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Ursule Mirouët - Honoré de Balzac (TM 2017)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Ursule Mirouët - Honoré de Balzac (TM 2017)   Lun 6 Fév - 19:35



Publication : 1841
Sources : http://fr.wikisource.org
Edition : Feedbooks.com

ISBN : non indiqué


Notre Opinion
Personnages

Citation :
[...] ... Mais à l'aspect de Minoret-Levrault, un artiste aurait quitté le site pour croquer ce bourgeois, tant il était original à force d'être commun. Réunissez toutes les conditions de la brute, vous obtenez Caliban qui, certes, est une grande chose. Là où la Forme domine, le Sentiment disparaît. Le maître de poste, preuve vivante de cet axiome, présentait l'une de ces physionomies où le penseur aperçoit difficile trace d'âme sous la violente carnation que produite un brutal développement de la chair. Sa casquette, en drap bleu, à petite visière et à côtes de melon, moulait une tête dont les fortes dimensions prouvaient que la science de Gall n'a pas encore abordé le chapitre des exceptions. Les cheveux gris et comme lustrés qui débordaient la casquette vous eussent démontré que la chevelure blanchit par autre chose que par les fatigues d'esprit ou par les chagrins. De chaque côté de la tête, on voyait de larges oreilles presque cicatrisées sur les bords par les érosions d'un sang trop abondant qui semblait prêt à jaillir au moindre effort. Le teint offrait des tons violacés sous une couche brune, due à l'habitude d'affronter le soleil. Les yeux gris, agités, enfoncés, cachés sous deux buissons noirs, ressemblaient à ceux des Kalmouks venus en 1815 ; s'ils brillaient par moments, ce ne pouvait être que sous l'effort d'une pensée cupide. Le nez, déprimé depuis sa racine, se relevait brusquement en pied de marmite. Des lèvres épaisses en harmonie avec un double menton presque repoussant, dont la barbe, faite à peine deux fois par semaine, maintenait un méchant foulard à l'état de corde usée ; un cou plissé par la graisse, quoique très-court ; de fortes joues complétaient les caractères de la puissance stupide que les sculpteurs impriment à leurs cariatides. Minoret-Levrault ressemblait à ces statues, à cette différence près qu'elles supportent un édifice, et qu'il avait assez à faire de se soutenir lui-même. Vous rencontrerez beaucoup de ces Atlas sans monde. Le buste de cet homme était un bloc ; vous eussiez dit d'un taureau relevé sur ses deux jambes de derrière. Les bras vigoureux se terminaient par des mains épaisses et dures, larges et fortes, qui pouvaient et savaient manier le fouet, les guides, la fourche, et auxquelles aucun postillon ne se jouait. L'énorme ventre de ce géant était supporté par des cuisses grosses comme le corps d'un adulte et par des pieds d'éléphant. La colère devait être rare chez cet homme, mais terrible, apoplectique alors qu'elle éclatait. Quoique violent et incapable de réflexion, cet homme n'avait rien fait qui justifiât les sinistres promesses de sa physionomie. A qui tremblait devant ce géant, ses postillons disaient : "Oh ! il n'est pas méchant !" ... [...]

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: Ursule Mirouët - Honoré de Balzac (TM 2017)   Lun 6 Fév - 20:34

Citation :
[...] ... Or, depuis trois ans surtout, l'âge du docteur, son avarice et sa fortune autorisaient des allusions ou des propos directs relatifs à la succession qui finirent par gagner de proche en proche et par rendre également célèbres et le docteur, et ses héritiers. Depuis six mois, il ne se passait pas de semaine que les amis ou les voisins des héritiers Minoret ne leur parlassent avec une sourde envie du jour où, les deux yeux du bonhomme se fermant, ses coffres s'ouvriraient.

- "Le docteur Minoret a beau être médecin et s'entendre avec la mort, il n'y a que Dieu d'éternel, disait l'un.

- Bah ! Il nous enterrera tous ; il se porte mieux que nous," répondait hypocritement l'héritier.

- Enfin, si ce n'est pas vous, vos enfants hériteront toujours, à moins que cette petite Ursule ...

- Il ne lui laissera pas tout."

Ursule, selon les prévisions de Mme Massin, était la bête noire des héritiers, leur épée de Damoclès, et ce mot : "Bah ! qui vivra verra !", conclusion favorite de Mme Crémière , disaient assez qu'ils lui souhaitaient plus de mal que de bien.

Le percepteur et le greffier, pauvres en comparaison du maître de poste, avaient souvent évalué, par forme de conversation, l'héritage du docteur. En se promenant le long du canal ou sur la route, s'ils voyaient venir leur oncle, ils se regardaient d'un air piteux.

- "Il a sans doute gardé pour lui quelque élixir de longue vie," disait l'un.

- Il a fait un pacte avec le diable, répondait l'autre.

- Il devrait nous avantager nous deux, car ce gros Minoret n'a besoin de rien.

- Ah ! Minoret a un fils qui lui mangera bien de l'argent !


- A quoi estimez-vous la fortune du docteur ?" disait le greffier au financier.

- Au bout de douze ans, douze mille francs économisés chaque année donnent cent-quarante-quatre-mille francs, et les intérêts composés produisent au moins cent mille francs ; mais, comme il a dû, conseillé par son notaire à Paris, faire quelques bonnes affaires et que, jusqu'en 1822, il a dû placer à huit et à sept et demi sur l'Etat, le bonhomme remue maintenant environ quatre-cent-mille francs, sans compter ses quatorze mille livres de rente en cinq pour cent, à cent-seize aujourd'hui. S'il mourait demain, sans avantager Ursule, il nous laisserait donc sept à huit cent mille francs, outre sa maison et son mobilier.

- Eh ! bien, cent mille à Minoret, cent mille à la petite et, à chacun de nous, trois cents : voilà ce qui serait juste.

- Ah ! cela nous chausserait proprement.

- Sil faisait cela," s'écriait Massin, "je vendrais mon greffe, j'achèterais une belle propriété, je tâcherais de devenir juge à Fontainebleau et j'y serais député.

- Moi, j'achèterais une charge d'agent de change," disait le percepteur.

- "Malheureusement, cette petite fille qu'il a sous le bras et le curé l'ont si bien cerné que nous ne pouvons plus rien pour lui.

- Après tout, nous sommes bien certains qu'il ne laissera rien à l'Eglise." ... [...]

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