrouvé tout - et j'écris bien tout - ce qui m'avait enchantée lorsque j'avais lu "Femmes et Fantômes." Et avant tout sa prodigieuse alacrité qui confère à son ton - plus qu'à son style au sens premier du terme - quelque chose d'inimitable et que, en anglais, on pourrait appeler la "Lurie touch."

Comme dans "Les Amours d'Emily Turner", tout commence par un couple qui emménage. Plus précisément, Paul Cattleman a débarqué en éclaireur dans la petite ville de Mar Vista (Californie) pour y prendre le poste de biographe que lui offrait la Société Nutting, laquelle travaille avec le gouvernement. Paul est un brillant diplômé en histoire et en littérature de l'université de Harvard mais, n'ayant pu y décrocher une chaire, il se voit contraint d'emprunter une autre voie.

Oh ! à titre bien provisoire, comme il ne cesse de le répéter à sa femme, Katherine, laquelle est beaucoup moins enthousiaste que lui à l'idée de s'installer ne fût-ce que pour un an à Mar Vista. Katherine s'est d'ailleurs fait tirer la patte pour suivre Paul mais, quand s'ouvre le roman, elle vient quand même de le rejoindre dans une petite maison dont elle déteste d'emblée les couleurs certes criardes mais en accord avec le climat californien.

Si le personnage de Katherine nous apparaît tout d'abord comme celui d'une femme qui fait beaucoup d'histoires pour pas grand chose, très vite, Alison Lurie s'amuse à retourner la situation. Paul, qui trouve tout naturel de tromper sa femme, se laisse tomber dans les bras de Cecile O'Connor, qui tient à la fois de la beatnik et de la hippie. Et l'on comprend aussi très vite que, sous des dehors faussement décontractés, notre jeune universitaire est aussi sexiste que l'était Holman Turner dans "Les Amours ..." : de sa maîtresse, il attend certains plaisirs que son épouse légitime ne doit surtout pas connaître. Bref, vous voyez le genre ? ...

Plus ou moins délaissée par son mari sous l'éternel prétexte du travail, Katherine ne songe pas tout d'abord à lui rendre la monnaie de sa pièce - car elle se doute bien qu'il y a anguille sous roche. Puis, les circonstances faisant le larron ...

Le sommet du livre intervient lorsque le lecteur réalise que Paul, ayant perdu tout espoir de se fixer avec Cecile, en conclut qu'il lui est désormais impossible de vivre en Californie. Lui qui, en dépit des réticences de Katherine, en était venu à envisager de s'installer définitivement à Mar Vista, retourne alors sa veste et se met à rêver à nouveau de la Nouvelle-Angleterre.

Seulement, quand il prendra l'avion pour Convers - clin d'oeil au livre précédent - ce sera sans Katherine. Désormais surnommée "Kay" par les nombreuses relations qu'elle s'est faite à Mar Vista, Venice et même Hollywood, Katherine n'a plus du tout envie de jouer les roues de secours pour le char triomphal de son époux.

C'est acerbe et désopilant mais attention : on ne rit jamais aux éclats, c'est beaucoup mieux amené. Avec ça, Alison Lurie façonne des personnages secondaires qui réussissent le tour de force de se révéler incroyables et pourtant très humains comme Iz, le psychiatre et son épouse, Glory, la star hollywoodienne.

A lire, et même avant "Les Amours d'Emily Turner."

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MessageSujet: Re: Alison Lurie.   Sam 30 Juin - 13:59



The Truth about Lorin Jones
Traduction : Sophie Mayoux


Si vous ne deviez lire qu'un seul Lurie, c'est celui-ci, je crois, que je vous recommanderais.

La romancière y prend pour héroïne Polly Alter (les latinistes apprécieront son nom qui annonce d'ores et déjà la couleur), mère divorcée qui redoute de voir son fils, Stevie, décider, à l'adolescence, d'emménager définitivement chez son père. C'est que, en ce début des années soixante-dix qui voient s'affirmer outre-Atlantique une revendication féministe un peu trop virulente, Polly, en dépit de ce qu'elle affirme en public, notamment auprès de ses relations lesbiennes et à sa meilleure amie, Jeanne, lesbienne elle aussi, Polly n'est absolument pas sûre d'elle-même et encore moins du bien-fondé de l'existence qu'elle a choisie.

Au départ, Polly voulait peindre. Malheureusement, le lendemain même de son mariage, elle tomba, à l'hôtel, sur une toile merveilleuse, signée Lorin Jones, et qui la découragea définitivement. C'est qu'elle voyait là, sur cette toile, tout ce qu'elle-même rêvait de produire, un mélange d'abstrait et de pré-raphaélite tout à fait hors du commun. Du coup, Polly abandonna et devint chroniqueuse et agent pour les galeries d'art.

Après toutes ses années, on vient justement de lui demander de rédiger la biographie de cette Lorin Jones, décédée à la fin des sixties. Emballée - elle se sent tant d'affinités avec Lorin - Polly accepte, persuadée, tant par son expérience personnelle que par l'atmosphère ambiante, que Lorin est morte victime des hommes. Polly tient d'ailleurs prête sa liste de coupables potentiels à interviewer :

1) le marchand de Lorin, Paolo Carducci ;

2) le demi-frère de Lorin, Leonard Zimmern ;

3) l'ex-mari de Lorin, le critique d'art Garrett Jones

4) et enfin l'amant de Lorin, qui l'enleva à son mari : Hugh Cameron.

Elle se met donc en quête ...

Vous raconter le reste serait dévoiler l'intrigue - et ce serait surtout vous priver d'une grande source de plaisir. Car "La Vérité sur Lorin Jones" est un petit chef-d'oeuvre d'acidité, de tendresse et d'humour qui nous donne en outre une leçon de sagesse : rien n'est jamais si beau, si bon ... ni si laid, si pourri qu'on le croit. Tout cela doublé d'une réflexion féroce sur les excès du féminisme.

A emporter cet été, sur la plage, par exemple. Vous devriez passer un sacré bon moment. Wink
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MessageSujet: Re: Alison Lurie.   Dim 8 Juil - 11:57



Imaginary Friends
Traduction : Marie-Claude Peugeot


A moins que vous ne préfériez emporter avec vous "Des Amis Imaginaires", le plus méchant, le plus rosse à ce jour des romans que j'ai lus de cet auteur. En plus - et comme d'habitude - Lurie fait à peine mine d'y toucher : un petit coup de griffe par-ci, une chiquenaude par-là ... mais, peu à peu, on se rend compte qu'elle peint au couteau.


Ses héros sont ici deux universitaires qui enseignent la sociologie. Tous deux sont fort imbus de la discipline qu'ils vénèrent et l'on comprend tout de suite que, à leurs yeux, sorti de là, il n'existe point de salut : à chacun sa chapelle, en somme.

Pourtant, comme le plus jeune d'entre eux, Roger Zimmern, nous prévient dès les premières pages qu'il va nous raconter ce qui est arrivé à son brillant aîné, le Pr Mc Mann, on se doute bien que, pour les deux chercheurs, l'aventure qu'ils ont vécue ensemble ne fut pas tapissée que de roses. De là à imaginer la fin prévue par Alison Lurie, il y a tout de même un gouffre ...

Bref, Mc Mann et Zimmern se mettent en tête d'étudier une petite bande d'illuminés parfaits, qui se sont auto-dénommés "Les Chercheurs de Vérité". Sous la conduite de Verena, une jeune fille qui entend des voix extra-terrestres, et dûment coachés par Elsie, la tante de Verena, les membres de cette modeste secte se persuadent peu à peu que le jour est proche où ils feront la connaissance de Vo et Ro, les deux "guides" spirituels de Verena. Mc Mann et Zimmern étant parvenus à les convaincre de leur désir de les rencontrer eux aussi, ceci dans le noble but d'édifier le milieu scientifique, voilà nos deux universitaires aux premières loges pour attendre le Jour J ...

Le reste ne se raconte pas. C'est un monument d'habileté, de cruauté aussi et d'ironie, qui achèvera de vous convaincre, je l'espère, qu'Alison Lurie est un grand écrivain. Elle démasque avec enthousiasme tous ses personnages, étale au vu de tous ses lecteurs leurs motivations les plus secrètes et les plus inavouables et, pirouette suprême, trouve le moyen de nous laisser un tout petit doute à l'issue de son roman. Qui dit mieux ?
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MessageSujet: Re: Alison Lurie.   Mer 25 Juil - 13:10



Real People
Traduction : Marie-Claude Peugeot


Plus qu'un roman, ce texte assez bref (un peu plus de deux cents pages) constitue surtout une réflexion personnelle de l'auteur sur le statut d'artiste et, plus précisément, sur celui d'écrivain.

L'héroïne qu'elle met en scène, Jane Belle Smith, et sur laquelle elle donne quelques légères indications physiques, pourrait être son double, à une certaine époque en tous cas. Chaque année, Jane a l'habitude de séjourner deux semaines au domaine d'"Illyria", que, dans les années 1900, Ondine Moffat voulut convertir par testament en une résidence payante où musiciens, peintres, sculpteurs, écrivains, etc ... pourraient trouver un havre où se livrer en paix - pour un temps - à leur activité favorite.

Comme chaque année, Jane retrouve un petit cercle d'amis, dont Kenneth, le peintre. Comme chaque année, les relations s'engagent, avec leurs hauts et leurs bas ... Mais, contrairement aux années précédentes, la fin de ce séjour verra une Jane Smith tout à fait transformée quitter "Illyria."

Pour vous inciter à lire ce petit ouvrage dont l'intrigue n'est pas essentielle, mieux vaut vous en citer - pour une fois - certains passages :

Citation :
... Quoique je ressente, quelque part dans ma tête, l'écrivain est là, qui prend des notes, enregistre le dialogue. (Comme a dit un jour Philip Roth, paraît-il, "Notre chance a nous, c'est qu'il ne peut rien nous arriver de mal. Tout est bon à écrire.") Même ici et même en présence de quelqu'un d'aussi célèbre que Teddy Berg - dans un domaine qui n'est pas le mien, c'est vrai - je continue à avoir cette sensation. ...


... Je suis ici parce que je suis écrivain, or paradoxalement, c'est le seul endroit où je ne sois pas étiquetée comme "écrivain." Je peux être à nouveau quelqu'un d'ordinaire, au lieu de cette espèce de phénomène dangereux que j'ai été à Westford dans les six derniers mois.

Autrefois, dans ma naïveté juvénile, je croyais que ce serait merveilleux de devenir auteur. Il ne m'était pas venu à l'esprit que, si ça se réalisait, je cesserais en partie d'exister en tant qu'être humain, aux yeux de presque tout le monde. ...


... En fait, dans l'ensemble, les gens n'aiment pas vraiment l'idée qu'une femme puisse sérieusement être écrivain. Ils trouvent ça incongru. Ils préfèrent oublier l'un des deux, ou bien l'écrivain, ou bien la femme. ...


... A longue échéance, nous ne serons pas jugés sur notre vie privée, mais sur ce que nous aurons écrit. ...

Si cela vous interpelle ...
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