Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

Laura Kasischke

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 36
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Laura Kasischke   Sam 3 Nov - 21:47

Laura Kasischke a étudié à l'Université du Michigan, elle a gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie ainsi que le Hopwood Awards; elle a également reçu la Bourse MacDowell.
Elle enseigne l'art du roman au collège de Ann Arbor.
Elle vit dans le Michigan, état dans lequel se déroule son roman « A Suspicious river » (publié aux Etats-Unis en 1996).
Ses poèmes ont été publiés dans de nombreuses revues.

(Source : www.christianbourgois-editeur.fr)

Ses romans décrivent principalement la vie de femmes qui vivent dans des banlieues aisées, dont elle creuse l'apparence lisse pour révéler des secrets ou des aspirations plus crus.


_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 36
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: A moi pour toujours   Sam 3 Nov - 21:53

Sherry, la quarantaine, vit dans la banlieue campagnarde d’une grande ville américaine où elle est prof d’anglais à l’université. Elle vit avec son mari, Jon, dans une ancienne ferme rénovée. Ils ont un fils, Chad, qui vient de quitter la maison pour aller faire ses études en Californie. Et Sherry le supporte mal ; ses journées lui semblent vides sans le rythme que son fils leur imposait, et sa relation avec Jon commence à pâtir de leurs vingt ans de vie commune. Sans compter que son père, placé dans une maison de retraite à l’autre bout du pays, lui cause soucis et remords. Elle se sent vieillissante, plus trop désirable, un peu inutile.



Le jour de la Saint-Valentin, dans son casier en salle des profs, elle découvre un petit mot écrit d’une écriture inconnue : « Sois à moi ». D’abord flattée, elle commence à s’inquiéter un peu quand les mots se suivent, certains étant de véritables lettres d’amour. Et elle se met en tête de découvrir qui est le mystérieux inconnu qui s’est entiché d’elle. Cette recherche, qu’elle ne prend pas trop au sérieux puisqu’elle a parlé des mots doux à Jon et à Sue, sa meilleure amie, prendra un tour moins léger au fur et à mesure que Sherry progressera…



Voilà pour l’intrigue, assez simple, quoique pas dénuée de surprises.



Mais il faut aussi parler de l’ambiance. Kasischke, qui est aussi poétesse, a un don pour parler de la nature, de ses bruits, des animaux, de la vie à la campagne, de la pluie, du soleil, de la vie quotidienne dans sa simplicité. Elle en a un aussi pour filer dans son texte des métaphores lourdes de sens et très belles, comme cette image d’une biche que Sherry percute en voiture sur l’autoroute en allant au travail et qui l’obsède pendant plusieurs jours. Chaque personnage est entouré d’une aura un peu mystérieuse, on se demande pendant un petit moment si on les a bien cernés ou pas, et certains ne se dévoilent que très tard… Cette histoire extraordinaire se passe dans un cadre toujours très ordinaire, la petite vie de Sherry et Jon, avec sa routine de départs au travail, de repas, d’invitations, les irruptions de Chad qui rentre pour les vacances et ne reprend jamais vraiment sa place d’enfant de la maison alors que toute la famille est heureuse d’être réunie. On suit le personnage de Sherry dans toutes ses émotions, ses questionnements, ses moments de joie et de déception, et c'est à travers elle qu'on vit toute l'histoire.



Un bon roman, servi par une écriture à la fois efficace et poétique.





Laura Kasischke

A moi pour toujours

Editions Christian Bourgois
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
avatar

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 41
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Lun 12 Nov - 9:22

J'ai terminé ce week-end A moi pour toujours, aussi conquis que Julie.

Kasischke a, outre ses capacités à décrire la nature et les sentiments qu'elle inspire, le don pour faire partager l'ambiance qui règne au sein de la famille ; j'y ai retrouvé (les problèmes conjugaux en plus) celle que j'ai trouvée dans les familles américaines chez qui j'ai séjourné. Les rapports mère-fils, notamment, sont très marquants.

Je le conseille, moi aussi !
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Camille
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
avatar

Masculin
Cancer Chèvre
Nombre de messages : 903
Age : 62
Localisation : B
Emploi : E
Loisirs : A
Date d'inscription : 25/11/2007

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Jeu 29 Nov - 21:28

j'ai entrepris plusieurs fois la lecture de romans de Laura Kasischke mais il n'y a que celui par lequel j'ai commencé, A suspicious river qui m'ait emballé par son étrangeté et la concision de son écriture.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://simon-lio@numericable.fr
L'auteur de ce message est actuellement banni du forum - Voir le message
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
avatar

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 41
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Ven 30 Nov - 8:56

Ah, il risque de nous plaire aussi, alors ! Wink
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
avatar

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 41
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Jeu 3 Juil - 16:12

La vie devant ses yeux/ The Life Before Her Eyes

Inspirée, sans nul doute, par les tueries survenues ces dernières années dans plusieurs lycées américains, Laura Kasischke a bâti, sur ces prémisses (un étudiant débarque dans les toilettes des filles, où deux amies sont en train de discuter tout en se repoudrant le nez, demande laquelle des deux il doit tuer, et l'une des deux, celle qu'on suivra par la suite, répond : "Tue-là, elle, pas moi !"), un roman qui m'a pas mal plu dans sa majeure partie mais m'a laissé très perplexe dans sa conclusion, que les critiques lues ça et là sur Internet proclamaient comme géniale.

En fait, rien de nouveau sous le soleil de ce type de thriller. Des choses bien trouvées, mais aussi, il me semble, une manière de brouiller les pistes qui masque plus un argument finalement assez pauvre qu'il ne fait la preuve d'un talent pour ce domaine de la littérature.

D'ailleurs, il ne faudrait jamais que j'écrive mes notes juste après lecture : je suis souvent, à part quand vraiment un livre m'a énervé, trop doux, trop positif dans mes critiques. Be Mine, si je relis ce que j'en disais en novembre dernier, m'avait plu. La vérité m'oblige à dire que je n'ai plus que de vagues souvenirs de certains passages du roman, et plus aucun de son dénouement...

Peut-être A Suspicious River sera-t-il plus convaincant ?
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56279
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: A Suspicious River   Mar 25 Nov - 23:25



Suspicious River
Traduction : Anne Wicke


A vingt-quatre ans, Leila traîne une vie sans avenir et sans surprises dans une petite ville américaine nommée Suspicious River. Elle a épousé, nous dirons par convenances même si l'expression étonne pas mal à notre époque, le garçon dont elle est jadis tombée enceinte. Pourtant, elle avait décidé d'avorter mais, malgré tout, les parents de Rick ont tout fait pour que les jeunes gens régularisent leur situation.

C'est que Leila a connu une enfance houleuse, entre un père (presque) toujours absent et une mère qui, pour des raisons financières et/ou par goût personnel, se faisait entretenir par une ribambelle d'amants - dont son beau-frère, "l'oncle Andy". Un jour, les choses ont mal tourné et elle a été assassinée. Le pire, c'est que c'est sa fille, alors toute jeune mais en âge de réaliser l'horreur de la situation, qui l'a découverte.

Tout le monde a plaint Leila, tout le monde a plaint son père. Et la pitié engendre des réactions - et des situations - qui, bien qu'inspirées par les meilleures intentions du monde, peuvent emprisonner ...

A sa façon, Leila tente de se libérer. En tous cas, elle se l'imagine en se prostituant aux clients du motel dont elle est la standardiste. Mais, plus qu'une course à la liberté, n'est-ce pas plutôt une course à l'auto-destruction qu'elle entreprend là ?

Kasischke possède un style elliptique. Non sur le plan grammatical mais par la manière dont il exprime les idées de l'auteur et ordonne la structure du roman. Les personnages sont présentés de manière très brute, et sous la seule optique de l'héroïne. Au niveau de celle-ci, il y a une certaine analyse des sentiments et des motivations mais, de façon générale, c'est au lecteur de deviner, de faire les liens, d'aller au-delà de ce que veut bien lui dire l'auteur.

D'habitude, je n'apprécie pas cette façon de faire. Aussi ai-je été assez étonnée de constater que, cette fois-ci, ça marchait et je voulais aller jusqu'au bout de l'histoire - même si la fin est sans surprise.
Julie parlait plus haut de poésie et c'est vrai que cette dimension est ici très présente (ceci même si certaines images m'ont paru plutôt tirées par les cheveux ...) Mais j'ai ressenti autre chose : l'impression très nette que Kasischke ne jouait pas à se trouver un style, que sa manière était innée - même si elle a certainement appris à le travailler - et qu'elle ne pouvait faire autrement. Plus étonnant encore : que, avec un tel amour de l'ellipse et du non-dit, la romancière trouve le moyen d'être aussi présente aux côtés de son lecteur.

En un mot, "A Suspicious River" donne envie de lire d'autres livres de son auteur. Pour un premier roman, c'est très bien.
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
avatar

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 41
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Mer 26 Nov - 8:08

Bon eh bien il va falloir que je le lise, celui-ci parce que je ne peux pas dire que j'aie été transporté par les deux autres...
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56279
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Mer 26 Nov - 10:01

Assurément, cette romancière a quelque chose de particulier. Mais quoi ? ... On cherche à le définir et on se rend compte qu'on n'en a pas dit le premier mot.
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
avatar

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 41
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Mer 26 Nov - 10:21

Pour l'instant, je suis très très très loin d'être convaincu, même si l'ambiance du premier que j'ai lu m'avait plu. Je n'en garde désormais, à peine un an après sa lecture, que le plus vague des souvenirs.
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56279
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Les Revenants   Ven 14 Déc - 19:13



The Raising
Traduction : Eric Chédaille


ISBN : 9782267022117

Extraits
Personnages

Pour autant que nous en puissions juger - nous avons encore deux titres du même auteur à lire mais nous les avons survolés - "Les Revenants" est le roman le plus achevé, le plus abouti de Laura Kasischke.

Le mot-clef du livre, s'il fallait en donner un, serait "apparence" ou "paraître". Or, les apparences, nous le savons tous, sont souvent trompeuses. Trompeuses comme la candeur du récit. Trompeuses comme la foule d'indices, aussi visibles que des pas de yéti dans la neige, que l'auteur s'amuse à semer pour son lecteur afin de l'amener à une conclusion qu'elle démolira comme un château de cartes en un chapitre bref mais mémorable. Trompeuses comme des personnages dont certains font "bateau" ou "cliché" mais qui dissimulent soigneusement leur vraie nature. C'est dire que nous nous trouvons ici face à une intrigue profonde, complexe, rusée. Rira bien qui rira le dernier ...

Comme toujours, Kasischke, qui n'est pas sans faire songer à Joyce Carol Oates, se livre à une critique aiguë de la société américaine. Ici, elle vise essentiellement les fraternités et sororités universitaires, prêtes à tout pour préserver la puissance, parfois incroyable, qu'une administration qui préfère fermer les yeux pour des raisons financières et une société de plus en plus obsédée par le fric et la compétition ont laissé croître et prospérer.

En ce sens, ce roman est tout simplement hallucinant et le lecteur pense tout naturellement à l'histoire des "Skull & Bones", cette véritable société secrète estudiantine fondée à Yale en 1832 par William Huntington, lequel en aurait ramené le principe de ses années d'études en Prusse. En concentrant son intrigue dans le milieu universitaire, Kasischke se contente d'effleurer le côté politique de la chose. Il est là, on le sait, on le sent mais l'auteur n'en touche un mot qu'à la fin du roman, quand on comprend que la mère de Nicole a fait jadis partie de la même sororité que sa fille et que, en raison du pacte qui continue à la lier par delà les années - pacte de classe, pacte d'idéologie, pacte qui rapporte tant d'avantages à ceux qui lui sont fidèles - elle accepte que s'accomplisse l'impensable.

Pour préserver l'"honneur" de leur sororité, les anciennes compagnes de Nicole et leurs relations - et elles en ont beaucoup, d'abord et avant tout chez les adultes - ont besoin d'un bouc-émissaire. Elles décident donc de persuader l'ex-petit ami de la jeune fille qu'il est le seul responsable de sa mort. Traque, insultes, graffiti anonymes, intimidation, violence, en un mot harcèlement physique, moral et même mental, tout leur est bon pour culpabiliser à outrance le malheureux Craig. Le tout est ponctué d'apparitions (ou de pseudo-apparitions ?), destinées à ruiner un peu plus vite, un peu plus tôt, sa résistance nerveuse.

Fort heureusement pour le jeune homme qui, du statut de macho peu sympathique qui est le sien au début du livre, passe bientôt à celui de victime injustement poursuivie par un Destin sadique, Kasischke a prévu un grain de sable. Têtu, coriace même et animé d'un amour réel de la vérité, ce grain de sable se nomme Shelly et est le seul témoin oculaire de l'accident où Nicole, la petite amie de Craig, a trouvé la Mort. Depuis lors, Shelly ne cesse de téléphoner aux journaux locaux pour exiger des rectificatifs aux articles, tous fourmillant d'inexactitudes et d'à-peu près, qui ont rendu compte de la mort de la jeune fille, mais en vain. On lui assure bien qu'on va les publier, ces rectificatifs, seulement, allez savoir pourquoi, ils ne paraissent jamais ...

En dépit de son expérience, en dépit de ses propres années de sororité, Shelly mettra un certain temps avant d'appréhender toute l'ampleur de la machination. Elle-même se retrouvera prise dans la toile : comme elle refuse de changer sa version de ce qu'elle a vu, on la compromet, elle, la lesbienne de l'université, avec une élève qui, comme de juste, appartient elle aussi à l'ancienne sororité de Nicole.

Rassurez-vous : après maintes tribulations, tout se termine bien ou plutôt, les "gentils" finissent par se sortir du guêpier où ils ont eu le malheur de s'engluer, pour la plupart sans en avoir conscience. Quant aux "méchants" ... Puissants comme ils sont, ils passeront au travers, en tous cas pour la majeure partie d'entre eux.

Et les "revenants" ? nous direz-vous. Qui sont-ils ? Et d'abord, existent-ils vraiment ? Eh ! bien, on devine très vite que certaines apparitions tiennent ont plus à voir avec la terre qu'avec le ciel et l'on comprend pratiquement à la moitié du livre que ce qui est dit mort ne l'est peut-être pas autant qu'on souhaiterait. Mais ...

... Mais Shelly, passant une dernière fois devant le lieu de l'accident et cette fois-ci en plein jour, aperçoit soudain un jeune homme qui lui rappelle ... (Et ceci justifie la mort, elle aussi absurde, injuste, de Perry, le co-locataire de Craig. Cela la justifie mais ne nous empêche pas de regretter ce personnage hautement sympathique.)

Nous ne vous en dirons pas plus.
C'est un pirouette habile qui remet en question tout ce que l'on était arrivé à penser - une pirouette qui justifie amplement le titre du roman. Il y a revenants et revenants ...
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/


Dernière édition par Masques de Venise le Sam 15 Déc - 17:05, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Eustrabirbéonne
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
avatar

Féminin
Scorpion Chien
Nombre de messages : 1191
Age : 46
Localisation : Hauts-de-Seine
Emploi : Contrôleur du travail
Loisirs : Thé, sieste et ronronthérapie
Date d'inscription : 13/10/2009

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Ven 14 Déc - 22:17

J'ai été particulièrement frappée par l'amitié entre Craig et Perry, si difficile au début, que la "mort" de Nicole renforce alors même qu'elle devrait la détruire. La fin m'a semblé un peu popote, entre Ann Radcliffe et Dickens, même si elle nous montre des individus - Craig, Shelly, Mira - qui arrivent à s'accomplir à travers l'échec et la solitude. On est tout de même loin de celle, glaçante, de Délicieuses pourritures, auquel j'ai souvent pensé. Le cours de Mira introduit de façon particulièrement habile et naturelle une réflexion passionnante sur les rituels funèbres et la relation des vivants aux morts (coïncidence, d'autres Revenants, sur Canal+, abordent le sujet d'une manière toute différente, mais fascinante). C'est aussi un livre optimiste : un éloge de la liberté, du courage, de l'individu qui, à la masse rassurante mais stupide, cruelle et mortifère (ici la sororité et ses bizutages ridicules et dégradants, comme l'épreuve des culottes sales, pouah!), préfère l'épreuve de la marginalité, de l'incertitude, la nécessité de passer outre à l'angoisse très américaine de "finir pauvre et seul" (copyright Matt Stone dans Bowling for Columbine).
_________________
"Let the blow fall soon or late,
Let what will be o'er me;
Give the face of earth around,
And the road before me.
Wealth I ask not, hope, nor love,
Nor a friend to know me.
All I ask, the heaven above
And the road below me.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.librarything.fr/home/Eustrabirbeonne
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56279
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Sam 15 Déc - 12:00

C'est vrai que "Délicieuses Pourritures" ... drunken L'un de mes préférés chez Oates. Ce que tu dis de Mira me fait aussi songer, Eustra, que toutes les fois que Kasischke met en scène le personnage, je pensais à ... Oates justement. :oops:
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Eustrabirbéonne
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
avatar

Féminin
Scorpion Chien
Nombre de messages : 1191
Age : 46
Localisation : Hauts-de-Seine
Emploi : Contrôleur du travail
Loisirs : Thé, sieste et ronronthérapie
Date d'inscription : 13/10/2009

MessageSujet: Re: Laura Kasischke   Sam 15 Déc - 21:07

Mira est aussi une antithèse d'André et Dorcas : Kasischke y a sûrement pensé d'ailleurs! En revanche il etait assez inédit de choisir comme personnages centraux une mère de famille en plein désarroi, une lesbienne entre deux âges et deux jeunes hommes à peu près puceaux! C'est sans doute pour ça que le roman est si captivant : on ne sait pas où va nous mener l'auteur. Et curieusement les passages les plus érotiques m'ont paru être ceux où Perry regarde Mira! Tiens, je suis allée faire un tour sur notre cher ennemi Wikipédia pour vérifier que Mira veut bien dit merveille en latin (en fait c'est seulement un radical), et j'y ai appris que ça veut dire "la paisible" en serbo-croate (Mira a beaucoup voyagé dans le sud-est de l'Europe) et "celle qui élève" en hébreu. Et en italien "mira" signifie "regarde".
_________________
"Let the blow fall soon or late,
Let what will be o'er me;
Give the face of earth around,
And the road before me.
Wealth I ask not, hope, nor love,
Nor a friend to know me.
All I ask, the heaven above
And the road below me.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.librarything.fr/home/Eustrabirbeonne
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56279
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Esprit d'Hiver   Dim 16 Nov - 19:02



Mind of Winter
Traduction : Aurélie Tronchet


ISBN : 9782253194323

Extraits
Personnages



Bon, alors, aussi sûr que nous sommes au mois de novembre, mois peu gai par son naturel, ne choisissez pas cette époque pour lire "Esprit d'Hiver." En outre :

1) si vous êtes fortement dépressif ;
2) si vous-même ou l'un de vos proches souffrez ou avez souffert d'une maladie héréditaire avec des histoires de vilains gènes-mutants
3) et si vous avez une tendance prononcée à vous sentir coupable de la chose et, partant, de tout ce qui va mal dans le monde en général,

mieux vaut, très sincèrement, que vous passiez loin, très loin au large. Ne tournez pas la tête, ne faites ni un clin d'oeil, ni le moindre "Coucou !" : pour vous, "Esprit d'Hiver" ne doit pas exister.

Pourtant, le talent si particulier de l'auteur n'est pas ici mis en cause. Loin de là. Malgré quelques étranges petits tâtonnements au début - comme une image qui sautille dans un vieux film en noir et blanc, vous voyez ? - "Esprit d'Hiver" trouve vite son rythme de croisière et nous raconte une histoire qui, pour être atroce, n'en est pas moins cohérente du début jusqu'à la fin - terrible, la fin, d'ailleurs.

Le thème central ? Noël, dans le Michigan.
Eric et Holly, qui ont, quatorze ans plus tôt à peu près, adopté une petite orpheline russe, Tatiana (Holly ne pouvait pas avoir d'enfants en raison, justement, de sa maladie héréditaire), se réveillent tard l'un et l'autre. C'est que, la veille, ils ont pris des laits de poule un peu trop arrosés. Eric n'a que le temps de bondir dans sa voiture pour filer jusqu'à l'aéroport récupérer ses parents, Gin et Gramps, couple de noble vieillards à la santé un peu chancelante mais qui s'entêtent encore à vivre sans aucune aide médicale régulière. Holly reste un peu étonnée car, chaque matin de Noël, jusque là, Tatiana se réveillait la première pour venir secouer ses parents et ouvrir les sacro-saints cadeaux. Ce matin, bizarrement, elle est toujours au lit ... A moins qu'elle ne se soit levée et que, voyant ses parents encore endormis, elle n'ait, forte de ses quinze ans et de son adolescence un peu difficile, haussé les épaules et ne s'en soit retournée se recoucher ? ...

Et puis, dans la tête de Holly, tourne et retourne cette phrase : "Quelque chose nous a suivis, depuis la Russie jusqu'à chez nous." Curieux. Gênant. Entêtant. Holly, jadis, rêvait d'être poétesse. Si seulement elle trouvait le temps de se poser au coin d'une table pour écrire cette phrase, peut-être qu'un magnifique poème en jaillirait et que tout s'arrangerait. Qui sait ? Mais c'est impossible : Holly est déjà tellement en retard ! Outre ses beaux-parents, elle attend aussi pour le déjeuner les trois frères d'Eric et leurs épouses ainsi que divers amis ... Et il est déjà plus de dix heures ! Non, le poème attendra. Les poèmes de Holly attendent depuis si longtemps ...

La neige, elle, n'attend pas. Qu'écris-je ! La neige ? Non, un vrai, un authentique blizzard qui immobilise Eric non sur l'autoroute mais dans un hôpital où la "confusion" de sa mère et les "palpitations" de son père l'ont contraint à les expédier, et qui oblige tout le monde à se décommander. Ce Noël, qui s'annonçait sous d'aussi  bons auspices que d'habitude, devient, lentement mais sûrement, un huis-clos des plus angoissants entre une mère dont le lecteur comprend très vive qu'elle est au bord de l'explosion nerveuse et fortement dépressive, et une fille de quinze ans qui, semble-t-il, change d'humeur aussi facilement qu'elle change ce jour-là de vêtements. Et des changements de "looks", Tatiana en accomplit pas mal, tous à base de trois mêmes toilettes : jogging et dos nu d'abord, robe rouge démodée mais offerte par sa chère grand-mère Gin, puis robe noire austère et collante, avec d'horribles chaussures à lacets qui rappellent à Holly celles que portaient les prostituées en Russie ...

Ses yeux aussi. Les yeux de Tatiana. Tantôt ils sont trop grands. Tantôt ils semblent vides - et, oui, ne seraient-il pas plus petits ? Et son teint, ce teint merveilleux qu'on lui enviait tant, avec cette subtile nuance de bleu tout au fond du blanc crémeux. Et ses explosions de colère, puis sa douceur, ses attentions pour sa mère. Et ...

Une foule de "et."
Tout est vu de l'esprit de Holly et les "sautillements de l'image" que j'évoquais tout à l'heure ne sont pas un hasard. Le cerveau de Holly s'adapte tout au long du roman, mais à quoi ? Voilà ce que le lecteur met longtemps à comprendre.

Holly
est un véritable monument à la Culpabilité. Tout d'abord à une culpabilité irraisonnée et sans fondements : on ne choisit pas ses gènes, ni les bons, ni les mauvais. Mais très vite, cette culpabilité se voit dépassée par la Culpabilité maternelle. Holly a-t-elle été, oui ou non, une "bonne" mère pour Tatiana ? Oui, bien sûr et pourtant, à vrai dire, parfois, non - non, c'est tout aussi sûr. Le lecteur s'étonne d'ailleurs au passage de voir cette femme responsable se dire et se redire qu'elle a eu raison de ne jamais envoyer sa fille - Bébé Tatty - chez le médecin et de tricher sans arrêt avec les certificats de vaccination et autres. (Comment y est-elle parvenue ? Kasischke ne nous l'indique pas. ) Et puis - au milieu du blizzard qui n'arrête pas au-dehors, dans ce douillet univers familial américain où l'on a sorti la plus belle vaisselle de grand-maman (l'autre, la mère de Holly, morte du cancer), entre deux déclarations d'amour maternel et trois ou quatre crachats de rejet filial, sans parler de l'horrible scène où une Tatiana qui ne ressemble plus à Tatiana se précipite sur le rôti à moitié cru pour s'en couper des tranches bien sanglantes et les avaler goulûment - la situation se délite de plus en plus. Tout tombe en lambeaux. Si l'on était dans un film gore, on verrait probablement les zombies perdre des morceaux entiers de chair putréfiée.

Un récit maîtrisé et implacable, un roman implacable sur la Culpabilité qui s'impose trop souvent aux femmes et aux mères avec toutes les conséquences que cela implique, un livre aussi qui parle d'un Egoïsme fou, intolérable, que, après réflexion, on ne peut cependant se permettre de juger. Et bien sûr - mais vous l'aviez deviné - un livre sur la Folie : l'innocence, la tranquillité de sa naissance, ses mignonnes grimaces de bébé, les exigences mutines de sa jeunesse et l'incroyable naturel avec lequel, un jour, sous l'effet de certaines circonstances - le Destin nous rattrape toujours, mes bons amis  - elle finit par prendre le contrôle intégral de votre vie.

Un livre dur. A ne pas mettre entre toutes les mains. Et une réussite absolue de Laura Kasischke.

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Laura Kasischke   

Revenir en haut Aller en bas

Laura Kasischke

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: Modeste Panorama de la Littérature :: Littérature made in USA -