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Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Ven 5 Avr - 14:28



Extraits
Personnages



Dans les rues étroites d'une ville portuaire française d'après-guerre - La Rochelle, pour ne pas la nommer - le petit tailleur Kachoudas rase les murs et glisse sur les pavés luisants de pluie, acharné à suivre, au soir tombé, son voisin, M. Labbé, le chapelier, en route pour sa sortie vespérale au "Café des Colonnes" où il joue au bridge avec ses amis, souvent des relations d'enfance, fils de notables comme lu,i qui ont partagé les bancs des mêmes collèges et fréquenté les mêmes amphithéâtres. Frêle, inquiet, timide et dénué de toute confiance en lui parce que trop pauvre, Kachoudas a deviné que son voisin n'est autre que le meurtrier qui, depuis le 13 novembre, s'en est pris à cinq femmes, toutes d'un âge certain mais que rien, a priori, ne paraît relier entre elles. Un soir, son intuition devient certitude absolue : dans les plis impeccables du pantalon du chapelier, son oeil de tailleur vient de repérer, accrochés au tissu, des caractères découpés dans un journal local et semblables à ceux dont l'assassin se sert dans les lettres, évidemment anonymes, qu'il envoie au journaliste Jeantet et à "L'Echo des Charentes", afin d'expliquer ses crimes, lesquels, assure-t-il, ont leur logique, n'en déplaise à l'opinion publique qui le prend à tort pour un fou.

Tel est le point de départ d'un roman singulier et noir, de cette noirceur propre au grand auteur belge, que Claude Chabrol a célébré dans l'un des ses meilleurs films, avec un Michel Serrault une fois de plus époustouflant face à un Charles Aznavour qui ne s'en laisse pas compter.

Simenon, c'est d'abord un style : simple, net, qu'on pourrait presque rapprocher de la fameuse "ligne claire" créée par Hergé, sans fioritures inutiles, au service d'une intrigue et de personnages qui, pour leur part, sont loin, mais alors là très loin de la simplicité. Toutes proportions gardées, Simenon nous évoque un Flaubert qui, enfin délivré de ses angoisses d'écrivain, aurait réussi à produire ou plutôt à multi-produire, en ne reniant pas l'aspect critique sociétale de l'oeuvre mais en l'étayant solidement au moyen du genre policier. Qu'on lise à l'aveugle le début du "Chien Jaune" ou celui des "Fantômes du Chapelier", on sait, dès le premier paragraphe, qu'il s'agit de Simenon - et pour ce faire, nul besoin d'avoir lu l'intégrale de ses titres. Cette méticulosité dans l'expression, cette phrase redoutablement plate qui s'en tient à l'essentiel - ou qui en donne l'impression - ce ne peut être que Simenon - le Simenon des romans, bien sûr car celui de ses "Mémoires" est beaucoup plus prolixe et parfois, à notre avis, imbuvable.

Simenon, c'est aussi un décor, le plus souvent urbain, qui s'impose tranquillement au lecteur avec une telle justesse dans le trait, dans le détail qu'il en arrive à percevoir la pluie qui n'arrête pas de tomber, les maisons qui se recroquevillent et se ferment dès sept heures du soir, devant la crainte inspirée par l'assassin, les vapeurs trop chaudes, la buée sur les glaces au "Café des Colonnes", le petit placard bricolé par le chapelier afin de faire croire que sa femme invalide continue à le "sonner", la salle-à-manger où Louise, la bonne, lui sert son repas solitaire, les craquements du vieil immeuble, les fenêtres plus humbles, plus pauvres, qui sont celles de la famille Kachoudas, juste en face de chez les Labbé et les pavés des rues qui se déroulent comme un serpent sans fin dans la nuit hantée par un criminel sans visage ...

Simenon, c'est tout ce qui est dit - le minimum - et tout ce qui n'est pas dit - c'est-à-dire l'essentiel. On comprend vite que Labbé a tué sa femme. De même qu'on saisit la logique des cinq premiers meurtres et de la tentative ratée du sixième. Le chapelier n'est pas fou : c'est simplement un homme qui en a eu assez et qui, ensuite, tue pour sauver sa peau.

... Mais à partir du moment où Labbé s'en prend à des innocents (et Kachoudas, miné par la maladie qu'il a contractée en filant son voisin par tous les temps et surtout sous la pluie, fait partie du lot), cette tranquillité presque bon enfant, ce bon sens dans le crime qui en faisait un personnage relativement normal - et presque notre frère, à nous, lecteurs, qui, un jour, pouvons, nous aussi, sous le coup de la fatigue ou de la colère, en avoir assez - tout cela s'écroule et le chapelier nous apparaît - et s'apparaît à lui-même - comme ce qu'il était sans doute dès le début : un tueur animé par la seule jouissance de tuer. Ou alors, ses succès l'ont grisé, il y a pris goût - il se prend pour Dieu. Mais peu importe dans le fond : qu'il ait toujours été tueur dans l'âme ou qu'il le soit devenu sous la pression des événements, le chapelier a franchi les limites, il n'est plus des nôtres, il a sombré dans cette folie dont il se défendait pourtant dans ses lettres à Jeantet et à la ville.

Bref, c'est du Simenon. Du bon, du grand Simenon. Lisez, vous verrez bien.

NB : Et n'oubliez pas non plus de visionner le film de Chabrol. Il vaut le détour.
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MessageSujet: Maigret & La Jeune Morte   Lun 15 Sep - 17:50



ISBN : 9782253142409

Extraits
Personnages


C'est l'un des romans qui met en scène Lognon, celui que toute la Police parisienne a surnommé à l'unanimité "l'Inspecteur Malgracieux." Excellent flic mais ayant une tendance très nette à se percevoir comme la victime du Destin et encore plus de ses collègues, Lognon court après une promotion qui ne viendra jamais. Il se passe toujours quelque chose qui enraie le processus. Très souvent aussi - trop souvent à son gré - Lognon voit Maigret débouler dans "son" enquête et c'est d'ailleurs le cas dans ce roman puisque la jeune morte dont il est question est retrouvée place Vintimille, au beau milieu du "territoire" de l'Inspecteur Malgracieux.

Côte à côte spirituellement si ce n'est physiquement, Maigret et Lognon vont mener l'enquête et la résoudre, chacun à sa façon.
Entre deux cogitations intenses, l'un n'a qu'à décrocher son téléphone pour disposer de tous les services qu'il désire. L'autre n'aime rien autant que se martyriser une fois de plus en traquant le coupable inconnu dans le Paris des années cinquante, à pied le plus souvent (et l'on ne vous raconte pas les étages montés et redescendus) et, parfois, en métro. Chaque ticket, chaque dépense se traduit par une "fiche" que Lognon, administratif dans l'âme, traîne avec lui durant toute l'enquête afin de bien faire comprendre à Maigret - qu'il n'apprécie pas - que lui, tout Inspecteur Malgracieux qu'il est, va vraiment "au charbon", et dans les circonstances les plus difficiles qui plus est.

La force du récit tient autant au style irremplaçable de Simenon qu'à l'opposition qui préside aux rapports entre les deux personnages principaux. Le style, tout lecteur de Simenon le connaît bien : ces phrases concises, soigneusement aplaties et rabotées, qui n'ont pas l'air de dire grand chose lorsqu'on les prend une par une mais qui, rassemblées, plantent le décor, allument les projecteurs, installent les personnages et enfin animent l'ensemble d'une façon si naturelle que le lecteur en reste paralysé d'émerveillement. Quelle puissance dans l'analyse psychologique, dans ces recoupements de petits faits qui ne paient pas de mine, de petites phrases rapportées par des témoins plus ou moins bien intentionnés, de gestes quotidiens accomplis dans la colère, la routine et la lenteur ...

Pas un seul instant, on n'entend directement la voix de la jeune morte et pourtant, on finit par tout savoir de son enfance chaotique, de sa timidité malmenée, de ses rêves écornés et du coup de chance manqué qui la mène droit dans les bras de la Mort. Maigret scrute, se concentre, s'incarne pour ainsi dire dans sa victime. En parallèle, Lognon fait exactement la même chose, à sa manière étriquée, malheureuse mais redoutablement professionnelle. Si tous deux s'attachent aux maigres faits dont ils disposent, tous deux osent aussi franchir le pas de l'intuition, de ce flair de limier-né qui les fait, peu à peu, dérouler devant eux les péripéties sordides d'une piste absolument froide.

Quant à l'opposition Maigret-Lognon, elle permet au roman de respirer en lui apportant un humour bienvenu qui fait sourire et même rire. On n'a pas grande difficulté à s'imaginer, réunis à la P. J., dans le même bureau, tournant l'un autour de l'autre avec le même embarras et la même suspicion, un Maigret tout en masse et en rondeurs, son éternelle pipe à la bouche, surveillant pour un temps son ton bourru afin de ne pas froisser la fierté d'écorché-vif de l'Inspecteur Malgracieux, et un Lognon maigre, déplumé, enrhumé, dont chaque éternuement est un reproche, dont chaque "fiche" justificative se veut un rappel des dures conditions de travail qu'on lui impose et qui guette éperdument le mot de trop - ou le mot de moins - qui prouvera de manière irréfutable, aux yeux de l'univers tout entier, que Maigret a une dent personnelle (et injustifiable) à son encontre.

Simenon touche ici, comme si souvent dans son oeuvre, classique ou policière, à la perfection. Il raconte avec simplicité, il émeut avec pudeur, il conclut avec un fatalisme amer. L'un de ses meilleurs livres, qui se lit d'une traite.

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MessageSujet: AA   Lun 15 Sep - 20:14

... J'ai lu (dont certains plusieurs fois), quasiment tous les Maigret... Et je suis un "accro" de Georges Simenon, que je considère comme "le plus grand romancier du 20 ème siècle"... et dont j'ai lu quantité d'ouvrages...

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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Jeu 18 Sep - 16:39

Le plus grand, je ne sais pas mais l'un des plus grands, ça, c'est certain !
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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Jeu 18 Sep - 17:05

J'adore Simenon......
Et je vais "heurter" et scandaliser.......Je retrouve du Simenon dans Fred Vargas.......La lenteur, la lumière qui se pose sur les petites choses, le goût pour les humbles, cette prédilection pour pour les coins et les recoins un peu sombres, dans les lieux, les gens, les actes;
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MessageSujet: Pietr le Letton   Jeu 18 Sep - 17:16



ISBN : 978-2258073401

Extraits
Personnages


Historiquement, si j'ai bien compris - car la genèse de Maigret n'est pas simple - "Pietr le Letton" constitue le premier roman où le commissaire au chapeau melon et à la pipe tient pour la première fois et jusqu'au bout le premier rôle. Sa silhouette s'est peu à peu précisée à l'imagination de son créateur qui l'a déjà fait se profiler dans un texte ou deux. Mais là, le commissaire vient carrément d'"apparaître" à l'écrivain alors que celui-ci écrivait sur le bateau avec lequel il remontait la Seine ou la Marne et, détail assez savoureux, le fameux poêle à bois que Maigret entretient avec tant d'amour dans son bureau du Quai des Orfèvres est un "cadeau" que lui fit son créateur, lequel souffrait alors, devant son texte et sa machine à écrire, du froid qui imprégnait l'air fluvial. On peut dire de cette "apparition" qu'elle est déjà en majesté : rien n'y manque - en tous cas, rien de ce qui fera Maigret qui se montre déjà bourru, bougon et redoutablement taciturne.

L'intrigue ? ... Un crime dans "L'Etoile du Nord", ce train bien connu qui commença à assurer le service entre Amsterdam et Paris, via Bruxelles, dans les années vingt avant de prendre sa retraite dans la dernière décennie du XXème siècle. Dès le début, Maigret sait qu'un escroc d'envergure internationale, surnommé "Pietr le Letton", est à bord de ce train, et a pour charge de surveiller ses faits et gestes. Mais, quand il arrive sur les lieux pour l'enquête, il découvre avec perplexité que la victime ressemble trait pour trait à l'escroc. Jusque dans le dessin des oreilles. Nous sommes dans les années vingt et les technologies policières, même si Bertillon leur a fait faire un indiscutable bond en avant, sont encore dans leur petite enfance en Europe.

Le problème, c'est que, quelques minutes plus tôt, un Pietr le Letton dans une forme parfaite (ou, en tous les cas, un homme qui lui ressemble là aussi trait pour trait), est descendu, vaguement dédaigneux et très élégant, de "L'Etoile du Nord" et s'est installé dans un grand hôtel de la capitale où il semble vouloir faire affaire avec un Américain. Lors d'un très bref chassé-croisé avec ce dernier, Maigret obtient d'ailleurs la confirmation que l'Américain connaît parfaitement le personnage qu'il a invité à sa table pour ce qu'il est : un escroc.

Alors ? Qui est le mort ? Et très bientôt, où est passé le Letton qui disparaît de l'hôtel sans tambour ni trompettes avant d'y reparaître, un ou deux jours plus tard, avec le même étonnant sans-gêne ?

Si Simenon puise encore les ressorts de son histoire dans le fonds de commerce de ce roman populaire qu'il rêve de laisser en carafe, si, çà et là, se pointent encore deux ou trois points d'exclamation très mélodramatiques et éminemment feuilletonnesques, "Pietr le Letton" est cependant du Maigret pur jus : bougonnements, silences, cogitations diverses, grand remuement interne du commissaire lorsqu'il comprend que l'un de ses inspecteurs, Torrence, a été assassiné parce que lui-même lui avait dit de rester tranquillement à l'hôtel, à surveiller le Letton et les Américains, cette colère formidable et têtue dont les aficionados verront bien souvent leur héros accablé devant l'injustice amère de l'existence, et bien sûr ces descriptions de paysages urbains et nocturnes à nulle autre pareilles. Avec, pour une fois - la seule, je pense - la "bourde" magistrale et plus ou moins volontaire du commissaire qui laisse le Letton s'emparer de son arme de service pour se donner la mort.

Maigret agit-il par pitié ? Ou pour venger la mort de Torrence ? Son inconscient intervient-il ou pas ?  Le lecteur cherche et cherchera longtemps la réponse.

Que dire d'autre ? On ne résume pas Simenon : on se contente d'encourager sa lecture - y compris et avant tout peut-être celle des non-dits qui peuplent l'univers de Maigret.

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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Jeu 18 Sep - 17:18

Non, je ne trouve pas ta comparaison choquante, Elisabeth. Il est indéniable que Vargas a le don pour "poser" une atmosphère typiquement française et souvent bien plus provinciale que parisienne. Elle analyse cependant directement plus que ne le faisait Simeon qui, en fait, se contente de "souffler" plus ou moins à l'oreille de son lecteur.
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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Jeu 18 Sep - 17:31

MDV a écrit:
Elle analyse cependant directement plus que ne le faisait Simenon qui, en fait, se contente de "souffler" plus ou moins à l'oreille de son lecteur.

Oui, c'est exact; il faut dire que l'essentiel est là, la "construction" d'un anti héros, à première vue, qui est démentie ensuite par la seconde construction d' un vrai héros, avec les attributs caractéristiques, singularité, excellence, solitude, exploits accomplis; ces attributs de l'excellence reposant sur,en fait, des "manques" des lacunes = peu de mémoire sinon visuelle, primat du ressenti sur la logique, incapacité de concentration intellectuelle, réflexion analytique démesurée, pas ou peu de synthèse;

Mais, mais......Maigret soi-même a ses minutes "Adamsberg", lorsqu'il "devient plus lourd" comme dit Simenon, qu'il se met à ruminer, à marcher dans Paris, à se remémorer les personnes, leur tons de voix, leurs mimiques.....
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MessageSujet: Le Charretier de la Providence   Jeu 18 Sep - 18:12



ISBN : 978-2258073401

Extraits
Personnages


Ici encore, Simenon retourne aux sources du roman populaire. Sous la plume d'un autre, les bases de son intrigue policière et le personnage de Jean, le charretier, auraient sombré dans le ridicule et le mélo. Mais la recherche de l'auteur, en quête d'une façon unique et jamais vue de raconter une histoire policière, et sa maîtrise de l'écriture qu'il doit sans doute autant à sa nature foncière qu'à un travail acharné dans les colonnes du journalisme de l'époque, retournent la situation comme une crêpière habile le ferait d'une pâte un peu trop lourde. "Le Charretier de la Providence" n'est pas seulement un roman policier, c'est surtout un drame humain singulièrement poignant, auquel assiste un lecteur peu à peu fasciné par sa profondeur et son absurdité.

A l'origine, évidemment, un cadavre. Celui d'une jeune femme retrouvée ensevelie dans la paille de l'écurie, sur l'une de ces péniches qui, non encore dotées d'un vrai moteur, qui remontent les chemins fluviaux en se faisant haler sur une partie du chemin par des chevaux. Nous sommes en effet à la fin des années vingt. Comment ce cadavre, celui d'une femme soignée, bien habillée et visiblement à mille lieues de l'univers de la batellerie, a-t-il fini dans la paille de "La Providence" ? Sur son cou, de grosses marques noires : elle a été étranglée par quelqu'un qui possède une sacrée poigne.

Sur "La Providence", personne n'a rien vu, personne ne sait rien et la péniche reprend bien vite sa route. (Il faut dire que, alentour, on n'a rien vu et on ne sait rien de plus. ) On finit cependant par identifier le corps : c'est celui de la troisième épouse d'un yachtman anglais, ancien officier de l'Armée des Indes, qui remontait lui aussi le cours de la Seine, entre deux péniches. Mais cette identification ne fait que placer un nom sur le corps d'une victime d'assassinat. Rien sur l'identité de son meurtrier et moins que rien quant à la façon dont cette bourgeoise bien nantie a atterri auprès des chevaux endormis de "La Providence."

Maigret est perplexe. On le serait à moins. A cela s'ajoute le fait que les autorités françaises n'ont aucune envie de troubler le veuf, ce gentleman qui, certes, aime à se pochetronner un peu plus que la moyenne mais qui est aussi un sujet, respectueux et décoré, de Sa Très Gracieuse Majesté. Surtout pas d'incident diplomatique !

Là, Maigret s'énerve. Si l'on excepte ses rapports délicats avec l'inspecteur Malgracieux, on ne peut pas dire qu'il fasse souvent dans la diplomatie. Et puis, disons-le tout net, il soupçonne fortement le mari (et l'amant, car la disparue avait son amant sur le yacht, de même que son époux voyageait avec sa maîtresse). Sans compter que ce n'est tout de même pas parce que l'Anglais a été décoré par George V qu'il faut tout lui passer !

Cette répugnance de Maigret, il le reconnaîtra lui-même, va sinon le bloquer, en tous cas l'orienter dans une mauvaise direction. Mais, dans un sursaut, il retrouve vite la seule piste valable et entreprend de la suivre ... à bicyclette - et sur soixante-dix-huit kilomètres, avec la pluie et la boue pour toutes compagnes. (L'idée du commissaire à bicyclette m'a beaucoup amusée, je dois l'avouer.)  

Au-delà du crime, il y a aussi la passionnante promenade dans un milieu bien particulier, celui de la batellerie au temps où elle employait encore des chevaux ou des mulets, et cette façon unique qu'a Simenon de "croquer" ses personnages, principaux comme secondaires, par un ou deux détails qui, très vite, s'imposent à l'esprit du lecteur et leur donnent une étonnante réalité. Si peu de détails dans le fond et pourtant, on pourrait presque les toucher ... Il n'y a guère que leurs motivations qui nous échappent. L'écrivain nous en distille bien çà et là un éclat, un miroitement fugitif, à peine aperçu qu'il s'évanouit tout de suite dans la foule d'interrogations qu'il suscite. Mais cela s'arrête là. Par exemple, par la force des choses (il a les côtes éclatées et ne peut plus parler), on ne saura jamais ce que le charretier de la Providence voulait confier à Maigret. Et l'on reste là, le livre terminé, à se demander, à rêver ...

Le miracle s'est accompli : le lecteur s'est si bien "simenonisé" qu'il n'a même plus envie de savoir. Le rêve lui suffit ...

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MessageSujet: Monsieur Gallet, Décédé   Dim 21 Sep - 17:57



ISBN : 978-2258073401

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Personnages


L'une des réussites de Simenon : un véritable tour de passe-passe criminel où, contrairement à ce qu'il se passe sur les scènes où s'exhibent les prestidigitateurs, le mécanisme du numéro est impeccablement démonté et expliqué au lecteur qui trépigne à l'idée de savoir enfin la vérité. Car, comme le disait Eustrabirbéonne en d'autres termes, "Monsieur Gallet, Décédé", repose sur la négation de l'une des règles-clefs du roman policier. Inutile de nous appliquer les poucettes : nous ne vous révèlerons pas la nature de cette règle. Tout simplement parce que, du coup, vous perdriez tout intérêt pour l'intrigue en apprenant dès cette fiche le fin mot de l'histoire.

Ce que vous pouvez et devez savoir, c'est que Maigret n'avait pas besoin de l'Affaire Gallet. En effet, le roi d'Espagne s'apprêtait à passer par Paris et, nombre de collègues du commissaire étant soit en vacances, soit déjà pris par d'autres crimes, notre limier au chapeau melon et à la pipe se voit accablé de responsabilités. Mais il n'y a personne pour traiter la mort de ce Joseph Gallet, une mort étrange dont on a du mal à distinguer s'il s'agit d'un assassinat (on a tiré sur la victime à sept mètres de distance) ou d'un suicide (Gallet semble avoir retourné contre lui le couteau qu'il tenait). Songer qu'il puisse s'agir des deux est évidemment encore plus absurde, nul ne nous contredira sur ce point ...

Comme à son habitude - et un peu à celle de l'Inspecteur Columbo, bien plus tard et en d'autres paysages  Wink - Maigret pense d'abord à la victime et comme elle aurait pu penser. Au début, ce M. Gallet, qu'affligeaient une femme dédaigneuse, un fils unique et revêche, une belle-famille méprisante et enfin une maladie hépatique le contraignant au régime, ne l'inspire guère. Son entourage, déjà énuméré, ne fait pas mieux : les membres en sont trop petit-bourgeois, trop raidis dans leurs a prioris et aussi dans leurs faux-semblants. Un à un, le commissaire débusque les mensonges de Gallet mais aussi ceux dont on l'a gavé. Ainsi, pendant dix-huit ans, M. Gallet s'est évertué à faire croire à toute sa famille qu'il continuait à travailler pour Niel, une maison ayant depuis belle lurette pignon sur rue et vendant argenteries diverses et autres brimborions du même type. En réalité, il s'était fait une petite spécialité de "taper" les aristocrates légitimistes de province afin que ceux-ci participassent financièrement à tel ou tel projet en faveur de l'un des leurs tombés dans le besoin, voire d'une restauration des Bourbons sur le trône.

Thomas Gallet, lui - je ne sais pas si vous avez remarqué avec notre actualité du XXIème siècle, mais le prénom "Thomas" recouvre souvent des imposteurs qui oublient de déclarer leurs impôts, font des séries-rap vantant le sexe, la drogue et l'alcool ou encore se créent des ardoises énormes dans les casinos ou en achetant des appartements à Paris tandis que Papa s'évertue à payer tout ça et à faire disparaître les raisons de poursuites pénales   - Thomas Gallet, donc, déjà gagné semble-t-il, au tout début des années trente, par la malédiction qui semble poursuivre le prénom reçu à son baptême , a trouvé un emploi dans une grande banque parisienne où son tempérament froid et bilieux fait merveille. Mais, avec la complicité de sa maîtresse, Eléonore Boursang, une blonde assez bien roulée, un peu plus âgée que lui et épouvantablement calculatrice, il fait en parallèle chanter son père dont il a découvert le secret. Chaque mois, le pauvre défunt se défaisait ainsi d'une somme bien confortable, au bénéfice un certain "M. Jacob", qu'il ne connaissait que par la voie épistolaire et qui n'était autre que son fils unique, aiguillonné par Eléonore à l'arrière-plan.

Ca, ce n'est rien que pour la famille.  

Passons maintenant au lieu où Gallet a trouvé la mort. Une petite auberge paisible, où il avait bien demandé qu'on lui réserve une chambre "donnant sur la cour" et où il descendait, depuis des lustres, sous le nom de "M. Laurent." L'aubergiste et son personnel ne comprennent rien à ce décès étrange qui risque surtout de compromettre la renommée de l'établissement. Non plus que Tiburce de Saint-Hilaire, le châtelain du coin et voisin immédiat de l'auberge. Certes, il finit par confesser à que les activités "légitimistes" de Gallet avait amené ce dernier bien souvent en son manoir mais pour le reste, il n'en sait pas plus que les autres. Il ne savait même pas que "M. Laurent" s'appelait en réalité "Gallet."

Et là, nous arrêtons parce que, en conscience, nous ne pouvons pas aller plus loin. C'est tordu et pourtant des plus rectilignes, bourré d'ornières en tous genres mais guidé par une volonté solidement déterminée, à la fois très complexe et ... très simple. Si simple que, que ce soit aux yeux de Maigret ou à ceux du lecteur, fût-il chevronné, la vérité tarde à se faire voir. Peut-être aussi parce que notre esprit cartésien ne peut qu'être pris en défaut.

Une chose demeure cependant : "M. Gallet, Décédé" est l'un des meilleurs opus de Simenon. Et c'est aussi l'un des "Maigret" où l'analyse psychologique poussée reprend tous ses droits. Il y a, dans ce livre, malgré le cadavre, les coups de revolver, les promenades nocturnes et les bassesses des uns et des autres, plus de cogitation que d'action. Pour la petite histoire, sachez également que c'est ici qu'apparaît pour la première fois Moërs, le spécialiste de la Technique Judiciaire que l'on retrouvera fréquemment au gré des enquêtes de Maigret.

Voilà, vous savez tout - ou presque. Si vous voulez le morceau final du puzzle, lisez "Monsieur Gallet, Décédé."

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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Dim 21 Sep - 18:04

Toi, tu vas me faire relire tout Maigret.......
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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Dim 21 Sep - 18:27

Simenon était un fabuleux écrivain. Mieux vaut l'admettre tard que jamais. Et en plus, le lire, ça apaise ... Enfin, moi, ça me déstresse. Wink
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MessageSujet: Le Pendu de Saint-Pholien   Dim 21 Sep - 20:08



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L'intrigue de ce "Pendu de Saint-Pholien" n'aurait pu prospérer sans la décision impulsive du commissaire Maigret d'échanger la valise d'un passager qu'il suspecte d'escroquerie, voire de nihilisme (ou de ce qui y ressemble le plus dans les années trente) contre une autre, tout à fait semblable, mais bourrée de vieux journaux. Poussé par son instinct, le commissaire suit sa proie éventuelle à Brême, descend dans le même petit hôtel et là, avant d'avoir eu le temps d'intervenir, il voit l'homme, qui vient tout juste de découvrir les vieux journaux dans la valise, sortir un revolver de sa poche et se tirer carrément une balle dans la bouche. Mort immédiate, cela va sans dire.

Pour le coup, le commissaire est secoué. Le titre du premier chapitre est d'ailleurs suffisamment éloquent puisqu'il nous annonce "Le Crime de Maigret." Mais soyons honnêtes : comment Maigret aurait-il pu se douter - et le lecteur avec lui - que la découverte de vieux journaux en lieu et place d'un banal costume bien usé et qui n'était même pas à sa taille amènerait l'inconnu de Brême à se suicider de manière aussi abrupte ? En vain le commissaire retourne-t-il en tous sens le costume en question : vieux, usagé, troué même, avec de nombreuses taches qui laissent supposer que le tissu a été en contact avec du sang. Pas de quoi fouetter un chat. Ou alors, où est le chat ?

Maigret découvre tout de même que l'homme voyageait avec un faux passeport au nom de Louis Jeunet. Mais c'est bien là, avec le fameux costume et la valise - l'une de ces valises qu'on achète dans n'importe quel magasin moyen - la seule chose dont il puisse tirer parti dans l'enquête qui s'annonce. Heureusement, têtu, patient et bien décidé à comprendre parce qu'il sait, qu'il sent, qu'il y a quelque chose à comprendre, il a la bonne idée de guetter à la Morgue de Brême pour voir si, par hasard, quelqu'un ne se présentera pas pour identifier le défunt. Et bingo ! Se présente un certain Joseph Van Damme. Oh ! il prétend bien n'avoir aucune idée de qui est le mort mais comme il avait lu, dans les journaux, qu'un Français s'était suicidé et que lui-même était d'origine française, n'est-ce pas ? ...

"Le Pendu de Saint-Pholien" est vraiment le roman du Hasard - ou du Destin, comme vous voudrez. On ne peut nier que le Destin apparaisse dans toutes les aventures de Maigret mais dans celui-ci, on peut dire, sans exagération aucune, qu'il règne en maître. En effet, le livre repose dans son intégralité sur une succession de "si" et une véritable avalanche de grains de sable qui, implacables, détraquent la mécanique somme toute classique d'une pseudo-"conjuration" comme on en forme quand on est jeune et étudiant, au point de la transformer en un lancinant cauchemar pour tous ceux qui y participèrent.

Ainsi, si X ... n'avait pas été si riche, si arrogant et si Y ... n'en avait pas pris un tel ombrage ... Si Y ... avait pu étouffer sa culpabilité ... Si Z ... à son tour avait pu oublier ... Si Maigret de son côté n'avait pas interverti la valise ... Si ... Si ... Si ... Telle une gigantesque chauve-souris ankylosée mais toujours battante, tout un drame défripe ici ses ailes poussiéreuses et prend son envol d'abord paresseux, puis vif et de plus en plus décidé à travers les brumes des rues nocturnes, à Liège et à Paris. Un battement d'ailes et Maigret risque bien d'être mis hors service par un coup de feu tiré par on ne sait qui. Un autre battement et les "conjurés" de jadis se regroupent tous devant le commissaire, sur les lieux mêmes du meurtre sans lequel il n'y aurait jamais eu de "Pendu de Saint-Pholien", et craquent un à un.

Reste à Maigret à prendre la décision finale car, à un mois près, il y avait prescription.

Vous qui connaissez l'humanité bougonne mais bien réelle de Maigret et de son créateur, avez-vous deviné quelle sera cette décision ? Si vous doutez encore, lisez "Le Pendu de Saint-Pholien", roman qui commence par une espèce de farce tout à fait anodine et qui révèle au fil des pages que le Destin, lui, n'arrête pas de nous faire, à tous, des farces bien plus discutables et bien plus terribles dans leurs conséquences que l'interversion de deux valises jumelles dans un hall de gare.
Nota Bene : n'oubliez pas la fiche consacrée par Lydia à cet ouvrage, en premier post de cette page.  
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MessageSujet: La Tête d'Un Homme   Mar 23 Sep - 10:56



ISBN : 978-2258073401

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Parce que Maigret est apparu dans les années vingt, parce que Georges Simenon aussi a écrit de manière si prolifique que certains ont fini par douter de ses dons d'écrivain, on oublie trop souvent qu'il innova dans le domaine du policier à peu près autant qu'Agatha Christie à la même époque et de l'autre côté du Channel. "La Tête d'Un Homme" est là pour nous rappeler ce désir novateur puisque toute l'intrigue repose sur l'analyse d'un crime "gratuit", inspiré à un psychopathe en puissance par le seul désir de tuer "pour le plaisir."

L'homme est supérieurement intelligent, la chance le sert sans doute beaucoup et il ne voit aucun inconvénient à accabler de preuves un malheureux innocent - Joseph Heurtin - qu'il a lui-même placé sur les lieux de l'assassinat pour que la Police en tire les conclusions qui s'imposent mais qui sont hélas ! complètement erronées. Le grain de sable, que notre psychopathe n'avait pas prévu, réside en lui-même : en définitive, il veut que son "oeuvre" soit reconnue et, partant, signe ainsi son propre arrêt de mort.

A l'époque en effet, rappelons-le, la Veuve travaille encore très régulièrement pour la Justice et Joseph Heurtin n'est pas loin de passer sous son couperet lorsqu'il reçoit un billet lui indiquant toutes les directives pour une évasion, le tant, à telle heure. Heurtin est un être simple, voire simplet - ceci même si deux experts-psychiatres ont formellement déclaré à la barre qu'il jouissait de toutes ses facultés mentales - et la vision d'un voisin de cellule, lui aussi condamné à mort, qu'on emmène un beau matin, les cris et les pleurs de l'homme surtout, le terrorisent à tel point qu'il décide de suivre les indications fournies par le billet mystérieux. Et tout fonctionne : il se retrouve bientôt hors de la Santé.

Pendant qu'il prend ses jambes à son cou, de l'autre côté des murs, l'élégant et mondain juge Coméliau, qui veillait au bon déroulement de l'affaire en compagnie de Maigret, n'a qu'une seule peur : que cet incorrigible commissaire, avec sa massivité et son entêtement d'armoire normande, se soit trompé, que Heurtin soit réellement coupable - après tout, la justice ne s'est-elle pas exprimée sur ce point ? - et que, après l'avoir aidé à s'évader sans qu'il s'en doute, les représentants de l'ordre ne le voient s'évanouir à tout jamais dans la nature. Après tout, ainsi que le rappelle aimablement Coméliau à Maigret plus bourru que jamais, si Heurtin risque sa tête, lui, Maigret, risque toute sa carrière sur une simple intuition.

En effet, pour l'homme du 36, Quai des Orfèvres, qui a tourné et retourné dans tous les sens une affaire dont la conclusion, trop facile, ne le satisfaisait pas, et bien qu'il ait, au vu des preuves matérielles, procédé lui-même à l'arrestation de Joseph Heurtin, de deux choses l'une : ou bien le condamné est fou (du coup, on devrait l'envoyer en psychiatrie et non pas à la rencontre de l'honorable Veuve), ou bien il est innocent et victime d'une machination. Têtu comme toujours, serrant de plus en plus fort les dents sur sa célèbre pipe, notre commissaire n'en démord pas et est même parvenu à ébranlé le Parquet. D'où cette "expérience" inattendue d'une évasion facilitée par les gardiens de celui qui se fait la belle, et qui va, c'est l'espoir avoué de Maigret, révéler dans l'intrigue des fils jusqu'ici demeurés trop ténus pour qu'on les voie.

La traque de Heurtin commence. Et comme l'avait soupçonné le commissaire, d'étranges réactions se font jour. Passe encore pour le neveu de la riche Américaine assassinée : après tout, l'affaire le touche de près puisqu'il hérite de Mrs Henderson. De là, maintenant, à se suicider, c'est tout de même intrigant ...  Mais surgit très vite de l'ombre un personnage hors-norme, rouquin et sarcastique, qui, manifestement et même si cela n'était pas apparu à l'instruction, sait quelque chose sur l'assassinat.

... Mais quoi, exactement ? Et pourquoi aurait-il tué Mrs Henderson et sa dame de compagnie ? Le mobile fait défaut. Mais Maigret s'acharne : une fois de plus, il veut comprendre.

A lire, non seulement pour l'intérêt du récit mais aussi parce que "La Tête d'Un Homme" constitue l'une des toutes premières études de "crime gratuit" de la littérature policière francophone du XXème siècle.

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MessageSujet: Le Chien Jaune   Mer 24 Sep - 9:46



ISBN : 978-2258073401

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En pays breton, on dit de quelqu'un qui n'attend pas que le ciel lui tombe tout rôti dans le bec, de quelqu'un qui travaille donc, se montre courageux et ne laisse sa tâche à personne, de quelqu'un aussi qui est débrouillard, vif et prompt à prendre une décision, qu' "il n'a pas les deux pieds dans le même sabot." C'est la définition qui correspond à mon sens au mieux à ce "Chien Jaune" de Simenon, un roman où, même si Maigret pense et cogite toujours autant, l'action domine l'essentiel du récit.

En effet, à l'Hôtel de l'Amiral de Concarneau, où le commissaire Maigret, alors en détachement à Rennes, est dépêché suite à une tentative de meurtre sur la personne d'un honnête notable de la petite ville - a-t-on jamais rencontré d'ailleurs de notable qui ne fût point honnête ? - les actes criminels s'enchaînent avec une précision implacable. Des bouteilles de Pernod et de calvados empoisonnées à la strychnine dès le jour même de l'arrivée de Maigret jusqu'à la mort - toujours par absorption de poison - d'un second notable compagnon de bouteille et de bamboche du premier, en passant par la "disparition" du journaliste local, qui connaît tout le monde et peut-être tout sur tout, et dont on ne retrouve que la voiture avec de nombreuses taches de sang à l'intérieur, tout va à une vitesse singulière et tout à fait inhabituelle pour l'amateur de Maigret : c'est un véritable tourbillon, qu'accompagnent en mesure la pluie et le vent bretons, particulièrement en grande forme dans "Le Chien Jaune". (Et je ne vous dis rien de la boue dans les rues et sur la lande : un vrai régal ! )

L'astuce de Simenon dans ce roman consiste d'une part à ralentir les réflexions du commissaire et, d'autre part, à ne pas donner au lecteur le temps de raisonner. Maigret n'a pas terminé un interrogatoire que, paf ou boum ! il se passe à nouveau autre chose et il doit agir en urgence, entraînant à sa suite un lecteur qui, bien sûr, veut comprendre mais dont les montées d'adrénaline successives handicapent lourdement les facultés de compréhension. Le coupable est-il celui-là ? Ou alors cet autre ? A moins que ce ne soit Emma, la fille de salle tellement résignée qu'on peut la soupçonner de toutes les révoltes ? Et qui est ce vagabond énorme, éternellement accompagné d'un chien jaune, qui va et vient tout autour ? Pour le maire, qui est apparenté au ministre de l'Intéreur   , pas de doute : ce vagabond est l'assassin, il faut l'arrêter. Maigret, lui, est loin d'en être aussi certain ... Et cet hypocondre de Dr Michoux - qui, d'ailleurs, n'a jamais exercé ? Que cache-t-il de si terrible pour se retrouver tout heureux enfermé dans une cellule parce que, de son propre raisonnement, l'Assassin ne pourra ainsi s'en prendre à lui ? Il y a bien cette histoire comme quoi, bien des années auparavant, une diseuse de bonne aventure lui aurait prédit que la Mort s'avancerait vers lui aux côtés d'un chien jaune mais Maigret a beau être compréhensif - et nous aussi - on n'y croit guère ...

De tous temps, "Le Chien Jaune" a bénéficié d'une excellente presse parmi les amis de Simenon et de Maigret. C'est un roman chaleureux, plein de vie et de notations attachantes, avec un Assassin remarquable tant par son cynisme que par la brutalité avec laquelle il se révèle à tous lorsque le commissaire démêle enfin l'écheveau du mystère. Les victimes, d'abord pâlotes et presque indistinctes dans ce furieux remue-ménage, deviennent de plus en plus attachantes - je parle des vraies victimes, si vous lisez le roman, vous comprendrez la nuance. Wink Seul regret à exprimer : l'assassinat du fameux chien jaune qui a si fidèlement tenu compagnie à son maître - et inquiété tant de mauvaises consciences parmi les notables du coin.

... Pourtant, dans un sens, cette mort était nécessaire : elle achève de conférer au roman sa tonalité intimement tragique. "Le Chien Jaune" ? Un incontournable de Georges Simenon et un livre qui, fidèle à la région où se situe son action (le Finistère) n'a certainement pas les deux pieds dans le même sabot.

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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Mer 24 Sep - 11:04

Et il faut glisser un mot de "l'atmosphère" du livre, digne des plus grands romans;
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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Mer 24 Sep - 11:40

Tu le feras dans ta propre fiche, Elisabeth, puisque tu lis "Le Chien Jaune" en ce moment. 
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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Mer 24 Sep - 13:34

Oui, oui, merci; là j'ai juste dit ça, car ça m'avait vraiment marquée !
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MessageSujet: Re: Georges Simenon (Belgique - Expression francophone)   Mer 24 Sep - 15:56

Ne t'inquiète pas : j'avais saisi. Quand je fais mes fiches, j'y vais à l'instinct. Attaquer par l'atmosphère, ici, ne me tentait pas. Je crois que ce ne sera pas la même chose pour "La Nuit du Carrefour" qui est pourtant moins dramatique, en dépit des apparences. Si je relis un jour "Le Chien Jaune", je parlerai peut-être de l'atmosphère par contre. C'est pour ça que j'ai créé la section "Nous Les Avons Relus" : il y a tant de choses à dire sur un livre, sur ses personnages ... et tout ne peut pas tenir dans la première fiche parce qu'il s'agit en fait d'un kaléidoscope dont certains aspects nous frappent d'abord, puis d'autres, etc ...
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Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: La Nuit du Carrefour   Jeu 25 Sep - 12:25



ISBN : 978-2258073401

Extraits
Personnages



Hier, nous parlions d'atmosphère avec Elisabeth, au sujet du "Chien Jaune." Eh ! bien, cette atmosphère justement, elle m'a beaucoup plus frappée justement dans "La Nuit du Carrefour." C'est une ambiance qui vous prend à la gorge dès la vision de ces trois maisons - dont une pourvue d'un poste à essence - qui ont l'air de se suspecter l'une l'autre du pire au fameux carrefour dont parle le titre. Le jour encore, cela va assez bien. Mais la nuit ... Tout est sombre, voire carrément noir, avec des brumes qui montent on ne sait d'où. Deux ou trois lumières, derrière leurs abat-jour, se battent en duel en fonction des heures de coucher des habitants. Jusqu'à ce qu'elles finissent toutes par s'éteindre sauf la loupiote de veille au poste d'essence. Et bien sûr, il faut imaginer la scène en hiver, quand la nuit tombe vite et ferme et quand l'aurore tarde à se montrer, lorsqu'elle ne paraît pas endeuillée dès le matin par une pluie fine et blasée.

Trois maisons. Trois "ménages." Enfin, peut-on parler de "ménage" au sujet du couple de Suédois, le frère et la soeur, qui s'est installé dans ce que l'on s'entête, dans le pays, à nommer "la Maison des Trois Veuves" ? Lui est grand, mince, d'excellentes manières, avec un oeil de verre qu'il dissimule sous un monocle noir. Elle a tout d'une longue plante, mi-vamp, mi-jeune fille de bonne famille, qui s'avoue extrêmement peureuse de tout et de tous et, entre deux bouffées de cigarette orientale, s'abandonne à des monologues éloquents et nostalgiques sur le "château" et le "parc" de son enfance, là-bas, aux confins de la Mer du Nord ... Sur le plan financier, ils doivent connaître certains problèmes et ne dissimulent d'ailleurs pas que le loyer peu élevé pratiqué par le propriétaire de la "Maison des Trois Veuves" est l'une des raisons - la première étant la solitude du coin - qui les a poussés à s'y établir. En fait, les trois veuves en question, qui appartenaient toutes à la même famille, ont été retrouvées un beau matin, raides mortes, deux d'entre elles ayant été plus que probablement empoisonnées par la troisième. Une histoire bien lugubre mais il n'y a pas de fantômes : c'est déjà ça.

Dans le pavillon d'en face, un agent d'assurances et sa femme. Lui est petit, lourdaud, un rien obtus et elle, la pauvre, malgré tous ses défauts, elle l'aime et est prête à tout pour lui. L'Amour a de ces bizarreries que la Raison ne pourra jamais expliquer.  L'agent d'assurances est tout faraud parce qu'il vient tout juste de s'offrir la voiture dont il rêvait depuis au moins dix ans. On comprendra dont qu'il la trouve mauvaise lorsque sa nouvelle acquisition, par on ne sait quel étonnant tour de passe-passe, quitte son garage pour s'en aller passer la nuit dans celui du Danois. Et non seulement il fugue, cet étrange véhicule, mais en plus, il trouve le moyen de se laisser découvrir avec, à son volant, un courtier en diamants d'origine israélite, venu négocier dans la région et dont le casier judiciaire, il faut bien l'admettre, pourrait être plus net. Avec ça, du sang partout, sur les beaux coussins flambant neufs de la rutilante petite merveille automobile.

C'est d'ailleurs la découverte du corps dans la voiture de l'agent d'assurance ET de ladite voiture dans le garage du Danois qui provoque l'entrée en scène de Maigret, prêt à enquêter sur cet étrange ballet mécanique qui n'a pu, à coup sûr, se dérouler que dans la nuit. Et pourtant, personne - absolument personne - n'a rien vu, n'a rien entendu et ne s'explique rien du tout.

Le troisième larron, le jovial garagiste qui possède le dernier pavillon et le poste d'essence, se montre le plus affable et le plus bavard. Oh ! des choses, il en a, à dire. Combien de fois ne cherche-t-il pas à attirer le commissaire dans sa cuisine pour discuter de tout ça devant une bonne bouteille ? ... Nous ne saurions le préciser mais Maigret finit par céder. Après tout, sa méthode ne consiste-t-elle pas comprendre l'affaire qui se pose à lui avant tout de l'intérieur ? Et comme le garagiste connaît tout - à ce qu'il assure - sur ses voisins, qu'il méprise les uns autant que les autres ...

Tout va bien son chemin jusqu'au moment où la vérité entreprend d'ôter ses voiles. C'est là que la merveilleuse ambiance instaurée par Simenon se craquèle peu à peu, avec une héroïne qui se révèle en fait ni plus ni moins qu'une garce professionnelle. Le jour hélas ! le jour terrible de l'Explication finale, s'est levé sur l'extraordinaire décor de ce carrefour où l'on s'épiait les uns les autres avec tant d'ardeur : et cela déçoit. Enfin, personnellement, j'ai été déçue. Un peu comme quand je fais un rêve qui me plaît et qu'un bruit extérieur vient en rompre l'harmonie. J'ai cru - peut-être à tort - percevoir, entre les deux parties de l'ouvrage, une rupture dans le ton qui nuit à l'ensemble.

Ce qui ne veut pas dire, bien au contraire, que l'intrigue ne passionne pas même si, à peu près au milieu du roman, le lecteur se met à entrevoir la solution de l'énigme. Donc, un nouveau Simenon à lire, si vous ne l'avez déjà fait. Et puis, cette fiche n'exprime qu'un avis personnel, rappelez-vous.  Wink N'hésitez donc pas à nous donner le vôtre.

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MessageSujet: Un Crime En Hollande   Ven 26 Sep - 17:21



ISBN : 978-2258073401

Extraits
Personnages



Ce n'est pas la première fois que je m'attaque à cette enquête qui expédie Maigret en Hollande parce qu'un ressortissant français est mêlé à l'affaire. Et, tout comme lors de ma première lecture - pourtant bien éloignée dans le temps - je n'ai pas réussi à adhérer comme je l'ai fait, entre autres, au "Chien Jaune" ou à "Monsieur Gallet, Décédé." Pourquoi ? Toujours aussi difficile d'en analyser les raisons. Le dépaysement ? Non ... Ou plutôt si. Parce que, justement, il n'y a pas dépaysement et je ne suis pas parvenue à "voir" la Hollande décrite par Simenon. Pour une fois, le décor m'a manqué. Il faut cependant préciser que Simenon met très tôt son lecteur en garde en lui précisant que Maigret est dans le même cas, lui qui a bien du mal à reconnaître, en cette ville du nord du pays, la Hollande propre aux cartes postales.

On devine aussi un peu vite l'identité du coupable mais cela n'est pas très grave : tous les lecteurs de l'écrivain belge vous diront que ce n'est pas forcément le nom de l'assassin qu'ils cherchent à connaître dans les aventures du commissaire Maigret. Non, l'important, ce que l'on veut avant tout, c'est une explication qui tienne la route, avec ces annotations psychologiques délicates, uniques, parfois incongrues, parfois triviales, parfois poétiques et qui font, précisément, qu'on se sent bien à sa place, solidement ancré dans un roman de Simenon.

Dans "Un Crime en Hollande", côté personnages, vient d'abord l'assassiné, Conrad Popinga. Ancien officier de la marine marchande, jouisseur et joyeux drille, coureur fini à qui sa femme pardonnait tout et, de l'avis de tous, un brave homme. Sa femme, Liesbeth, née van Elst, l'une des créations féminines les plus dignes et les plus touchantes de Simenon. La soeur de Liesbeth, Any, laide, tout le monde le dit, tout le monde le clame, mais femme tout de même, détail à ne pas oublier - il a son importance. Beetje Liewens, dernière maîtresse en date du défunt, une jeunesse de dix-huit printemps, dans les starting-blocks depuis un certain temps déjà pour s'élancer et abandonner, loin, bien loin derrière elle la Hollande et la vie de fermière qui lui est promise. Son père, M. Liewens, qui ne parle absolument pas français, un homme rude, "à l'ancienne", dur certes mais qui aime suffisamment sa fille pour se ronger à l'idée qu'elle puisse être la coupable. Cornelius Barens, un tout jeune aspirant, lui aussi amoureux de Beetje mais dont l'amour très sage n'intéresse guère cette dernière. Oostings, dit "Le Baes", mi-éleveur, mi-marin, qui va, rôde et connaît Delfzijl, la ville où se déroule l'action, comme sa poche - une pointure respectée du pays. Sans oublier l'homme qui a exigé du Consulat de France l'entrée en scène d'un policier du Quai des Orfèvres, Jean Duclos, universitaire et conférencier spécialisé dans la ... criminologie.

Côté intrigue : la mort d'un homme qui, de l'avis général et malgré ses défauts, n'avait pas d'ennemis. Banal, me direz-vous : on dit toujours ça des morts. Non, pas toujours. Mais au sujet de Conrad Popinga, c'est peut-être vrai, qui sait ? ...  Avec ça, la casquette du Baes retrouvée dans la baignoire, la nuit du crime, chez les Popinga, et un curieux et puant mégot de cigare dont l'inspecteur hollandais en charge de l'enquête, Pijpekamp, ne sait trop que faire car, même si le Baes fume bien le cigare, il n'achète jamais cette marque-là ... Et puis toute une correspondance passionnée, découverte par le père Liewens, dans la chambre de sa fille, et où Popinga avait l'imprudence de lui promettre de s'enfuir avec elle. Et puis tous ces Bataves, aimables, hospitaliers et en même temps vaguement hostiles, dont certains comprennent le français mais ne le parlent pas sans oublier ceux qui le comprennent et le parlent mais n'entendent s'exprimer que dans leur langue maternelle.

Armé de sa pipe et de son chapeau melon, énorme et plus bougon que jamais, cogitant intensément tout en prenant un malin plaisir à se faire passer pour un imbécile aux yeux de ceux qui ne jugent que sur les apparences, Maigret va, vient, hume l'air des canaux, rêve aux tulipes de la Tradition, reconstitue le drame dans sa tête avant d'ordonner une reconstitution en bonne et due forme, permettant ainsi au lecteur d'éliminer un à un les suspects possibles.
A la fin, triomphant presque et fortement embêté, il nous met devant le fait accompli : personne n'a eu le temps ni l'opportunité matérielle de tuer Conrad Popinga.

Et pourtant, Conrad est mort ...
Et c'est bien l'idée de révéler l'identité du coupable qui embête tant Maigret. Parce qu'il y a un coupable. Evidemment. Un coupable qu'on aimerait bien ne pas accuser mais ... Maigret ne peut pas toujours agir comme dans "Le Pendu de Saint-Pholien."

En dépit des quelques réserves émises dans cette fiche, je relirai volontiers ce "Crime en Hollande" lorsque le temps en sera venu. On est "accro" à Simenon ou on ne l'est pas. Pas vrai ?

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MessageSujet: Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas   Dim 28 Sep - 18:06



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Extraits
Personnages


C'est la lettre d'un ancien camarade d'école, devenu lui-même instituteur à Quimper, qui contraint le commissaire Maigret, prêt à partir en vacances en Alsace, comme d'habitude chaque année, à se poser d'abord à Fécamp. Mme Maigret n'est pas très, très enthousiaste mais elle suit le mouvement et tous deux descendent à l'Hôtel de la Plage. Le fond de l'affaire ? Pierre Le Clinche, ancien élève de Jorissen, l'ex-camarade de classe de Maigret, s'est embarqué en qualité de télégraphiste sur "L'Océan", un chalutier parti pêcher la morue trois mois à Terre-Neuve. A peine rentré au port et l'équipage débarqué dans sa quasi intégralité, on retrouve le commandant, le capitaine Fallut, noyé dans le bassin. Et il est clair qu'il n'y est pas tombé par hasard ... Tout porte à croire que Le Clinche est l'assassin - ou, à tout le moins, qu'il est mêlé au crime d'une façon ou d'une autre. Son ancien  professeur ne veut pas y croire, sa fiancée, Marie Léonnec, accourue en quatrième vitesse de Quimper, est dans le même cas, l'amour en plus et, de façon générale, il faut bien reconnaître que la réputation du jeune homme est bonne ...

Alors ? ...

C'est dans une atmosphère de bistrots empuantis par le rhum et les alcools forts, si chers au coeur des marins, surtout lorsqu'ils "font" Terre-Neuve, tout enfumés par les cigarettes brunes et les cigares de mauvaise qualité et sans cesse troublés par les bagarres des marins qui viennent boire leur solde toute neuve avant de repartir s'engager pour n'importe où et parfois, dans des conditions pires que les précédentes, en d'autres termes dans une atmosphère pesante, à couper au coupeau et où, dissimulé derrière sa pipe avec ses silences renfrognés, dubitatifs et même exaspérés, le commissaire a quelquefois bien du mal à distinguer les uns et les autres, que se déroule l'action. Cà et là, une échappée, au bord de la mer ou à l'Hôtel de la Plage, établissement plus classique et où clients difficiles et rixes d'ivrognes sont sévèrement proscrits. Hélas ! Ne voilà-t-il pas qu'y déboulent un beau jour - le Hasard, bien certainement - un certain Gaston Buzier, rentier-proxénète de son état Wink ,et sa compagne, Adèle, née Noirhomme à Belleville. Le Clinche, qu'on vient de libérer faute de preuves et qui déjeune, l'air absent et malheureux, avec sa fiancée et les Maigret, en profite pour se tirer un coup de pistolet dans le ventre.

Pour les marins du coin, qu'ils y aient embarqué ou pas, une seule explication est de mise : "L'Océan" avait la poisse. Et dès le début. La preuve : on n'avait pas encore retiré l'ancre qu'un homme tombait d'un mât et se brisait la jambe. Renvoyé illico dans ses foyers, la malheureux, encore bien content de s'en tirer à si bon compte ... Et puis, le deuxième ou le troisième jour après avoir pris la mer, voilà que le mousse du bord, Jean-Marie, est emporté par une lame ! Avec ça, l'équipage ne cesse d'évoquer le comportement de "fou" du capitaine, un homme pourtant posé d'habitude, que, à la stupeur de tous, on a vu ordonner de lancer les filets là où, de mémoire de Terre-Neuva, on n'avait jamais rencontré une seule morue. Un comportement qui avait déteint sur Le Clinche et sur le chef mécanicien : dès le troisième jour de voyage, ils rôdaient les uns autour des autres - et essentiellement autour de la cabine du capitaine, que celui-ci fermait désormais à clef - et on les suspectait de ne pas se déplacer sans arme.

Oui, c'est comme ça, il y a des bateaux qui ont la poisse. Et tous, fatalistes, de hausser les épaules, attablés au zinc devant leur verre de rhum. Ca ne s'explique pas, la poisse, mais il faut s'en méfier. Même P'tit Louis, qui est né à Paris et n'a donc pas connu dans son enfance les contes et les histoires de matelot, partage l'avis des autochtones : la poisse, ça existe et il ne faut pas plaisanter avec elle. Fallut a plaisanté sans doute : il en est mort, l'imbécile.

Bien qu'il admette volontiers que la vie est loin d'être un beau rêve toujours ensoleillé, Maigret suspecte au moins autant cette "poisse" dont tout le monde parle mais que personne n'a vue, que l'équipage de "L'Océan" et pratiquement tous ceux qui s'intéressent, d'une façon ou d'une autre, à Le Clinche. Mais il a beau faire et défaire les pièces du puzzle dont il dispose, il lui faudra un certain temps avant de comprendre. Et au lecteur aussi, d'ailleurs. Nous ne sommes pas ici en présence de l'une de ces aventures du commissaire où l'on devine très vite de l'identité de l'assassin. Là, c'est jusqu'au bout qu'on se pose des questions. Cela, ajouté à l'ambiance exceptionnelle et à la complexité certaine des personnages, m'incite à vous recommander tout particulièrement la lecture d'"Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas."

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MessageSujet: La Danseuse du Gai-Moulin   Dim 28 Sep - 18:51



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Personnages


"La Danseuse du Gai-Moulin" est probablement le roman où Maigret tarde le plus à apparaître, en tous cas dans toute sa gloire de commissaire du 36, quai des Orfèvres. Certes, nous, aficionados, l'apercevons tout de suite et on peut dire qu'il nous crève les yeux mais, pour les autres personnages, noctambules, victimes et policiers de la ville de Liège - l'action se situe pour une fois en Belgique - Maigret va rester longtemps une silhouette, massive, maussade et intrigante. Vient même le moment où on le suspecte carrément d'avoir assassiné le défunt, un certain Graphopoulos, fils à papa dont on a retrouvé le cadavre dans une malle d'osier, sur un terrain vague. Mieux encore : les policiers liégeois l'arrêtent de manière fort spectaculaire et ce n'est qu'au plus profond du bureau du commissaire Delvigne que Maigret, plus amusé que vraiment ennuyé par la situation, révèle son identité.

C'est dire que la construction du roman diffère sensiblement pour une fois du schéma habituel. Tout s'ouvre en effet sur une discussion, au night-club "Le Gai-Moulin", entre deux tout jeunes gens, Delfosse et Chabot, l'un fils en apparence blasé d'un riche industriel et l'autre, rejeton pour l'instant fasciné d'un simple comptable. Le lecteur ne tarde pas à comprendre que, pour se procurer de l'argent afin de régler leurs dettes et aussi, sans doute, pour se faire un bon shoot d'adrénaline pure, ces petits inconséquents songent à dérober la caisse du "Gai-Moulin" que le propriétaire des lieux n'emporte pas avec lui après la fermeture. (Quiconque a un tant soit peu fréquenté le monde de la nuit s'étonnera d'ailleurs au passage, mais sans s'y arrêter, ce qui est un tort, de cette curieuse façon de procéder.)

Les jeunes gens se laissent donc enfermer dans l'établissement et à peine ont-ils remonté l'escalier de la cave pour rejoindre la salle du dancing que, à la lueur (très apeurée, très tremblotante ) d'une maigre allumette, ils aperçoivent, étendu sur le sol, un oeil ouvert et l'autre clos, incontestablement mort et même mort de chez mort, le riche client qui, tout à l'heure, avait offert du champagne à Adèle, la danseuse professionnelle des lieux. La décharge d'adrénaline tant attendue est alors bien trop violente : sans demander leur reste et faisant preuve d'un bon sens dont on les eût crus incapables, Delfosse et Chabot prennent leurs jambes à leur cou.

... D'où l'ahurissement du lecteur lorsqu'il apprend le lendemain la découverte du cadavre dans la fameuse malle, sur un terrain vague.

Il serait mesquin de révéler le nom de l'auteur de cet étrange transbahutage entre le dancing et le terrain vague et vous auriez beau nous couvrir d'or comme Cléopâtre le fait pour Numerobis dans "Astérix et Cléopâtre", nous nous refuserions à vous le dire.  :non: Maintenant, réfléchissez un peu : Graphopoulos - sur son identité, on n'a aucun doute et Maigret raconte en plus à Delvigne que le défunt s'était pointé à la P. J. parisienne quelques jours plus tôt pour réclamer une "protection", "protection" que, la veille de son départ pour Londres, il avait cherché à faire supprimer, aiguisant ainsi la curiosité du commissaire, bien décidé du coup à le suivre jusqu'au bout du monde - est-il bien mort au "Gai-Moulin" ? En accord avec ce que nous ont permis d'apercevoir Delfosse et Chabot, nous le pensons, nous en sommes même aussi sûrs que les deux jeunes gens mais ... avons-nous vu la vérité ou seulement ce que l'on voulait que nous vissions ?

Outre l'intrigue policière, "La Danseuse du Gai-Moulin" est aussi une réflexion sur l'amitié entre jeunes gens. Simenon a-t-il envisagé qu'on pourrait un jour déceler une pointe d'homosexualité latente dans l'admiration que Chabot porte à Delfosse ? Peut-être. Peut-être pas. Mais il est vrai que, dès le milieu du roman, cette amitié entre jeunes hommes commence à prendre des coups qui ne dépareraient pas dans une relation amoureuse - hétérosexuelle ou homosexuelle. En amitié comme en amour, l'un aime toujours plus que l'autre, l'un se sacrifie volontiers plus facilement que l'autre - l'un manipule et l'autre se laisse manipuler, consciemment ou non. On évoquera à ce propos la relation, celle-là non platonique, entre Leopold & Loeb, histoire dont Simenon le journaliste avait certainement entendu parler. Mais attention : Leopold et Loeb appartenaient à la même classe sociale, possédait le même niveau intellectuel supérieur à la moyenne et formaient bel et bien un couple d'assassins. La situation est foncièrement différente entre Delfosse et Chabot : donc, ne vous faites pas d'illusion, je me suis bien gardée de vous révéler, fût-ce indirectement, l'identité des coupables. Wink Il me semblait simplement nécessaire d'insister sur cette amitié qui, en fait et en tous cas pour l'un des deux membres du binôme, n'en est pas une.

Et maintenant, vous savez ce qu'il vous reste à faire : lire "La Danseuse du Gai-Moulin." Vous ne devriez pas le regretter. Personnellement, j'ai vraiment a-do-ré !

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MessageSujet: La Guinguette A Deux Sous   Mar 30 Sep - 20:15



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"La Guinguette A Deux Sous" débute à la SantéMaigret vient rendre une dernière visite à Jean Lenoir, vingt-six ans, jeune chef d'un gang de Belleville, condamné à mort pour assassinat. Bien qu'il l'ait arrêté et le sache coupable des pieds à la tête (si l'on nous permet ce jeu de mots de mauvais goût ), Maigret n'en conserve pas moins une sorte  d'estime pour le jeune homme. Et puis, c'est tout de même une vie gâchée bien jeune ... Lenoir acquiesce mais se montre fataliste : il a pris des risques, il assume. Et puis, rêveur, le voilà qui laisse tomber qu'il en connaît au moins un qui devrait, lui aussi, monter à l'échafaud mais qui ne le fera sans doute pas parce que la Chance l'accompagne. Il évoque aussi une sibylline "guinguette à deux sous" où le commissaire, s'il voulait s'en donner la peine, serait susceptible de retrouver cet assassin heureux ...

Vous commencez à en savoir pas mal sur le commissaire Maigret : dans la canicule d'un Paris estival "où l'asphalte devient mou sous les pas" et bien qu'il ait promis-juré à son épouse de la rejoindre en Alsace, la "guinguette à deux sous" lui tourne dans la tête, comme l'un de ces airs lancinants et pas toujours très malins qui vous font oublier absolument tout le reste. D'abord où ça, une guinguette ? Sur la Marne ? Sur la Seine ? Et pourquoi "à deux sous" ? Est-ce une expression qui désigne vaguement un établissement semblable à tant d'autres sur les rives de la banlieue parisienne ou bien est-ce une enseigne en bonne et due forme ? Maigret se tâte, Maigret peste, Maigret allume et éteint sa pipe ... et finalement, le Hasard, comme si souvent chez ce limier qui fonctionne plus à l'instinct qu'au raisonnement holmesien, lui fait une fleur. Venu s'acheter un nouveau chapeau melon, le commissaire croise dans le magasin où il est entré un joyeux luron qui, lui, est en quête d'un haut-de-forme d'un genre bien spécial car il va participer à la parodie d'une noce villageoise, avec ses amis, dans une guinguette, là-bas, au bord de l'eau ...

... Ca y est : nous voilà partis. C'est lent pourtant ou alors, plus exactement, décalé. Un peu comme ces scènes où, dans certains films, pour marquer l'hébétude ou le flou qui s'empare de la cervelle du héros, victime par exemple d'un coup sur la tête ou d'une drogue lâchement administrée par le méchant de service, l'image se décompose à la manière du "Nu descendant un escalier" de Marcel Duchamp tandis que la bande-son ralentit elle aussi et se désolidarise de l'action. L'étrangeté culmine, le spectateur ne sait plus très bien qui est qui - et même qui il est, lui, et s'il est bien là, devant l'écran. Dans le roman de Simenon, la fameuse noce villageoise, qui ne dure en tout et pour tout qu'un week-end, le temps pour l'un des participants de se retrouver à son tour tué d'un coup de revolver, roule et déroule ses anneaux de serpent déguisé et encotillonné, avec des maquillages au fard gras et au bouchon noirci, des hommes déguisés en belles-mères possessives et des femmes qui jouent le rôle de mariniers. A peine ses remous se sont-ils éteints depuis longtemps, qu'elle hante toujours le lecteur, désormais incapable de désunir l'assassinat d'aujourd'hui de celui évoqué par Lenoir avant sa rencontre avec la Veuve.

Et Maigret trône au milieu de tout ça. A sa manière si massive, si bourrue et si "vraie" qu'on lui demande de tenir dans la noce le rôle du notaire de province ! Jusqu'au moment où l'on comprend qu'il est fonctionnaire de police et que la gêne s'installe avant de se libérer (?) par le coup de feu tiré le lendemain dimanche.

Apparus pour la première fois grimés dans l'ouvrage, l'intégrale des personnages conservent jusqu'au bout des allures de scène théâtrale. Il y a le charmant, drôle, pétillant Marcel Basso, gros importateur de charbons, qui s'offre un bel appartement à Paris et une villa au bord de la Marne avec une femme aimante et un petit garçon qui l'admire. Il y a Mado Feinstein, sa maîtresse, épouse du chemisier que Basso va tuer pour ainsi dire devant témoins. Et plus encore le passé de Feinstein, un drôle de mari qui faisait chanter les amants successifs de sa femme, un passé appeler à peser lourdement sur l'intrigue. Mais le personnage le plus attachant de l'histoire, s'appelle James. Tout simplement. Je ne me rappelle pas son nom de famille - je ne me rappelle même pas si l'auteur lui en a donné un. Nonchalant, blasé, tel un héros maître dans l'art du spleen et sorti tout droit d'un poème de Baudelaire , James vague entre son bureau - où il se montre bon employé - et le minuscule appartement où il vit avec la femme qu'il a épousée. Entre les deux, il se réserve une sorte de jardin secret, "La Taverne Royale", où Maigret finit par le rejoindre plus ou moins régulièrement, lui aussi comme envoûté par ce personnage insolite, qui ne cherche pas plus à se faire comprendre d'autrui qu'il ne tient à se faire comprendre des autres. James, dont on retiendra qu'il boit comme une outre mais n'est jamais ivre. Ou plutôt qu'il l'est à la manière de ces hommes qui, jouissant d'un métabolisme particulier et ayant atteint un certain niveau dans l'ivresse, ne le dépassent plus bien qu'ils continuent à boire.

"La Guinguette A Deux Sous" a cette atmosphère à la fois désenchantée, onirique et bizarrement intemporelle quoique profondément typée de certains films français des années trente - je pense à ceux de René Clair mais surtout à ceux de Jean Vigo.
Car le premier obéit à un rythme toujours vif et allègre tandis que Vigo est plus lent, pour ainsi dire flâneur. Vigo rêvasse ... tout à fait comme James et comme Maigret à "La Taverne Royale."

Le réveil, bien sûr, sera pénible. Pour Maigret, pour Basso et pour le lecteur. Pour l'assassin que faisait jadis chanter Lenoir, ce sera différent : depuis longtemps, c'est la vie qui lui est pénible. Alors, tous comptes faits ...

Un Maigret un peu hors-norme mais qui, en dépit de ses différences, séduira et deviendra peut-être, qui sait ? l'un de vos préférés.

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
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Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
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MessageSujet: L'Ombre Chinoise   Mar 30 Sep - 21:08



ISBN : 9782258073418

Extraits
Personnages


"L'Ombre Chinoise" est l'une de ces tragédies qui peuplent l'univers simenonien. Une tragédie parfaite, achevée, machiavélique et hideuse. Elle aurait pu exister sans Maigret de même que "Les Fantômes du Chapelier" existent en-dehors du cercle, pourtant si étendu, de l'homme du 36, Quai des Orfèvres. Le but ici n'est pas tant, pour Simenon, de raconter un assassinat que de peindre, sans concession, une tragédie humaine. Certes, le drame n'est jamais absent des aventures de Maigret mais d'habitude, l'auteur le maintient, en quelque sorte, à sa place : il en use mais le tient bien en laisse. Alors que, dans "L'Ombre Chinoise", le drame se libère très vite de sa muselière et s'en vatout de suite hurler à la pleine lune qui se lève. Si l'écrivain est trop grand pour perdre le contrôle, on perçoit bien la fièvre quasi malsaine qui le saisit et le pousse, consciemment ou non, c'est une autre affaire, à faire passer la tragédie qui le hante avant l'intrigue policière et les supputations de Maigret.

D'ailleurs, est-ce un hasard si Simenon replonge ici dans le roman populaire ? Jugez-en : un certain Couchet meurt, assassiné le soir, tard, dans son bureau ; cet homme n'a pas toujours été un gros ponte d'une société pharmaceutique ; pendant longtemps, il a tiré le Diable par la queue, harcelé et méprisé pendant tout ce temps par une femme qui a fini par le quitter pour épouser un fonctionnaire (sécurité de l'emploi, retraite, etc ...) ; puis cet homme est devenu riche et il a installé ses bureaux, sans le savoir, dans la cour de la maison où vivent sa première épouse et son fonctionnaire de mari ; de temps à autre, bien sûr, c'était inévitable, il croisait son ex, raide, gantée, digne ; et en plus, il avait eu un fils de cette femme, un fils qui venait le "taper" régulièrement pour s'acheter l'éther dans lequel il avait pris l'habitude d'engourdir sa vie et son cerveau ; et - encore plus fort ! - ce fils occupe, dans une petit hôtel bon marché, la chambre voisine de celle de la maîtresse de son père, Nine, une jeune danseuse de music-hall.

En matière de coïncidences, on peut difficilement faire mieux - ou pire. D'un autre côté, me direz-vous, la Vie vous révèle parfois des situations bien réelles auxquelles on refuserait de croire si un écrivain avait l'idée de les prendre pour thèmes.

C'est vrai et Simenon en joue en virtuose. Avec une dextérité et une innocence telles qu'il faut vraiment être au courant de ses débuts dans le journalisme et le roman populaire pour en conclure que, avec "L'Ombre Chinoise", il revient à ses sources. Il y revient mais dans ce roman, il les travaille avec une telle adresse, il leur insuffle tant de sincérité, tant d'émotion retenue et jamais gratuite, que, en quelque sorte, il les sacralise et bâtit avec elles un authentique chef-d'oeuvre qui ne déparerait pas dans une collection exclusivement réservée à ce que nous appelons "le roman noir."

Noire, l'ombre chinoise du cadavre abattu sur son bureau et bloquant la porte du coffre-fort. Noir, le ruban de soie que Mme Martin - l'ex-épouse - porte toujours au cou. Noir, le coin de cour où la concierge du bel immeuble du 21, place des Vosges - où habita un temps Simenon qui comptait d'ailleurs intituler son roman "21", puis "61 Place des Vosges" avant de se décider pour le titre, plus discret, que l'on connaît aujourd'hui - dissimule les honteuses mais si nécessaires "boîtes à ordures". Noirs ou, à tout le moins, bien gris, les étages de l'immeuble, à partir du second. Noire, l'obèse silhouette de Mathilde, la locataire qui rôde d'une porte à l'autre, pour écouter. Noires, et comme sombrement malveillantes, la dignité compassée et les exigences de bon ton de Mme Couchet - la seconde - et de sa famille ultra-bourgeoise lors des funérailles de notre mort, "ce sacré Couchet !" comme le surnomme parfois Maigret, mi-amusé, mi-exaspéré. Noires en dépit de leur invisibilité, les vapeurs toxiques de l'éther auxquelles s'adonne Roger Couchet, le fils du défunt. Noir, encore plus noir parce qu'inexplicable, son suicide : un saut par la fenêtre, une nuque et une échine brisées, c'est si vite fait ! ... Noir, les mots "argent", "fortune", "héritage" ... Noire, la Folie qui traîne, paresseuse et ricanante, dans leur sillage et qui s'abattra, inexorable, sans aucun état d'âme.

Noir. Noir. Noir.

Si "L'Affaire Saint-Fiacre", dont nous reparlerons bientôt, laisse, dans une intrigue aussi glauque, la part belle à la dignité, "L'Ombre Chinoise" ignore le mot comme la notion qu'il représente.

Ou presque : la petite Nine échappe, on ne sait trop par quel miracle, à ces ténèbres qui dévorent une à une les pages du livre. Nine et sa rectitude, sa tendresse pour Couchet aussi : le petit rayon tremblotant d'une étoile égarée dans une nuit absolue. Un petit coin qui scintille faiblement mais qui permet de respirer, de se dire que le Noir ne gagnera pas sur tous les tableaux. C'est peu mais ça réconforte.

Un grand Simenon. Ne le ratez pas !

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