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Une Si Jolie Petite Fille - Gitta Sereny

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Masques de Venise
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MessageSujet: Une Si Jolie Petite Fille - Gitta Sereny   Sam 22 Juil - 20:54



Etoiles Notabénistes : ******

Cries Unheard : The Story of Mary Bell
Traduction : Géraldine Barbe


ISBN : 9782757849033

Extraits



Il était une fois une petite fille, née en Grande-Bretagne, dans le Nord, et que l'on nomma Betty. Sur son enfance personnelle, les lettres adressées à son père, qu'on retrouva après sa mort dans ses affaires, sont assez étonnantes et peuvent prêter à des interprétations carrément inquiétantes. D'autant que, vers quinze / seize ans (si nos souvenirs sont bons), l'adolescente se retrouva enceinte.

Elle donna naissance à une autre petite fille, qu'on finit par baptiser Mary. Au départ, l'enfant ne fut reconnue par aucun père et sa propre mère, sur la table d'accouchement, pria farouchement qu'on "enlevât cette chose" loin de sa vue. Ce fut donc la grand-mère qui prit l'enfant en charge, puis d'autres membres de la nombreuse fratrie de Betty, jusqu'au moment où celle-ci retrouva un "travail" et, apparemment pleine de bonnes intentions, voulut récupérer sa fille.

Le "travail" en question consistait à faire des passes, le plus souvent chez elle. Il n'y a pas de sot métier. Le problème, l'odieux problème dans l'affaire, c'est que Betty contraignit Mary, alors toute petite, à se prostituer elle aussi de façon passive, visage voilé, mains et pieds attachés, le tout accompli selon des rituels incontestablement sado-masochistes. Il est crucial d'insister que Betty également abusa alors de sa fille. Comme il arrive en pareilles circonstances, sado-masochisme ou pas, l'esprit de l'enfant "fit le noir" sur cette période. Ce qui signifie qu'elle ne l'oublia pas : simplement, afin de lui épargner la folie, son cerveau fourra ces très vilains squelettes dans un placard.

Mais, comme tout squelette de cette race horriblement bruyante et tenace, ceux-là tambourinaient sans cesse pour sortir. Mary avait grandi, elle avait maintenant une vie de famille relativement stable puisque sa mère s'était trouvé un compagnon qui avait adopté l'enfant sans nom, et elle lui avait donné des petits demi-frères et demi-sœurs. La vie était toujours difficile - nous étions en 1968, à Newcastle-upon-Tyne, et les Bell n'étaient pas très riches - mais au moins, ils formaient une famille bien que la relation entre Betty et Mary fût toujours aussi difficile (la petite fille ne comprenait pas pourquoi mais il lui semblait bien que sa mère l'aimait et la haïssait tout à la fois). Comme tous les enfants de son quartier, Mary traînait dans la rue après ses devoirs avec sa meilleure amie, Norma Bell (aucune relation de parenté) et les deux fillettes s'amusaient à des jeux divers.

Pendant ce temps-là, les vilains squelettes, dans leur placard, faisaient de plus en plus de bruit, peut-être parce que s'annonçait, chez Mary, l'âge de la puberté. Et un jour, ou plutôt une après-midi, ils réussirent à s'échapper.

Le résultat fut la mort de Martin Brown, quatre ans et demi, puis de Brian Howe, d'un an plus jeune. Bien entendu, l'enquête s'ouvrit à grand fracas, on fouilla, on traqua, on imagina un pédophile adulte, l'école de Mary et de Norma fut saccagée et des lettres des assassins (car ils étaient deux à signer de surnoms fantaisistes) y furent découvertes, bref, divers incidents eurent lieu et, très bientôt, on comprit que Norma et Mary étaient seules responsables.

La loi britannique, on l'a encore vu lors de l'affaire Bulger (totalement différente, soulignons-le, quant aux parcours des assassins), en 1993, fait comparaître des assassins mineurs devant des cours destinées aux adultes. Et les peines encourues sont les mêmes. En raison de circonstances bien précises que je vous laisse découvrir ou imaginer, Norma fut déclarée non coupable et Mary Bell fut expédiée en prison, ou plutôt dans un Centre Pour Jeunes Délinquants.

Nous passerons sur les longues années et les nombreux établissements, sans oublier les non moins nombreuses personnes, qui, bon gré, mal gré, l'"aidèrent" alors à grandir. Dans son malheur, notons qu'elle eut souvent de la chance en tombant sur des éducateurs et même des policiers, voire, sur la fin de sa peine, sur des prisonnières, qui s'intéressèrent à son cas.

Sa sortie officielle, lorsqu'elle eut fait son temps, souleva des tempêtes dans la presse. Certains étaient pour, d'autre contre. Le système judiciaire anglais était une nouvelle fois remis en cause. C'était à nouveau le pavé dans la mare. Mary changea d'identité, se trouva un compagnon et eut à son tour une petite fille. Elle rêvait d'avoir un enfant, de le câliner, d'être une bonne mère, d'être en fait tout ce que sa propre mère n'avait pas été pour elle. Pour les enfants ayant eu une enfance de ce type, en général, il n'y a en effet que deux possibilités : ou, en dépit de tout, ils "répètent" sur des enfants, à commencer par les leurs, ce qu'ils ont souffert, ou bien ils font des parents modèles.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Mary devint une excellente maman. Mais la tristesse, la dépression revenaient souvent, en l'absence de l'enfant. Elle sentait en elle quelque chose qui la torturait et qu'elle ne pouvait pas exprimer. Et, bien sûr, elle ne cessait d'évoquer Martin et Brian en se demandant : "Comment puis-je me comporter ainsi avec ma fille alors que j'ai tué ces deux petits-là ? Ce n'est certainement pas parce que je suis sa mère : la mienne ne m'a jamais aimée même si elle, elle n'a pas tué."  

Gitta Sereny, qui avait suivi son procès en 1968 et, malgré l'horreur des meurtres, l'avait trouvé inique (ce qu'elle expliqua dans un premier livre : "Meurtrière à Onze Ans"), la contacta alors (on était dans les années 1995) et lui proposa tout simplement de remettre tout à plat et de chercher, de fouiller toutes deux au fond de Mary, avec le secours de psychiatres chevronnés et sans a priori. Mary savait évidemment que cela ne ramènerait jamais ni Martin, ni Brian mais elle se laissa tenter. Dotée d'une intelligence sans doute supérieure, visiblement écartelée par ses souvenirs (et pas seulement ceux qui concernaient Martin et Brian), elle voulait "comprendre." N'en avait-elle pas le droit ? De plus, une partie des droits de ce livre servirait à garantir l'avenir de sa fille - volonté qu'on lui a beaucoup reprochée alors qu'on n'a rien dit de sa propre mère, lorsque celle-ci se faisait payer des interviews sur sa "monstrueuse meurtrière de fille."

Le résultat, c'est ce livre, véritable biographie-enquête, que je vous conseille fortement de lire et qui, tout bien considéré, est avant tout une histoire d'enfants maltraités, avec les conséquences que cela peut entraîner dans des cas extrêmes. Betty, la mère de Mary, la qualifiait souvent, et bien avant les meurtres, de "monstrueuse", tout simplement parce qu'elle était née et bien qu'elle fût une très jolie enfant. A son procès, la presse ne cessa de l'appeler : "le Monstre" et les juges la traitèrent eux aussi comme tel. Mais, si l'on pouvait la considérer comme tel après le double meurtre de Martin et Brian - je souligne que je n'oublie pas ici la douleur de leurs parents même si je me range, peut-on dire, hormis en ce qui concerne les crimes, du côté de Mary Bell - pourquoi la persuader qu'elle était un monstre bien avant qu'elle eût fait la connaissance de ses deux victimes ?

Autres questions, que vous vous poserez certainement après votre lecture : pourquoi Norma Bell, qui était au minimum complice et qui a certainement participé à l'assassinat de Brian, fut-elle absoute ? Parce qu'elle avait un meilleur avocat ? Parce que les membres de sa famille n'avaient, au contraire du beau-père et de la mère de Mary, jamais eu affaire à la Police ? Parce que, sur les bancs de l'accusation, elle suivit à la lettre les conseils de ses parents et de son avocat ? ... Parce qu'elle était née sous une meilleure étoile ? ...

Vous trouverez des liens relatifs à l'affaire ici , en français, et en divers autres points du Web, en anglais, probablement. Lisez, réfléchissez et faites-vous votre propre opinion. Certes, les crimes ne peuvent être pardonnés que par ceux qui en furent victimes et leur entourage. Simplement, la toute petite Mary Bell ne fut-elle pas victime, elle aussi, en son temps, d'un crime que les services sociaux ne saisirent visiblement pas bien qu'il se répétât plusieurs fois par jour pendant des années, mais qui se trouve bien à l'origine de toute cette horreur ? Même Betty, sa mère ... Car Mary n'était-elle pas la fille de son grand-père maternel - ou du moins d'un membre très proche de sa famille ? ...

En dépit de ce que l'on a voulu faire croire, Mary Bell n'est pas la seule responsable de la mort de Martin et de Brian. Mais elle seule a assumé sa responsabilité. Betty, morte, ne le peut plus. Norma, elle, s'est défilée très tôt - et on l'a laissée faire. Quant aux représentants de la société ...

Si vous voulez juger, jugez mais alors, jugez tout le monde : n'oubliez surtout personne. Mais que les âmes sensibles s'abstiennent, cela vaut mieux. Les amateurs de sensationnalisme aussi d'ailleurs.  

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