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DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)

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yugcib
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MessageSujet: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Dim 18 Juin - 8:38

SOUVENIR D'UN 18 JUIN...

... C'était un lundi 18 juin en 2001 je crois... (ou en 2000)... J'avais passé toute la soirée du dimanche et une bonne partie de la nuit, ainsi d'ailleurs que les trois jours précédents, du jeudi, vendredi et samedi, au festival du Court Métrage à Contis Plage (ce festival à l'époque "atypique" avait lieu tous les ans au cinéma de Contis, vers la mi juin, durant quatre jours/quatre nuits)...
Il faut dire -je dois dire- que, de 1999 jusqu'à 2002, le cinéma de Contis et son hall d'accueil constituait en quelque sorte mon "Quartier Général" (j'écrivais dans le "Livre d'Or" de Betty et de Rainer, les gérants de ce cinéma à l'époque "atypique" ,un lieu pour les poètes, les types et typesses "un peu dans mon genre")... J'allais à la "bibliothèque parlée" quelquefois le dimanche, et j'écrivais "des textes pirate" dans un fanzine "Roue Libre" déposé "subrepticement" sur les fauteuils du hall d'entrée...
A cette époque, de février 1999 à fin juin 2002, je bossais au bureau de poste de Lesperon, dont j'étais en fait, le "chef d'établissement" (suite à ma mutation des Vosges vers les Landes)... Mais les gens de Lesperon, une commune située à 26 km de Contis Plage, avaient du mal à intégrer dans leur culture le terme de "chef d'établissement" de la Poste, et pour eux, j'étais le "Receveur"... Mais j'étais en vérité un "Receveur" tout à fait atypique et "hors normes" et "qui ne marchait absolument pas dans les clous", en butte constante avec sa hiérarchie du Groupement Postal des Landes Océanes...
La Poste se devait, le 18 juin, comme d'ailleurs au 14 juillet, 11 novembre, de "pavoiser" (le drapeau sur sa hampe bien en vue)... Eh bien ce 18 juin appel du Général De Gaulle, la poste de Lesperon "ne fut point pavoisée" ! Il faut dire que le support de la hampe se trouvait assez mal placé, je ne disposais pas d'une échelle suffisamment haute et stable... Mais surtout, ce 18 juin là, on peut dire que l'appel du Général De Gaulle m'était complètement passé au dessus de la tête, et fatigué et encore la tête dans les étoiles du festival de Contis, j'ai oublié de pavoiser ! ... Ce qui bien sûr, occasionna d'une certaine manière dans le village et surtout auprès de la factrice et de ma collègue du guichet, une petite (et perfide) "levée de boucliers" ...
Lesperon, pour moi, cet épisode de ma carrière à la poste des Landes, de février 1999 à fin juin 2002, fut pour moi comme Mayotte en février 2014 (Lesperon mon ennemour!)... Que j'ai quitté sans regret le 30 juin 2002, j'y ai plus jamais foutu les pieds de ma vie !...

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MessageSujet: Le grand verglas du jeudi 27 décembre 2001 dans les Landes...    Lun 19 Juin - 20:14

... Cette année là en 2001, le mois de décembre dans les Landes y compris sur la côte océane, fut extrêmement et exceptionnellement rigoureux : nous connûmes dès le 2 décembre, et ce durant près de 4 semaines jusqu'au matin du 27, des températures nocturnes (fin de nuit) jour après jour, de l'ordre de -10 à -17 degrés, et aux alentours de midi/une heure, il faisait -1/-2...
A Dax, au rond point près de la gare, la veille de Noël, le grand jet d'eau était une gerbe de glace et tout le bassin était entièrement gelé jusqu'au fond.
Dans la nuit du 26 au 27 survint un brusque redoux, occasionnant des pluies verglaçantes. La route de Tartas à Rion puis celle de Rion à Lesperon (30 km) était recouverte entièrement à 7h du matin, d'une couche de verglas assez épaisse (environ 2 à 3 cm)... du moins en de nombreux endroits surtout dans les virages...
Je devais, demeurant dans la maison de Tartas depuis mars 2001 (au lieu d'occuper le logement de fonction de la poste de Lesperon) parcourir ce trajet Tartas Lesperon afin de me rendre à mon travail. Un peu avant Rion avant un virage très verglacé, je dus stopper et attendre deux heures de temps avant de pouvoir repartir. Ce matin là j'arrivai donc très en retard à la poste de Lesperon, et c'est ma collègue du guichet qui s'est occupée de tout à ma place avant 9h ouverture du bureau...
A midi, on va ensemble "chez Coudic" (le restaurateur du coin) ma collègue et sa mère la factrice : "remontage de bretelles" pour moi, de la part de ma collègue et de sa mère qui déclarèrent : "si vous habitiez dans le logement de fonction, vous n'auriez pas eu à craindre le verglas, c'est malheureux, ce logement inoccupé!"
Je détestais ce logement, en plein milieu du village, avec des baies vitrées et vue sur toute la place, sans cesse dérangé pour un oui pour un non, (en général une cliente "chiante cherchant des poux qui demandait à voir le receveur"), les odeurs de cuisine qui passaient sous la porte de communication entre le bureau et le logement (bonjour la discrétion) et mille petits trucs "chiants" au quotidien !
Aussi avais-je décidé avec ma femme, de vivre à 30 km de là, à Tartas, dans la maison de ma grand mère décédée en février 1999, et ça m'étais égal de faire 30 aller 30 retour pour aller bosser... D'ailleurs il m'arrivait de faire ce trajet parfois, par beau temps, en vélo...
En principe, je devais bosser de avant 8h du matin, jusqu'à 17h (le bureau fermait à 16h) mais de 13h à 14h la première heure d'après midi du guichet, ma collègue assurait seule, et durant cette heure là je faisais la sieste... Manque de pot, une fois sur deux, "toc toc" à la porte de communication, la Patricia elle venait me dire qu'avait la mère machin furax, qu'avait pas reçu ses allocs et que son CCP était bloqué, et qu'il fallait que je téléphone à Bordeaux (au centre financier de la poste) pour le CCP de la mère machin... Putain, quelle galère !
Un jour j'ai en eu tellement "plein les bottes" que j'ai décidé de ne plus vivre dans ce logement de fonction ( en mars 2001)...

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MessageSujet: Re: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Mer 28 Juin - 15:57

C'était après mai 68 à Paris, dans le temps des Hippies...
A ce moment là je travaillais au centre de tri postal PLM en brigade de nuit (2 nuits de 10h sur 4). Dans la journée je me rendais au Quartier Latin, ou place du Tertre à Montmartre ; et sur le trottoir, sur le pavé, en bordure de rue, je disposais d'immenses cartons à dessin ouverts à deux battants sur lesquels j'écrivais des textes poétiques au gros crayon feutre noir... J'étais fringué à peu près comme les Hippies...
Les gens s'arrêtaient et lisaient les textes, et "se fendaient" d'une pièce d'un Franc, parfois de cinq ou de dix même, qu'ils mettaient dans un béret (un béret que je ne portais jamais, ni casquette ni chapeau ni bonnet sur la tête)...
Un jour en deux heures de temps, je récoltai une somme d'environ 50 francs... Ce qui pour 2 h, était très largement supérieur à mon salaire d'agent d'exploitation des PTT même en tenant compte des heures de nuit, pour ces 2 h de travail dans le wagon postal ou devant un casier de tri du bureau gare...
Je me rendis, avec les 50 francs en poche, dans un restaurant du Châtelet où je pris un menu à 15 francs (le moins cher)... Et à la sortie j'ai donné les 35 francs qui me restaient à un clochard en lui disant de boire un bon coup à ma santé...

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MessageSujet: Eté 1967   Lun 17 Juil - 9:43

Le dimanche 16 juillet 1967, "mamy", ma grand mère maternelle, me conduisit dans sa 4L en gare de Dax, depuis Tartas, pour un départ en train express de nuit vers Paris Austerlitz. Le train devait partir de Dax à 19h 45, un train avec des wagons verts et des clous autour des fenêtres tels qu'on en pouvait voir dans les années 40 de la seconde guerre mondiale, un train express tracté par une locomotive électrique modèle 1955, et qui s'arrêtait partout : Morcenx, Ichoux, Facture ; arrivant à Bordeaux Saint Jean à 21h 30, puis, repartant de Bordeaux à 22h 35, s'arrêtant à Libourne, Coutras, Angoulême, Poitiers, Tours Saint Pierre des corps, Blois, Orléans, Etampes et enfin arrivant à Paris gare d'Austerlitz à 6h 13, le lundi 17 juillet...
J'étais doté d'un billet de seconde classe (huit voyageurs dans le compartiment, sur des banquettes très dures et très inconfortables), un billet de transport fourni par l'administration des PTT.
Reçu à un concours national d'Agent d'Exploitation des PTT, que j'avais passé le 17 novembre 1966 à Mont de Marsan, et dont j'avais eu le résultat le 30 mars 1967 (rang 293 sur 1500 reçus) l'on m'avait déjà communiqué ma nomination pour le 27 avril étant donné que je faisais partie du premier contigent de 300 des reçus. Mais j'avais, sur le conseil de ma mère et de ma grand mère, obtenu un sursis afin de terminer mon année scolaire (je redoublais alors une classe de première dans une série C au lycée Victor Duruy de Mont de Marsan). Je dois dire que je ne profitai guère de ce sursis, puisque, assuré que je l'étais de mon avenir, je ne fis aucun effort pour améliorer mes notes de compositions trimestrielles (j'avais 1 en Physique, 1 en maths, mais tout de même 15 en Français) et sur mon dernier bulletin trimestriel le proviseur monsieur Guinez à l'époque, avait laconiquement mentionné "est prié de changer d'orientation" (autrement dit, j'étais viré du lycée)...
Le 17 novembre 1966 dans la salle du concours la première épreuve était celle de Français et nous eûmes pour sujet "On ne s'égare jamais si loin que lorsque l'on croit connaître la route"... Il faut croire que ce sujet m'inspira fort vu le résultat que j'obtins (classé nationalement 293 sur 1500, et 3 sur le département des Landes) et que dans les autres épreuves celle de grammaire orthographe explication de texte, et mathématiques, géographie... selon mes souvenirs, je m'en sortis très bien réussissant notament la résolution des deux problèmes d'arithmétique)...
Ce dimanche 16 juillet 1967 ma grand mère décida le départ pour Dax vers 4h et demi de l'après midi et ce fut "toute une affaire d'état" pour caser sur la banquette arrière de la 4L, l'énorme, énorme valise pesant bien ses 50 kg, dans laquelle j'aurais pu tenit tout entier les jambes repliées.
Nous arrivâmes à la gare de Dax vers 5h et demi, il faisait depuis plusieurs jours déjà, "une chaleur à crever", plus de 35 degrés à l'ombre, sous un ciel bleu sans aucun nuage...
La veille de ce dimanche 16 juillet, c'était le premier soir de la fête de Tartas, j'avais 19 ans et je faisais partie de cette bande de jeunes "festayres" que l'on appelle les "bandas" se réunissant au "Bar Landais" et tous volontaires dans les arènes pour aller essayer d'attraper la cocarde (une fleur rouge en papier crépon) entre les cornes de la vache. A deux doigts que je fus d'arracher la cocarde (je ne me saisis que de la ficelle) je ratai donc la prime de 50 francs offerte par les commerçants de Tartas, et "la vache au cul" je me précipitai à toute vitesse derrière la talanquère, mais je me déchirai le coude assez vilainement (j'en ai encore la cicatrice 50 ans plus tard)... Je rentrai à la maison en piteux état, fin saôul, vers 4h du matin... "Mamy" n'avait pas dormi de la nuit et attendait mon retour mais elle ne me fit aucune réflexion et je me couchai puis me relevai avant 10h du matin, encore "bien sonné"...
Il fallut, en gare de Dax, faire enregistrer ma grosse valise pour son transport en wagon de bagages car vu son poids et son volume, il était hors de question de la caser dans le compartiment ou dans le couloir.
Le train partit à l'heure juste, 19h 45... J'avais autour de mon coude gauche, un énorme pansement et je ne pouvais compter que sur mon bras droit valide. Que fut et me parut longue cette mémorable nuit du 16 au 17 juillet 1967, durant laquelle je ne pus un seul instant fermer l'oeil, nous étions huit dans le compartiment, pas moyen d'aller dans le couloir où stationnaient des gens debout, incorfortablement assis sur cette banquette si dure, incommodé que je l'étais par des odeurs de sueur, de pieds, de boustifaille enveloppée de papier gras, sans aération, dans une chaleur moite, étouffante... Et tous ces arrêts, à chaque fois d'au moins 10 minutes dont plus d'une heure en gare de Bordeaux... Je n'en voyais pas la fin, de ce voyage...
Le train arriva en gare d'Austerlitz à l'heure pile prévue : 6h 13. Comme nous étions encore (jusqu'en 1976) en heure légale à GMT plus 1, il faisait donc grand jour à 6h 13 avec le soleil au dessus de l'horizon. Après avoir pris un copieux petit déjeûner au buffet de la gare, je laissai en consigne mon énorme valise, et me rendis, ma "feuille de route" à la main, en métro, au 7 rue du Charolais (l'adresse du centre de tri postal PLM de la gare de Lyon). Il était indiqué sur la feuille que je devais me rendre pour 8h 30 au bureau d'ordre du centre de tri situé au premier étage.
Arrivé dans le couloir en face du bureau d'ordre, je vis -sans surprise je m'y attendais- une vingtaine de jeunes gens de mon âge qui comme moi, venaient tous chacun, de leurs différentes provinces de France, en général du "Midi" ou du "Sud Ouest" et avaient fait le voyage en train toute la nuit. Nous fûmes reçus par le "Grand Directeur" lui-même, du centre de tri, gratifiés par un "discours d'accueil" d'au moins une demi heure – je ne vous donne pas les "détails" de ce discours- (rire)... Ensuite l'agent principal du bureau d'ordre nous remit un document sur lequel était indiqué dans quel foyer d'accueil nous devions pour trois mois maximum, nous installer... Ainsi que notre première affectation pour le lendemain matin à 6h en "brigade A" de jour (6h – 12h) mardi 18 juillet, au service de la "Ligne" premier étage du centre de tri.
Je vis que l'on m'avait affecté au foyer d'accueil du Landy, situé dans le 18ème arrondissement à l'autre bout de Paris au Nord... Trois quart d'heure de métro avec 1 changement à "République"... J'allai donc récupérer mon énorme valise de 50 kg à la consigne de la Gare d'Austerlitz, puis je pris le métro pour me rendre à ce foyer du Landy. Je ne vous dis pas, handicapé du bras gauche que j'étais avec mon coude en charpie emmailloté d'un pansement sanguinolent, le mal que j'ai eu à traîner mon énorme valise dans les escaliers, dans les couloirs du métro pendant près d'une heure au milieu d'une foule de gens et dans une chaleur oppressante...
Arrivé au foyer du Landy, l'on m'affecta dans une chambrée de cinq avec toilettes et lavabos douche au fond d'un couloir. "C'était l'enfer" cette chambrée de cinq, où chacun avait des horaires différents : l'un au transbordement un jour à 3h du matin un autre jour à 11h du soir, un autre en nuit C, un autre en nuit D, un autre en jour A ou B... De telle sorte que la première nuit que j'y passai dans cette "piaule", je ne pus fermer l'oeil de la nuit, sans cesse la lumière allumée, du bruit, du désordre... Aussi le lendemain même, après ma première vacation 6h-12h au service de la ligne debout devant un casier de tri à la cadence règlementaire de 500 lettres au quart d'heure, avec une pause d'une demi heure entre 8h 30 et 9h ; je cherchai, non loin du centre de tri, un hôtel au mois... Ma grand mère m'avait avancé 500 francs jusqu'au versement de ma première paye (qui devait être de 756,63 francs par mois versée en espèces -un gros billet de 500 plus 256, 63 en autres billets et monnaie- à la caisse du bureau d'ordre (un guichet devant lequel il fallait faire une queue interminable le jour du versement)...
Je trouvai une chambre située au 6ème étage, mansardée, avec vue sur les toits de zinc et les cheminées, une chambre assez étroite dans laquelle il y avait juste la place du lit, d'un lavabo, d'une chaise, d'une toute petite table et dotée d'un placard mural, à l'hôtel Chaligny, à quelque 300 mètres du centre de tri... (rue de Châlons)... Mais l'on me demandait pour le mois, 250 francs, ce qui représentait le tiers de ma paye et je trouvai "très cher" cette piaule minuscule du 6ème étage avec vue sur les toits, d'autant plus que ce mois de juillet (et d'Août) 1967, fut particulièrement torride y compris la nuit où j'étouffais en dépit de la fenêtre ouverte...
Les musiques et chansons de la saison résonnaient dans ma tête en permanence : "Night in white satin", ""pour moi la musique"... "C'est ma chanson" (Petula Clark)... "Strangers in the night" et bien d'autres... J'avais par moments un cafard fou, et dans mes heures (demi journées) de liberté, je me rendais toujours au quartier Latin, à Montmartre, dans des cinés à 2 francs la séance...
En brigade de jour, le plus dur c'était "12-20" (on faisait un jour 6-12 le lendemain 12-20 et cela y compris les samedis dimanches et fériés, jours pour lesquels on avait le tiers des heures effectuées en "repos compensateurs" (après mai 68, pour ces heures là du dimanche et jours fériés, on avait obtenu la compensation à 100%)...
Je ne demeurai qu'un seul mois, dans cet hôtel de la rue de Châlons, et trouvai pour 90 francs par mois une "piaule" située au rez de chaussée du "Grand Hôtel Moderne" 161 rue de Charenton (pas très loin non plus du centre de tri) ... Mais avec les toilettes (à la Turque) au fond d'un couloir de l'autre côté de la cour intérieure , et un robinet d'eau pour remplir ma bassine. La sol de la piaule était un carrelage brique crevassé en son milieu, et je disposais d'un réchaud en fonte tout noir modèle fin 19 ème siècle alimenté au gaz de ville (le cordon était sale et graisseux)... Le lit était un lit de camp de l'armée, avec un matelas de crin, une couverture trouée en deux endroits, un oreiller très dur, des draps bruns et rèches... Et il y avait une chaise bancale... Bien sûr, pas de chauffage et lorsque l'hiver arriva assez tôt dès début novembre cette année là, l'eau du robinet gelait, ainsi que l'eau dans ma cuvette...
Dans le courant du mois d'octobre, demeurant encore au "Grand Hôtel Moderne" 161 rue de Charenton, ma marraine de Bordeaux, une femme très chic très classe et très gentille, était venue me rendre visite et je revois encore son joli petit visage absolument désolé, ses yeux qui tournoyaient vers le réchaud, vers le lit, vers le carrelage, assise à côté de moi, enveloppée d'un manteau d'une coupe si élégante sur une robe tout aussi élégante, ses jolies jambes croisées... Elle fit dans les jours qui suivirent, dans une lettre détaillée, une description "réaliste" de l'endroit où je vivais, à ma grand mère qui s'empressa à son tour de transmettre la description à ma mère... Et je reçus une lettre de ma grand mère me priant de rechercher une chambre un peu plus confortable... Ce que je fis, trouvant pour cette fois, 150 francs par mois, une chambre "convenable" située au 4ème étage de l'Hôtel Moderne 11 rue Claude Tiller (métro "Reuilly Diderot") à mi chemin entre le bois de Vincennes et la Gare de Lyon... Je pouvais en peu de temps, me rendre à pied au centre de tri, depuis la rue Claude Tiller, mais très vite j'achetai un vélo, au marché aux puces de Saint Ouen Porte de Clignancourt...
Je devais demeurer deux années (de fin novembre 1967 juqu'au 31 décembre 1969) à cette adresse 11 rue Claude Tiller. Je prenais souvent mon petit déjeûner au bistrot "Le Diderot" à côté de l'entrée du métro : le midi et le soir je prenais mes repas à la cantine du PLM où un repas avec ristourne coûtait 2 francs 20, et je faisais laver mon linge (sans repassage) dans une blanchisserie à proximité, pour 7 francs le kilo (repassé c'était 9 francs mais je ne faisais pas cette dépense)... A cette époque, avant mai 68, un repas ordinaire menu ouvrier du jour, revenait à 7 francs sans le café et sans pinard... Un repas "un peu plus typique ou gastronomique" coûtait dans les 11, 13 francs parfois jusqu'à des 22...
Après mai 68, ma paye augmenta d'un seul coup de 150 francs, portée à un peu plus de 900 francs, auxquels j'ajoutai les heures de nuit, les frais de déplacement pour la période que je fis dans les "Ambulants" (wagon poste), plus encore parfois les "califs" (heures supplémentaires)... De telle sorte que je parvins à faire quelques économies que je plaçai sur un livret d'épargne... Entre temps, les PTT avaient opté pour le paiement des salaires, au versement automatique sur un CCP (compte courant postal)... Mais cette période de "vaches grasses" ne dura guère du fait d'une inflation galopante et de la montée des prix en général...

... A SUIVRE...
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MessageSujet: Re: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Lun 17 Juil - 15:29

... La brigade A de jour dans laquelle je débutais le mardi 18 juillet 1967 au centre de tri postal PLM, de 6h à 12h un jour et de 12h à 20h le lendemain, ne me convenait absolument pas et à peine quinze jours après mon arrivée je vis, affiché au bureau d'ordre, un avis sur lequel figurait une demande de volontaires acceptant d'effectuer des remplacements sur les lignes d'ambulants. J'entrai aussitôt dans le bureau d'ordre et fis une demande qui fut immédiatement acceptée. Cependant, l'agent principal du bureau d'ordre me précisa que pour moi, cela ne serait guère très différent du travail que je faisais en bureau gare : "vous savez, on va en priorité vous affecter sur des postes de trieur du train poste, et justement le train poste n'est rien d'autre qu'un PLM ambulant"... C'est effectivement ce qui se passa, je fis donc mes trois premiers "voyages" (aller/retour 2 nuits consécutives) dans le train poste qui était une véritable "usine", à destination de Lyon. Le train ne partait de la gare de Lyon à Paris, que vers 22h 30 et nous prenions notre service à 19h dans une équipe où l'on était sept (parfois 2 de plus en "période de bourre", avec un chef (un CTDIV -soit un contrôleur divisionnaire -ou un jeune inspecteur)... Mais le train poste comportait quatre wagons PTT, plus deux autres wagons de sacs postaux dont la plupart contenaient des colis. Le travail y était bien plus fatiguant, bien plus pénible qu'en bureau gare au service de la Ligne ou des Passe-Paris, d'autant plus qu'il fallait aussi trier des paquets, manipuler des sacs postaux pesant plus de trente kilos, respirer énormément de poussière, supporter le bruit, les secousses et la dureté qu'il y avait dans la relation avec les collègues, presque tous des gens de 30/40 ans, mariés ou célibataires endurcis, assez violents, buveurs de bière et de ricard, et qui menaient la vie très dure aux "petits jeunes"... Pour être "bien vu" il fallait apporter une bouteille d'un litre de pastis ou de ricard, bouteille qui en fin de vacation, était vidée, à 7 ou 8 que nous étions dans le wagon. Les mariés, ils avaient tous des maîtresses à Lyon, à Pontarlier, à Annecy, à Aix les Bains... En "bout de ligne" pour la journée de repos avant la "remonte" de la deuxième nuit, les remplaçants (dont j'étais l'un d'eux) pouvaient dormir dans la chambrée de 3 ou 4 occupants... Mais je préférais dormir dans le wagon poste sur un tas de sacs vides repliés...
En gare de Dijon vers 2h du matin se faisait tout le transbordement des sacs pour Dijon et le département de la côte d'or et nous recevions autant de sacs pour Lyon et le département du Rhône. Une opération exténuante et qui durait bien une bonne heure de temps. Enfin le train arrivait en gare de Lyon Perrache à 4h... Nous nous précipitions au buffet de la gare pour prendre un copieux petit déjeuner (et finir la bouteille de ricard sinon chacun encore payer une tournée de vin blanc ou de bière)...
La deuxième nuit du retour ne commençait dans le wagon postal qu'au moment du départ du train à 22h 30... De ce fait, chaque 2 aller/retour, nous étions dans l'obligation en fin de journée en bout de ligne, de "faire le cheval" c'est à dire d'effectuer un service de tri dans un autre wagon de poste entre 17h et 21h aller retour entre Lyon et Grenoble ou Annecy. Le jour où on "faisait le cheval" c'était "tuant" de fatigue!
La nuit de retour, en principe, entre Lyon et Paris, était "un peu moins fatigante" si l'on peut dire, et nous arrivions à Paris vers 5h du matin (avec aussi le transbordement en gare de Dijon pour recevoir les sacs postaux pour Paris et la banlieue)...
Suivaient les deux nuits de repos avec la grande journée entre, toute entière : il nous fallait bien ça (sauf quand on posait des "combines" c'est à dire se faire remplacer les 2 nuits pour être en congé plus longtemps et donc, remplacer les copains de l'autre brigade)...
A la mi Août, je fus affecté tour à tour jusque fin septembre sur d'autres lignes telles que Pontarlier, Chambéry, Annecy, Aix les Bains, et là, ce n'était plus du tout la même "ambiance" que dans le train poste (beaucoup plus "cool" ou "familial" si l'on peut dire) et moins fatiguant...
Dans ces villes lors de la journée "entre", je me promenais, j'allais dans la nature, je profitais des beaux paysages et j'allais dans des restaurants routiers où l'on mangeait des bonnes choses du pays... Cela me convenait tout à fait...
Mais fin septembre, la saison des congés ( celle des prioritaires) se terminait et je dus réintégrer le bureau gare, cette fois en "nuit C" au service du "transit national" (tri des paquets pour toute la France)...

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MessageSujet: Le 25 juillet 1968...   Mer 26 Juil - 10:21

... Ce jour là j'étais invité par ma cousine Janette et son mari Bernard, à venir passer deux journées chez eux, à Avoine, un village situé à 5 km de Chinon en Indre et Loire...
Janette et Bernard demeuraient alors dans une petite résidence pour agents de l'EDF, dans cette localité d'Avoine, proche de la centrale thermique EDF où travaillait Bernard en tant que chef d'équipe entretien. Janette quant à elle était professeur d'arts ménagers dans une école à Tours et devait chaque jour, aller retour effectuer le trajet en voiture entre Avoine et Tours, une cinquantaine de km...
Un bébé, Boris venait de naître quelques mois plus tôt, et une petite fille, Cécile était alors âgée de quatre ans. Ma cousine Janette née en 1938, avait 30 ans en 1968...
"Par ouie dire" (rumeur familiale je dois dire "fondée") Janette et Bernard savaient que j'étais "un peu apache sur les bords", à cette époque là où depuis un an je travaillais au centre de tri postal du PLM à Paris, dans les "Ambulants" puis en "brigade de nuit"...
Néanmoins j'étais attendu par Janette et Bernard – j'en eus la conviction et en reçus le choc heureux- avec enthousiasme et intérêt manifeste, étant donné l'accueil qu'ils me firent...
Ce 25 juillet après ma 2ème nuit de travail (je me trouvais alors au "Transit National" au tri des paquets pour toute la France, en "nuit C")... Passé sous la douche du PLM vers 5h du matin et après un copieux petit déjeuner pris dans le bistrot où nous nous retrouvions entre camarades, à la sortie du PLM ; je pris le métro jusqu'à la gare d'Austerlitz, puis un train Paris – Tours Saint Pierre des Corps... Arrivé en gare de Saint Pierre des Corps il me fallut prendre une navette à destination de la gare de Tours centre ville puis de là, un autorail pour Chinon.
Il devait être dans les 11h du matin lorsque je débarquai en gare de Chinon, sous un soleil d'été radieux dans un ciel bleu sans aucun nuage...
Il y avait bien plus de deux mois que je ne m'étais point rendu dans un salon de coiffure, une barbe noire et broussailleuse me mangeait la moitié du visage, j'étais fringué comme un apache, à vrai dire comme l'un de ces hippies qui à l'époque faisaient fureur dans les rues de Paris ; je portais un jean délavé, déchiré aux genoux et tout effiloché au bas des jambes, une vareuse informe et chiffonnée, de l'armée, avec plusieurs poches sur le devant, et en bandoulière une musette de poète anarchiste (je me "nippais" à l'époque, au Marché aux Puces de Saint Ouen Porte de Clignancourt)...
Sur le quai je jetais un coup d'œil à droite et à gauche, ne sachant pas quelle voiture était celle de Bernard... C'est alors que je vis arriver une grosse mercédez flambant neuf toute étincelante de ses chromes;  la mercédez s'arrête juste devant moi et je vois descendre Bernard...
Arrivé à Avoine au premier étage de la petite résidence,  Janette ouvre la porte d'entrée et quel ne fut pas mon émerveillement, ma surprise – à tel point que "je ne savais  pas où me mettre"- de la voir si élégante, si chic, si classe, dans une robe qui lui seyait à merveille, avec un visage absolument ravissant, une coiffure pour le moins "artistique" et si bien arrangée, des chaussures à talons...
Quel accueil ! L'"apache" que j'étais en était tout retourné, tout ébahi...
Le couvert était mis pour le repas de midi, une nappe blanche brodée, trois assiettes différentes les unes au dessus des autres, trois sortes de verres à pied, des couverts d'argent, des porte-couteaux, des serviettes posées et arrangées...
... Au soir de ce 25 juillet, sur le balcon je contemplai le coucher du soleil et ce fut l'une des fois de ma vie où la disparition de l'astre du jour m'interpella le plus et me suscita une grande réflexion...
... Quelques mois plus tard, le 17 janvier 1969 ma cousine Janette agée de 31 ans, disparut dans un accident de voiture. Ce matin là du 17 janvier 1969, elle partit comme d'ordinaire à son travail, à Tours, à 50 km de son domicile... Etait-elle fatiguée, se couchant assez tard tous les soirs, toujours-est-il qu'en pleine ligne droite sur une route rendue glissante par la pluie, elle se déporta sur la gauche et heurta un arbre. Le choc fut si violent que la voiture, la mercédez, s'enroula de tout l'avant autour de l'arbre.
Le jour de l'enterrement, le 19 janvier 1969 à Arengosse dans les Landes, ce fut la deuxième fois que je pleurais autant, de ma vie... La première fois ayant été le mardi 22 mai 1962 sur le quai du port de Marseille, au retour d'Algérie, j'avais 14 ans et de surcroît ce même jour, après 15 ans de vie commune, mes parents se séparaient...

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MessageSujet: La "poste pététique" d'avant 1991...    Jeu 27 Juil - 11:34

... Les PTT (ancienne dénomination des Postes Téléphone Télégraphe, puis devenue Postes et Télécommunications)... Recrutait alors par concours externe. Il y avait :
-Le concours national de préposé qui offrait en général de 5000 à 6000 postes, niveau certificat d'études ou fin études primaires (ou mieux encore si possible BEPC). La plupart de ces postes à pourvoir se trouvaient en région parisienne et la quasi totalité des reçus à ce concours, se voyaient affectés dans des centres de tri (grandes gares de Paris) où ils effectuaient des "relevages" de lettres sur des "cocotes" (sortes de chariots), divers travaux de manutention de sacs postaux (on appellait "faire des sups" – remplir des sacs supplémentaires autour des batteries de tri )... Ou encore assez souvent, les "préposés" se voyaient affectés dans les transbordements sur les quais en gare ou au départ des camions qui partaient du centre de tri pour aller dans les recettes principales d'arrondissement, dans les bureaux annexes, à l'intérieur de Paris et dans toute la banlieue cinq départements limitrophes.
Tous ces "préposés" au bout de quelques années, quittaient en mutation le centre de tri parisien pour devenir facteurs dans une ville ou un village de province.
Au centre de tri l'on travaillait jour et nuit 24h sur 24 en brigades A et B de jour, C et D de nuit... ou en "brigades spéciales" telles que 6-12 tous les jours, ou 12-20 tous les jours, ou encore 17-24 tous les jours (avec compensation en repos/congé pour les heures effectuées le dimanche et les jours fériés)...
En revanche, au transbordement, là les horaires différaient de jour en jour, de nuit en nuit, de telle sorte que l'on pouvait prendre son servive à 3h du matin comme à 11h ou comme à 20h, enfin à n'importe quelle heure... Parfois même en deux périodes sur 24h... Il n'y avait, en très grande majorité, dans les transbordements, que des préposés, ou des auxiliaires...
Ces concours de préposés qui offraient des 5000, 6000 postes voyaient à chaque fois affluer dans les centres d'examen départementaux, jusqu'à 15000 candidats dans toute la France. Et des étudiants après 10-10,5 de moyenne au bac et deux ans de fac sans succès et même des jeunes qui avaient fait de 3 à 4 ans d'études supérieures, passaient ce concours (ceux là ayant plus de chances que les autres d'être reçus).

-Le concours national d'Agent d'Exploitation des PTT (celui que j'ai passé en novembre 1966) qui offrait en général 1500 places pour quelque 10000 candidats et pour lequel il fallait avoir le niveau BEPC ou mieux encore le niveau Bac si possible pour avoir des chances d'être reçu...
-Le concours de Contrôleur (le grade au dessus d'Agent d'Exploitation) qui lui, n'offrait que de 800 à 1000 places pour tout autant de candidats (10000) et pour lequel il fallait le Bac et même si possible Bac plus 1 ou plus 2...
-Le concours d'inspecteur (le grade au dessus de Contrôleur) qui offrait tout juste 300 ou 400 places, et qui demandait un niveau d'études supérieures au moins Bac plus 2 voire 3 ou 4... Là aussi pour ce concours, les candidats étaient "légion"...
Tous les reçus à ces concours, systématiquement, étaient affectés en Région Parisienne, et devaient attendre leur mutation pour leur province d'origine durant quelques années...
... Une fois entré préposé ou agent d'exploitation il y avait la possibilité moyennent 2 ans d'ancienneté et une notation "au choix" (notation "normale"), de passer le concours interne d'accès au grade supérieur... C'est ce que j'ai fait en tant qu'agent d'exploitation pour passer contrôleur en 1978 alors que j'avais quitté le centre de tri du PLM pour le bureau de poste de Bruyères dans les Vosges...
... A l'époque, pour passer, avoir des chances de passer à l'un ou l'autre de ces concours, il fallait être "très bon" en composition française, en grammaire orthographe et explication de texte, plus encore en ces épreuves là, de Français, qu'en mathématiques ou arithmétique...
Il arrivait que même pour des concours de préposé ou d'agent d'exploitation, des jeunes niveau Bac plus 2 pourtant, échouaient à cause de l'une ou l'autre des épreuves de Français.
L'on aurait pensé que tous ces reçus, préposés, agents d'exploitation, contrôleurs... du fait qu'ils avaient réussi en Français, étaient tous d'un niveau culturel "au dessus de la moyenne"... Je me suis aperçu en définitive, et cela dès mes premiers mois en été 1967 dans les Ambulants et dans les services de tri du PLM, que l'ambiance générale -sauf exceptions- n'était pas "follichonne" en matière de relation, de conversation échange idées et culture, en ce sens que les rapports étaient souvent brutaux, et que régnait la vulgarité, l'intérêt personnel (ça causait de sexe, de putes, de foot, de PD, de bagnoles, assez souvent)...

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MessageSujet: Quelques personnages dont je me souviens...    Jeu 3 Aoû - 15:19

... Du temps où je travaillais au centre de tri postal du PLM à Paris Gare de Lyon...
Tout d'abord, de fin novembre 1967 jusqu'au printemps de 1971, au Transit National, au tri des colis pour toute la France en Nuit C (2 nuits consécutives sur 4, de 20h à 6h)...
Il y avait dans ce service situé au rez-de-chaussée à proximité du Transbordement et des voies de garage des wagons postaux, dans une vaste salle très haute de plafond, quatre postes de travail :
-Celui de l'ouverture des sacs sur une plate-forme au bout de laquelle commençaient à avancer quatre tapis roulants qui ensuite se dirigeaient en hauteur vers des "cocotes" tournantes, rondes, de près de quatre mètres de diamètre chacune, recueillant les paquets qui tombaient. Nous ouvrions durant chaque vacation de 20h à 6h, quelque 1800 sacs et parfois jusqu'à des 2000/2200... Les sacs arrivaient sur de grands chariots poussés par les "manuts" (les préposés), la file des chariots s'étirait jusqu'à plus de cent mètres de l'entrée du Transit, et de part et d'autre de la vaste entrée l'on voyait d'énormes entassements de sacs postaux empilés les uns sur les autres le long des murs...
-Celui des "Passe Paris", l'une des trois "cocotes" de 4m de diamètre, tournante, dans laquelle tombaient tous les paquets à destination de toute la France sauf Paris et départements limitrophes, et sauf la "ligne" (les départements desservis par les ambulants du PLM).
-Celui des "Paris" (et départements limitrophes)
-Celui de la "Ligne"
Autour de chacune de ces "cocotes" se tenait une batterie circulaire de deux rangs de sacs accrochés et l'on voyait sur la batterie devant chaque sac, l'étiquette de destination (un "collier bleu" rectangulaire)... Quand le sac était plein, on le fermait avec un "cheveu" (un fil rigide) et avec l'étiquette bleue, et aussitôt on mettait un sac vide à la place. On appelait "faire des sups" (des sacs supplémentaires) ce travail, en général effectué par 2 ou 3 préposés se tenant derrière les batteries... Autour de la cocote nous étions 3 ou 4 voire jusqu'à minuit 5 trieurs et je ne vous dis pas à quel rythme on se saisissait des paquets dans la cocote afin de les jeter dans les sacs autour de la batterie, il fallait faire très vite pour lire les adresses écrites sur les paquets et ne pas se tromper en lançant les paquets dans les sacs (souvent un "côte d'or" hélas, tombait dans "l'Yonne" juste à côté!)...
... A l'ouverture, à mesure que le préposé ( un grand costaud souvent, un Antillais ou un Réunionnais) vidait les sacs sur la plate-forme, nous étions quatre à cinq trieurs répartissant les colis en les jetant sur les trois tapis roulants menant aux cocotes... Cette position de travail était la plus fatigante et c'est là que l'on respirait le plus de poussière et là où il y avait le maximum de bruit...
Lorsqu'on prenait notre service à 20h, en Nuit C ou en Nuit D, nous nous trouvions là, toute la "brigade" en même temps jusqu'à minuit, que la "17-24", une brigade spéciale composée en général d'auxiliaires ou d'étudiants... De telle sorte qu'à minuit au moment de la pause qui durait jusqu'à 1h (on se rendait alors à la cantine), l'on avait ouvert juqu'à des 1100, 1400 sacs...
Durant cette pause de 0 à 1h (on avait un chef "cool" qui nous laissait reprendre à 1h un quart) après le repas pris à la cantine, on jouait au tarot à quatre à 10 centimes le point.
On avait encore une autre pause d'un quart d'heure à 3h du matin, et très souvent, sur le coup de 4h, 4h et demie au plus tard 5h, nous avions notre compte en matière de sacs ouverts (de 1800 à 2200)... Alors, le chef nous laissait partir, on allait sous la douche du PLM et on se réunissait entre trois ou quatre "potes" dans un petit bar sympa autour d'un copieux petit déjeuner...
Il m'arrivait, avant d'aller dormir dans ma chambre d'hôtel au mois au 11 rue Claude Tiller 12ème arrondissement, jusqu'à midi/une heure... de parcourir Paris en vélo à toute vitesse dans le jour naissant, jusqu'aux Champs Elysées, le long de la rue de Rivoli, du boulevard Saint Germain... (des "virées" d'environ 1h de temps, avec un arrêt "rebelote un autre petit déjeuner" dans un bistrot à l'autre bout de Paris)...
Et le soir 20h, la deuxième nuit de travail... Suivaient 2 nuits de repos... (Sauf quand il fallait faire des "rentrées" c'est à dire rendre des nuits de samedi dimanche en décalage d'office, remplacer un copain de l'autre brigade)...
... Des personnages avec lesquels j'ai travaillé au Transit National et dont je me souviens le plus, durant cette période de novembre1967 jusqu'au début de 1971, je cite : Lovisat, Pierre, Mouls, Théron, Cave, Delattre, Deyris...
-Lovisat était un "simple" comme on dit, un type qui passait pour un demeuré, l'idiot du PLM et qui était un pupille de la Nation, âgé d'une trentaine d'années, qui faisait souvent le pitre, se déculottait et montrait son cul debout juché sur le bar de la cantine, à chaque fois c'était un spectacle qui soulevait une tempête de rires et d'exclamations... Il racontait des tas de conneries, il était la risée de tout le monde...
J'avais pour ce Lovisat, une sympathie particulière, et je crois bien que j'étais le seul de tout le PLM à avoir avec lui des discussions sur des tas sujets d'actualité, sur des bouquins, sur des films, enfin sur des tas de choses qu'avec les autres je pouvais pas discuter. J'ai très vite réalisé en étant copain avec lui, qu'il était très cultivé, très intelligent, et qu'il avait une "belle âme". Il me disait qu'il faisait exprès de faire le con tout le temps et que c'était sa façon de les aimer, les autres, en les faisant rire et les laissant se foutre de sa gueule...
Au Transit, il faisait des "sups" toute la nuit, et les autres arrêtaient pas de se moquer de lui, et trouvaient qu'il allait pas assez vite. "Eh Lovisat, ça dégueule, maille toi le cul"!
Quand il était pas au Transit, il était au dépoussiérage des sacs, et parfois, le bureau d'ordre l'affectait à l'ascenseur comme "liftier"... Il était toujours habillé en bleu de travail d'ouvrier, la veste ouverte sur un tricot blanc, et il avait un début de calvitie, le haut du crâne lisse comme un oeuf...
-Pierre, Mouls, Théron et Cave, c'était le "quatuor" inséparable dans les beuveries, les tournées de bistrot, les parties de tarot et les "piliers" de tous les "arrosages" et célébrations de résultats sportifs et autres, mutations de copains etc. ... Avec eux, les discussions tournaient autour des mêmes sujets : le cul, les putes, les PD, les bagnoles, le foot, le rugby, les boîtes... C'étaient pas des mauvais bougres loin de là, je suis même des fois sorti avec eux, parce que c'est vrai qu'avec eux on se marrait, surtout avec Cave le plus "vieux" (et le plus roué) de la "bande des quatre"...
Pierre (c'est son nom de famille) était de l'Aveyron (de Rodez je crois) , Mouls et Cave étaient de l'Aude, et Théron, de l'Hérault (Montpellier je crois)... Cave, le plus âgé, lui, était "manut" (préposé) et ce Cave il dénotait par son langage très cru et par ses expressions bien à lui très triviales (on aurait dit qu'il causait avec son trou de bale)... Il avait une moto ancienne, gris clair, une forte cylindrée, toujours bien astiquée et un jour pendant une pause de minuit à une heure il me l'a faite essayer sur les quais du transbordement, une nuit où y'avait pas beaucoup de chariots ni de tas de sacs empilés... Qu'est-ce qu'il était rigolo, ce Cave ! Il se foutait de moi, mais c'était jamais méchant... Il pouvait pas causer cinq minutes sans dire "cul, putain, bordel, enculé, pédale, merde, tu fais chier" etc. ... Et il avait sans cesse la clope au bec, des sèches roulées avec du gris (à l'époque le paquet de gris avait 0% d'agents de saveur et de texture, 40 grs et c'était le meilleur et le moins cher)...
-Delattre faisait partie, lui, de la "17-24", c'était un ancien de l'ORTF viré (sans doute pour ses positions "un peu anarchistes sur les bords"). En attendant de trouver un autre emploi dans le journalisme, il avait été embauché au PLM comme auxiliaire... C'était un type calé sur tout, qui connaissait l'actualité politique et autre dans tous les détails, je me trouvais souvent en sa compagnie jusqu'à minuit, autour de la batterie des "passe paris" et avec lui, j'aidais Lovisat à faire des "sups"...
-Deyris, lui, était un type d'Hagetmau dans les Landes, très radin, qui ne payait jamais à boire ni quoi que ce soit, un solitaire, un célibataire endurci qui pensait que les femmes étaient source de dépenses, qui avait peur de se faire embobiner par une femme, et qui en journée de 10h du matin jusqu'à 17h, travaillait en second emploi chez un luminaire. Il devait avoir un sacré coquet livret d'épargne, ne sortait jamais, ne dépensait pour son quotidien que le strict minimum... On se demandait quand il dormait, tellement il bossait...
-Notre chef, au Transit (je ne me rappelle plus son nom) était un type presque à l'âge de la retraite, cheveux blancs, en blouse grise tout le temps, vachement sympa, sans cesse la clope au bec, toujours de ci de là à bosser avec nous, soulevant et vidant les sacs, triant, faisant des "sups", très droit, très "moral", vraiment un type bien, il nous laissait partir des fois à 4h du matin quand on était arrivé aux 1800 sacs requis (en fait à 4h du matin, on avait ouvert 2000, 2200 sacs)... Faut dire aussi, qu'on bossait tous comme des dingues et qu'avec la "17-24" jusqu'à minuit, le chariot chargé de sacs jusqu'à 3 m de hauteur, il "faisait pas long feu" au rythme de l'ouverture surtout avec l'Antillais costaud et Cave sur cette position "stratégique" de l'ouverture...
... Au début de l'année 1971 je fus affecté à l' "Avion", au premier étage du PLM, un service qui traitait tout le courrier venu de toute la France, de Paris et de la région parisienne, à destination des antilles françaises, de la Guyane, La Réunion, les anciennes colonies d'Indochine devenues le Viet nam, le Laos, le Cambodge ; les anciennes colonies d'Afrique Noire, l'Afrique du Nord Maroc Algérie Tunisie, et les Terres Australes.
Les sacs étaient en toile plastifiée bleue, et ne pesaient que 25 kg maximum (les sacs de départ).
Les positions de travail étaient les suivantes :
-L'ouverture, sur une grande table métallique percée de petits trous pour le passage de la poussière : les chariots se succédaient, un préposé ouvrait et vidait les sacs, nous étions 2 de chaque côté de la table, nous répartissions les paquets, les liasses de lettres et de journaux magazines dans une bonne dizaine de corbeilles métalliques disposées au delà de la table d'ouverture. Au rythme où nous jetions les paquets et les liasses, les corbeilles se trouvaient pleines très vite, un préposé venait et les dirigeait vers les positions de travail et en remettait une vide à la place (souvent pas assez vite surtout quand on manquait de corbeilles, de telle sorte que du courrier tombait par terre)... On appelait ce service de l'ouverture la "Répartition". Quand j'étais de "1ère répart" cela signifiait que j'étais à la "répart" toute la nuit (en fait jusqu'à 4h, 5h du matin). Quand j'étais de "2ème répart", après la pause de minuit à 1h, on m'affectait sur une autre position de travail (en général de tri des lettres)...
-L'ensachement UF (Union Française) et l'ensachement AFN (Afrique du Nord) : les trieurs apportaient les liasses que l'on mettait dans des grands casiers avec les paquets, et quand le casier était plein, on remplissait un sac avion maximum 25 kg et il fallait impérativement suivre les consignes du "pointeur" qui arrivait avec une feuille imprimée sur laquelle étaient inscrites les heures de départ pour Orly. On prévenait les trieurs pour la confection des liasses de lettres qui devaient êtres prêtes pour le départ annoncé.
Il fallait peser chaque sac de façon à ce qu'il ne dépasse pas les 25 kg, mais la balance n'était pas toujours très juste...
-Les positions de tri de lettres au casier, par "côtés" : Guadeloupe, Martinique, Guyane ; puis les anciennes colonies d'Afrique Noire, puis l'Afrique du Nord : devant ces positions là, l'on n'effectuait que du tri de lettres et cartes postales au rythme règlementaire (et imposé) de 500 au quart d'heure, debout ou assis (quand les casiers étaient équipés de sièges)...
-Le service des "surtaxés" (les grosses enveloppes dont certaines pesaient jusqu'à 2kg) : là, les cases étaient plus grandes.
-Les positions de la "Machine" et du "Pointage" qui étaient des positions "privilégiées" en ce sens qu'elles étaient tenues par les "caids" de la brigade (des anciens, des pistonnés, des mecs qui savaient taper très vite à la machine)...
Je n'avais pas de position attitrée, d'ailleurs la plupart d'entre nous, nous "tournions" par semaine ou par mois, chacun à notre tour sur l'une ou l'autre des positions de travail sauf à la Machine et au Pointage tenues par les "caids"...
Ce que j'aimais le plus, là où je trouvais que le temps passait le plus vite, c'était la Répartition (fatigant, voire épuisant, mais c'était là aussi qu'on se marrait le plus et qu'on s'entendait le mieux entre potes)...
L'ensachement, on était tout seul, fallait gérer... Le tri devant les casiers, là, c'était ce qu'il y avait de moins rigolo, de plus long, et là où on était le plus sous la coupe des chefs (pas rigolos, les chefs, à l'Avion)...
Je me souviens, quand le chef était pas dans les parages, et que j'étais au tri devant un casier, je m'amusais à dessiner des "shadocks" sur des "étiquettes 26" (étiquettes de destination)... J'arrivais à en dessiner des fois, une bonne dizaine dans la nuit... Les copains se marraient quand je les montrais (c'était plus "élaboré" on va dire, mes dessins, que les shadocks de la Télé... J'en ai réalisé une sacré collection en tout !
-Il y avait aussi au PLM Avion, la cabine des chargements (traitement, tri et préparation envoi des valeurs déclarées et des recommandés) où n'étaient en général affectés que des "anciens" (d'une vingtaine d'années environ plus âgés que moi). Parfois, je m'y trouvais en renfort dans ce service. Il fallait tenir un grand cahier d'inscription et d'enregistrement de toutes les "VD" et "LR" en entrée et sortie, "au plus juste" et si possible sans ratures ni ajouts ou surcharges, de telle façon qu'en fin de traitement (fin de vacation) le bilan devait être de zéro entre les entrées et les sorties, sinon, il fallait effectuer impérativement les recherches nécessaires.
-Voici les personnages dont je me souviens le mieux, de cette époque 1971 – 1976 où je travaillais au PLM Avion en nuit C :
-Adraste, un type à peu près de mon âge, un préposé très costaud, d'allure genre forain ou "manouche", d'un visage particulièrement typé, qui, en journée se trouvait en relation affaires avec des ferrailleurs, des brocanteurs, des revendeurs au noir, toujours à la limite de la légalité, et à qui "il ne fallait pas raconter d'histoires", ne pas trop se frotter, tant il était susceptible, sourcilleux, bagarreur... Je bossais, notamment à la "Répart'", souvent avec lui, et il fallait voir à quelle vitesse il ouvrait les sacs!
Cet Adraste, "il faisait jamais dans la dentelle", mais au fond, c'était pas le mauvais bougre, la preuve c'est qu'il fit partie de mes meilleurs copains et j'étais l'un des rares mecs à l'Avion, à "être dans ses papiers" à tel point que pour mon mariage en 1975 et pour ma mutation dans les Vosges en 1976, il a fait partie de l'équipe de mes accompagnateurs pour "enterrer ma vie de garçon" (assez "épique" comme épisode soit dit en passant, vu la "cote" que j'avais au PLM Avion à la fin)...
Il m'est arrivé, lors de moments "historiques" dans ces nuits de travail à l'Avion, "où comme on disait, on n'était pas payés bien cher mais on rigolait"... D'avoir avec Adraste, ce type "hors du commun" et si "marginal" à sa façon, des discussions passionnées sur toutes sortes de sujets, des gens, de la vie, de la société, du monde ; des discussions à nulle autres pareilles à celles que j'avais avec les autres... Il savait que j'étais "un peu poète et anarchiste sur les bords", que j'étais toujours plus ou moins "dans la lune" et dans des tas de pensées et de réflexion et sans cesse en observation... mais jamais il s'est foutu de ma gueule...
A côté de lui, à portée de main, là où il bossait, à la "Répart'" ou ailleurs poussant des chariots, changeant les corbeilles, vidant les sacs, faisant des "sups"... Il avait toujours 2 ou 3 canettes de bière. Ses bras et son torse et son dos étaient couverts de tatouages...
-Filali, un autre préposé souvent affecté (à vrai dire tout le temps) à la Répart', un mec assez "fruste" on va dire, et qui lui non plus ne "faisait jamais dans la dentelle", et qui cherchant une femme pour se marier avait rencontré par annonce une jeune Réunionnaise... Pour son mariage, le repas avait eu lieu dans un restaurant ouvrier menu du jour un steak frites !
-Euséby, l'un des "gros caïds" de la Machine et du Pointage, un mec toujours "plein aux as" qui payait à boire à tout le monde, et qui était du RPR en tant que militant avec un petit poste de responsabilité au sein de son quartier et qui avait "des tas de relations" (autant dire "le bras long")... Sous la blouse grise de travail il était toujours en costard cravate, il était assez baraqué, corpulent, un ventre proéminent, on aurait dit un "député riche et gras" à le voir...
-Kakou, un Sénégalais d'origine, de Dakar je crois, affecté lui, en permanence aux "Surtaxés", un type qui avait quitté sa femme, vivait avec ses enfants mais subvenait aux besoins de sa femme avec laquelle il ne voulait plus vivre, s'occupait de ses enfants et s'assurait de leur éducation (et les envoyait de temps à autre en court séjour chez leur mère).
Ce Kakou, sa passion c'était la lecture des journaux (tous les grands journaux nationaux toutes tendances droite gauche confondues) dont en particulier "Le Monde Diplomatique", il était au courant de toute l'actualité la plus récente comme la plus ancienne, il s'y connaissait en droits, en lois, sur tout ; et il entreposait rangeait dans son casier au vestiaire, des piles énormes de journaux classés par dates...
Très maigre, sec comme du bois mort, sous sa blouse grise, on le voyait en chemise blanche cravate noire, le cheveu bien crépu et bien fourni un peu blanchi aux tempes, on savait pas l'âge qu'il pouvait avoir, on aurait cru aussi bien 50 que 30... Lui aussi c'était "un bon bougre" et il faisait partie de mes potes.
-Charlie, le "clown le grand amuseur le rigolo le vanneur le farceur" de la Cabine des Chargements, qui aurait presque pu être mon père (vingt ans de plus que moi) et "qui m'avait à la bonne et très bien dans ses papiers" et qui fit partie de mes potes lors de l'arrosage pour mon mariage, et un an plus tard, l'arrosage de ma mutation pour les Vosges...
-Il y avait aussi, une dame d'une trentaine d'années dont le mari était mort d'une leucémie et qui élevait seule désormais ses trois enfants très jeunes, et qui tout à fait exceptionnellement par dérogation en raison de sa situation familiale de veuve avec enfants, avait pu être affectée en nuit. Cette dame, une brune au visage typé, assez chic d'apparence et très sympathique, avait été placée en position permanente devant un casier de tri doté d'un siège : C'était au tri des lettres et cartes postales pour l'Afrique du Nord notamment l'Algérie, et lorsque je me trouvais au tri de l'AFN je voyais une case "Blida" (Blida où j'avais vécu avec mes parents de 1959 à 1962)... A l'AFN, je me trouvais à chaque fois, à côté de cette dame et nos discussions étaient toujours intéressantes et sur cette position de tri, contrairement aux autres, jamais je ne m'ennuyais...
... Je suis resté en tout et pour tout cinq ans environ, au PLM Avion nuit C, de février mars 1971 jusqu'au 30 juillet 1976, date de mon départ en mutation pour Bruyères dans les Vosges...
De mon mariage en 1975 jusqu'à juillet 1976, entre mes 2 nuits de travail et donc durant le temps de mes 2 nuits de repos avec les journées, je faisais avec une carte d'abonnement SNCF au mois, le voyage aller retour Paris Est- Saint Dié des Vosges. Je partais de Paris Est par un train rapide vers Nancy à 6h 15, juste après ma 2ème nuit de travail, je changeai de train à Nancy, un autorail rapide pour Saint Dié où j'arrivais vers 11h. En gare de Saint Dié j'avais, stationnée dans un recoin, ma mobylette avec laquelle en une demi heure je gagnais Granges sur Vologne où je demeurais alors dans un HLM avec ma jeune femme...
Je passai donc à chaque fois, une après midi, une nuit, une journée complète, une autre nuit et pour finir un matin, dans les Vosges avant de repartir en sens inverse ce matin là pour arriver à Paris Est vers 17h, et au PLM pour 20h...
L'abonnement me coûtait 262 francs par mois et je gagnais en 1975, 2275 francs par mois plus les indemnités de nuit... Et jusqu'à mon départ pour les Vosges le 30 juillet 1976, je payais 150 francs par mois une chambre située dans une maison chez une vieille dame, à Saint Mandé au 26 avenue Alphand exactement (proche du bois de Vincennes)...
Ce fut le 10 juillet 1976 que j'appris, par une note du bureau d'ordre du PLM, que j'étais muté en "rapprochement d'époux" dans les Vosges, au bureau de Bruyères pour le 30 août 1976 à l'issue de mon congé annuel du 30 juillet à fin août...

... Un dernier "détail" avant de clore ce récit :
A l'ensachement UF où lorsque j'y étais affecté pour un mois, et où j'étais tout seul à gérer (le tri, la mise en sacs, la pesée, les départs des sacs en fonction des heures des avions d'Orly), je voyais un casier "Terres Australes et Antarctiques Françaises". Ce casier là, il ne fallait le vider et en mettre en sacs le contenu... que 2 fois par an (un intervalle de six mois) , parce qu'il n'y avait pour les TAAF dont les îles Kerguelen 49 degrés latitude Sud entre autres, et Terre Adélie, que deux vols aller retour par an... Il fallait donc veiller à ne surtout pas rater le départ dont on voyait d'ailleurs sur le programme affiché, deux mois à l'avance, le jour et l'heure du départ...
En général, à chaque fois, un seul sac à emplir suffisait (exceptionnellement on le laissait dépasser les 25 kg règlementaires)...
Chaque fois que je mettais un paquet, une grosse enveloppe, une liasse, dans ce casier ; je ne pouvais m'empêcher de rêver à ces contrées lointaines, à l'Antarctique, déjà du fait que très fort en géographie et passionné que je l'étais, de géographie physique et humaine autant que d'histoire... Je m'imaginais, pris comme témoin chargé du journal de bord, dans l'une de ces expéditions scientifiques en Antarctique... Quel "pied" je me prenais, en rêve, en imaginaire alors, dans mon quotidien de boulot de nuit au tri !

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MessageSujet: La vieille dame du 26 avenue Alphand à Saint Mandé en 1974...   Lun 7 Aoû - 7:28

... Au 26 avenue Alphand à Saint Mandé Val de Marne, à proximité de la Porte de Vincennes, dans les années 1973-1976, demeurait une vieille dame, Madame Maurice, qui devait être âgée alors, de 90 ans environ peut-être un peu plus...
Sans doute la maison dans laquelle demeurait Madame Maurice, avait-elle été bâtie dans la seconde moitié du 19ème siècle, une demeure bourgeoise à un étage, dans le style de ces demeures de banlieue aisée que des gens de la bonne société se faisaient construire, notamment au Second Empire...
Cette maison était entourée d'un petit parc de quelque six ou sept cents mètres carrés, une "oasis" d'herbes et de plantes sauvages et d'arbres et arbustes... Ce parc n'était plus vraiment entretenu, et ressemblait à une jungle tropicale. Un muret surmonté de grilles entourait ce parc et, donnant sur l'avenue Alphand, devant la maison dans laquelle on accédait à la porte d'entrée par un petit perron de 3 ou 4 marches, il y avait un muret plus bas surmonté d'une grande grille avec au milieu, le portail...
L'espace compris entre la façade de la maison et le petit muret et la grille donnant sur l'avenue, était relativement bien dégagé et l'on y voyait surtout des fleurs en massifs plus ou moins délimités, et quelques plantes sauvages...
La maison avait un étage auquel on accédait par un escalier en bois ouvragé, de marches solides, mais la vieille dame Madame Maurice vivait au rez-de-chaussée dans un salon-salle à manger et dans une chambre contiguë, du côté donnant sur l'arrière de la maison. Il y avait un couloir en long, séparant la partie arrière de la partie avant, qui, elle, avait une chambre donnant sur l'avenue, et, à côté, la cuisine. Une cuisine bourgeoise très 19ème siècle, assez vaste, dotée d'une longue et énorme cuisinière en fonte avec barres de cuivre autour, à plusieurs feux, réservoir pour l'eau chaude, et deux fours...
Cependant, cette énorme cuisinière n'était plus utilisée depuis pas mal d'années, et la vieille dame avait déposé dessus un réchaud à gaz...
C'est dans cette maison, et dans la chambre située face à l'avenue, que j'ai vécu de 1973 à 1976 (jusqu'au 30 juillet 1976 jour où j'ai quitté le centre de tri du PLM pour venir dans les Vosges)...
Madame Maurice, la vieille dame, me louait cette chambre pour 150 francs par mois. Une chambre assez vaste, haute de plafond, dotée d'un grand placard mural à étagères, d'un lit qui eût pu être à 2 places mais en fait on va dire "une place et demi", d'un lavabo coin toilette, et d'une table au milieu de la chambre... Il y avait dans un recoin délimité par un rideau, un espace dans lequel j'entreposais des cartons empilés...
Le sol était de plancher, un gros plancher tel qu'on les faisait au 19ème siècle dans ces maisons bourgeoises...
Dans l'espace situé devant la maison j'avais ma mobylette garée et de temps à autre je décalaminais le pot d'échappement et effectuais quelques petites réparations...
Vers fin octobre 1974, un soir je rentre dans ma chambre et je vois sur le lit, roulé en boule, un chaton tigré de 2 mois d'âge : Fripouille, que mon ami Michel et sa femme venaient de m'apporter. La vieille dame a reçu mon ami en mon absence et a mis le chaton sur mon lit.
Ce chaton, je l'avais retenu, il était né le mardi 20 août 1974, c'était le fils de Sissi, la chatte de mon ami, un mâle tigré.
La vieille dame s'est prise d'affection pour ce chaton, et quand j'étais au travail elle s'en occupait. Il dormait avec moi et il s'est étoffé très vite, devenant un magnifique matou, gambadant dans le petit parc autour de la maison. Le vétérinaire que j'avais consulté pour les vaccinations m'avait conseillé de le faire castrer à l'âge de 5 mois, mais j'ai refusé de faire subir à mon Fripouille, cette opération... Par la suite, bien que non castré, ce chat fut mon fidèle compagnon ainsi que celui de ma femme dans les premières années de notre mariage. Il suivait, sans laisse, trottinant à nos côtés, en promenade, comme un petit chien...
Bien sûr, il lui arrivait de disparaître durant des 3 ou 4 jours mais toujours il revenait et il était avec nous d'une gentillesse, ce chat, hors du commun... En revanche il "foutait de sacrées tannées aux autres matous du coin"! Il est décédé accidentellement le lundi 8 septembre 1980...
C'est aussi, dans cette chambre de la maison de la vieille dame à Saint Mandé, que, le soir à 20h du 20 mai 1974, assis devant la table sur laquelle était posé mon poste de radio, j'ai appris que Valéry Giscard d'Estaing venait d'être élu président de la République... Je "fulminais"... Regrettant que François Mitterrand n'ait pas passé, de justesse il faut dire, puisque Giscard avait été élu avec 50,8%...
Au matin du 25 juin 1975, après la "nuit historique" au PLM Avion, de mon "arrosage" à l'occasion de mon mariage et "enterrement de vie de garçon" ; je me trouvais dans la chambre, volets fermés et dans une demi obscurité, en compagnie d'une quinzaine de mes collègues de la brigade C Avion du PLM, et nous "visionnions" des films pornographiques très "hard", projetés en "super 8" sur le mur au dessus du lit, sept ou huit assis sur le lit, trois ou quatre sur la table et les autres sur un côté près de la fenêtre... Tout le plancher de la chambre d'un bout à l'autre était jonché de bouteilles soit vides soit encore avec un fond (de ricard, de whisky, de champagne principalement), ça puait la clope, la fumée et l'alccol là dedans, des rires tonitruants et prolongés et en salves fusaient, il devait bien être dans les 10h du matin... V'là-t-il pas que la vieille dame, Madame Maurice, entrouvre lentement la porte et risque le bout de son nez à l'intérieur : "Une lettre pour monsieur Guy..." Et elle tend une enveloppe que l'un de mes potes me fait passer...
Il faut dire que cette nuit du 24/25 juin 1975 fut vraiment "historique" : les chefs pourtant si peu "cool" à l'Avion, se rendant compte que le rendement cette fois là, ne pourrait jamais être dans les normes, avaient laissé faire !
D'un bout à l'autre de l'espace central de cette section de l'Avion, sur toute la longueur et en hauteur, était tendue une corde (de grosse ficelle) à laquelle j'avais attaché en des intervalles de 2 mètres, cinq ou six cercueils en carton entre lesquels j'avais aussi suspendu quelques unes de mes reproductions en grand format, des "shadocks" que j'avais dessinés sur des "étiquettes 26". Sur les cercueils on pouvait lire les prénoms de mes "tirages de langue sans succès", c'est à dire les prénoms des filles avec lesquelles j'avais "tenté ma chance sans qu'il ce soit passé vous voyez quoi" -plutôt faut-il dire plus par ma volonté, "échec et mat", que par la volonté des filles en question- (rire)...
Après la vacation qui avait dû se terminer un peu avant 5h du matin (à l'Avion en général, on terminait aussi, comme au Transit, de bonne heure, vers 5h au lieu de 6) nous voici en une bande d'une vingtaine de collègues m'accompagnant, en cortège, embarqués pour "aller voir les prostituées" au bois de Vincennes... Les copains s'étaient cotisés pour me "payer une pute" (de préférence la plus "potable" possible)... On arrive, le long d'une allée on les voit, les copains me poussent du coude... Mais même fin saoûl que j'étais, j'ai rien voulu chiquer et il a fallu sur mon injonction rebrousser chemin... "Vous savez, leur ai-je dit, moi je suis un poète, un sentimental, un romantique, il me faut du chic, de la classe, de l'atmosphère, du rêve, et des filles dans des conditions comme ça c'est pas ce à quoi j'aspire ! Quelle crise de fou rire ! Et nous voilà partis finir la nuit dans ma piaule à Saint Mandé, un copain avait apporté tout un matériel de projection de films super 8... d'un "genre très spécial" !...
Etaient présents parmi mes potes, lors de cette "nuit historique" : Adraste et Rostaing ( Rostaing,un autre type formidable) avec lesquels j'avais eu à un certain moment dans la nuit, des discussions comme on en a rarement dans la vie ; Kakou, Euséby, Charlie, Filali, N'Go (N'Go que l'on appelait "Tcho Tcho", un type d'origine asiatique, petit de taille mais très vif et aussi costaud et dur au travail qu'un type de grande taille)...
(Pour Adraste, Kakou, Charlie, Euséby, Filali, voir "quelques personnages dont je me souviens")...
La vieille dame Madame Maurice était une personne "de grande classe" mais très simple et toute emplie de ce bon sens naturel des choses que tant de gens n'ont pas... Elle recevait à jour fixe une fois par semaine un monsieur qui aurait pu être son fils, et qui était en fait le futur propriétaire de la maison (la maison était en viager)... Elle ne mangeait, le soir, qu'un yaourt et la moitié d'une tranche de jambon...
Quand je suis parti elle m'a beaucoup regretté, ainsi que Fripouille mon chat, pour lequel elle avait beaucoup d'attention. Elle a connu ma femme, venue pour mon déménagement (une simple valise et 2 ou 3 cartons plus le "panier de Minou")...
Par la suite, dans les premières années de mon mariage, j'envoyais à madame Maurice une carte de bonne année à chaque 1er janvier , une réponse me venait... Jusqu'au jour où ma carte de voeux fut sans réponse, la vieille dame ayant quitté ce monde, centenaire je crois bien...

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MessageSujet: Toute la France en vélo en 1969...    Mar 8 Aoû - 18:06

... Cette année là, en 1969 alors que je travaillais de nuit (2 nuits sur 4) au Transit National, tri des colis au PLM Gare de Lyon... Je me ménageais par ce que nous appelions des "combines", de longs congés qui consistaient en jours normaux de congé (nous en avions 26 dits "ouvrables" par an, augmentés de 5 dits de "fin d'année" plus 4 appelés des "ferry" (de la circulaire Ferry) soit donc en tout 35 jours que l'on pouvait fractionner en plusieurs fois dans l'année ; chaque période de congés précédée de plusieurs séries de remplacements de collègues de l'autre brigade, avec en plus, entre les remplacements et les congés, les repos compensateurs (10h une nuit, 20h deux nuits, 40h quatre nuits)... En effet, depuis mai 68, pour les heures travaillées le dimanche entre 0 et 6h et entre 20 et 0 h, on avait la compensation à 100% c'est à dire 10h... A moins d'être "décalé" une nuit de samedi/dimanche ou une nuit de dimanche/lundi, l'on arrivait assez vite, en quelques semaines, à obtenir jusqu'à 40h, donc 4 nuits de 10h... L'on pouvait même dans le cadre de l'une de ces "combines" demander un "décalage" volontaire de 2 nuits celles du samedi et du dimanche lorsque les 2 nuits de travail tombaient sur le samedi et le dimanche, ce qui prolongeait encore notre congé...
Avec ce système de combines, j'ai donc pu, à deux reprises en 1969, bénéficier de deux longues périodes de vacances : la première du 23 avril jusqu'au 12 juin, et la seconde du 31 août jusqu'au 30 septembre. Et encore trois autres périodes plus courtes, d'une semaine chacune dont une du 24 au 30 juin...
Au mois de mars j'avais acheté d'occasion au Marché aux Puces de Saint Ouen Porte de Clignancourt, un vieux vélo pour 80 francs, sans dérailleur ; et avec ce vélo je m'étais aventuré une fois jusqu'à Chartres par la nationale 10, à 93 km de Paris... Un jour l'aller, le lendemain le retour...
Puis, du 23 avril jusqu'au début du mois de mai, je m'étais aventuré avec ce vieux vélo, cette fois, dans le Sud de l'Angleterre, de Douvres suivant la côte et remontant jusqu'à Birmingham... Mais le vent, et de bonnes averses intempestives ont eu raison de mon courage, et de guerre lasse, j'abandonnai le vieux vélo dans un fossé au bord de la route, pas très loin de Birmingham, et je fis de l'auto stop jusqu'à Londres, et finalement revins à Paris en train, vers le 10 mai. Cette fois, je me rendis chez un marchand de cycles "Cycles La Gazelle" place de la Nation, et achetai un vélo plus performant, neuf, un bon cyclo de randonneur à 8 vitesses (double plateau et quatre pignons) et m'aventurai à partir du 12 mai, sur un parcours dans toute la partie Ouest de la France, de 3200 km : Touraine Anjou, Limousin, Lot, Aquitaine, Landes, jusqu'à Bayonne... Et ensuite de Bayonne à Dunkerque par les routes proches de la côte, Bretagne et Normandie. J'ai même fait une incursion aux Pays Bas en longeant la côte Belge jusqu'à Heist an Zee... Puis de là, je suis redescendu vers Paris par Amiens et Beauvais... Le 11 juin, à la veille de reprendre le travail, je "bouclai" mon parcours de quelque 3200 km depuis le 12 mai...
Je faisais étape dans des auberges de jeunesse et il m'arrivait parfois de dormir "à la belle étoile" dans un champ...
A la fin du mois de juin durant une semaine, je décidai de me rendre chez un copain du Transit qui s'appelait Goigoux et qui demeurait dans le même hôtel que moi rue Claude Tiller 12 ème arrondissement. Ses parents et sa soeur vivaient à Tauves dans le Puy de Dôme et c'étaient, les parents de mon copain, des exploitants agricoles.
Ce Goigoux était un passionné de voitures de course et il économisait de l'argent pour acheter une bagnole de rallye. Il avait pris ses vacances en juin et à la fin du mois il se trouvait encore à Tauves. Il m'avait dit, sachant que je parcourais la France en vélo "viens chez mes parents quand tu voudras"...
Donc, le 24 juin, je me rendis tout d'abord à Fontainebleau où l'auberge de jeunesse était pour ainsi dire mon "quartier général" parce que j'y allais souvent. Et le lendemain, le 25 juin, par un temps chaud et magnifique, parti vers 6h du matin, je fis 283 km jusqu'à Gannat dans l'Allier où je dormis dans un hôtel de routiers. A la première heure du jour le lendemain je quittai Gannat et me rendis à Tauves par Clermont Ferrand. De Clermont Ferrand jusqu'à Tauves il y a 60 km dont 45 de montée en lacets, Tauves étant situé sur un haut plateau herbeux de prés et de champs... J'arrivai chez les parents de mon ami vers 11h 30 et tout juste après avoir garé mon vélo, voyant les parents et la soeur de mon ami en train de faner (on était au moment des foins) je me joignis à eux pour travailler. Il fallait rassembler l'herbe coupée au rateau à foin et je dois dire que je me mis avec enthousiasme à ce travail. Quand j'ai dit au papa de mon ami que j'avais fait en une seule journée 283 km en vélo, il en revenait pas!
Après un repas de midi "pantagruélique" (des produits de la ferme) l'après midi nous nous remîmes au travail. Le soir, mon ami voulait "sortir" revoir ses copains, faire un peu la bringue, aller en boîte et il m'a demandé de l'accompagner... Mais j'ai préféré passer la soirée en compagnie de ses parents et de sa soeur, des gens très sympathiques avec lesquels je sentais que je pouvais me "lâcher" quelque peu et avoir une discussion sur des sujets "graves" (et importants) de la vie... J'ai tout de suite perçu dès le premier contact avec ces gens, qu'ils m'étaient vraiment acquis vu leur accueil chaleureux et l'impression favorable qu'ils avaient de moi... En dépit de ma "dégaine d'apache" et de mon côté bohème (j'étais pas du tout fringué comme ces cyclo-sportifs aux maillots rutilants qu'on voyait dans les associations de cyclotouristes déjà à l'époque)...
La soeur de mon ami, un peu plus jeune que moi et que mon ami, était une jeune fille brune, au teint pâle un peu rosi aux joues, svelte, habillée chic mais très simple, avec un joli visage, les yeux rieurs, elle débordait de gentillesse et d'attentions et quand je "causais" je voyais bien qu'elle m'écoutait et que ce que je racontais l'intéressait énormément...
J'ai bien senti que ses parents, autant son père que sa mère, pensaient que je pouvais être "un bon parti" pour leur fille... Qui n'avait aucun "petit ami" (et devait sûrement être "une vraie jeune fille n'ayant jamais été au grand méchant loup")... RIRE...
Seulement voilà... A cette époque, l'"agent des PTT à l'emploi sûr -et à la retraite assurée- qui "était un bon parti" pour la fille des Goigoux... Ne pensait qu'à crapahuter en vélo par les routes de France...
Le lendemain, le trajet en vélo retour à Paris étant tout de même assez long, depuis Tauves, je repartis de bon matin et fus saisi de froid dans la longue descente vers Clermont Ferrand, les doigts gelés serrés sur le guidon. Il me fallut 2 jours complets pour regagner Paris...
... Au mois de septembre de cette année 1969, durant un mois, je fis un nouveau tour de France, cette fois, la France de la partie Est et des montagnes : un parcours de 2500 km, par le Massif Central, les Cévennes, le Languedoc, la Provence, le Mont Ventoux, les Hautes Alpes, (3 cols dans la même journée), la Savoie, la Suisse de langue Française, Lausanne, Pontarlier, le Jura, les Vosges (route des crêtes) et enfin la Lorraine et terminai à Metz. A Metz j'ai pris un train pour Paris...
J'ai conservé en souvenir de ces longues randonnées en vélo dans toute la France, ma carte d'auberge de jeunesse qui, pour l'année 1969 a plusieurs rallonges emplies de tampons d'hébergement. A cette époque il n'y avait pas d'autoroutes sauf Paris Lyon Côte d'Azur, ce n'étaient que des nationales et des départementales (ou des vicinales) parfois bombées au milieu, avec des carrefours "patte d'oie"... Les cyclistes étaient peu nombreux, les jeunes que je rencontrais en auberge de jeunesse étaient tous motorisés (ou arrivaient en auto stop) avec des 2 chevaux, des Dauphine, des Volkswagen coccinelle... Ils avaient des guitares et le soir jouaient et chantaient, nous dormions dans des dortoirs de dix quinze lits de camp, garçons et filles séparés. Il était recommandé d'apporter son "sac à viande", les lavabos parfois c'était "un grand zinc surmonté d'un tuyau percé de trous", et nous faisions la cuisine tous ensemble filles et garçons en utilisant la vaisselle et les ustensiles de l'auberge. L'auberge était tenue par un "Père Aub'" (ou une Mère Aub')... Le matin avant de partir, on balayait...
Il n'y avait nulle part, comme de nos jours, de "pistes cyclables" (sauf en Hollande)...
C'est en 1973 que je parcourus en une seule journée, ma plus grande distance en vélo, de Paris à Poitiers 330 km...
J'avais décidé de venir chez ma grand mère à Tartas dans les Landes, en vélo... Par la nationale 10... A cette époque j'habitais 26 avenue Alphand à Saint Mandé, et je partis un matin à 3h et après le boulevard Brune je pris la direction d'Orléans tout d'abord... Puis après Orléans, Blois, Tours, Chatellerault et Poitiers. J'arrivai à Poitiers vers 23h 30 et le lendemain je fis Poitiers Bordeaux, encore une grande journée, puis enfin le 3 ème jour, Bordeaux à Tartas... (il ne me restait plus que 140 km à faire)... Il faut dire que j'avais un autre vélo, plus performant et plus léger (acheté lui aussi aux "Cycles La Gazelle" place de la Nation à Paris)...
Sur le coup de midi ce 3 ème jour j'arrive à Arengosse à 21 km de Tartas, où habitaient mon oncle et ma tante Jeanne et Gaston, instituteurs à Arengosse... Ils me voient "débarquer" sans avoir prévenu, il était midi, ils n'ont rien pu faire d'autre que de m'inviter à déjeuner...
Mais pour le retour j'ai pris un train rapide à supplément qui m'amena à Paris Austerlitz depuis Dax, en 6h de temps...

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MessageSujet: Re: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Mer 9 Aoû - 12:36

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
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La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. 
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Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. 
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MessageSujet: Re: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Jeu 10 Aoû - 7:49

... Nombre de regards 126 : mais est-ce que lorsque je me connecte moi-même sur ce fil à partir de l'un ou l'autre de mes ordinateurs, ça compte pour une visite ? Car dans ce cas il faudrait soustraire les plusieurs fois que je me suis moi-même connecté...

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MessageSujet: Toute la France en vélo en 1969... Suite...   Jeu 10 Aoû - 17:23

... En 1969 je m'étais inscrit à la section cyclotourisme de l'ASPTT. Le dimanche matin à 8h  avait lieu  le rendez vous, au Petit Clamart, en face d'un café restaurant, pour une sortie jusque vers midi, de quelque 80 à 100 km, en Ile de France, partie sud ou ouest.
Lors de ma première sortie au début du mois de juillet 1969, je "dénotais" dans le groupe que nous formions : c'étaient tous des "chevronnés", arborant des tenues complètes de "pro", et avec de superbes vélos de prix équipés dernier cri. Entre autres personnages de ce groupe de cyclotouristes de l'ASPTT, il y avait Trotte et Merceron, des "mordus" et des "pros" qui faisaient leur 28 de moyenne, alors que je ne me propulsais sur des parcours de 50, 80 ou 100 km, qu'à 23/24 de moyenne horaire... Je  n'avais qu'un vélo "demi course" tout à fait ordinaire que j'avais payé 300 francs aux "Cycles La Gazelle" place de la Nation, pas de gants de vélo, pas de chaussures spéciales, et j'étais habillé d'un simple maillot de couleur sans marque, d'un "flottant" et je faisais c'est vrai question "look" "un peu apache sur les bords"...
Lors de la première sortie, je me mis dans les roues de Trotte et de Merceron, les deux "caïds" du groupe qui "menaient un train d'enfer" et ma foi, je parvins à plusieurs reprises à leur "damer le pion" à ces 2 "mercenaires de la bécane" qui en foutaient plein la vue aux autres!
Le dimanche 13 juillet, une magnifique journée de ciel bleu sans aucun nuage, nous fîmes une sortie en vallée de Chevreuse, et dans un grand tournant, dans une descente je décidai de doubler tout le monde en particulier Trotte et Merceron qui roulaient en tête... Je voulais "frimer un peu"... rire...
Manque de pot, voilà-t-il pas que je me déporte sur la gauche à toute vitesse, ne pouvant plus rien faire pour revenir au moins au milieu de la route, je heurte brutalement une bordure en pierre et finis ma course contre le talus au dessus de la bordure, la roue avant de mon vélo complètement tordue... Projeté en avant que je fus sur le talus, la manette du dérailleur m'était rentrée profondément dans la cuisse...
Je ne pouvais plus tenir debout sur mes jambes, la douleur était fulgurante... Le vélo hors d'usage ; il a fallu faire arrêter un automobiliste, puis me conduire à la clinique de Saint Rémy de Chevreuse où je fus soigné et demeurai tout ce dimanche, puis encore le lendemain le lundi 14 juillet... Je fulminais en voyant ce temps magnifique, ce beau ciel bleu, allongé que j'étais dans une chambre de clinique, ce 14 juillet...
Il me fut prescrit de ne plus faire de vélo pendant 1 mois, ainsi qu' un congé de maladie de 3 semaines que j'interrompis volontairement parce que je voulais faire des remplacements de collègues de la brigade D au PLM (ces remplacements, dans le cadre de "combines" avec les repos compensateurs et une partie des congés, constituaient la "clef de voûte" de mes longues vacances)...
Je ne respectai point les recommandations du toubib de la clinique (éviter de refaire du vélo avant 1 mois)... Au marché aux puces de Saint Ouen Porte de Clignancourt, une semaine plus tard, j'achetai d'occasion un autre vélo de randonneur. Un soir je me rendis à Taverny à 30 km au nord de Paris, avec ce nouveau vélo, chez ma cousine Danièle et son mari qui étaient alors tous les deux secrétaires militaires à la base aérienne de Taverny...
Ce lundi 14 juillet 1969, lors de  cette magnifique journée que je passai à la clinique de Saint Remy de Chevreuse, naissait Isabelle la fille de mon cousin Jean Pierre Dupouy qui habitait avec sa femme Martine, alors, à Montereau en Seine et Marne...
... Je dois dire que cet accident de vélo fut pour ainsi dire, le seul vraiment sérieux que j'ai eu de toute ma vie en vélo... D'ailleurs, cinquante ans plus tard, j'en porte encore la cicatrice bien visible sur ma cuisse...
Il m'arrivait quand je parcourais Paris en vélo dans la circulation, notamment place de la Concorde aux heures de pointe, ou ailleurs... De "slalommer" en véritable acrobate, sans jamais le moindre accrochage...

... A la mi août cet été là, en 1969 je partis un soir vers 7h, la veille du 15 août, pour un voyage de nuit jusqu'à Boulogne sur Mer, par Beauvais, Amiens, Abbeville, la nationale 1... J'avais un bon éclairage (à cette époque les lampes de vélo fonctionnaient avec une dynamo) et j'ai roulé toute la nuit, tranquillement, sans fatigue jusqu'au petit matin où je me suis arrêté dans un café pour prendre un copieux petit déjeuner... avant d'effectuer le reste du parcours, une quarantaine de kilomètres terminus Boulogne sur Mer, l'auberge de jeunesse...
Le temps était à l'orage durant cette nuit là du 14/15 août 1969 en cette région du nord que l'on nomme aujourd'hui les "Hauts de France"  et par moments je voyais de grands éclairs dans le lointain, mais le ciel est demeuré toute la nuit simplement couvert en partie et sans pluie...
Je me rendais à Boulogne sur Mer pour voir les deux filles que j'avais connues en février de cette même année 1969, lors d'un séjour de ski de l'UCPA à Argentières après Chamonix. L'une Jacqueline Sagot, et l'autre Monique Gilles étaient toutes les deux infirmières à l'hôpital de Boulogne...
Dans l'après midi du 15 août je m'étais rendu avec Jacqueline et ses parents et son frère sur la plage de Boulogne sur mer. J'ai voulu "prendre un bain" mais l'eau était à 16 degrés! Ah gla-gla, le bain n'a guère duré ! Cela me changeait des plages des Landes où l'eau en Août était à 22 degrés !

... J'ai parcouru en tout (tous trajets et voyages) durant l'année 1969... Un peu plus de vingt mille kilomètres avec 4 vélos différents : un premier, archaïque, d'occase (pour 80 francs) sans dérailleur, que j'ai abandonné dans un fossé près de Birmingham en Angleterre ; un deuxième, un cyclo randonneur vert à 8 vitesses que j'avais payé 300 francs et qui a fini "en accordéon" dans un virage sur une route dans la vallée de Chevreuse ; un troisième, un vieux vélo noir d'occase que j'ai échangé contre un beau vélo rouge, plus performant, de course, le quatrième, et que j'ai payé, aux Cycles La Gazelle place de la Nation, dans les 400 francs...
NOTE : pour les deux filles de Boulogne, voir page 24 de "Images et photos, anecdotes, souvenirs et environnement Yugcibien"... (et autres anecdotes récits)...

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MessageSujet: Un premier mai à la CGT   Sam 2 Sep - 7:26

A Senones dans les Vosges, un dimanche en 1983...
Trois semaines auparavant j'avais dit à ma femme : “Si nous n'avons rien dans le frigo ce jour là, nous irons à Senones où la CGT organise une manifestation populaire et propose un repas”.
Tel était le programme de cette mémorable journée : un apéritif en plein air, avec un grand discours pour commencer, sur la place du bourg, puis un repas en commun autour de longues tables, et diverses manifestations ou expositions, ventes de livres et de gadgets...
J'avais envoyé mon bulletin de participation au siège de la Fédération à Epinal. Cinquante francs pour le repas (par personne). Et je m'étais encore inquiété de savoir si pour mon fils de trois ans, je devais aussi donner cinquante francs...
Au jour dit, par un beau soleil nous arrivons à Senones le coeur en fête. Un rapide tour de ville et nous voilà sur la place puis dans la rue principale... Aucune décoration, pas de musique, pas d'affiches... Renseignement pris, il y avait bien en effet sur la place de la mairie, quelques baraquements : la guitoune de l'apéro, un modeste chapiteau, une tribune découverte et tout de même... pas mal de monde!
Nous débarquons ma femme et moi, avec nos “idées de gauche” voire un peu “anar sur les bords”, la bouche en coeur, l'âme en liesse... J'achète à un “vieux camarade” au visage noueux et ravagé un brin de muguet rachitique – qui “schmuctait que dalle” - avec trois clochettes minables...  “Y'en avait presque plus à cette heure, du muguet, tout était liquidé” qu'ils ont dit les mecs!  
Et l'apéro quelle affaire! C'était “à l'oeil”... mais fallait voir! Une bousculade monstre, enfin je parvins à me faufiler jusqu'au comptoir en planches. Un demi doigt de Suze, de Martini ou un quart de rouge au choix... Et deux ou trois assiettes de pique-nique emplies de sortes de frites.
Une “faune hétéroclite” de gens coiffés pour la plupart de casquettes et scotchés aux pulls et aux vestons de badges rouges ; quelques clodos du coin qui s'étaient donné rendez-vous, des poivrots “piliers de bistrot” tout heureux de se “rincer la gueule à l'oeil”... Et tout de même... quelques filles chic, bien sapées, de jolies femmes, un peu de “beau monde quoi!”...
A l'heure présumée du repas nous approchons du lieu du festin... Au premier étage, au réfectoire du collège.
Nous arrivons, de nombreuses personnes avaient pris place et certaines en étaient déjà au dessert, au fromage... Une fille  au visage chevalin et aux longues dents, enveloppée d'un immense tablier à carreaux, nous place au fond de la salle. Nous attendons vingt minutes et v'là le “casse-dalle” qui se radine : salade de crudités portion ultra congrue, cassoulet en boîte William Saurin... Et au dessert, plus de fromage (il n'y en avait plus), plus de salade, mais en remplacement, une glace en carton comme un pot de yaourt aplati... Et le pinard : dix francs, en sus et servi dans une carafe de 50cl à moitié pleine (du “gros rouge” à 10 degrés du “Père Mathieu”)...
Pour finir nous attendîmes le café – qui ne vint pas – suivant de nos yeux les allées et venues de trois ou quatre serveuses bénévoles... De “petites jeunettes” en mini jupe aux cuisses comme des troncs d'épicéa et chaussées de bottines en plastique.
Avec ma femme on s'est regardés : nous étions tout tristes et tout déconfits... Elle avait mis une belle robe ; on arrive là dedans de tout notre coeur et de toute notre âme, des idées de fraternité plein les poches, pensant trouver chaleur humaine, réconfort et vraie communication... et au lieu de tout cela, nous tombions dans une ambiance “t'as pas cent balles”!
Arnaqués de première,  on nous avait glouglouté notre gentillesse avant même que nous l'exprimions!
Dans l'après-midi le temps se gâta, il fit vent et froid, une bise glaciale et de gros nuages menaçants prirent d'assaut le ciel radieux du matin qui se mit à rétrécir encore plus vite que notre enthousiasme initial. Nous nous réfugiâmes sous une toile de cirque battue par la bise au milieu de la place : étalage de bouquins, de revues et de journaux ; discours de quelques leaders...
Vers 5h de l'après midi fut annoncé un théâtre de guignol devant lequel tous les enfants et leurs parents prirent place, assis à même le sol (heureusement il ne pleuvait pas)... Les marionnettes représentaient des personnages historiques, un Louis XVI ventripotent, des nobles ficelés comme des saucissons dans un char à boeufs et conduits à la guillotine...
Et en fin d'après midi, bal populaire sur la place.
Une musique pop, boum zing krak, un vacarme de tous les diables, une sonorisation catastrophique... personne ne dansait ; les mecs et les nanas juchés sur des mobs bricolées, ou affalés dans la tribune, sirotaient des canettes de bière ou de coca...
Nous avons filé, ni vu ni connu...
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MessageSujet: LE TELETETE ...   Dim 10 Sep - 9:13

... Mon papé le dimanche matin, à Rion des Landes en 1951 (j'avais alors 3 ans) m’amenait voir le « Télétété », dans la vitrine du petit bazar en face du ciné. Je n’avais déjà plus l’âge alors, des longues stations sur le « pot », en ces années de la Reconstruction, des combats de l’abbé Pierre pour les mal logés, et de la grande peur atomique ; où l’on ne mettait pas encore aux petits enfants les « toffies » pesantes et cuisantes de ces « années  Twist jeunes femmes sveltes chic et court coiffées à la Mireille Mathieu » qui allaient suivre en scoubidous et Ula Hop dans les années 1960...
Mon papé, dans des boîtes de fer Blédina, cultivait des asticots blanc et crème et s’organisait le dimanche après midi, des récrés ruisseau canne à pêche assis sur son pliant. Ma mamy censurait le pèlerinage du « Télétété »… car ce « Télétété » disait-elle, me donnait de mauvaises idées. Mais avec papé, on allait quand même voir le « Télétété ».
Je prêtais à ce « Télétété », d’étranges et imaginaires vertus. Il trônait sur une étagère, au milieu de bibelots, pots de couleur, stylos et pipes, n’était pas à vendre, sorte de mascotte d’une origine inidentifiable, d’une tête métallique et carrée préfigurant celle des « goldoraks » des gosses de la génération Sida Game Boy…
Haut comme une grande poupée de foire, articulé de manchons à rallonge, de ressorts spiralés et arborant un buste tank, il me semblait machine à communiquer avec son visage écran et ses yeux fenêtres reliés à des ondes invisibles porteuses de messages…
Le fait qu’il n’était pas à vendre me fascinait au plus haut point…
Dès lors, ce « Télétété » me mangeait la tête, devenait l’avenir du monde… Un projecteur de rêves, de mots et d’images, bien plus magique encore que la « machine à ciné » qui me racontait en dessins qui bougent, au plafond, l’histoire de la « Belle et la Bête », que mon père me passait, lorsque, la poitrine serrée de cataplasmes, une émotion souveraine m’étreignait l’esprit et le ventre à la vue de cette Belle si belle s’approchant de la Bête si peu bête …

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MessageSujet: VINGT ANS EN 1968 ...    Mer 20 Sep - 8:57

... Souffler sur 20 bougies est un évènement qui fait date. Pour ma part j’ai eu 20 ans le 9 janvier 1968. J’étais tout seul ce jour là et je suis allé manger un couscous chez mon copain Arabe, bistrotier restaurateur, rue Villot dans le 12 ème arrondissement de Paris, à proximité de la gare de Lyon. Je me suis tapé tout seul comme un grand une chopine de rouge d’un litre et je regardais les gens assis à côté de moi, tous des Arabes, qui jouaient aux dominos en écoutant de la musique d’Afrique du Nord. Dans ce bistrot là, avec mes copains Arabes et dans cette atmosphère familiale, conviviale, sans chichis, où personne ne te regardait comme un étranger, où j’étais royalement servi par le patron qui m’avait à la bonne, j’étais tout simplement heureux et ne me posai aucune question sur mon avenir.
Je me souvenais de mes copains Arabes du lycée Duveyrier à Blida en Algérie et tout particulièrement d’un certain Ould Ruis avec lequel nous nous partagions les places de premier aux compositions trimestrielles notamment en Français... Nous avions ensemble durant les récréations, de longues discussions philosophiques, pour autant que l’on puisse en avoir à l’âge de 13 ans, de ce genre de conversation, alors que la guerre d’Algérie parvenait à son épisode le plus dramatique.
Et ici, dans ce bistrot de la rue Villot, qu’aucun Européen n’eût fréquenté, peut-être à cause des chiures de mouches qui constellaient les glaces, je m’y sentais en famille, d’autant plus que durant la grande grève de mai 68, le « Bicot », comme disaient mes camarades du centre de tri postal de la gare PLM, me faisait non seulement crédit mais aussi bouffer à l’œil.
Je n’avais pas encore en ce temps là la bande de copains qui allait m’entraîner dans de joyeuses et mémorables équipées, j’étais « agent d’exploitation » aux PTT, à peine débarqué des Landes, mon pays de naissance, avec encore dans la tête les années d’Afrique du Nord vécues en compagnie de mes parents et de toutes nos relations de là-bas. Alors, où aurais je pu mieux fêter mes 20 ans que dans ce bistrot Arabe qui, au dire des habitants du quartier, ne payait pas de mine ?  
A l'époque lorsque je me rendais dans d'autres petits (et modestes) restaurants du quartier ou d'ailleurs dans Paris, où l'on servait le menu du jour pour 7 francs ou pour 9 francs, et prenant place tout seul à une table, j'attendais à chaque fois assez longtemps pour être servi et l'accueil n'était jamais très chaleureux (l'on me laissait "pourrir", la corbeille de pain vide dès le hors d'oeuvre fini)...
Je me rendais aussi de temps à autre à la cantine de la Recette Principale dans le 1er arrondissement, qui était réputée "être la meilleure cantine des PTT de tout Paris"... Il y avait tous les jours entre 11h 30 et 13h 30, "un monde fou", toutes les tables (de quatre) étaient occupées... Sauf une, où se trouvait un monsieur âgé d'une soixantaine d'années, affecté d'une "danse de Saint Guy" (maladie de Parkinston). Il en foutait partout, ce pauvre monsieur, de la sauce à côté de son assiette, du yaourt, du vin, des petits pois... Tellement il avait du mal à tenir sa fourchette ou sa cuillère en tremblant très fort...
Quand bien même parfois, j'aurais pu trouver une place libre à une table de quatre un jour d'un peu moins grande affluence, je m'asseyais toujours en face de ce pauvre monsieur tout seul, et lui remplissais son verre d'eau, lui coupait sa viande... J'observais tous ces gens, jeunes et en bonne santé, pétants de toute leur apparence, les hommes de leur faconde et de leur assurance et les femmes de leurs toilettes et de leurs airs... J'écoutais toutes ces conversations dont la plupart se fondaient en un murmure de rivage d'océan, et je me disais que le monde était ainsi fait, assurément plus aisé à vivre pour les uns, et bien plus difficile pour les autres...


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MessageSujet: A Lesperon dans les Landes, au printemps de 1999...    Jeu 12 Oct - 10:18

... A Lesperon dans les Landes où j'étais "chez d'établissement" à la Poste au printemps 1999, je pris fait et cause pour l’équipe de rugby locale qui , le 6 juin 1999 devint champion de France 2ème division... Ce qui généra dans la commune une liesse et une fête historiques (un grand apéritif géant réunissant tous les habitants de la commune, offert par la Municipalité ; suivi d'un bal à la salle des fêtes, et, à la suite de l'apéritif, tous les uns derrière les autres assis par terre se dandinant d'avant en arrière les mains sur les épaules de celui de celle de devant en chantant à tue-tête la "marseillaise landaise" (le célèbre "chocolato-je sais plus trop quoi" qu'on entend dans les fêtes taurines du Sud Ouest)...
Cependant, en dépit de mon enthousiasme, de ma candeur et de ma participation au voyage en car pour la finale, et de mon « investissement » dans les mémorables festivités qui suivirent lors de cette « nuit historique » du 6 juin à Lesperon, je n’en demeurais pas moins pour les villageois « Monsieur le Receveur » ou « Monsieur Sembic » long comme le bras… Mais le « Receveur » était en fait très peu conforme à l’image de ces receveurs de la poste qui s’étaient succédés à Lesperon depuis 30 ans… Autant dire que j'étais un "receveur" d'un genre tel que les braves gens de Lesperon et de sa banlieue du Souquet, n'en avaient jamais connu et n'auraient imaginé non plus qu'il pouvait en exister un de ce genre (rire).
Je mettais sans doute à l'époque, un peu trop de propension à me "mettre en avant" et à extérioriser ma gentillesse et mon idéal… Ou mes emportements du "pot de terre contre le pot de fer"...
Il est vrai que l’image que je donnais de moi en ce temps là, même en des lieux tels que le cinéma de Contis (un lieu atypique et sympa, de culture locale et d'expression artistique), même auprès de gens qui eussent pu apporter quelque crédit à ma « vision du monde » ; cette image là, donc, n’était point faite pour me valoriser. Je la traînais à dire vrai tel un boulet.
Aussi les moqueurs s’en donnaient-ils à cœur joie et les portes, loin de s’ouvrir comme je l’eus espéré, se refermaient-elles. Et lorsqu’elles s’entrouvraient, un léger souffle de condescendance me rappelait bien vite à la dure réalité du rapport de communication.
Pour avoir trop misé sur le cinéma de Contis (que j'avais "baptisé" "mon quartier général"), pour avoir trop dispersé de ces « petits papiers » sur la plage (petits écrits poétiques) et tagué comme un gosse dans le Livre d’Or, j’ai usé mon énergie et mon âme, donné une image de moi qui m'a suivi comme un boulet... Et je n'ai rien trouvé de mieux pour faire disparaître cette image, dans les années qui suivirent, que de ne plus venir du tout (ou très rarement et incognito) au cinéma de Contis... Et de ne jamais/jamais plus de ma vie, revenir à Lesperon après avoir quitté la poste de Lesperon le 30 juin 2002...
... "Manque de pot" pour "ma pomme"... Je commis en 2003 et en 2004 à Tartas dans les Landes où j'habite, deux oeuvres "littératoques" qui me desservirent plus qu'elles ne me servirent... D'autant plus que l'une de ces "oeuvres" (notez les guillemets à oeuvres) trôna durant un trimestre à la Maison de la Presse de Tartas, sous la forme d'un exemplaire bien pétant de sa couverture au beau milieu des autres livres en présentation...
... Le "Grand Bon Dieu du Monde" seul juge attitré patenté maître de chai et de culture avec sa boîte en jolies couleurs de "Bons Points" sur son bureau, me faisant entrer et m'invitant à m'asseoir... "Monsieur Sembic, j'ai une place pour vous, mais au Purgatoire, balayeur de cabinets en chef, avec toutes les femmes de ménage et les arpètes à votre dévotion... Notez, si vous voulez bien vérifier sur ce document que je vous montre, qu'elles furent toutes, ces femmes de ménage, qu'ils furent tous, ces arpètes... Premiers de leur classe jusqu'à leur entrée au Lycée... Bon, vous comprenez, après le Lycée, y'avait les concours d'entrée, les billets d'introduction, enfin, la "Loi Elective"...
... "Vous me faites chier, Monsieur Le Grand Bon Dieu du Monde, j'en ai rien à foutre de votre Purgatoire, de vos mille euro par mois pour un poste de balayeur de cabinets avec le sourire de la femme de ménage qui a été première en dictée à l'école et qui d'ailleurs n'a vu que ma photo sur fas'd'bouc et pas lu c'que j'ai écrit... J'en ai rien à foutre... C'est au Paradu des Trisomiks ou des Munous que je veux aller et où y'a plus d'amour que dans vos foutus bazars ! "


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MessageSujet: Re: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Ven 13 Oct - 8:07

... J’écrivais en ce temps là, au printemps 1999, dans des carnets, ou, au mieux, avec « word » en traitement de texte grâce à ma 1ère bécane dont le disque dur ne faisait que 1,7 Go.
Mon seul « espace de communication en direct » était le cinéma de Contis où je me rendais souvent et que je considérais comme un lieu magique. Et encore ! Ne noircissais-je que de quelques « pensées » le Livre d’Or de Betty et Rainer les gérants du cinéma, posé à l’extrémité du bar et toujours ouvert...
La tête pleine de rêves et d’idées, je traînais mes basques dans le hall du ciné avant les films, je me gavais de l’atmosphère de quelques visages typés dont le regard me ravissait parfois à l’extrême.
Les carnets, depuis 1983 et les textes tapés sur « Archibald »(c'est le nom que j'avais donné à mon premier ordinateur) depuis 1997 n’avaient alors aucun lecteur… Autant aurais-je écrit sur les murs d’une forteresse de l’Ile du Diable si la poste de Lesperon, rectangle de béton au milieu des pins Landais, eût pu s’apparenter au bagne de Guyane !
Aussi, au cinéma de Contis, dès ce mois de février 1999, le Livre d’Or de Betty et de Rainer attirait-il mon attention et mes premières inscriptions… J’imaginais ces jolis visages de jeunes dames et demoiselles qui me faisaient battre le cœur, feuilletant ces pages. Je signais « Guy » tout court, tout simplement.
Je n’étais pas encore « yugcib » ni le « pirate vivant » de Roue Libre. En cet hiver 1999, la chère « Yaya », une habitante d’Escource près de Mimizan en pays de Born, et ses amis de Born Interactif ne rédigeaient pas encore Roue Libre, petit fanzine qui, durant quelques années, fut distribué gratuitement… Et même comme par hasard, « subrepticement » posé sur des tables dans le hall du cinéma de Betty et Rainer.
Le top du top de mes rêves et de mes fantasmes d’un autre monde possible se mit à atteindre des sommets au moment du festival Ciné Fête à Contis en juin 1999.
J’écrivais des messages que j’introduisais dans des bouteilles fermées et jetées sur la plage. Je traçais des « petits mots » sur des feuilles A4 semées autour des lieux où se déroulaient des « représentations » en plein air.
Il faut dire que ces « petits papiers » étaient « stratégiquement » bien placés, en plein sur le passage des visiteurs. Je me planquais comme l’Indien derrière le cactus afin de juger du résultat…
Un désastre ! Quand c’était pas le vent qui emportait ma poésie, c’était Betty, Rainer ou l’un des comédiens qui y marchait dessus…
J'ai encore écrit régulièrement, quasi quotidiennement, dans un carnet -en général de 96 pages à petits carreaux- que je tenais dans une poche latérale avec un crayon, donc toujours à portée de main... jusque dans les années 2006/2007... quoique déjà à partir de 2005 avec l'arrivée des blogs et des forums, je cessais d'avoir à portée de main, un carnet...
Aujourd'hui, en 2017, le carnet ne me sert que très occasionnellement, quasi uniquement pour noter une courte phrase, ou quelques mots (juste l'idée ou le titre d'un sujet ou d'un texte)... Et je rédige en direct sur un fichier open office ou libre office, autant dire que le clavier de l'ordinateur a remplacé le crayon de jadis...
Déjà, lorsque j'écrivais au crayon ou au stylo, je ne savais plus trop bien former les majuscules en "beaux caractères caligraphiés", ayant pris l'habitude depuis des années, d'écrire les majuscules en caractères d'imprimerie... Aujourd'hui, avec l'habitude du clavier, je ne sais plus du tout écrire à la main les majuscules en "beaux caractères caligraphiés" ! (Mais tout de même, je sais encore écrire à la main, certes moins vite qu'au clavier mais j'écris -bon c'est vrai, d'une écriture qui se rapproche de l'écriture des lettres imprimées)...
Quant à mon dernier "stylo plume" avec cartouches d'encre, je me souviens l'avoir acheté en 2009 -mais depuis je l'ai très peu utilisé, du fait que je n'envoie plus de lettres par la poste avec un timbre, du beau papier à lettres et une enveloppe... (les "mails" c'est tellement plus rapide et plus pratique, on peut joindre des fichiers, des photos, des vidéos, des documents numérisés... alors que jadis il fallait mettre tout ça dans un envoi postal, sans parler du temps que ça mettait pour arriver et éventuellement recevoir une réponse)...
Quand il m'arrive, en ville, de regarder au passage, la vitrine d'une "pathétèque" ou d'une librairie papeterie ou d'un magasin spécialisé dans des produits d'écriture, ça me laisse rêveur... Autant dire que cela ne m'interpelle plus du tout comme autrefois du temps des envois uniquement postaux, des machines à écrire, des grands cahiers à petits carreaux, de 196 pages, des crayons et des porte plume ou stylo plume...
... De ce côté là, j'avoue que, né en 1948 et ayant connu l'école des années 50, je ne suis guère loin s'en faut un "nostalgique du bon vieux temps" ! (rire)...

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MessageSujet: La seule fois de ma vie où j'ai bousculé une femme...    Sam 14 Oct - 7:44

... C'était un dimanche matin à Tartas dans les Landes. J'avais pris mon vélo afin de me rendre à la boulangerie où d'ordinaire j'achète mon pain et mon journal. Je gare mon vélo contre un lampadaire, non loin de la boulangerie, en face d'un magasin d'habillement. Je place l'antivol... On ne sait jamais, comme on dit "il suffit d'une fois que tu laisses ton vélo cinq minutes sans antivol pour qu'il disparaisse"...
Je reviens de la boulangerie, je place mon pain et mon journal sur le porte bagage du vélo, avec un tendeur...
Le temps que j'enlève l'antivol (la clef se trouvait dans la poche de mon pantalon) voilà-t-il pas que se radine vite fait une jeune femme de type Gitan (ou Roumain ou Bulgare), habillée en bohémienne, au visage aigu et au regard noir, qui me tend un petit drapeau rouge et une feuille couverte de petits coeurs rouges autocollants, et me dit "C'est pour une association d'aide aux sans abri, donnez ce que vous voulez"...
La jeune femme avait, attachée autour de sa taille, une boîte en fer avec sur le couvercle une fente, et la boîte tintait, des pièces qu'elle contenait... D'un geste ferme et décidé de l'une de ses mains, la jeune femme me plaque un petit coeur rouge autocollant sur la selle de mon vélo.
Je donne cinq euros...
"C'est tout ce que vous donnez? Vous pouvez pas donner 20 euros?" qu'elle me dit !
Et elle me saisit au poignet, fermement, me tire vers elle... Je lui réponds "allez voir des gens plus riches que moi, qui sortent d'une grosse bagnole, moi je travaille et j'ai du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois, je peux pas faire plus!"...
Elle me presse encore davantage, me me lâche plus et elle tire, elle tire... Et en même temps je vois son regard noir, son visage dur, aigu...
Je me fâche, et d'un geste violent, de mon bras libre, je la repousse brutalement, elle est déséquilibrée, elle tombe par terre... Le temps qu'elle se relève, je monte sur mon vélo et m'enfuis...
Ce putain de petit queucoeur rourouge, collé comme il l'était sur la selle de mon vélo, j'ai eu un mal fou pour l'enlever, il a fallu que je gratte au couteau après avoir versé sur la selle un produit dissolvant!...
Depuis, faut plus me parler de "petits queucoeurs rourouges" au nom ou dans le but de ceci cela, fût-ce pour la plus "noble cause" du monde... Ou encore pour fêter ou célébrer quelque chose, un anniversaire, la fête d'un ami, un événement... Comme par exemple on le fait en choisissant sur internet une "jolie carte" !

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MessageSujet: Re: DANS MON GRENIER OU DANS MON CELLIER (anecdotes, choses vécues)   Sam 14 Oct - 20:46

... Je suis -on va dire (vais-je dire)... "généreux" par nature... En ce sens que, par exemple, du temps où je voyais un SDF (toujours le même, fidèle au "poste") devant l'entrée de l'Intermarché de Tartas dans les Landes...
En début de mois quand j'avais à ce moment là mon porte monnaie "suffisamment garni d'au moins quelques pièces de 1, 2 euro... " je lui donnais une pièce... d'un euro ou de cinquante centimes d'euro...
Un jour je vis sortir de l'intermarché, ce SDF, avec un bouteille de magnum de vin blanc d'un litre et demi (bouteille en plastique, donc un vin "bon marché" très bas de gamme)...
Je me suis dit alors (dans une "grande et profonde réflexion") -rire- ... Que cet homme avait tout à fait le droit, la liberté, de faire de l'argent qu'on lui donnait, ce qu'il voulait.... Et trois jours après je le revois, je lui donne une pièce, cette fois, de 2 euro!...
Cela dit, en ce qui concerne mon anecdote au sujet de la jeune femme "accrocheuse" qui m'accosta et me gratifia d'un "petit quecoeur rourouge", et que j'ai "un peu bousculée"... Par la suite j'ai tout de même regretté mon geste... (Quand on sait la considération pour ne pas dire parfois l'émerveillement que j'ai, de la Féminité, de la Femme -en général-... Mon geste peut quand même surprendre... Il m' a en quelque sorte "confondu" -et "interpelé" dans mes "idéaux" ! (rire)...

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MessageSujet: Le dimanche 22 août 2004   Sam 28 Oct - 9:24

... Je suis étonné (et contrarié) de constater que, souvent en un lieu public (entrée d'un magasin grande surface commerciale, galerie marchande, trottoir, couloir d'entrée ou escalier d'un bâtiment public, enfin en tout endroit où passe du monde dans un sens ou dans l'autre... Les gens ne fassent guère trop attention à "l'obstacle" que peut être une personne se trouvant devant eux et qu'ils "ne voient pas"... Comme si le passage était libre, comme s'il n'y avait qu'eux mêmes qui avanceraient...
Comme je dis "le bon dieu nous a pas fait des yeux derrière la tête" ! ... Aussi, lorsque quelqu'un ne m'a pas vu et m'a donc plus ou moins heurté (involontairement certes) si cette personne en me heurtant, perd l'équilibre et tombe... Eh bien je me fous royalement de savoir si cette personne en tombant s'est fait mal, et je continue alors mon chemin, comme si de rien n'était...
Bon sang, comme si on ne pouvait pas regarder devant soi en marchant ! Il y a bien là, à mon sens, en l'occurrence d'un tel comportement d'habitude (ne pas faire attention)... Un "fait de société", un "fait de civilisation" qui montre à quel point on est indifférent, ou si peu soucieux de l'Autre ! ...

Petite anecdote souvenir :

Le dimanche 22 août 2004, je me trouvais en vélo sur la piste cyclable Nord Gironde. Je roulais à une vitesse approximative de quelque 18/20 km à l'heure (il faut dire qu'à cet endroit où je roulais, cela descendait un peu -si l'on peut dire)... Je tenais bien ma droite sur la piste qui ce dimanche là, en plein mois d'août, était très fréquentée...
Survient en face de moi, un enfant de dix ans qui roulait à peu près normalement et se trouvait encore à plus de cent mètres... Et voilà-t-il pas que cet enfant juste au moment où il arrivait à ma hauteur pour me croiser, fit un brusque écart que rien ne justifiait (il regardait bien droit devant lui), me coupa la route... Je ne pus l'éviter, et je fus projeté en avant par dessus mon guidon, retombant de telle manière que la poignée du guidon m'enfonça tout un côté de la poitrine...
Je ne pouvais plus respirer, j'étais là, debout, comme quelqu'un qui vient de faire une crise cardiaque, une barre de souffrance au bas de la poitrine, et, conscient que j'étais, j'ai eu l'impression que j'allais mourir là, ne pouvant reprendre ma respiration...
Le gosse quant à lui, se plaignait du poignet et ses parents n'étaient préoccupés que de leur gamin et pas un seul instant ils n'ont eu le souci de l'état dans lequel je me trouvais. Ce sont des gens de passage sur la piste qui ont prévenu les secours ; au bout de dix minutes une ambulance est arrivée, je fus embarqué vite fait et conduit à l'hôpital de Libourne... Les premiers soins administrés, il s'est avéré que le poignet de l'enfant n'était qu'à peine luxé.
Par la suite, par courrier interposé (entre les assurances) ces gens m'ont "cherché des poux" et ont prétendu que je roulais trop vite... J'en avais été pour deux mois d'arrêt de travail, trois côtes cassées et durant quinze jours au début des deux mois, une gêne (et une douleur considérable) m'empêchant de dormir. Je ne pouvais pas me retourner. Et dans la journée je vivais "cassé en deux" surtout assis encore pire que debout (le pire étant en position couchée)...
Les mois et les années ont passé. Je n'ai jamais rien su de ces gens par la suite (les parents du môme), que je ne "porte pas dans mon coeur" et dont je me fous complètement de ce qui peut leur arriver dans leur vie, quinze ans plus tard, de bien ou de mal...
Si jamais -tout à fait par hasard- ils tombent sur ce que j'écris là, et que leur môme après un dix de moyenne au bac et deux ans de fac, galère entre boulot précaire et chômage ; qu'ils sachent, ces gens qui m'ont "cherché des poux" à l'époque, que je n'ai aucune compassion pour eux et que je les "catalogue" dans les "tordus/les cons/les petites âmes/les imbuvables"... (rire insolent et iconoclaste de ma part)...

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