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Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Vengeance de Ralph (TM 2017)   Mar 13 Juin - 16:53



Etoiles Notabénistes : ******

ISBN : Non créé à l'époque

Editions Gautier-Languereau - Collection : La Bibliothèque de Ma fille
Imprimé en : 1948


Extraits
Personnages



Chez Delly, il y a de tout. Des contes de fées, revus et corrigés, c'est sûr. Mais certains ouvrages, s'ils n'échappent jamais à l'insistance sur la religion catholique, la seule, la vraie, peuvent, s'il les prend au second degré, offrir au lecteur une véritable jouissance que l'innocence affichée de Delly peine tout de même à nous faire croire que la raillerie, la méchanceté et le mépris envers les parvenus ainsi que pour leur manque d'éducation dont il(s) font preuve à leur égard ne sont pas bel et bien voulus.


"La Vengeance de Ralph", variation sur le thème de la pauvre Cendrillon sauvée par un Prince Charmant dont tout le monde ignore, au début, qu'il est prince et fortuné, fait partie de ces ouvrages où le frère et la sœur qui se dissimulaient derrière le pseudonyme de Delly s'en sont donné à cœur joie en la matière.

Si l'on ne saurait dénier le premier rôle à l'élégant et très britannique Ralph Hawton, qui décide d'épouser Serena Dochrane, elle-même anglaise par son père mais espagnole par sa mère, et s'émouvoir de la tendresse qui, très vite, se met à vibrer envers lui dans le cœur encore tout candide de la douce mais fière Serena ; si, dans la partie du roman qui se situe en Angleterre,Ralph, simple ingénieur en France chez M. Sorbin où il avait d'ailleurs fait la connaissance de M. Beckford, le bon mais faible tuteur de Serena, revient en qualité de comte de Felborne, l'une des plus grosses fortunes et l'un des plus vieux noms de la gentry britannique, l'on se méfie instinctivement de Jane Adley, l'ancienne fiancée de Ralph à laquelle le titre échappe parce qu'elle a mal calculé son coup (lisez le livre et vous saurez comment et pourquoi cette femme pourtant intelligente mais aveuglée par l'argent et le rang a très mal joué sa partie) et au moins de l'une des cousines de Ralph, lady Dorothy, amie fascinée par la beauté et le caractère de Jane (l'autre vieille cousine, lady Sabina, qui souffre du cœur et d'un problème de surdité, est par contre très aimée de Ralph et Serena s'attache également très vite à elle), ce sont, je n'hésite pas à le dire, la parenté française de Serena qui tient la scène presque de bout en bout et qui apparaît en tous cas la première à la mémoire du lecteur lorsque celui-ci se remémore cette lecture de sa jeunesse.

Nous avons déjà évoqué M. Beckford, homme aimable, simple, ingénieur tout comme Ralph chez M. Sorbin, mais que mine une lâcheté éhontée devant sa belle-mère, Mme de La Ridière, née Eulalie Barboux, fille d'un gros fermier qui, dès que sa propre fille, Yolande (morte depuis lors), a épousé le pauvre Beckford, s'est installée avec armes et bagages chez le jeune couple. Mme de La Ridière, à qui sa dot de parvenue avait permis d'épouser un tout petit hobereau de la région, lui aussi décédé depuis belle lurette, a eu une influence désastreuse non seulement sur l'union de Yolande mais aussi sur l'éducation de ses petits-enfants, Simone et Eustache. Désormais âgée de plus de vingt ans, Simone, aussi regardante que sa grand-mère sur les partis qui se présentent à sa beauté blonde mais banale, pense toujours trouver mieux. Au début du roman, elle a fixé ses batteries sur un certain Félix Morel, jeune fat qui a pour avantage d'avoir hérité d'une assez jolie somme. Mais comme Morel se fait désirer, Simone en profite pour faire les yeux doux à Ralph Hawton jusqu'au moment où, renseignements pris, sa grand-mère lui confirme que "cet Anglais hautain n'a pas un sou." A regret, car Ralph, comme tout héros dellyesque, est fort bien de sa personne, Simone se retourne donc vers Morel. Las ! Celui-ci, blessé dans sa vanité, s'est mis au mieux avec une veuve rousse douée d'un petit capital et les bans sont pour ainsi dire publiés. Ce qui laiisse à la belle Simone, qui redoute la Sainte-Catherine pis qu'elle redouterait l'apparition de Satan en personne près de sa coiffeuse, un seul parti, un notaire d'Echanville - encore l'étude n'est-elle pas bien grosse ... Pour comble d'horreur, toute la famille Beckford-La Ridière perd sa fortune entre les mains d'un banquier indélicat . Pourquoi est-elle encore là, celle-là ? Si, je le sais mais vous, il vous faudra relire (ou lire) "La Vengeance de Ralph" pour l'apprendre.

Bref, pour en revenir au maître de la plus petite étude notariale d'Echanville, il n'acceptera de s'unir à Simone qu'à la condition que lord Felborne assure une rente à celle qui est devenue sa cousine par alliance.

Quant à Eustache, enfant pourri-gâté que méprisait déjà Ralph Hawton, il sera mis en pension - ça lui fera les pieds. Seule, Emilienne, la troisième des enfants Beckford, qu'une légère infirmité avait fait placer au couvent par sa grand-mère, mais qui adorait Serena, verra son avenir aussi brillant que l'avait souhaité Simone pour elle-même puisque, vivant chez les Felborne, elle sera de ce fait au contact de cette société qu'eussent tant aimé rencontrer sa grand-mère et sa sœur ...

Ah ! Si seulement, n'est-ce pas, ces dames avaient su ! .. La malice de Delly prend ici ses aises et l'on jubile avec l'auteur : les portraits de Mme de La Ridière et de sa petite-fille, quoique un tantinet caricaturaux, n'en restent pas moins terriblement réalistes.

La première, énorme, courant après de toilettes qui ne sont plus de son âge et arborant les bijoux les plus voyants qu'elle peut, clamant à tous les échos qu'elle est la seule à "savoir" à peu près tout et n'importe quoi et écrasant son gendre de l'argent qu'avait le père Barboux ainsi que de la petite particule qu'il lui a procurée, encourageant surtout Simone à se comporter comme une jeune fille "à la page", c'est-à-dire un peu trop libre pour l'époque et plus encore dans une petite ville comme Echanville, où les réputations se perdent vite. Mme de La Ridière n'avait-elle pas affirmé un temps à son gendre que "cet Anglais" s'était amusé à "perdre" celle de sa jeune pupille ? ...
 


La seconde, nettement plus mince - jeunesse oblige - se maquillant aussi outrageusement que sa grand-mère alors que sa fraîcheur naturelle devrait lui éviter de forcer la dose, s'habillant de manière tout aussi voyante mais bien plus provocante, bien sûr, attirée par les beaux garçons, certes, mais se renseignant avant tout sur leur situation financière, profondément jalouse de sa cousine bien avant que celle-ci n'épouse Ralph Hawton, ne lui épargnant aucune critique, aucune humiliation, s'acharnant sur elle avec une méchanceté d'autant plus aiguë qu'elle se savait protégée par sa grand-mère et aussi, il faut bien le dire, par la faiblesse de son père, enfin dotée d'un égoïsme tel que, Mme de La Ridière ayant songé, après sa ruine, à aller vivre chez elle, nouvellement mariée, Simone lui opposera un "non possumus" sans appel ... Eh ! oui, qui sème le vent, etc, etc ...

En vérité et sans vouloir flatter ces dames, toutes les scènes dans lesquelles elles apparaissent sont un régal pour le lecteur. Sans doute ne seraient-elles pas flattées des raisons qui nous poussent à les espérer sur scène mais la chose est sûre : dans la vaste galerie des "méchants et stupides parvenus" du monde Delly, Eulalie de La Ridière, née Barboux, et sa petite-fille, Simone Beckford, arrivent nettement en tête du peloton. Si encore elles n'obtiennent pas la première place sur le podium car, en dépit, je le répète, des touches caricaturales, elles sont incroyablement authentiques et toutes et tous que nous sommes, au moins une fois dans notre vie, nous les avons croisées dans la réalité.

En espérant que vous chercherez à voir de plus près leurs faces enfarinées et d'entendre leurs dialogues bourrés de mesquinerie et, par cela-même, de vous extasier sur la délicieuse Serena et le très viril et très séduisant Ralph, nous vous souhaitons une excellente lecture ...  

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
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MessageSujet: L'Infidèle (TM 2017)   Lun 19 Juin - 17:52



Etoiles Notabénistes : *****

Editions : Flammarion - 1926
Date d'impression de l'exemplaire présenté : 1967


ISBN : non utilisé à l'époque

Extraits
Personnages



On ne peut pas dire que ce soit l'un des "grands" romans de Delly. N'empêche, l'analyse psychologique est fine, très fine, même, et permet de passer sur le côté parfois un peu trop "religieux" de l'ouvrage.

En gros, nous avons un aristocrate italien et veuf, le marquis Silvio Orcella, qui, bien que toujours amoureux de sa défunte épouse - il lui a fait construire un mausolée superbe dans le parc de sa demeure - se voit contraint de se remarier pour donner un héritier à son nom.

Dans ce but, poussé fortement par son père, un homme par ailleurs très plaisant, très bon et aidé par les relations d'une vieille amie de sa famille, donna Francesca, il se met en quête et fixe son choix sur une jeune fille de bonne famille, Ginevra Campestri, aussi brune et sérieuse que sa précédente épouse, Hélène Duvivier, était blonde et superficielle. Ginevra, vous l'aurez deviné Sniffsniff , ne possède qu'une très modeste dot - si encore elle en a une, détail qui ne s'est pas fixé dans ma mémoire, je l'avoue. En outre, dès le départ, avant même d'avoir fait sa demande, le marquis insiste pour que la jeune fille soit mise au courant des raisons qui le poussent au mariage et aussi du fait qu'il conservera un amour éternel à sa première épouse.

Chez les Campestri, Ginevra fait face avec courage et accepte ces étranges fiançailles. C'est que la pauvre petite se doute bien que, si elle refuse, son père, historien dont les livres rapportent très peu, et sa belle-mère, donna Maria, froide, qui l'estime certes mais ne l'aime pas, risquent de tout perdre. Et ce serait d'autant plus terrible que Ginevra a une demi-sœur plus ou moins tuberculeuse, la petite Cecca, qu'elle adore et qui le lui rend bien.

Bref, voilà notre étrange couple marié. Si Silvio est, en public, froid et réservé avec sa femme, il ne la prive de rien hormis trop souvent de sa présence. Il accomplit également son devoir envers les Campestri qu'il a pris plus ou moins en charge et s'attache peu à peu à Cecca. Dans le vaste manoir Orcella, ne reste le plus souvent, pour égayer les longues journées de Ginevra, que son beau-père, lequel, nous croyons l'avoir déjà dit, se montre par contre très bon pour elle et ne se gêne pas pour blâmer son fils lorsqu'il se retrouve seul avec lui.

Par l'opération du Saint-Esprit  petitange - on en a du moins l'impression - Ginevra devient enceinte des œuvres de son époux dont le visage fin, long et mélancolique s'éclaire alors de plaisir. Le bébé vient au monde, fort beau mais est hélas ! victime de ce que nous nommerions aujourd'hui "la mort subite du nourrisson." Le désespoir de Ginevra est tel que même son époux en est touché et fait tout ce qu'il peut pour l'arracher à la dépression qui la menace.

Peu à peu, parce qu'il le faut bien, la jeune femme se remet mais elle ne cesse de ressasser que Silvio ne l'aime toujours pas et, malgré tous ses efforts, son entourage s'aperçoit de sa tristesse, surtout la petite Cecca ...

Celle-ci a alors l'une de ces idées qui ne peuvent naître que dans un roman de Delly
et qui contribuent à donner à ce roman, déjà emprunt par son essence d'une forte mélancolie, une fin édifiante mais assez triste - sauf pour le couple, enfin uni.

Bref, un Delly mineur, qu'on aime pourtant à lire. Pourquoi ? Bien malin qui pourra le dire ... L'atmosphère, l'analyse des caractères - cela est indiscutable - et aussi une touche d'ineffable ... Enfin, à nos yeux, en tous cas. Certains parleront de "gnangnantisme", d'autres ne sentiront rien et trouveront la chose bien banale en se rappelant ce véritable roman d'aventures qu'est "La Lune d'Or" par exemple.

Mais enfin, si vous avez un coup de blues un de ces soirs, sur la plage, si vous avez envie d'avoir la larme à l'œil en savourant votre volupté masochiste, allez-y de bon cœur. Et puis, quand même, c'est du Delly ...

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MessageSujet: La Lune d'Or - Tomes I et II (TM 2017)   Mer 2 Aoû - 17:47




Etoiles Notabénistes : ******

Editions : Flammarion - Octobre 1966

ISBN : non usité à l'époque

Extraits - Tome I
Extraits - Tome II
Personnages



Les Delly ne se sont pas contentés de reprendre des contes de fées et de les napper d'une sauce plus moderne que celles utilisées par Perrault, les frères Grimm ou Andersen. Ils ont produit, par-ci, par-là, de véritables romans d'aventures, certains patriotiques avant tout comme "Le Mystère de Ker-Even", d'autres basés sur un crime comme pour "Le Roi de Kidji" et son binôme, "Elfrida Norsten" à moins que ce ne soit sur un crime et une spoliation, voire une séquestration, comme la trilogie d"Ourida". Crime et spoliation encore dans ce que l'on peut considérer comme leur chef-d'œuvre en la matière : "La Lune d'Or", roman en deux tomes que nous avons le grand plaisir de vous présenter aujourd'hui. lol!

Marguerite Duras, dit-on, avait honte de révéler que, jeune fille, elle avait voué une véritable passion à l'œuvre de Delly. En ce qui me concerne et même s'il est hors de question que j'atteigne jamais à la notoriété de Mme Duras , j'avoue sans vergogne que mon intérêt pour les civilisations pré-colombiennes, en particulier pour la civilisation aztèque, vient en droite ligne de la lecture de "La Lune d'Or". Eh ! oui, ça peut paraître baroque, étrange à plus d'un titre mais, sans Delly, jamais je n'eusse lu le mémorable "L'Aigle Aztèque Est Tombé" de Carlo Coccioli sans compter d'autres ouvrages, ceux-là documentaires, consacrés aux adorateurs de Quetzalcoatl et de Tlaloc. Les voies du Grand Dieu Thôt sont impénétrables, on ne le répétera jamais assez ... Wink

Pour dévider le plus brièvement possible les fils de l'intrigue - que ceux qui ont ri quand ils ont lu "brièvement" se dénoncent immédiatement Very Happy :  disons que cet ouvrage de Delly se fonde sur la recherche, par des héritiers légitimes et par une aventurière qui restera, dans les annales dellyesques, comme un personnage difficilement oubliable, du "placer d'Octezuma", dernier Grand Prêtre de la Lune connu et parent proche, qui en douterait, du dernier Empereur aztèque. En d'autres termes, tout ce petit monde, les "bons" comme les "méchants", est en quête d'un fabuleux gisement d'or et d'un temple, non moins extraordinaire, enfouis dans les profondeurs de la Sonora. Conscient de l'avidité que déclenchait la seule idée de l'or dans la cervelle des Conquistadores et de ceux qui les suivirent, Octezuma, avant de se donner la mort, brisa en deux le bijou - une lune d'or ornée de pierres précieuses - qui permettait aux seuls initiés d'ouvrir le Temple de la Lune dont il avait la charge, et en légua chacune des moitiés à ses descendants.

A l'époque où s'ouvre le roman - j'opte personnellement pour la fin du XIXème siècle ou le tout début du XXème - l'une des demi-lunes est volée à son héritière légitime, Paz, comtesse de Chantelaure, par sa cousine, Hermosa Barral, qui, de surcroît, non contente d'avoir séduit le volage Arnaud de Chantelaure, empoisonne lentement la jeune femme et dresse la petite fille du couple, Rosario, alors âgée d'à  peu près dix ans, contre les possesseurs de l'autre partie du bijou, Don Pedro de Sorres et son fils, don Ruiz, tous deux cousins de la malheureuse Paz. La confiance que la petite Rosario accorde à sa belle-mère est primordiale car elle permettra aux auteurs d'élaborer, dans le deuxième tome, l'une des plus belles et des plus violentes passions romanesques qu'ils ont jamais inventées. Mais tout cela, ou vous le remémorez déjà avec émotion drunken , ou vous brûlez de le découvrir et je n'irai pas plus loin.

En fait j'aimerais attirer l'attention sur quelques points qui rendent "La Lune d'Or" carrément atypique dans l'œuvre d'un auteur unanimement considéré comme anti-sémite, bondieusard, franchouillard, et j'en passe ... (Signalons d'ailleurs au passage qu'un semblable atypisme se manifeste dans "Sous le Masque" et "Le Secret du Koo-Koo-Noor", dont nous parlerons un de ces jours.)

1) Tout d'abord, le frère et la sœur n'ont pas écrit n'importe quoi. Ils se sont renseignés sur le pays où se déroule l'essentiel de l'action, le Mexique, tant sur ses aspects modernes que sur son passé pré-colombien. Et le lecteur les sent tous deux émerveillés par la beauté des paysages et par la grandeur, passée et présente, du pays ;

2) ensuite, il est clair que, à leurs yeux, si l'on excepte certaines "brebis galeuses" que l'on trouve, bien sûr, dans toutes les peuplades du monde, les Amérindiens - notamment les Comanches et les Apaches, pourtant longtemps représentés, tant dans les livres qu'au cinéma, comme particulièrement cruels - sont des êtres humains à part entière et que les civilisations qui les ont précédés, lesquelles n'étaient pourtant pas chrétiennes, loin de là, sont dignes de respect. L'un des grands projets des Sorres père et fils, très amis avec les Comanches, serait d'ailleurs le rétablissement de "la Grande Nation Indienne" au Mexique, ce à quoi pourraient servir les prodigieuses richesses du Temple de la Lune, si l'on parvient non seulement à le découvrir mais encore à y pénétrer. Sachant que le texte n'a pas été retouché, le lecteur honnête ne peut que constater ici une ouverture d'esprit étonnante et pour le moins très moderne qu'on a trop souvent niée à Delly ;

3) puis, en ce qui concerne l'érotisme indéniable qui sous-tend nombre des meilleurs romans de Delly, la relation Rosario-Ruiz se révèle des plus parlantes : rapport de forces, non-consommation physique du mariage (même aujourd'hui, on ne peut demander l'annulation de son mariage en Cour de Rome que s'il n'y a pas eu consommation), indication quasi cryptée mais bel et bien présente du moment qui marque cette consommation, subtil parfum de sado-masochisme un peu à la "Pamela" de Richardson, violence et attirance, tant physique que morale, de deux natures qui se fascinent l'une l'autre ...

On ajoutera à cela que l'empire pris par Hermosa Barral sur le comte de Chantelaure est avant tout physique. Certes, cela n'est pas exprimé aussi crûment que dans cette fiche mais la chose est criante. A étudier également, mais dans le second volume, le personnage de Trinidad, la fille d'Hermosa, et sa façon d'agir avec les hommes, sans oublier les intentions de viol de l'horrible Manuel Ferrago envers la malheureuse Rosario qui ne lui a pourtant fait aucune avance ;

4) enfin, pour une fois et bien que Rosario soit pensionnaire dans deux couvents successifs, l'accent sur la religion catholique n'est pas mis de façon aussi accentuée que d'habitude. Certes, les Indiens mis à part, tout le monde est (ou a été) catholique dans l'histoire mais Delly s'en tient là. C'est d'autant plus curieux que, dans un pays comme le Mexique, le catholicisme, comme on le sait, a eu la part très belle.

Toujours aussi impeccable, le style guide une action haletante, dont certains détours sont prévisibles, d'autres, moins. En tous cas, le lecteur sans a priori se laissera prendre avec plaisir aux mille et un rebondissements de cette intrigue tout à fait à part dans l'œuvre dellyesque et ne manquera pas d'admirer la profondeur des personnages, la vérité que l'auteur a su leur conférer à tous, "bons" et "mauvais" réunis.

Bref, vous savez ce qu'il vous reste à faire : lire ou relire "La Lune d'Or" de Delly.

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MessageSujet: Le Sphinx d'Emeraude / Bérengère Fille de Roi   Mer 23 Aoû - 19:20



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ISBN : Non usité à l'époque

Extraits du "Sphinx d'Emeraude"
Extraits de "Bérengère, Fille de Roi"
Personnages



Ici encore, un binôme, et qui aurait pu être l'un des meilleurs de Delly. Certes, l'érotisme délicat y subsiste - moins puissant néanmoins que dans La Lune d'Or ou quelques autres dont vous trouverez les fiches sur ce même fil. Seulement, apparaissent ici deux problèmes de taille. Mais avant de nous y confronter, résumons l'intrigue.

L'action se situe sous le règne d'Henri III et du vivant de Catherine de Médicis.
Tout débute cependant non à la Cour mais en Bretagne, dans un sombre château, propriété du baron de Pelvéden qui fut, et est resté, entièrement à la solde de la Reine-Mère. A ses côtés, se meurt à petit feu son épouse, qu'il a jadis aimée mais dont il a aussi utilisé la beauté pour parvenir à certaines fins au temps où le couple était l'un des plus en vue au Louvres, à la Cour de Charles IX. C'est aussi au château de Pelvéden que le lecteur croise pour la première fois trois personnages importants des deux romans : Gaspard de Sorignan, neveu de la baronne, un charmant jeune homme un peu naïf qui a, malheureusement, le tort d'être huguenot ; Françoise d'Erbannes, jeune fille jolie et coquette, qui épouserait le Diable en personne afin de fuir une vie monotone et sans éclat ; et enfin la toute jeune Bérengère, une enfant que le baron de Pelvéden aurait trouvée, abandonnée sur la route, un soir qu'il revenait de Nantes, et que ce parangon de sècheresse d'âme et de ladrerie aurait, chose pour le moins étrange, décidé de prendre à sa charge.

De fil en aiguille, Françoise parvient à convaincre Gaspard de s'enfuir avec elle à Paris tandis que, en parallèle, la baronne de Pelvéden, qui aime réellement la petite Bérengère et ne veut pas la laisser aux prises avec son époux une fois qu'elle-même sera morte, réussit à persuader son neveu de se charger en plus de Bérengère. Bon garçon, Sorignan accepte. Mais la route est longue jusqu'à Paris et Pelvéden envoie des coursiers à la suite des fuyards. Heureusement pour eux, ceux-ci se voient entretemps interceptés par les hommes du duc de Rochelyse, type habituel du héros favori de Delly, et grand seigneur qui, on le saisit très vite sans en comprendre évidemment toutes les raisons, n'apprécie pas du tout Pelvéden. C'est grâce au duc que les messagers du baron sont réexpédiés chez eux avec l'ordre formel d'expliquer au vieillard que, désormais, "le duc de Rochelyse prend Gaspard et ses deux compagnes sous sa protection."

Arrivé sans plus d'encombres à Paris, notre trio parvient à se placer, si l'on peut dire, par l'entremise d'un cousin de Gaspard, M. de Lorgils, bien en vue à la Cour et notamment auprès du duc de Joyeuse, l'un des favoris du Roi. Gaspard trouve une place dans un régiment ; sa "fiancée", Melle d'Erbannes, est introduite en cette Cour dont elle rêvait tant ; quant à la petite Bérengère, qui ennuie un peu et Françoise et Mme de Lorgils, lesquelles ne savent exactement quoi en faire, elle est confiée à Giulia Calmeni, fille du parfumeur (et empoisonneur) préféré de la Reine-Mère, Lorenzo Calmeni. Giulia est aussi, accessoirement, l'une des maîtresses du duc de Rochelyse qui, doit-on le préciser, est également un ennemi juré de Madame Catherine. D'ailleurs, allant lui rendre visite, le duc voit la jeune femme gifler Bérengère et décide d'emblée de ramener l'adolescente chez lui, ou plutôt chez sa tante, Mme de Tregunc.

Après moult péripéties dignes d'un vrai roman de cape et d'épées, et suite à de formidables découvertes quant à l'identité réelle de Bérengère, le duc épouse la jeune fille non sans avoir, bien entendu, puni les méchants (et surtout les méchantes).

Comme toujours, l'intrigue est bien menée, le style est fluide et les personnages, bien que souvent convenus, ont de l'envergure. D'où viennent alors les problèmes dont je parlais plus haut ?

1) Eh bien, tout d'abord, au contraire de "Laquelle ? / Orietta", voire d'"Entre Deux Âmes" ou de "La Maison des Rossignols" et, comme de juste, de "La Lune d'Or" (un chef-d'œuvre en la matière ), il n'y a ici aucun rapport de forces entre le héros et l'héroïne. Si Wennaël de Rochelyse est beau, arrogant à bon droit, intelligent, fier et homme d'honneur et si l'auteur lui concède une pointe de sadisme (Cf. la scène de torture dans les cachots, dans le deuxième volume), Bérengère est belle, douce, cultivée, humble comme le doit toute bonne catholique et, tant par le sang que par le caractère, en tous points digne de son prétendant. Evidemment, s'il exigeait d'elle quelque chose de "contraire à la volonté de Dieu", le lecteur a l'impression qu'elle se transformerait en furie ou courrait droit s'enfermer au couvent. Mais comme Rochelyse est catholique à fond et que, en homme d'honneur, il respecte la candeur comme le rang (car il s'en doute très tôt) de Bérengère, la pauvre petite ne court aucun risque de ce côté-là, croyez-moi. Du coup, Bérengère appartient à ces héroïnes placides que l'on rencontre dans la moitié à peu près des ouvrages dellyesques et dont la douceur passive, qui se réfère tout le temps à la volonté de Dieu, tempère les fulgurances éblouissantes des Rosario de Chantelaure, Orietta Farnella, Valderez de Noclare et autres Liliane de Sourzy (pour ne rien dire d'Aélys de Croix-Givre). Remarquez, on peut aimer : c'est reposant. On peut aussi, avec l'âge, faire la grimace devant le côté un peu gnan-gnan de la chose mais baste, c'est Delly, que Diable ! Et, à cinquante-sept ans, je ne vais tout de même pas renier des héros qui me fournirent tant d'oxygène et tant de rêve quand j'en avais tant besoin, il y a maintenant quatre décennies ... Wink

2) Le second problème me gêne de toutes façons beaucoup plus. En effet, après tant de livres lus à mon compteur de bibliothèque, je me rends bien compte aujourd'hui que Delly a suivi aveuglément la propagande du XIXème siècle qui voulait faire à tout prix de Catherine de Médicis une basse empoisonneuse et rien que cela, de Henri de Guise, chef de la Ligue, quasiment un archange St-Michel (ou alors un St-Georges parti en guerre contre le Serpent ou le Dragon) et d'Henri III, un monarque sans aucune personnalité et qui n'a fait que nuire à son pays. Le portrait d'Henri de Navarre n'est pas plus nuancé : s'il n'est pas un saint, le Béarnais est absous de toutes ses faiblesses parce qu'il s'est converti au catholicisme. L'ensemble, c'est-à-dire la manière dont l'auteur représente le contexte politique et historique, est de la même eau : Michelet revu par Dumas - ou le contraire.

Là, évidemment, je ne saurais être d'accord.
Catherine de Médicis fut probablement l'une des plus grandes reines de France - "un grand Roi" déclarait-même son gendre, devenu Henri IV. Celui-ci, aussi grand Chef d'Etat que sa belle-mère, risqua pourtant bien des sottises quand la chair parlait trop en lui et, s'il se convertit au catholicisme, c'est qu'il n'y voyait que bon sens et logique : renoncer à un trône pour la foi protestante, qui ne fut jamais très forte chez lui, ce n'était pas le genre d'Henri de Navarre. Henri III, d'ailleurs, ce qui n'est pas précisé non plus, ne lui avait-il pas, sur son lit de mort, légué officiellement son royaume ? Eh ! oui, le monarque aux mignons fut, lui aussi, l'un de nos plus grands souverains - et un grand Français. Enfin, Henri de Guise, duc de Lorraine, s'il avait, c'est indéniable, d'incontestables qualités, fut avant tout le prototype de ces frondeurs qui allaient pourrir une partie du règne de Louis XIII et la minorité de Louis XIV. Comme son cousin Navarre, Henri de Guise ne voulait qu'une chose : le trône de France et la fondation d'une nouvelle dynastie. Et c'est avant tout pour ses intérêts personnels et ceux de son clan qu'il utilisa son attachement à la foi catholique.

Plus que le premier, ce deuxième point me gâche donc aujourd'hui beaucoup du plaisir que j'ai à me replonger dans ces vieux livres. Et cela bien que je sache que les Delly ne pouvaient, à l'époque où ils écrivirent "Le Sphinx ..." et sa suite, disposer du recul historique qui est aujourd'hui le mien. Cela ne m'empêche pas de reprendre parfois ces deux livres ... et moins encore de vous en conseiller la lecture ou la relecture. Après tout, nul n'est parfait, n'est-ce pas ? ...  

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
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Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

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Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
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Delly, alias Frédéric et Marie Petitjean de La Rosière

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