Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

Et partit le chevalier Déon…

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 59114
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Et partit le chevalier Déon…   Ven 30 Déc - 13:11

Citation :




Le maître demeure en ses œuvres toujours vivantes, car peu d’écrivains auront autant ressemblé à leurs livres que Michel Déon.


Pas sûr que les hommages du Tout-Paris médiatico-intellectuel pleuvent comme à Gravelotte sur la disparition du dernier des mousquetaires de la littérature française d’après-guerre, Michel Déon. L’actualité de cette fin d’année est encombrée d’autres morts illustres – du show-biz, celles-là –, voire d’un tapageur homicide en la personne de Jacqueline Sauvage, graciée, au nom d’un droit régalien né sous l’Ancien Régime, par un François Hollande, désormais désireux de laisser une empreinte des plus flatteuses de lui pour la postérité.

Ironie de ce chassé-croisé judiciaro-littéraire, Déon était monarchiste, ancien secrétaire de rédaction à L’Action française auprès de Charles Maurras, lors même que la rédaction s’était repliée en zone sud, pendant l’Occupation. Exercice d’une prérogative souveraine que les tenants des « quarante rois qui, en mille ans, firent la France » n’auraient certainement reniée.

Ainsi s’en est allé le chevalier Déon, ce « hussard » entre des guillemets qu’il accolait volontiers à cet adjectif qui, selon ses propres mots, n’était qu’une « appellation [servant] seulement à faciliter le travail des critiques littéraires » (dans un entretien au Magazine littéraire de décembre 1973). À une époque où l’on clamait sa témérité de préférer avoir tort avec Sartre que raison avec Aron, cette ribambelle d’écrivains qui ne se limitait nullement à Nimier, Blondin, Laurent et Déon (l’on y comptait encore André Fraigneau, Paul Morand, Jacques Perret, Henry de Montherlant, etc.) pouvait aisément se rallier à l’oriflamme fédératrice de cette caste aristocratique de « fascistes baroques » vitupérant – déjà – la pensée unique de leur temps.

Avec la mort de l’auteur des Poneys sauvages et des Trompeuses Espérances – parmi la quarantaine de ses romans et nouvelles –, c’est toute une tradition littéraire et politique – la littérature est la poursuite, par les moyens de l’imaginaire, de la politique jusqu’à même s’en affranchir – qui se referme. Pour longtemps. À l’heure des polygraphies incontinentes, monstres obsolescents de papier engendrés par l’industrie de l’édition, Déon faisait figure de vieil artisan attentionné de la plume et du style.

Le style c’est l’homme, selon une vieille formule en cours dans les travées bouillonnantes d’une « nouvelle » droite à laquelle Déon lui-même confessait appartenir, à la condition, comme il disait, qu’un tel positionnement impliquât d’« être extrêmement libre de son expression, être capable d’admirer Aragon et Drieu la Rochelle et d’en faire un parallèle ». Et le style de Déon était tout en sensualité et en volupté, en délicatesse comme en maturité.

Il suffit de se replonger – comme le fit l’auteur de ces lignes – dans Le Balcon de Spetsai pour s’y enivrer, jusqu’à l’infini, de nectars gorgés de soleils attiques. Dans sa fameuse Histoire de la littérature française (préfacée par… Michel Déon), Kléber Haedens – autre « hussard » conséquent, s’il en fut – pouvait justement écrire : « On pourrait reprocher à Michel Déon de recréer un paradis terrestre et de faire couler trop de soleil sur trop de fleurs et de fruits. Mais il décrit apparemment ce qu’il a sous les yeux. »

Et partit Déon, un froid et sombre soir de décembre. Mais le maître demeure en ses œuvres toujours vivantes, car peu d’écrivains auront autant ressemblé à leurs livres que Michel Déon. (Aristide Leucate - BV - 30. 12. 2016)

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
[/b]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 59114
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Et partit le chevalier Déon…   Ven 30 Déc - 13:20

Citation :




Michel Déon : « Chaque jour, on attente à nos libertés »


Michel Déon a fait découvrir et aimer la Grèce à des générations de philhellènes. Livres à la main, nous avons couru et courons encore ces îles magiques qu’il a arpentées inlassablement avant de se retirer en Irlande, « la Grèce du Nord ». À 94 ans, le dernier Hussard, compagnon de Nimier, Blondin et Laurent, n’a rien renié de son « histoire d’amour avec la Grèce » Extraits de l’entretien qu’il nous avait accordé pour Bonjour Athènes.

Un jour, Michel Déon, vous avez quitté le soleil de Spetsai pour les brumes de l’Irlande, vous avez déserté, oui déserté, la Grèce…

D’abord, je n’ai pas « déserté » la Grèce, mais après une dizaine d’années sans guère quitter mon île de Spetsai, j’ai dû, pour mon travail et l’éducation de mes enfants, passer un hiver au Portugal, puis des hivers en Irlande.

Le parfum de ces îles, Spetsai, Patmos, Hydra, leur séduction n’opéraient plus, un peu comme une histoire d’amour qui se terminait ?

C’est vrai que je me suis installé ailleurs sur la pression des changements qui s’opéraient autour du Paleo Limani (vieux port) de Spetsai. Là où nous étions quelques complices à peupler ce cap admirable et, autrefois, désert, sont venus se coller à grands frais et grands bruits de puissantes et vulgaires fortunes sans aucun respect pour les traditions et l’architecture de l’île. […] Mais je peux vous garantir que, même si je n’y vis plus, la Grèce est en moi et dans mes livres jusqu’à mon dernier souffle. Mes écrits en témoignent avec la même ferveur qu’à la première révélation.

Une histoire d’amour qui n’aura pas de fin…

Ici comme ailleurs, le temps de la « splendeur nue » est révolu. Même défigurée, la vie grecque garde-t-elle une partie de sa magie ?

Naturellement, la vie grecque a gardé de sa magie. Il suffit de s’éloigner des centres touristiques, de choisir sa saison (les hivers et les printemps sont sublimes), ses amis et, surtout, d’emporter avec soi quelques livres essentiels qui abolissent les siècles. Et fuir le kitsch, le toc, le préfabriqué, le luxe grossier des nouveaux riches, les moteurs, une triste architecture moderne. Je hurle quand à une question posée en grec on me répond en pidgin anglais…

Les dieux ont quitté la Grèce, Apollon s’est-il suicidé ?

Oubliez ça et trouvez dix minutes de silence sur l’Acropole, au cap Sounion, à Patmos, face à un coucher de soleil ou à une aube radieuse. Alors, vraiment oui, les dieux existent encore et nous sommes leurs enfants.

J’ai lu quelque part que « l’âpre Irlande convenait mieux à votre désenchantement stendhalien »

« L’âpre Irlande » n’a rien à voir avec ce que vous appelez un « désenchantement stendhalien ». C’est un pays assez rude malgré ses fées et ses fantômes qui me tiennent éveillé. J’aime être fouetté par le vent et la pluie, pincé par le froid qui donnent l’illusion d’exister.

Irlande ou Patagonie, il ne reste plus beaucoup de terres sauvages pour les hommes assoiffés de liberté…

En ce qui concerne la liberté, il y a longtemps que j’en ai fait mon affaire personnelle et ne me suis pas trop mal défendu dans ce monde où, chaque jour, on attente je ne dirais pas à notre liberté mais à nos libertés.

Entretien réalisé par José Meidinger.
(BV - 29. 12. 2016)

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
[/b]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

Et partit le chevalier Déon…

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: AUTOUR DES LIVRES & DE LA LITTERATURE :: Bavardages Divers & Lecturama du Mois -