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Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière

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MessageSujet: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Mer 9 Jan - 14:54



Au sein de l'immense fourmilière du roman dit "à l'eau de rose", peu d'auteurs peuvent se flatter d'avoir illustré un nom qui, immanquablement, se retrouve dans tout dictionnaire de la Littérature. Delly, pseudonyme commun à Jeanne et Frédéric Petitjean de La Rosière, appartient à cette élite.

Le principe dellyesque est simple et l'on peut même dire qu'il s'agit du principe de base de tout roman sentimental : l'adaptation d'un conte de fées au contexte contemporain. Mais la qualité du style, la finesse avec laquelle on personnalise les personnages-stéréotypes, enfin l'art avec lequel on dose l'érotisme de l'intrigue font toute la différence. Sur ces trois points essentiels, Delly s'est toujours distingué.

Cet auteur est aussi l'un des rares à avoir réussi à tenir la distance d'une seule et même intrigue sur plusieurs volumes : le binôme "Laquelle ?/Orietta" dont l'action se situe en Grande-Bretagne, au XIXème siècle ou encore "La Lune d'Or", véritable roman d'aventures exotiques qui entraîne le lecteur, malgré lui fasciné, des combes du Jura au Mexique, dans la quête d'un fabuleux trésor que cherchent bien entendu à atteindre des "Bons" et des "Méchants."

Et, bien sûr, "Aélys aux cheveux d'or" dont le tome 2 s'intitule "L'Orgueil dompté."

Thème récurrent chez Delly - et qui alimente encore bon nombre de romans roses : le mariage forcé. Ici, le testament de son père, le compte Ferry de Croix-Givre, contraint la jeune Aélys à épouser son cousin, le prince Lothaire de Waldenstein. "Quelle noix !" diront certaines. "Elle n'a qu'à refuser !" Mais nous sommes au milieu du XIXème siècle (approximativement) dans un milieu aristocratique où la parole donnée fait encore force de loi. Or, tant Ferry que son cousin, le prince Magnus, avaient prêté mutuellement serment d'unir leurs rejetons, à charge pour les Waldenstein de relever la propriété de Croix-Givre et, pour les Croix-Givre, de permettre aux Waldenstein de préserver la noblesse de leur arbre généalogique.

Ce qui explique que Lothaire, jeune homme volontaire et d'un orgueil extrême, bien qu'aussi mécontent qu'Aélys à l'idée d'épouser celle-ci, ne peut que s'incliner de son côté devant le voeu paternel.

De quelques années plus âgé que sa cousine, laquelle n'est encore qu'une adolescente dans le premier tome, Lothaire est une espèce de despote de sang germanique. Raffiné, cruel, orgueilleux, intelligent, violent, il a pour animal familier un léopard, nommé Tamerlan. De plus, il a déjà une maîtresse en titre.

Quoi !? Des maîtresses ??? Dans Delly ????? ...

Oh ! ce n'est pas dit comme ça. A vrai dire, ça n'est même pas dit du tout mais c'est tellement évident que vous seriez vraiment dix mille fois plus naïf que n'importe quel aficionado de romans sentimentaux si, dès la première apparition de Sidonia Brorzen dans l'histoire, vous ne vous en rendiez pas compte sur le champ.

Sidonia, une blonde fadasse par opposition au "blond chatoyant aux reflets d'or" (je cite de mémoire, vous m'excuserez Wink ) d'Aélys, est coachée par son père, le comte Brorzen, lequel n'est autre que l'amant de la princesse Jutta de Waldenstein, tante de Lothaire. (Non, ce n'est pas dit non plus qu'il est son amant mais franchement, ne me dites pas qu'on ne vous a jamais appris à lire entre les lignes d'un roman à l'eau de rose ? ... :ehben: )

Le prince étant réputé très indépendant, la clique Jutta-Brorzen-Sidonia estime tout d'abord qu'il n'y a aucune chance de le voir obéir au souhait posthume de son père. Mais voilà que Lothaire qui, enfant, s'était vu taxé publiquement de cruauté par une toute petite Aélys ayant inopinément débarqué dans la propriété que les Waldenstein ont conservé près de Croix-Givre, découvre, au hasard d'une promenade, que la fillette de jadis, si elle n'a rien perdu de son caractère farouche, est en passe de devenir une vraie beauté. Du coup, cette nature contrariante décide que oui, le testament paternel sera respecté.

Pour se remonter le moral, la clique Jutta-Brorzen se dit alors : "Qu'importe ! Il est versatile. A la fin de cet été, il retournera à Waldenstein et il oubliera ..."

Comme on le voit, ces gens-là n'ont rien compris au tempérament d'un homme qu'ils prétendent pourtant gouverner.
Lothaire consacre tout l'été à offrir à Aélys une image plus humaine de lui-même, il y parvient non sans peine, elle finit par lui faire confiance, jusqu'à ce qu'un incident les oppose à nouveau. Survient la rupture. Violente, comme il se doit. Chez la princesse Jutta, on se frotte les mains : allons, ce coup-ci, la partie est gagnée ...

Si vous pensez qu'ils ont tort, retrouvez-moi ici prochainement pour la suite de cette passionnante histoire qui, je n'hésite pas à l'avouer publiquement, a fait pour la première fois mes délices alors que j'avais huit ans et que je relis chaque fois avec le même enthousiasme.

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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Mer 9 Jan - 17:58

Il est pratiquement impossible de dénicher des photographies du frère et de la soeur. La Société des Gens de Lettres leur a dédié une salle : la Salle Delly , ainsi que cela nous est précisé ci-dessous :

Citation :
Elle porte le nom de Delly, pseudonyme commun au colonel Frédéric Petitjean de la Rosière (1876-1949) et à sa sœur Marie (1875-1947), auteurs de romans populaires à grand succès, et principaux donateurs de la SGDL. Le colonel, infirme, et sa sœur, qui s'est dévouée à le soigner toute sa vie, ont passé leur vie reclus à Versailles et se sont consacrés à l'écriture : plus de cent romans d'amour et d'aventures publiés en 35 ans, entre 1908 et 1943. Le canevas est simple : un beau prince aime une bergère et résiste aux tentations des sirènes. Prétexte pour multiplier les meurtres, enlèvements, affaires d'espionnage... Le décor emprunte à l'histoire gothique ou à l'exotisme, au folklore... Nés à un an de distance, morts à deux ans de distance, ils lègue leur fortune et leurs manuscrits à la SGDL pour les écrivains malades et nécessiteux. (Sources : SGDL)

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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Mer 9 Jan - 23:48

Masques de Venise a écrit:
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Si vous pensez qu'ils ont tort, retrouvez-moi ici prochainement pour la suite de cette passionnante histoire

tu vas lire la suite ?
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Mer 9 Jan - 23:58

Je vais la relire, oui. Et je vais me remonter ma collection de Delly. Et peut-être aussi celle des Concordia Merrel, Max du Veuzit, Kathleen Woodiwiss, le gratin, quoi ...

Ils sont une partie de ma culture littéraire. Et j'utilise sciemment le mot "culture", crois-moi. Si l'on jette un regard purement "technique" sur ces auteurs, on ne peut qu'admirer la rigueur de la construction. Chez Delly, cela se double d'un véritable génie érotique et d'une rigueur stylistique incroyable.

Quelque part, c'est du grand art. Je partage tout à fait ton avis sur ce point.
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Jeu 10 Jan - 0:12

Masques de Venise a écrit:
Si l'on jette un regard purement "technique" sur ces auteurs, on ne peut qu'admirer la rigueur de la construction.

entièrement d'accord. Et c'est une littérature qui remplit totalement son but.
Par ailleurs, j'aime beaucoup la couverture. C'est paru chez quel éditeur ?
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Jeu 10 Jan - 1:20

Celle que j'ai utilisée - justement, en pensant à ta remarque sur les couvertures - est une édition Jules Tallandier, collection Delly.

Jules Tallandier est l'éditeur de départ. Les éditions les plus récentes, toujours chez Tallandier, placent aussi Delly dans la collection "Floralies", qui date des années 70 et dont voici un exemple :



Plon a aussi édité Delly. Pas tous ses titres, cependant. Ci-dessous, le premier tome d'un binôme qui a pour thème l'espionnage allemand pendant la Grande guerre (et avant) :



"J'ai Lu" a édité Delly dans les années 90 avec couverture à personnages.

Dans les vieilles éditions, on peut trouver les Editions du Dauphin, comme celle-ci avec "Le Violon du Tzigane" :



Chez Flammarion, en 1969, l'un des meilleurs Delly : "La Lune d'Or" (en deux tomes) :


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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Dim 10 Fév - 11:57

J’ai ouvert hier soir la fameuse... « Colombe de Rudsay-Manor » de Delly, qui comme son nom ne le laisse pas penser, est un roman qui se passe en Bretagne, en compagnie de Guénola, du Dr Le Mirec et de Goulven, entre autres.
Car jusqu’ici le personnage le plus intéressant et important -et je dois maintenant vous préciser que j’ai entamé cette lecture en la faisant à voix haute pour mon cher et tendre- c’est le chien Niquet.
Allez-y, faites l'essai, prononcez « Goulven courait en avant, en excitant le chien Niquet »... sans pouffer de rire et voir ensuite des connotations détournées pour tous les mots...
Ah je vous le dis, elle commence bien cette lecture ! Surtout que le chien, il revient souvent !
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MessageSujet: Le Candélabre du Temple   Dim 17 Fév - 20:05



"Le Candélabre du Temple" adopte le schéma, classique dans Delly, de l'orpheline qui entre, enfant, chez un tuteur noble et fortuné et qui, pour des raisons diverses, finit mariée soit au tuteur, soit au fils du tuteur. En général, l'orpheline est pauvre. Ici, par exception, elles sont deux, Myriam et Rachel, et elles sont riches. Hélas ! leur fortune leur vient de leur mère, qui était fille de l'usurier Eliezer Onhacz.

Roman typique pour "jeunes filles de bonne famille" de la IIIème République, "Le Candélabre du Temple" utilise, envers la culture israélite, les clichés de l'époque. On n'aperçoit Onhacz qu'à la toute fin du roman et le moins que l'on puisse dire, c'est que le personnage n'est pas flatté : il est même caricatural.


Ses petites-filles, en revanche, sont deux modèles de vertu. Déjà, leur tuteur avait pris la précaution de les enlever à l'institution judaïque dans laquelle, jusqu'à la mort de leur père, le comte Würmstein, elles avaient été élevées, pour les remettre entre les mains de soeurs évidemment catholiques. Myriam comme Rachel avaient d'ailleurs fait la joie des nonnes car elles étaient toutes deux aimable, douces et pieuses. Malheureusement, les religieuses n'avaient pu empêcher une condisciple dont le père avait été pratiquement ruiné par Onhacz, de révéler leur origine et les deux soeurs avaient alors traversé une période difficile.

Les Delly étaient incorrigiblement chrétiens et catholiques. Il faut admettre aussi que, comme ils publiaient sur "Les Bonne Presses", ils n'auraient eu aucun succès s'ils avaient tenté d'utiliser un langage un peu plus ouvert.

En résumé, voici l'intrigue :

Quand l'action débute, Siegbert de Hornstedt est pratiquement fiancé avec Carolia von Eichtein, sa cousine. Le même jour, son père, le comte Chlodwig, lui apprend qu'il a accepté la tutelle des filles du comte Würmstein, lesquelles doivent arriver incessamment au château.

Etonné et presque indigné, Siegbert rappelle à son père la mésalliance faite par Würmstein lorsqu'il épousa Salomé Onhacz, fille de l'usurier Eliezer. Mais le comte Chlodwig écarte toute remarque et assure son fils qu'il a de bonnes raisons pour agir ainsi.

Ces raisons, Siegbert ne va pas tarder à les connaître. L'annonce de sa ruine imminente mène le comte aux portes de la Mort et, contraint et forcé, il apprend à son fils que, jadis, le comte Würmstein, avec qui il avait pourtant rompu tous les ponts, est intervenu pour le sauver dans une vilaine affaire de lettres compromettantes. Pour le prix de ce "service", Würmstein, personnage excentrique, que Delly présente paré d'une vague aura démoniaque, avait exigé une promesse de mariage entre Siegbert et l'aînée de ses filles, Myriam.

Vous me suivez bien ?

Siegbert songe un temps à ne pas respecter la promesse paternelle mais comme Carolia, qui vient elle aussi d'apprendre la ruine des Hornstedt, vient de le laisser tomber  pour épouser un prince cacochyme mais richissime - du moins le suppose-t-elle - il finit par se dire : "Après tout, pourquoi pas ? Au point où j'en suis ..."

Le coup de théâtre suivant, c'est l'accident mortel qui emporte le cousin de Siegbert, et la congestion qui frappe, à cette annonce, son père, le prince de Hornstedt. Du coup, Siegbert hérite et du titre, et des biens.

(Je vous raconte pas la tête de Carolia qui, la veille, vient d'épouser son antiquité.)


Quelques années plus tard, alors que Myriam vient d'avoir seize ans, Siegbert l'épouse secrètement mais se refuse, bien entendu, à vivre avec elle et à la faire reconnaître officiellement comme princesse de Hornstedt. La jeune femme, d'ailleurs, en est bien heureuse car, pour des raisons que vous découvrirez si vous lisez ce roman, elle garde de lui un bien mauvais souvenir.

Myriam n'en ayant pas moins acquis un certain rang, il a été décidé qu'elle vivrait dans le vieux domaine de Hoendeck, auprès de Mme Sülzer, qui s'était occupée des deux orphelines à leur arrivée chez les Hornstedt, et bien entendu en compagnie de sa soeur, Rachel.

La jeune femme, qui est dotée d'une forte personnalité et à qui l'origine plus ou moins douteuse de la fortune maternelle a causé mille soucis, décide de ne l'utiliser ni pour elle, ni pour Rachel mais de s'en servir pour des oeuvres de charité. La rente que lui fait son lointain mari doit suffire à leur entretien et puis, comme toutes les vaillantes héroïnes dellyesques, elle est bien décidée à travailler.

Le reste ... dois-je vous le conter ? Je pourrai mais je ne le ferai pas. Je me bornerai à vous conseiller de lire "Le Candélabre du Temple", l'un des meilleurs ouvrages de Delly - malgré les a priori qui l'émaillent çà et là.

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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 12:05

Un lien très intéressant - visiblement traduit d'un article en langue étrangère - que j'ai découvert tout à fait par hasard, avec les photos de Delly. Eh ! oui !
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 12:08

Pourquoi les appeler "les frères Delly" alors qu'ils sont frère... et soeur ?
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 12:28

Pfffff on va encore nous faire croire que le masculin prime sur le féminin... Evil or Very Mad
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 12:40

En l'occurrence ce serait vraiment idiot !
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 13:01

Au fait, il aurait fallu dire quoi alors ? "les frères et soeurs Delly" ? ça fait un peu lourd non ? Et dans ce cas-là, faut-il mettre 'frère' et 'soeur' au pluriel ?
Autant de questions..on a de la chance, en général, dans l'art, on a surtout à faire à des frères (frères Coen, frères Dardenne, frères Bogdanoff..)
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 13:04

Loïc a écrit:
Au fait, il aurait fallu dire quoi alors ? "les frères et soeurs Delly" ? ça fait un peu lourd non ? Et dans ce cas-là, faut-il mettre 'frère' et 'soeur' au pluriel ?
De toute façon, est-ce bien important ? Qu'on parle de Delly au singulier ne me dérange pas du tout.
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Lun 17 Mar - 14:15

Il suffisait de donner leurs prénoms, sans vouloir à tout prix donner leur lien de parenté...
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Jeu 9 Sep - 21:42

Bonjour, je suis a la recherche d'un livre de la collection delly, ou l'un des personnage s'appelle BLANDINE. Connaitriez vous le titre de ce livre?
D'avance, merci.
D'autre part, je possede plusieurs livres de Delly, Concordia Merrel, Magali, Max du veuzit... que je souhaite vendre. Y a t'il quelqu'un d'interressé?
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Ven 10 Sep - 0:01

Désolée, je ne connais aucune héroïne de Delly ainsi dénommée.

Pour votre annonce, vous devriez plutôt essayer les sites de vente en ligne. Wink
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Sam 16 Oct - 17:30

Delly est le pseudonyme. Il n'est donc pas le frère et la soeur Delly. Au départ la signature était M. Delly.
Tallandier n'est pas l'éditeur original de tous les titres de Delly. C'est souvent Bayard, La Bonne Presse qui a édité Delly. Rappelons que Delly propose des ouvrages d'inspirations chrétienne et conservatrice très marquées. Le bon abbé Bethléem préconise d'ailleurs les ouvrages de Delly.
Les portraits d'ouvriers sont souvent savoureux: fainéants, faibles, alcooliques,...

La Revue Le Rocambole proposera un numéro consacré à Delly pendant l'année 2011.
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Mer 6 Avr - 17:06

Cet après-midi, je suis tombée sur ce sujet qui m'a fort intéressée. Comme Masques de Venise, entre 10 et 14 ans, je me suis délectée des ouvrages de Delly (qu'ils soient plusieurs ou un seul à les avoir écrits). J'ai apprécié également les Max du Veuzit. Ils doivent dormir dans des malles, en compagnie des Semaines de Suzette, des Lisettes et des Fillettes. Je ne me suis jamais résignée à me séparer de mes livres. Ils m'ont suivie dans tous mes déménagements.
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MessageSujet: Re: Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière   Dim 3 Juin - 20:00

 
Les deux crimes de Thècle


Résumé de la quat' de couv' J'ai lu :

Citation :
Elle est courageuse, Marie-Marthe, la jeune infirmière, et pourtant dès son arrivée au château de Mieulles, isolé sur un escarpement des monts de Corrèze, elle est saisie d'une sourde angoisse. Elle est sensible et bonne, et pourtant elle ne ressent que peu d'affection pour sa petite malade, Fernande de Grisolles. L'enfant est sournoise, égoïste, gatée par sa mère... 

Tour à tour suave et d'une sèche dureté, Mme de Grisolles règne sur le château -en l'absence de son mari, soigné dans une lointaine maison de santé... 
Et Marie-Marthe apprend avec stupeur que les deux servantes de Mieulles -maltraitées, à peine nourries- sont les filles du premier mariage de M. de Grisolles: Sylvine la résignée, Thècle la rebelle...

Dans ce château-labyrinthe, aux escaliers dérobés, au donjon interdit, Marie-Marthe va surprendre d'autres secrets sordides.

Quand Mme de Grisolles en prend conscience, une lutte feutrée s'engage. Puis dans le huis clos des vieux murs, les haines s'exacerbent...

Le titre est partiellement trompeur : Thècle n'est ni le personnage principal, ni l'auteur des crimes, qui d'ailleurs sont au nombre de trois. Mais l'œuvre est bien bâtie sur une intrigue criminelle, avec une détective improvisée et un inspecteur de police, le premier que je rencontre chez Delly. Le roman doit dater de 1935-1940, époque où triomphait Maigret. La trame policière l'emporte très nettement sur l'aspect "sentimental". S'il y a quelques mariages, il n'y a pas d'histoire d'amour à proprement parler. Il n'y a même pour ainsi dire pas de héros masculin, mais de simples comparses. Les seuls personnages masculins sur lesquels l'auteur s'attarde sont les deux "méchants". La morale catholique est elle aussi en retrait : évidemment on reconnaît les personnages positifs à ce qu'il vontalamesse, et l'horrible Mme de Grisolles non seulement n'a pas de religion, mais prive de ce secours ses deux belles-filles. Il y aura certes une conversion, évoquée en une phrase, mais on voit que c'est juste pour remplir le cahier des charges, comme les mariages, afin que la lectrice ne soit pas trop dépaysée. D'ailleurs la figure du prêtre ne fait qu'une apparition furtive, à la fin du roman, pour administrer les nombreux cadavres. Mais on est quand même chez Delly, pas chez Chandler ou Japrisot : ne vous attendez donc pas à du "hard-boiled" avec détective sardonique entre deux whiskies et filles onduleuses à la langue bien pendue, ni à une intrigue complexe et retombant néanmoins sur ses pattes. Là c'est plutôt Alice détective, avec un poil de perversité en plus.

Le récit est à la première personne. La narratrice diffère assez des héroïnes dellyques habituelles. Elle est manifestement plus âgée, peut-être trente ans, puisque c'est une infirmière expérimentée. Elle est orpheline de longue date, mais n'a rien du faon effarouché :  parfaitement indépendante, elle se déplace sans chaperon, c'est incroyablement moderne, on se croirait chez Max du Veuzit. Elle a de l'autorité, même les méchants semblent la respecter et la craindre. Avec ça elle est bonne nageuse, au point de sauver avec succès une jeune fille de la noyade, c'est plus Max du Veuzit, c'est carrément Howard Hawks! Son prénom, Marie-Marthe, n'est mentionné qu'au tout début du roman. Son apparence physique n'est jamais décrite. 

On rencontre par ailleurs des traits plus habituels chez Delly, le mélodrame et le gothique. Le mélodrame est incarné par Sylvine et Thècle. Sylvine est une jeune fille tout à fait caractéristique de Delly : "je vis un maigre et pâle de jeune fille, des cheveux noirs, de beaux yeux farouches et tristes [..]. De beaux yeux souffrants et fiers  que mn discret examen ne semblait pas intimider." Thècle est plus ambigüe : elle est rousse, ce qui n'annonce rien de bon selon le code du roman sentimental catholique, d'autant plus que le titre a attiré l'attention du lecteur sur elle. Qui plus est elle est mauvaise cuisinière et contrairement à sa soeur n'exprime aucune émotion. Mais elle devient au fil du récit un personnage relativement complexe et intéressant, sans doute le plus pathétique. Le gothique est bien là aussi, château médiéval, séquestration, vieux geôlier démoniaque. Une originalité : il n'y a pas de captive mais un captif. Ce gothique est très atténué : Marie-Marthe n'a jamais de difficulté à quitter Mieulles pour rendre visite à ses amis du château du Loup-Blanc, qui est d'ailleurs tout proche. Même Sylvine n'est pas séquestrée, il suffit que Marie-Marthe fasse preuve d'un peu d'autorité pour qu'elle puisse à son tour se rendre au Loup-Blanc sans encombre. On est loin de l'atroce forteresse des récollets sadiens. Il faut dire que les méchants de l'histoire apparaissent, malgré l'ignominie de leurs actes, bien plus stupides, voire ridicules que machiavéliques. Est-ce parce qu'ils sont d'origine plébéienne, ce que Delly, en bon raciste social, se plaît à souligner? Ou l'auteur n'a-t-il pas fait exprès? La figure la plus inquiétante est celle du domestique Saturnin. Il y a aussi une infirme, comme le mentionne le résumé. Et, comme presque toujours chez Delly les infirmes, les boiteux, les nains, les simplets, elle est montrée sous un éclairage assez infect. Le racisme de Delly n'est pas que social. Le même travers s'exprime, de façon beaucoup plus répugnante, chez Barbara Cartland, auteur qu'on pourrait croire plus moderne et plus évoluée : les fous et les idiots ne peuvent qu'y étrangler sadiquement des petits animaux sans défense (quand il s'agit d'enfants) ou essayer de violer sauvagement l'héroïne (quand il s'agit d'hommes) ou alors de la massacrer, elle ou le héros ou les deux (quand il s'agit de femmes). Heureusement qu'il y a toujours un précipice derrière eux (par une grande bonté de la providence cartlandesque, les personnages les plus givrés se rencontrent généralement en Écosse ou dans les Balkans, aux paysages riches en failles bien placées).

Décidément le roman à l'usage des dames et demoiselles a bien changé : aujourd'hui les héroïnes rousses sont fréquentes, les orphelines tendent au contraire à se raréfier comme trop cliché, et les lectrices qui interviennent sur le site Likesbooks.com se sont enthousiasmées en 2009 pour The Madness of lord Iran Mackenzie, dont le héros est atteint d'une grave maladie mentale.
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Let what will be o'er me;
Give the face of earth around,
And the road before me.
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Nor a friend to know me.
All I ask, the heaven above
And the road below me.
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MessageSujet: La Rose Qui Tue   Jeu 25 Aoû - 13:23

Quel dommage qu'Eustrabirbéonne ne passe plus nous voir !  Confused  Elle lisait de façon si éclectique et vous donnait envie de lire encore ... Enfin ... Puisqu'il le faut, résignons-nous ...  



ISBN [= International Standard Book Number] : Inconnu à l'époque

Extraits

Personnages



"Jetez ... Jetez la belle rose qui tue ! ..."  Ce n'est pas cité au mot près mais c'est - et cela demeure - la phrase qui m'a le plus frappée dans "La Rose Qui Tue" de Delly. C'est Zorah, une naine dont Mme de Camparène s'est entichée lors de l'un de ses nombreux tours du monde, qui donne ce conseil, brutal mais en fait bienveillant, à Gemma de Fonteillan, devenue depuis les tranquilles débuts du roman la belle-soeur de Lionel de Camparène, le petit-fils de Mme de Camparène, laquelle à l'origine, l'avait justement choisie comme dame de compagnie et gouvernante de ses arrière-petites-fillles, Joyce si sûre d'elle et Auberte, la timide à la santé chancelante.

Il n'y a jamais eu beaucoup d'attirance entre Gemma et Lionel mais celui-ci, petit, blond, sinueux dirai-je et presque serpentin (les amateurs reconnaîtront les indices ), chimiste doué au demeurant, victime d'un accident grave qui l'a poussé à se replier sur lui-même et à s'établir au château de ses grands-parents,à Brussols, a très vite séduite Mahaut, la soeur de Gemma, une jolie fille assez tête de linotte, qui éprouve une véritable fascination pour le luxe, les toilettes qui vont en conséquence, la vie mondaine, l'argent, les voyages ... bref tout ce que lui promet Lionel si elle l'épouse. En outre - on se demande comment et pourquoi - l'homme lui plaît . Même quand j'étais enfant, je l'aurais pourtant qualifié d'être du genre "collant" et "hypocrite" et Delly fait tout son possible pour qu'on comprenne que c'est bien là le portrait qu'elle veut brosser ...

D'abord quasi-idyllique, l'union commence vite à prendre l'eau. C'est que Lionel, qui a tant promis de bijoux, de toilettes, de sorties, à sa jolie épouse (c'est la troisième, et les deux précédentes sont mortes toutes d'eux d'anémie), qui lui a, en fait, juré qu'elle deviendrait en somme la Reine de la Vie Mondaine sur la Côte d'Azur, Lionel tient bien toutes ses promesses (on ne peut pas lui reprocher d'être avare, par exemple) sauf une, l'essentielle : il ne veut pas que Mahault sorte sans lui. Or, Lionel déteste sortir de ce Brussols qui est un peu son refuge ... Et quand il le fait, "pour faire plaisir à Mahault", il trouve bien sûr moyen de gâcher la fête ... Evil or Very Mad

Peu à peu, le climat change, les inquiétudes (celles de Gemma, de M. de Camparène, pourtant un parfait innocent, et surtout celles de Salvatore de Camparène, un cousin d'origine corse qui, parfait contraire de Lionel, s'intéresse beaucoup à Gemma, et même celles de l'inquiétante Zorah, personnage volontairement flamboyant, qui crée malaise ne serait-ce qu'en raison de son handicap et de sa façon, très excentrique, de se comporter - sans parler qu'elle écoute aux portes) croissent. En parallèle, la santé de Mahault se fait plus languissante. Tous les jours, pour lui faire plaisir car elle adore les fleurs, son mari lui fait porter une corbeille que cet adepte de l'art floral japonais dispose à sa seule intention avec, toujours, ainsi qu'il lui avait promis dès avant leur mariage, tout au milieu, étincelante et arrogante, une rose superbe à la fragrance normalement vanillée, baptisée la "Cynthia" du nom de la première épouse de Lionel de Camparène.

Même la froide comtesse Camparini, cousine germaine des Camparène du côté italien et par ailleurs chimiste renommée qui travaille à Brussols mais voyage souvent pour donner des conférences, a un soir un geste d'humeur en apercevant la rose que respire alors à Mahaut. Et comme la comtesse Camparini ne fait pas dans la dentelle, elle jette celle-ci par la fenêtre, à la grande suffocation de Mahault et ne se doutant guère qu'elle réveille ainsi les soupçons de Gemma qui, ayant senti la rose directement dans la serre, puis dans la corbeille destinée à sa soeur, avait cru lui trouver une odeur bien différente.

Voilà, vous savez tout - ou presque . Ne reste qu'à vous plonger dans cet excellent petit roman sentimentalo-policier dont on peut seulement déplorer que les Delly, répondant à un a priori de leur époque qui n'était pourtant guère chrétien (on en retrouve un peu l'équivalent dans la Miss Mowcher de "David Copperfield" chez Dickens avec cette différence que le grand écrivain, ayant compris son erreur, retourna le personnage en deux temps trois mouvements pour en faire l'un de ses plus émouvants et de ses plus authentiques, en dépit de la pointe de mélo indispensable), ait fait de la pauvre petite Zorah un personnage peu sympathique. (Touchée cependant par la bonté de Gemma à son égard, c'est elle qui lui fournira un indice capital sur la fleur meurtrière.)

Comment ? Vous ne savez pas que Delly s'intéressait aussi au genre policier ? Excellente raison alors de découvrir la si évocatrice "Rose qui Tue."' Bonne lecture ! Pour ce qu'il vous reste de vos vacances - ou pour vous rappeler celles-ci avec nostalgie.

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MessageSujet: La Maison des Rossignols   Jeu 25 Aoû - 14:10



ISBN : Non Utilisé A Cette Epoque

Extraits
Personnages



Eh ! bien, avec "La Maison des Rossignols", nous retombons dans le classique des contes de fées, si aimé par le frère et la soeur. Le rôle de la Marâtre est assuré par Lady Laurence Stanville qui, d'un riche mariage avec un industriel britannique, a eu un fils unique, Hugh, grand, athlétique, froid, très flegmatique, digne chef d'entreprise en un siècle qui ne tolérait pas le droit de grève. Le Prince Charmant, c'est lui. (Mais comment faites-vous pour deviner si vite ? )

Suite à la maladie de son unique parente française, une cousine qui, elle, avait épousé un artiste d'origine noble mais (bêêêêêrk ) qui l'a laissée sans le sou avec une délicieuse petite fille "aux cheveux d'or" à nourrir - elle s'appelle Lilian de Sourzy -  lady Stanville, qui veut à tous prix avoir le sens du devoir (ou du moins qu'on le croie ), lady Stanville ramène tout ce petit monde en Angleterre et tout de suite, ou presque, c'est le "clash" : Hugh impressionne sa petite cousine de façon très désagréable, Mme de Sourzy et sa fille sont logées presque sous les combles, lady Stanville n'arrête pas de les rabaisser et rêve de voir Lilian en servante, il y a aussi l'horrible Miss Caroline Bairn dont vous ferez la connaissance bien à temps ...

Et puis un jour, la petite Lilian a l'audace de demander à son cousin - c'est Noël - de ne pas retirer son emploi à un petit garçon qui travaille à la fabrique. D'abord muet devant pareille audace, Hugh Stanville refuse avec hauteur et froideur - un congélateur ambulant, ce type - et exige des excuses sinon la petite restera punie dans sa chambre avec du pain et de l'eau croupie (disons que c'est l'idée générale). Que peut faire la petite fille, pourtant si fière ? ... D'autant que la santé de sa mère ne s'arrange pas ... Sniffsniff Sniffsniff

Fin de la première partie et début de la seconde
où nous retrouvons Lilian, descendant du train qui la ramène de son pensionnat. Elle a dix-huit ans, est de plus en plus jolie quoique fagotée de manière bien pauvre, hélas ! sa mère est morte et elle s'apprête, le cœur bien lourd, à reprendre le chemin du Manoir des Stanville et le joug qui l'y attend. Sur le quai, elle croise un homme qui hésite à la reconnaître. C'est son cousin, bien sûr - le Prince Charmant. Un cousin qui, de ce jour-là, est ensorcelé ...

Désormais amoureux de sa jolie cousine, Hugh va en donner à sa mère de telles vapeurs qu'il ira jusqu'à qualifier de ridicule l'idée de le voir épouser la si chère Caroline Bairn, une autre de ses cousines d'ailleurs et également élevée par lady Stanville, mais par contre dotée d'une dot conséquente. Dommage, évidemment, bien dommage, même, que, côté beauté et amour du prochain, on ne puisse dire qu'elle soit aussi bien pourvue ...

Poursuivant sur sa lancée de Prince Charmant, comme Lilian voudrait bien gagner sa vie, Hugh l'accepte dans ses bureaux, en tant que sténographe. Pour elle, il accepte aussi de garder un vieux couple qu'il aurait dû, logiquement, faire mettre à la retraite.
Les gens ont beau jaser : notre beau cong ... châtelain  s'en soucie à un point tel que Lilian est invitée, cette année-là, à la soirée de Nouvel An donnée par les Stanville. Lilian est ravissante et "coiffée à la grecque". Miss Bairn est laide, comme d'habitude, mais croit compenser sa laideur par une toilette invraisemblable et surchargée. Les cadeaux de Hugh à ses cousines sont en conséquence : un lourd bracelet d'or à Carrie, une étole de vison pour Lilian ...

Tout le monde jase de plus en plus et lady Stanville ne sait plus que faire. Dans son désespoir, elle va jusqu'à s'allier avec une méchante cousine (Mrs Heighton) que, jusqu'ici, elle supportait et qui vit depuis des années aux crochets de la famille O'Feilgen (encore des cousins) avec qui Lilian avait sympathisé dès son arrivée. Tous (y compris Mrs Heighton, qui a un assez beau filet de voix) vivent de musique et de concerts, ce qui a fait surnommer leur maison "La Maison aux Rossignols."

C'est là que, à la fin du roman, lord Stanville emmènera vivre sa jeune épouse (Lilian : comment avez-vous deviné ? Mais vous êtes extraordinaire, par ma foi ! ) tandis que sa mère gardera Stanville-House. Pour les aléas divers, pour tout ce que je n'ai pas noté (on ne peut pas tout raconter, surtout chez Delly, où serait le charme ? Wink  ), prière de vous reporter à l'ouvrage éponyme, qui fut l'un des plus grands plaisirs de mon enfance et que je ne saurais trop vous recommander comme conte de fées moderne.  A très bientôt pour de nouvelles aventures dellyesques ! (Mais lesquelles, je vous laisse la surprise !)

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MessageSujet: Entre Deux Âmes   Dim 30 Oct - 13:38



Editions : PLON

ISBN : Non usité à l'époque

Extraits
Personnages



Selon les goûts, "Entre Deux Âmes" peut être considéré comme un sommet de nunucherie ou comme l'un des Delly les plus marquants même si l'on eût souhaité, bien sûr, que l'auteur insistât un peu moins sur le baptême de Benaki, le petit Noir que M. de Ghiliac a ramené d'un voyage en Afrique. (Enfin, à notre sinistre époque, il faut au contraire insister, ne l'oublions pas et veillons bien à le faire ! preach )

Pour ceux qui l'ignoreraient encore - vous n'avez pas honte d'être aussi ignares ? - le marquis Elie de Ghiliac qui, évidemment, porte un vieux nom de la noblesse française et, ce qui ne gâte rien, est beau, encore plus riche et d'une intelligence pénétrante drunken drunken , partage ses loisirs de célibataire entre les voyages lointains (qui sont encore dangereux à l'époque, il faut bien le dire) et l'édition du récit desdits voyages (il ne me semble pas que ce soit des romans, non.) Ayant dépassé la trentaine, veuf d'une femme-pot-de-colle qui l'adorait mais qui ne lui a laissé qu'une petite fille, Guillemette, enfant à qui il ne manifeste que peu d'affection, mais qu'il ne laisse manquer de rien dans l'une des nombreuses propriétés secondaires qu'il possède, voilà notre marquis qui se dit qu'il lui faudrait peut-être se remarier. D'abord pour donner un héritier mâle à son nom, ensuite pour que la petite Guillemette ait une maman. (S'il pose à la froideur glaciale du Roi des icebergs déambulant sur la terre ferme, le marquis n'est pas foncièrement méchant : très orgueilleux, seulement.)

Par l'intermédiaire d'un vieil ami de sa famille, il découvre la perle rare : Valderez (si, le prénom existe, et bien français en plus, quoique vous le trouviez aussi en Amérique latine, je pense) de Noclare, une timide (et belle, mais belle  mais vous l'aviez déjà compris ) jeune fille de seize ou dix-sept printemps, l'aînée qui s'occupe des nombreux enfants que son égoïste de père a faits à sa mère et qui sait tenir une maison. Car c'est cela, que veut Elie de Ghiliac : une jeune femme belle, de sang bleu , (cela va de soi, cela aussi, vous l'aviez deviné :gorgedéployée: )qui sache tenir son rang, intelligente mais pas bas-bleu comme on disait alors, préoccupée des tâches ménagères et de l'éducation à donner à des enfants appelés à occuper plus tard dans le monde la situation qui leur revient dès le berceau et fuyant avec horreur toutes les mondanités, ces mondanités devant laquelle s'inclinait au contraire à deux genoux sa première épouse, qui,  pour mieux le faire, en négligeait la pauvre petite Guillemette.

Notre élégant et parisien marquis fait donc un saut dans les Pyrénées (je crois, ou alors c'est les Alpes et non : je n'aime pas la géographie, na ! ), enfin dans un vieux manoir un tantinet délabré et tout entouré de neige, où vit la famille de Noclare. Dès le début, Valderez lui plaît - le coup de foudre classique dellyesque dans toute sa splendeur. Il offre donc sans ambages à Noclare Père et Noclare Mère (l'un perclus de dettes car il est joueur, la seconde perpétuellement étendue sur une chaise longue où elle déprime à fond) d'épouser leur aînée avec contrat de mariage, douaire, etc, etc ... Et le tout, "sans dot", comme nous eût fait remarquer ce joyeux luron d'Harpagon !

Et là, lecteur, je vous prierai de vous mettre une ou deux minutes dans la peau de Noclare Père et de Noclare Mère et de répondre honnêtement à la question : que feriez-vous à leur place ? ... Merci

Convaincue que la vie lui deviendra impossible au milieu des siens si elle refuse ce mariage aussi brillant qu'inattendu, et ne se faisant aucune illusion sur l'égoïsme de son père qui voit déjà son futur gendre lui permettre de vivre sur un grand pied à Paris et garantir les dots de ses filles cadettes et de hauts postes à ses fils, Valderez accepte. Fiançailles, mariage ... et non consommation parce que cette horrible garce de Mme de Ghiliac Mère, peu soucieuse de voir son fils présenter à la société parisienne une seconde épouse aussi belle, aussi délicate, aussi distinguée et surtout aussi jeune (c'est-à-dire susceptible de rejeter dans l'ombre elle, l'éblouissante et altière douairière), profite d'un moment où la toute jeune mariée se retrouve seule pour lui dresser un portrait tout bonnement effrayant de son nouvel époux en insistant tout particulièrement sur son coeur volage ...

L'époux en question, je crois l'avoir déjà dit, est orgueilleux. Très. Valderez ne veut pas s'abandonner à lui ? Très bien : il n'insistera pas. Elles sont légion, les femmes qui ne rêvent, elles, que de cela ...

Et le voilà qui reprend ses voyages et ses soirées parisiennes en laissant Valderez avec Guillemette, loin tout là-bas, à la campagne.

Mais bien sûr, un jour, notre marquis finit par revenir au port ...

Et survient ce qui arrive toujours dans Delly : à la vue de tout l'amour que Valderez donne à Guillemette, de la gaieté retrouvée de la fillette, à la sensation du plaisir tout simple (même si l'odeur sucrée de la possession charnelle rôde toujours çà et là) que lui-même éprouve à se retrouver auprès de celle qui est sa femme légitime, aux diverses comparaisons qu'il établit entre Valderez et ces femmes qui passent leur temps à le poursuivre dans les salons (et ailleurs), Elie de Ghiliac se sent devenir différent. (C'est pour ça qu'il existe, le roman à l'eau de rose : pour faire croire ou rêver aux femmes qu'un homme, ça peut se changer. Evil or Very Mad ) Il lance des invitations à droite et à gauche, il veut montrer sa femme et il veut montrer qu'ils s'entendent bien - ce qui est vrai, d'ailleurs  même si la question charnelle n'a pas encore été réglée - et même, qu'il est amoureux d'elle.

Sa mère et sa vieille amie d'enfance (Roberte de Brayles mais prenez-le sous réserves et excusez-moi si je fais erreur lol! ) n'en reviennent pas. La vieille amie d'enfance, amoureuse du marquis depuis des lustres (vous l'aviez deviné aussi ? Comment cela se fait-il ?  :clégal: ), perd même la tête jusqu'à brûler ses vaisseaux: elle laisse entendre à la malheureuse Valderez que son mari a tout simplement laissé dépérir sa première épouse parce que, après l'accouchement de Guillemette, elle ne pouvait plus avoir d'enfants. La marquise douairière de Ghiliac, qui est présente, est choquée, certes (encore heureux, me direz-vous !  ) mais sa haine contre Valderez, dont elle devine la puissance monter, monter, monter ... jusqu'au septième ciel, l'empêche d'intervenir.

Mais tout se terminera rien avec un balayage en règle effectué par le beau marquis en personne dans son entourage. C'est vrai, de temps en temps, particule ou pas, il faut faire son ménage soi-même : on n'est jamais si bien servi, croyez-moi ! Wink

Allez, lisez cet "Entre Deux Âmes" qui fut l'un de mes préférés quand j'étais jeune, au temps où j'avais encore plein d'étoiles dans les yeux. Et savez-vous ? Il arrive que, malgré la vie qui s'est écoulée, une ou deux de ces étoiles se rallume, aussi brillante que jadis, quand je relis Delly. Et ça fait un bien fou ... Un septième ciel d'illusions redevenu réalité pour quelques heures, personne ne peut s'offrir le luxe de bouder pareil miracle.

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: La Biche au Bois   Sam 5 Nov - 13:33



ISBN : non usité à l'époque

Extraits
Personnages


"Encore un conte de fées !"
me direz-vous en pensant à Mme d'Aulnoy. Disons plutôt une révision du conte célèbre par Delly, et probablement l'un de ses meilleurs ouvrages. Le héros masculin, Vladimir, prince de Wittengrätz, est particulièrement réussi : sujet du Tsar mais d'origine germanique, grand, beau, énormément riche et célibataire qui se laisse encenser, tel un fauve paresseux et cynique, par toutes les dames qui le souhaitent avant d'en choisir une, particulièrement belle et, si possible, assez sotte. Ces temps-ci, il est sexuellement attiré par la jeune Myrrha Nadopoulo, petite, brune, assez jolie et "féline", adjectif qui, souvent chez Delly, quand il s'applique à une femme, est plutôt de mauvais augure. (Chez un homme, c'est plus ambigu : c'est tantôt bon et signe de grande virilité - Cf. "L'Orgueil dompté" par exemple, la suite d'"Aélys Aux Cheveux d'Or", que je me dois de retrouver pour vous en parler, d'autant que je l'ai promis depuis des lustres    - tantôt au contraire signe de lâcheté et de veulerie - voir de même Lionel de Camparène dans "La Rose Qui Tue.") Poussée par sa mère, la comtesse Ismène Seminkhof (une aventurière dont cette union est le second mariage, plus reluisant, très nettement, que celui qui l'avait liée jadis à Nadopoulo, un Grec ou un Levantin, on ne sait trop Mr.Red ), Myrrha se voit déjà en princesse de Wittengrätz - ce qui amuse infiniment l'homme convoité et sans scrupules pour lequel elle n'est qu'un jouet, un de plus. Ce qui ne l'empêche pas de la convier, avec sa mère et son beau-père, à se rendre à l'un de ses domaines lors de la prochaine saison de chasse.

Myrrha est aux anges
. Sa mère, qui a roulé sa bosse et se révèle par conséquent bien plus expérimentée, lui conseille cependant la prudence et plus encore de ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Mais cela n'empêche toutefois pas Ismène de l'encourager fortement dans ses projets de conquête - Myrrha est probablement la seule personne, hormis elle-même, qu'elle aime sincèrement.

Seulement, la saison de la chasse est encore loin et le prince se rend entretemps à sa propriété de Stanitza où il a des comptes à revoir avec l'intendant, Streitnoff, personnage louvoyant et faux, qui fait volontiers chanter les serfs. Sa fille, Dounia, jolie mais prétentieuse et ne désespérant pas, elle non plus, d'attirer l'œil du maître sur ses charmes, ne vaut guère mieux mais vous connaissez Delly : ça finira mal pour elle et son escroc de père. L'action, rappelons-le, se situe dans les années 1880 et, même si les bolcheviks, nihilistes et autres, œuvrent dans l'ombre à la destruction de l'Empire des Romanov, il n'empêche que les aristocrates ont encore droit de regard sur la vie de leurs serfs et ceci en dépit des réformes libérales tentées par Alexandre II, surnommé "le Tsar Libérateur" et si mal récompensé par la foule d'attentats qui cherchèrent à l'atteindre jusqu'à ce qu'une bombe artisanale, jetée dans sa calèche de parade, le condamnât à une mort atroce, le 13 mars 1881.

Accompagné par le lieutenant Aubert de Creuilly, jeune Français qu'il apprécie et à qui il a promis de faire visiter Stanitza, le prince s'installe dans sa modeste (c'est relatif, comprenez bien :rigoltourne: ) propriété. Excellent musicien, il aime bien jouer du violon quand la mélancolie le prend. A minuit par exemple, quand il souffre d'insomnies. Ainsi fait-il un soir mémorable avant de s'engager dans une petite promenade pédestre. Et c'est en cette occasion qu'il tombe droit sur une une jeune fille inconnue mais d'une très grande beauté, adossée à un arbre, près d'un étang. Pour le prince, cette jeune fille n'est en fait qu'une demi-inconnue car il sait déjà que Streitnoff a laissé une Mme Fabien, qui fuyait on ne sait quel mystérieux péril avec l'enfant dont elle était la gouvernante, s'établir il y a des années chez le garde-forestier Hofnik et sa cousine, Irina, et ceci bien que leurs papiers ne fussent pas en règle. (Précisons que Streitnoff en a a profité pour extorquer une belle somme au pauvre Hofnik, en échange de son silence.) Cette jeune fille doit être la pupille de Mme Fabien, décédée depuis quelque temps déjà, et qui a été élevée par Hofnik et Irina. Son nom : Lilia Vérine - enfin, c'était celui sous lequel Mme Fabien dissimulait la véritable identité de l'enfant, laquelle avait été, assurait-elle, victime d'une tentative de meurtre par sa belle-mère.

A peine aperçoit-elle Wittengrätz que la pauvre Lilia, suivant en cela, le prince s'en doute très vite, les conseils de Hofnik, détale comme un petit lapin jusqu'à l'isba de celui-ci, dont elle claque la porte pour ainsi dire au nez de son poursuivant. Mais Vladimir est captivé, sous le charme : et en plus, qu'on fuie comme cela devant lui, ça l'excite, cet homme qui a la chasse dans le sang. Toutes les formes de chasse ...

En bonne logique, je devrais encore vous livrer quelques éléments mais je préfère vous les laisser découvrir dans cet ouvrage au style toujours raffiné, bourré de clichés certes mais des clichés dans lesquels le lecteur ravi se jette avec délices, et par dessus tout nimbé de cet érotisme si particulier qui fait le charme diabolique de Delly, entité au visage de Janus, et de son oeuvre.

Je me relis et je me dis : "Ils en ont suffisamment déjà pour déduire et conclure. Sinon, qu'ils lisent (ou plus souvent relisent) l'ouvrage. Une bonne cure de romans à l'eau de rose, à condition que ceux-ci ne sombrent pas dans certains excès religieux et mélodramatiques (comme "Gilles de Cesbres, par exemple, sur lequel je ne ferai pas de fiche parce que je me dis que, pour sa rédaction, l'un des deux, le frère ou la soeur, manquait certainement au rendez-vous - maladie, voyage, etc ... - ce qui explique cette lamentable daube) n'a jamais fait de mal à personne." Certes, je ne l'ignore point , certains webmestres ont peur d'ouvrir une rubrique en leur faveur, que ça ne fasse pas "sérieux", que ce soit tenu pour ridicule et fasse se plier de rire de parfaits imbéciles, que ça n'ait aucun succès ... Eh ! bien, ils ont tort. Et les lecteurs occasionnels de ce genre d'ouvrage ont tort, eux aussi, de ne pas avouer leur petite faiblesse. J'en profite d'ailleurs pour inviter tous les lecteurs éventuels de bons "Harlequin" actuels à nous rejoindre sur Nota Bene Culture Littéraire - vous lisez bien : "culture littéraire" et je vous mets au défi de prouver qu'il n'y a aucune culture de ce genre sur notre Forum-Bibliothèque ! Wink

A très bientôt, pour les fiches de "Laquelle ?" et "Orietta", binôme célèbre chez les amateurs de Delly - mais laissez-moi le temps de rédiger les fiches et surtout de relire tout ça.

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MessageSujet: Cœurs Ennemis : Laquelle ? - Orietta   Mer 16 Nov - 15:20



ISBN : ? Editions Tallandier - 1973

Extraits de "Laquelle ?"
Extraits d'"Orietta"
Personnages



Deux pour le prix d'un ou plutôt un binôme comme Delly aimait à en faire de temps en temps. Citons, par exemple, les deux tomes du "Mystère de Ker-Even", "Le Roi de Kidji" et "Elfrida Norsten" qui forment, pour leur part, "Le Mystère de la Sarrasine", "Le Sphinx d'Emeraude" et "Bérangère, Fille de Roi", dont l'intrigue se situe sous Henri III. Sans oublier la trilogie bien connue dont l'héroïne s'appelle Ourida, tout simplement.

Ici, le titre générique ("Cœurs Ennemis") annonce dès le départ qu'il va y avoir de la bagarre entre les deux personnages-clefs, à savoir lord Walter Falsdone, futur marquis de Shesbury, et la jeune Orietta Farnella, une petite orpheline d'origine italienne, recueillie avec sa soeur, Faustina, par le père de lord Walter, lord Cecil, encore vivant au début de "Laquelle ?" L'initié sait aussi que tout se terminera bien mais que cela n'ira pas sans mal. Comme toujours, l'orgueil triomphera avant que ne puisse se révéler le profond amour qui unit nos deux héros . (C'est d'ailleurs pour cela que le lecteur a acheté ces deux livres.)

L'action se situe essentiellement dans un domaine somptueux, en Grande-Bretagne et, de temps à autre, en Italie, dans la demeure plus humble du comte Farnella, l'homme qui s'est déchargé sur lord Cecil Falsdone de ses deux enfants en sachant pertinemment que l'une d'elles - mais laquelle ? voyez-vous l'astuce du titre ?  - était en fait la fille de sa femme bien-aimée et de lord Cecil lui-même. Nées le même jour, confondues par la nourrice, il n'y aurait plus aucun moyen, en cette fin du XIXème siècle qui ignore les miracles de l'ADN, de savoir qui est qui. Voilà qui aura gâché aussi bien la vie du malheureux Farnella, devenu veuf inconsolé et inconsolable entretemps, que fortement pesé sur la conscience chancelante, car elle sait qu'elle s'en va vers la tombe, de lord Cecil.

Et tout ça en attendant de créer toute une foule de problèmes à lord Walter, devenu adulte et éperdument amoureux, quoiqu'il se fasse un plaisir de ne pas l'avouer et même de laisser entendre le contraire, de la jeune et ravissante Orietta, dont le caractère, soit-dit en passant, vaut bien le sien question orgueil et sens de l'aristocratie. Si libre que soit le jeune marquis de Shesbury, dont on ne compte plus les liaisons à droite comme à gauche et aux quatre coins de l'Europe, il ne peut tout de même pas épouser sa sœur  ! On imagine donc sa stupeur, puis sa colère quand, revenu chez lui à la mort de son père, il ouvre une lettre que celui-ci avait scellée à son intention et dans laquelle il lui raconte tout. Mais quelle idée non pas d'avoir eu une aventure avec la comtesse Farnella et avec une autre (sa cousine, je crois) mais d'avoir laissé mélanger les deux bébés au point qu'il est désormais impossible de savoir qui est, en réalité, la sœur de lord Walter !

Quand il était encore un tout jeune homme, Walter n'avait que faire de cette petite sauvageonne d'Orietta avec laquelle il a, au tout début du roman, deux prises de bec qu'on n'est pas prêt d'oublier. Seulement, bédame, la voilà jeune fille, et de plus en plus belle et intelligente :oeilcoeur: , et lui, désormais plus mûr et en quête d'une femme vraiment digne de lui. Ce caractère qu'il jugeait jadis si détestable lui plaît maintenant d'une manière qui évoque, avec la discrétion dellyesque de rigueur, des rapports fortement teintés de sado-masochisme.

Comment trancher ? Comment résoudre ce dilemme digne de Corneille ? Quid Quid

Mises au courant - il le faut bien - les deux comtesses Farnella, puisque tel est leur titre officiel malgré leur manque de fortune et le fait qu'elles ont été élevées grâce à la charité du défunt, sont elles aussi pas mal déstabilisées. Faustina voit tout de suite les avantages qu'elle pourrait retirer de la situation de soeur légitime de lord Shesbury. Orietta, elle, supplie le Ciel et tous ses saints de ne pas tomber sous la coupe de cet orgueilleux, de ce libertin, de ce ...

Bref. allgreen

A la fin du premier tome, survient évidemment un incident qui prouve qu'Orietta est la seule comtesse Farnella possible et que Faustina est en fait une Falsdone. Curieusement, lord Walter et Orietta, bien que non unis par les liens du sang, sont, l'un comme l'autre, à la fois satisfaits et ennuyés de la chose. Mais enfin, c'est ainsi : il faut bien s'y faire.

Lord Shesbury, qui a toujours manifesté de manière excessive que, quand il voulait une chose, mieux valait ne pas contrarier ses désirs, ne voit plus pourquoi il n'épouserait pas Orietta. Nous sommes alors dans le second volume et - oh ! surprise !    - la jeune fille, en dépit des rancœurs qu'elle a pu conserver envers le jeune lord Falsdone, ne dirait pas non, finalement, à l'idée d'une union avec ce personnage pourtant si peu recommandable, si l'on y réfléchit bien. Walter est donc pratiquement parvenu à la séduire lorsque s'interpose l'Infâme Humphrey Barford , amant plus ou moins officiel de la marquise douairière - la veuve de lord Cecil - lady Pamela, laquelle a eu une fille de son époux, la petite Rose, qui, de son côté, s'est prise de sympathie pour Orietta parce que, justement, celle-ci n'hésitait pas à tenir tête à un demi-frère dont elle-même aurait désespérément souhaité l'affection mais qui n'avait, pour elle et sa faiblesse physique (au début de l'intrigue, elle se déplace en fauteuil roulant), qu'un mépris absolu. 

Si vous m'avez suivie jusqu'ici, sachez que la route n'est plus très longue, courage : simplement tout "Orietta" à lire et / ou à relire pour savoir :

1) comment Humphrey l'Infâme parviendra à circonvenir Orietta jusqu'à l'inviter à se réfugier chez lui pour fuir les attentions de son fiancé - qui, selon Barford, est un monstre et un assassin ;

2) comment ledit fiancé, plutôt furax mais encore maître de lui et qui, de surcroît, en a autant au service de Humphrey l'Horrible, découvre très vite le pot-aux-roses et s'en vient récupérer son bien ... pardon, je voulais dire Orietta dont (rappelons que nous sommes au XIXème siècle et que nous devons faire face à une situation périlleuse pour toute jeune fille honnête de l'époque), la réputation, après ce séjour chez Barford, est gravement compromise ;

3) comment encore, en homme d'honneur et en parfait gentleman, lord Shesbury épouse sa promise récalcitrante, faisant d'elle une "femme" honnête - à ceci près que ladite promise, plus remontée que jamais bien qu'elle ait reconnu la fausseté des allégations de Barford, se refuse obstinément à accomplir ses devoirs conjugaux ;

4) comment lord Walter, toujours furax mais inexplicablement toujours aussi fasciné, fait du mieux qu'il peut (et il peut beaucoup en ce domaine où il est passé maître ) pour provoquer la jalousie d'Orietta et la pousser à se jeter dans ses bras ;

5) et enfin comment, par un coup de théâtre très ... euh ... théâtral , la situation rentrera dans l'ordre à la fin du roman, avec un Barford en sang, une Orietta semi-évanouie d'émotion et un lord Walter qui laisse (enfin ! :youpiiiii: :youpiiiii: ) paraître tout l'Amour qu'elle lui inspire depuis une éternité.

Prêtes ? Prêts aussi, peut-être ? Alors, vous pouvez y aller de confiance. Ce couple de volumes est l'une des plus grandes réussites de ses auteurs, l'une de celles qui tirent encore à je ne sais trop combien d'exemplaires tant il est vrai que les contes de fées et l'érotisme discrètement sado-masochiste ont la vie dure, surtout quand Delly est aux commandes.

Tel est - et restera - le grand charme de cette recette magistralement mitonnée par le frère et la sœur même si aucun d'eux n'avait peut-être pas une conscience très nette du piment qui couvait sous le velouté de la sauce ...

Peut-être, hein ? ... Peut-être, seulement ... 

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