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Alice Au Royaume de Cœur - Hoshino Soumei

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Masques de Venise
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Cœur - Hoshino Soumei   Ven 25 Aoû - 14:24




Etoiles Notabénises : ******

Heart No Kuni No Alice
Traduction : Fédoua Lamodière
Adaptation graphique : Ki-oon


ISBN : 97823555921551




Avant toute chose, sachez que cette série, qui comprend six volumes, connut en France un succès des plus honorables. Pas seulement en France d'ailleurs, ce qui donna sans doute aux éditeurs l'idée regrettable d'imaginer une "Alice Au Royaume de Trèfle" avant de terminer (on l'espère) par "Alice au Royaume du Joker." Tous les sites consacrés aux mangas vous le diront et vous le répéteront : ces deux dernières séries, qui ne sont d'ailleurs pas dessinées par la même mangaka, ne valent vraiment pas le détour : ce sont des "sequels" dans lesquels des personnages-clefs de la série initiale, comme l'inoubliable Chapelier, ne sont plus que des silhouettes ou presque même si l'on m'a dit que le Chapelier reconquérait sa place auprès d'Alice à la fin de la série "Joker."

A mille lieues au-dessus se situe "Alice Au Royaume de Cœur", qui combine le roman de Lewis Carroll avec diverses intrigues issues de l'imagination des créateurs japonais. Le début est le même, bien entendu, à savoir que la jeune Alice dort et rêve dans son jardin, que sa sœur la réveille, lui propose de lire un livre, puis de jouer aux cartes et que, alors que l'aînée s'éloigne vers la maison pour chercher un jeu de cartes, Alice se rendort sans en avoir réellement conscience ...

Jusqu'à ce que jaillisse des fourrés le fameux Lapin Blanc, avec sa jaquette, ses gants et une montre de gousset de taille impressionnante.

Seulement, à ce moment-là, nous basculons à pieds joints dans le manga car le Lapin adopte presque tout de suite l'apparence d'un jeune homme à lunettes, doté de deux longues oreilles de lapin, et qui, Alice l'apprendra plus tard, se nomme Peter White et occupe, au Royaume de Cœur, le poste de Premier ministre de la Reine. Pour épicer un peu les choses, White s'affirme amoureux fou d'Alice et l'entraîne avec lui dans son terrier où, après la descente rituelle, tous deux atterrissent au Royaume de Cœur. Peter veut à tout prix que la jeune fille absorbe le contenu d'une petite fiole et, comme elle s'y refuse avec indignation et méfiance, il la lui fait ingurgiter de force d'une manière que je vous laisse découvrir.

Nous sommes dans un manga "shojo" et la séduction, voire l'érotisme plus ou moins discret sont de rigueur. Le destin d'Alice, qui a tant rêvé de ce monde, selon, en tout cas, les dires de Peter, est d'y être aimée par la plupart des hommes qu'elle rencontre - et même par la Reine de Cœur, laquelle répond au joli nom de Vivaldi. Le lecteur comprend au passage qu'Alice a été abandonnée par un homme qu'elle aimait (mais qui l'ignorait peut-être) au profit d'une autre qui, en apparaissant un moment en silhouette, nous fait penser immanquablement à la sœur de la jeune fille.

Dans ce premier volume, le lecteur reconnaît sans effort, parmi les jeunes gens, outre le Lapin Blanc personnifié par Peter White, le Lièvre de Mars qui porte ici le nom d'Elliott March et qui occupe sans complexe le poste de second du chef de la pègre locale, le très redouté Chapelier Fou, lequel ressemble trait pour trait ou presque à l'ancien "petit ami" d'Alice. Dès lors, on comprend mieux la fascination que le Chapelier, beau garçon à la façon manga, commence très tôt à exercer sur elle. Le manoir du Chapelier est gardé, en principe, par deux garçonnets qui, de leur côté, proviennent en fait d'"Alice Derrière Le Miroir" : Tweedledum & Tweedledee, abrégés en "Dum" et "Dee."

Le célèbre Chat du Chester est un membre du Parc d'Attraction appartenant à un personnage "ajouté" par les créateurs, Goround, un farfelu obsédé par la gâchette mais dans le fond assez sympathique, en guerre quasi perpétuelle avec le Chapelier, celui-ci ayant eu la malice de révéler à tout le Royaume son prénom : "Mary." Le Chat lui-même est un jeune homme fort attirant bien qu'un peu "punk", nommé Boris.

Autre "acteur" connu - dans le Royaume de Cœur version manga, la population se sépare en "acteurs" (les personnages principaux) et en figurants (domestiques, militaires, etc ...) qui, bien que pouvant parler et agir, possèdent des visages sans traits définis - Ace, le Chevalier (ou bien l'As de cœur, j'avoue ne pas avoir réussi à démêler la chose), dont la caractéristique essentielle est de s'égarer toujours et partout, jusque dans les couloirs du château de la Reine. Charmant et aimable, il "travaille" avec, là encore, un personnage inventé pour les circonstances, Julius l'Horloger, un véritable bourreau de travail, qui traite toutes les montres du pays (chacun, en effet, acteur ou silhouette, possède une montre qui paraît lié à la vie du personnage, comme si cette montre était un cœur).

C'est chez Julius le Misanthrope, dans la Tour de l'Horloge, au beau milieu du royaume et en zone neutre (les autres zones possédant des "chefs" toujours en conflit) qu'Alice finit par s'installer. Bien que bourru et toujours le nez dans ses montres, Julius ne l'inquiète pas - au contraire de White, qu'elle prend pour un déséquilibré absolu, et du Chapelier, lequel lui remémore sans doute trop de souvenirs.

Dans ce premier volume, Alice, qui, à la différence de sa sœur, n'a pas lu le roman de Carroll, avance un peu à l'aveuglette, estimant souvent à par elle que, en ce lieu étrange, c'est un peu à qui paraîtra comme le plus original. Elle prend souvent le thé, notamment avec Vivaldi, la Reine de Cœur, infiniment plus jolie et plus raisonnable que l'abominable mégère aux pulsions aussi tyranniques que meurtrières  imaginée par Carroll, puis avec le Chapelier. (Fait à remarquer, Julius, lui, ne prend que du café.) Alice observe également que, dans ce Royaume bizarre, le temps ne s'écoule pas comme il le devrait : on passe ainsi du matin à la nuit complète sans aucun crépuscule.

Enfin, elle constate qu'un certain mystère plane sur les activités de tous (y compris Julius) et que tous ces jeunes gens sont bien prompts à vouloir tirer sur celui ou celle qu'ils tiennent pour leur ennemi, souvent pour une raison futile. Goround, quant à lui, ne semble pas posséder de pistolet mais, comme le violon dont il tire d'ailleurs des sons qui font fuir tout le monde se transforme, quand il le désire, en une arme meurtrière, il se montre sans problème tout aussi bon que les autres à ce petit jeu - car il semble bien que, pour tous, cela tienne du jeu.

J'oubliais de vous signaler la présence de Nightmare, autre personnage imaginé par les Japonais, et qui se définit comme le Maître des Rêves. C'est lui également qui commande aux curieuses petites fioles comme celle dont White a voulu qu'Alice avalât le contenu. Dans le prologue, il est clair que, pour obtenir qu'Alice soit introduite dans la "partie", White a d'ailleurs dû recourir à la complicité de Nightmare.

Tome d'exposition, ce premier volume met très habilement en place et les personnages et l'ambiance vraiment particulière dans laquelle ils évoluent pour beaucoup avec grâce, naturel et nonchalance. Cela n'empêche pas l'action d'avancer, vaille que vaille, et le lecteur de clopiner à la suite d'Alice, à la découverte de ce Royaume de Cœur qui diffère sensiblement de celui de Lewis Carroll. La "chute" est à la fois inquiétante et étonnante et c'est avec impatience qu'on ouvre le second volume, sur lequel nous reviendrons prochainement.

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Alice Au Royaume de Cœur - Tome II -   Lun 28 Aoû - 13:43




Etoiles Notabénistes : ******

Heart No Kuni No Alice
Traduction : Fedoua Lamodière
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355921698

Personnages



Dans ce tome II, ne se révèle aucun personnage nouveau. Alice vit toujours chez l'Horloger, Julius Monrey, à qui elle continue de faire du café tout en lui rendant de menus services pour lui régler, en quelque sorte, l'équivalent d'un loyer. Julius, d'ailleurs, ne lui réclame rien : Alice n'agit que de sa propre volonté. La jeune fille est passionnée par l'adresse avec laquelle Julius répare les montres que lui apportent soit un mystérieux chevalier à la cape souvent ensanglantée et qui dissimule son visage derrière un loup blanc, soit des ombres noires et fantomatiques, qui ont le don d'angoisser notre héroïne.

Celle-ci finit par reconnaître, sous le masque blanc du collaborateur de Julius, le chevalier de Cœur, cet Ace qui n'arrête toujours pas de s'égarer dans les parcs et les couloirs mais qui se montre redoutable combattant quand vient pour lui l'heure de récupérer les montres qui servent de cœurs tant aux acteurs qu'aux figurants. Comme le dit Ace à sa petite compagne, dans une scène mémorable qui se déroule sous la tente qu'il a installée pour eux deux en pleins bois (parce que, une fois de plus mais cette fois en pleine nuit, il s'est trompé de direction, entraînant la jeune fille dans son errance), les battements de ce cœur bien vivant qui palpite dans la poitrine d'Alice le fascinent et l'apaisent, comme ils fascinent et apaisent tous les autres habitants de Wonderland. Et c'est peut-être là que se situe la source de l'attrait que tous les hommes du coin (pour ne pas parler de Vivaldi), sauf peut-être Goround, il est vrai plus mûr en apparence, paraissent éprouver pour la jeune fille.

Un qui est amoureux à fond, et qui manifeste cet amour de façon on ne peut plus démonstrative et souvent ridicule, c'est toujours Peter White, notre Lapin Blanc de service, qui a dans ce tome une dispute homérique, finissant en duel, avec le Chapelier de Mars, au prétexte que lui, White, considère March comme un simple lapin. Or Elliot ne supporte absolument pas qu'on l'assimile, lui, un lièvre sauvage, à la race abêtie et domestiquée des lapins et il fait remarquer finement que, s'il aime les plats à base de carottes, jamais, au grand jamais il ne mangera de carottes crues, ainsi que le fait, apparemment, son rival. Ergo, il n'est pas - et NE SERA JAMAIS - un lapin ...

De son côté, le Chapelier invite Alice à prendre le thé et l'on sent bien que, s'il se situe, en matière de démonstrations affectueuses, tout à l'opposé de l'impulsif Peter White, sa jalousie et son désir d'avoir Alice pour lui seul sont en train de croître et d'embellir, et cela en dépit de ses efforts de froide indifférence qui le font passer carrément, à la fin du thé, pour un mufle. Signalons au passage que nous nous trouvons ici, en la personne du Chapelier Fou, Blood Dupré, face à un Grand Lecteur dont la chambre entière, très vaste, est remplie d'étagères et de toutes sortes de livres. Alice, elle-même lectrice avisée, qui a épuisé la collection de Julius, collection essentiellement consacrée aux ouvrages sur les montres, serait ravie que Dupré lui en prêtât quelques uns, plus variés, mais le changement d'humeur du Chapelier, à la fin du thé, modifie ses projets. Elle le quitte exaspérée ...

... pour l'apercevoir, à la fin du tome, s'entretenant chez lui, dans une roseraie, avec la Reine de Cœur, à laquelle il offre bien évidemment une rose. Non sans un pincement de jalousie, Alice en conclut que Dupré et Vivaldi qui, théoriquement (on le lui a bien dit dès le début), sont en guerre depuis des éternités, forment en fait un couple, lequel, en raison des rôles qu'ils tiennent l'un et l'autre dans la "partie", se dissimule des autres joueurs.

L'ambiance mystérieuse s'amplifie dans ce deuxième tome et l'on devine déjà que l'on n'aura pas les réponses à tout, soit que les auteurs l'aient voulu sciemment, soit que leur idée de départ ait capoté (pour des raisons sans doute financières) au beau milieu de leur entreprise. Mais, chose curieuse, alors que, à la première lecture, on se sent frustré par cela, la relecture, plus posée il est vrai, nous donne l'opportunité de réaliser que, paradoxalement, ce phénomène contrariant contribue largement à faire de ce manga quelque chose d'exceptionnel.

Il n'est pas d'usage de chercher une philosophie ou, plus simplement, un thème directeur aux œuvres produites dans le genre. Le plus souvent, on y voit de la bagarre, de l'action, de la drague et rien d'autre. Mais plus il en lit et plus le lecteur occidental se rend compte que, à sa manière et dans la droite ligne des "livres d'images" que lisaient jadis les Anciens Japonais, le manga, dans certains cas, participe à l'universel de la littérature, le dessin en plus.

La ligne directrice de cette version d'"Alice au Pays des Merveilles", c'est l'importance que chacun de nous apporte au fait de vivre. Pour les habitants du Wonderland japonais, qui n'ont qu'une montre à la place du cœur et qui savent que, à leur mort, ladite montre sera récupérée, réparée et distribuée à quelqu'un d'autre, acteur ou figurant, pour une nouvelle "partie", la vie semble dénuée d'importance réelle. Le thème de la réincarnation - peuvent-ils revenir dans un autre rôle ou même en tant que simple figurant ? - est sous-jacent quoique jamais évoqué. Contrainte par Peter White de pénétrer dans ce monde insolite que, peu à peu, elle apprend à connaître et à aimer, et dont, inexorablement, elle souhaiterait changer certaines règles, dont celle qui détermine cette véritable manie de considérer le duel comme une sorte de "jeu" et la Mort comme une chose des plus banales, Alice cherche des explications qu'on ne peut pas lui donner - enfin pas encore, en admettant qu'on les lui donne jamais - mais qu'elle espère bien voir obéir à sa logique à elle, qui vient du monde "réel."

Notre petite Alice Liddell (puisque tel est son nom dans le manga, semblable en tous points à celui du modèle dont s'inspira Lewis Carroll) sait bien que, pour attacher de l'importance à la vie, il faut des buts valables et aussi des personnes à qui l'on se lie par l'amitié ou par l'amour. Ses nouveaux partenaires paraissent - ou veulent - l'ignorer. Dans ce volume en tous cas, le Chat du Chester, Boris, qu'elle soigne de mauvaises égratignures, commence néanmoins à réfléchir sur l'amitié. Et Julius Monrey, dans sa Tour, sent bien sa montre personnelle commencer à émettre des tic-tacs un peu différents. Pour le Chapelier, nous avons parfaitement saisi que, sous ses airs impassibles, il cache de grandes passions (et probablement de grandes souffrances). Le plus mystérieux reste peut-être Ace, qui n'hésite pas à se servir à un certain moment d'Alice comme d'un bouclier vivant et qui, cependant ...

Autre réflexion que l'on se fait en relisant cette série
: le peuple de Wonderland, acteurs et figurants, manifeste toujours une gaieté ou une ironie que l'on sent souvent forcées et qui dissimulent, à n'en pas douter, certaines peines qu'ils n'ont ni le droit, ni le courage d'exprimer. D'ailleurs, s'il y a quelque chose qui leur fait grandement défaut, ce sont des confidents fiables. Or, ce rôle, Alice va finir par l'assumer pour tous, y compris pour Nightmare, démon des Rêves et des Cauchemars, que, à sa profonde inquiétude, elle découvre un jour crachant du sang ...

A bientôt, pour le troisième tome et n'oubliez pas que certains mangas sont bien plus que des mangas ...

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MessageSujet: Alice au Royaume de Cœur - Tome III   Mer 6 Sep - 18:28



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Heart No Kuni No Alice
Traduction : Fédoua Lamodière
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355921988

Personnages



Ce tome III souligne la délicatesse avec laquelle un bon scénariste de manga parvient à dissimuler dans l'une des séries qu'il traite tout un flot d'allusions sexuelles - y compris lorsqu'elles frôlent le glauque. Cette manière de faire est surtout sensible dans le shôjo, destiné à un public d'adolescentes ou de pré-adolescentes. Si le dessinateur sait se montrer à la hauteur, ce qui est le cas ici, l'ensemble atteint alors par moment des sommets d'une grâce incomparable. Cela dépasse le phénomène de la simple "drague", fonds de commerce naturel du genre : cela devient de l'Art à l'état pur.

Nous avions laissé Alice décidée à regagner la Tour de l'Horloger puisque la Nuit était là. Elle y parvient sans trop de peine et l'accueil que lui réserve Julius nous fait clairement comprendre que, malgré ses airs posés et réfléchis, malgré sa réserve, le fait de voir Alice en tenue de nuit, en train de lui concocter un énième café (pour lequel il lui accorde 81 points sur 100 de réussite) ne lui est plus indifférent.

Un par contre qui se pose de plus en plus de questions sur les sentiments d'Alice à son égard, c'est Peter qui croyait bien, en trichant avec la complicité de Nightmare pour amener la jeune fille à Wonderland, qu'elle tomberait immédiatement sous son charme. Or, comme il l'explique à un Nightmare d'abord très sarcastique, c'est tout le contraire qui semble se passer. Finalement, le démon des Cauchemars lui donne un conseil d'une profonde sagesse : "Pourquoi ne pas inverser la tendance ?" Et il tente de faire comprendre à Peter que les débordements d'affection quasi hystériques dont il accable la jeune fille agacent prodigieusement celle-ci. Du coup, le Lapin Blanc décide carrément d'aborder la question avec la principale intéressée. Et il en arrive à lui proposer de se changer en lapin blanc genre pelucheux toutes les fois qu'il aura envie d'un câlin. En effet, sous sa forme de peluche, même animée, Alice trouve Peter irrésistible. Elle accepte même, lorsqu'elle est invitée chez Vivaldi, qui l'a réclamée très tendrement pour lui faire partager son grand secret (ses appartements sont bourrés de peluches), d'accepter de le garder avec elle à condition, bien sûr, qu'il ne reprenne pas sa forme humaine. Mais le lendemain, elle le retrouve, serré contre elle ... et sous sa forme de jeune homme à lunettes, aux longues, longues oreilles. Rupture nouvelle et brutale, Alice traitant sans vergogne un Peter White suppliant de mufle. Rappelons au passage que la jeune fille oublie la façon bien particulière qui est la sienne, dans le tome II, de saisir les oreilles de White (ainsi qu'on fait pour tout lapin) car, selon ses propres dires, "elle n'y peut rien : c'est plus fort qu'elle..." 

Mais les connotations sexuelles les plus ambiguës sont à chercher, à mon sens, dans les deux épisodes précédents, qui voient Alice arriver à La Chapellerie, toujours dans l'intention de dénicher quelque chose à lire. Le maître de maison et son bras droit, le Lièvre de Mars, sont provisoirement absents. Alice ne trouve, pour une fois à leur poste, que Dee et Dum, ces deux gamins de douze-treize ans, toujours armés l'un comme l'autre d'une imposante hallebarde mais qui sont tout heureux de la revoir. Après quelques bavardages, ils proposent à la jeune fille de lui faire voir la chambre qu'ils partagent (ils sont jumeaux et pratiquement inséparables) et les innombrables trésors qu'elle contient. Pour Dee et Dum, quand on parle "trésors", on veut dire "armes." Plus encore que pour les autres personnages - après tout, Julius a horreur de la violence, Peter White sort assez rarement son pistolet et s'occupe activement des affaires de la Reine et de son royal époux, Blood Dupré, bien que chef de la Pègre locale, possède un bureau bourré de livres et Elliott March ne semble vraiment tenté d'en venir aux mains qu'avec le Lapin Blanc - les armes sont, chez ces deux-là, une véritable obsession.

Or, dans touts les civilisations, les armes ont toujours été tenues pour des substituts phalliques. De ces substituts, anciens et modernes, la chambre de Dee et de Dum, par ailleurs dans un ordre assez raisonnable, déborde de tous les côtés. Leur dernière trouvaille est une lame magnifique qu'Alice admire pour leur faire plaisir. Réaction qui les enthousiasme tellement qu'ils lui proposent de l'essayer. Non pas comme Elliott March avait tenté de lui apprendre à tirer au revolver, mais en leur compagnie ! Le plus hallucinant, c'est que les jumeaux n'y voient pas malice - en tous les cas en apparence - et qu'ils sont prêts à tailler, couper, faire saigner la malheureuse, le tout dans la plus grande joie et tout en lui vouant un amour sincère ...

C'est à ce moment que déboulent le Lièvre de Mars et son patron, lesquels s'empressent de tirer Alice de ce mauvais pas ! Tandis que March reste en arrière pour passer un bon savon aux incorrigibles Dee et Dum, Dupré propose à la jeune fille de le suivre dans son bureau et d'y choisir tous les livres qu'elle voudra. Il lui propose même de rester à lire, sur un petit divan, pendant que lui-même travaille. Au début, tout se passe bien. Puis, Dupré commence à faire un peu la cour à Alice mais rien de bien méchant. Jusqu'au moment où la jeune fille lui avoue l'avoir vu avec la Reine de Cœur, dans la roseraie de sa propriété. Le Chapelier explose alors et entreprend quasiment d'étrangler la jeune fille jusqu'à ce que celle-ci parvienne à souffler que, puisque Vivaldi est "l'amante" de Dupré ... Le Chapelier, alors, lâche sa proie et recouvre son calme. Mais Alice s'enfuit, cela va de soi, après une scène qui fait penser, sans doute aucun, à une tentative de viol.

Le goût prononcé du Chapelier envers Alice est encore souligné par l'avant-dernier épisode du tome. Il se rend en effet à la Tour de l'Horloge, terrain neutre en principe (c'est-à-dire qu'on n'a pas le droit d'y utiliser une arme, quelle qu'elle soit) pour y affirmer son désir de voir Alice déménager en son manoir. Julius refuse tandis que Dupré, qui est loin d'être stupide, lui lance ces mots inquiétants : "Pour elle, tu es encore plus dangereux que moi, qui suis de la Mafia ..." Et l'incroyable se produit : le Chapelier tire son arme, Julius en fait autant et les deux hommes s'affrontent (ce qui est très révélateur, ne trouvez-vous pas ? ). Julius ne doit d'être sauvé que par l'arrivée impromptue de son "associé", Ace, le Chevalier de Cœur, venu lui rapporter des montres ...

Il est intéressant - et parfois amusant - de comparer ce que, de nos jours, les mangakas glissent dans certaines de leurs séries pour ados et ce que certains de nos auteurs occidentaux, spécialistes du roman "à l'eau de rose", tels Delly ou Max du Veuzit étaient capables de faire (sans le dessin, bien sûr) dans quelques uns de leurs romans, destinés aux jeunes filles. Quant aux auteurs de romans dits "populaires", comme Charles Mérouvel, champion sans rival des titres on ne peut plus suggestifs, ils étaient encore plus explicites.  

Les époque changent, le monde évolue mais les désirs demeurent, variant simplement leurs masques pour mieux surprendre (et mieux plaire) au public. Enfin quelque chose qui rassure dans le monde de fous où nous vivons !  Cela ne mérite-t-il pas une certaine indulgence envers les créateurs des mangas et le pardon généreux accordé à quelques unes de leurs faiblesses ? Cela ne mérite-t-il pas, surtout, qu'on s'intéresse avec le plus grand sérieux à ce genre, certes hybride, mais qui produit tant de fruits à l'arôme si riche et à la texture presque sans défaut ? ...

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Cœur - Tome IV   Sam 9 Sep - 14:13



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Le tome le plus énigmatique de la série car la dernière de ses divisions est consacrée - et aucune indication ne nous est donnée quant à sa nature exacte : bonus ou intervalle de temps où deux royaumes s'entrecroisent par exemple - à un épisode intitulé "Alice au Royaume du Joker". Cet épisode forme un tout complet, à la fin en points d'interrogation mais où s'inscrit néanmoins ce mot fatal, "Fin", qui annonce celle du volume que nous tenons entre nos mains. Or, à la suite des épisodes appartenant sans conteste au Royaume de Cœur, nous avions, à  la page 148 pour être précis, la mention traditionnelle : "A suivre ..." qui nous guide vers le tome V.

De même, dans la table des matières, placée au début du volume, un petit cœur stylisé surmonte tous les chapitres appartenant au Cycle du Cœur alors que celui où Alice rencontre le ou plutôt les Jokers, ne possède aucun signe particulier.

Ce manque de précision est d'autant plus étonnant que, d'habitude, les bonus ou les "spin-off" sont annoncés. La logique du lecteur est donc ici prise de court. Je me rappelle que, lors de ma première lecture, je m'attendais à retrouver le Joker dans le tome V. Ce qui, nous le verrons lorsque j'en ferai la fiche, n'est pas le cas. Le Joker possède en fait sa série, "Alice au Royaume du Joker", qui clôt le cycle imaginé par les éditeurs. Mais l'idée de ce Joker leur est-elle venue devant le succès de la série ? Est-elle propre aux jeux dont sont en fait tirés les trois séries ? Rien ne nous est clairement expliqué et si quelqu'un d'entre vous, lecteurs, connaît la solution à ce problème, qu'il n'hésite pas à venir nous l'expliquer.

Pour nombres de sites concernant le monde des mangas, comme je le disais dans ma première fiche, "Alice au Royaume de Trèfle" et "Alice au Royaume du Joker" ne sont que des variantes sans intérêt sur le Cycle du Cœur. Et je vous conseillais même d'éviter ces deux séries. J'avoue que, ma curiosité l'emportant finalement et comme je préfère me faire une idée par moi-même, je vais me procurer les deux séries et en tirer mes conclusions personnelles. Le monde carrollien d'Alice est fondé dès le départ sur le non-sens, l'absurde et les miroirs qu'on traverse : les deux séries ajoutées au Cycle de Cœur ne peuvent-elles pas s'interpréter de même ? Nous verrons.

Revenons pour l'instant à ce quatrième tome des aventures d'Alice au Royaume de Cœur. Peut-être plus centré que les autres sur le personnage du Chevalier de Cœur, il n'en déroule pas moins des séquences comiques, au tout début en tous cas. Découvrant Alice seule dans la Nuit au milieu d'un groupe de cadavres dont Ace, sous son domino blanc et sang, vient de récupérer les montres, Boris, le Chat du Chester, cherche à la distraire et l'emmène à la Fête foraine où Goround expérimente une nouvelle attraction que je vous laisse découvrir ainsi que la conception très particulière du maître des lieux quant aux vérifications de sécurité nécessaires à la mise en place de ses nouveaux jeux. La malheureuse Alice s'en tire avec une légère commotion et y gagne, outre un passe Platinum, un renseignement qui l'étonne fort : Goround, probablement le plus négligé dans sa toilette (en tous cas à mes yeux) de tous les personnages du livre, possède un authentique titre de marquis. Si !

Mélancolie et mystère reprennent ensuite leurs droits lorsque Boris raccompagne Alice à la Tour de l'Horloger.
Celui-ci, que son entrevue houleuse avec le Chapelier a grandement remué, fait comprendre à la jeune fille qu'elle est libre d'aller vivre où elle veut. Il va même jusqu'à lui faire croire que sa présence ne lui est pas toujours agréable mais Alice n'est pas dupe et décide de rester. Une scène un peu équivoque car la dessinatrice nous montre les deux personnages de dos, nous donne alors bien la preuve que Julius éprouve en effet plus qu'une simple affection pour cette locataire qu'il n'attendait pas. Nightmare, avec qui il en parlé un peu plus tôt, n'a d'ailleurs jamais cru à la froideur de l'Horloger envers Alice.

Pendant ce temps, une scène d'importance a lieu entre Ace, toujours drapé dans son manteau de Mort, et
l'incorrigible Chat du Chester. Celui-ci essaie de faire comprendre au Chevalier de Cœur qu'il ne veut absolument pas voir souffrir Alice. Cynique comme il sait l'être à ses heures, Ace le pousse à bout et le duel aurait lieu si Boris ne détournait son arme, sachant qu'Alice aurait de la peine s'il obéissait à la règle de la violence qui règne au Royaume de Cœur. Ace, lui, lui enfonce presque avec rage sa lame au niveau du cœur et s'en va en lui disant que le plus amusant serait sans doute de tuer Alice. Disons les choses telles qu'elles sont : le lecteur, qui a vu, depuis le premier volume et grâce à Blood Dupré, ce sur quoi débouchait cette assertion fanfaronne, ne s'inquiète guère. Boris, lui, bien que très mal en point, craignant au contraire pour Alice, se traîne jusque chez l'Horloger.

On passera sur les détails mais l'accent est mis sur la détresse intense qui est celle d'Ace. Fasciné (on le savait déjà depuis la scène de la tente) par le battement du cœur bien vivant d'Alice, il ne peut parvenir à la tuer - le voulait-il vraiment ? Et elle réalise pleinement qu'il rejette de toutes ces forces le rôle qui lui a été attribué dans ce que les acteurs appellent "la partie." Ace voudrait être l'insouciant Chevalier qui s'égare et sourit tout le temps. Mais il a aussi pour charge de tuer afin de récupérer les montres. (Notons que, dans les deux cas, son sens de l'orientation demeure toujours aussi lamentable. )

Ayant recouvré un peu de sa gaieté grâce à Alice, Ace, cette fois sous son uniforme militaire, monte avec elle jeter un coup d'œil sur un Boris qui, bien soigné, a fini par émerger du sommeil. En parallèle, Peter White, porteur, à la fois solennel et hystérique, d'une invitation officielle destinée à Alice et la conviant au Grand Bal où, chaque année, tous les habitants du Royaume (y compris les ennemis de Vivaldi) se réunissent chez la Reine, arrive à la Tour où il tombe sur une scène très, très équivoque et qui aurait choqué nos grands-mères pour ne rien dire de nos arrière-grands-mères - voire certaines de nos mères . Signalons que, afin de le soigner, on a dénudé le torse de Boris. Bref, je résume et je vous laisse imaginer : Alice, allongée sur le sol, avec Boris, face à elle, à genoux, qui tente de la protéger d'Ace, placé derrière elle et qui lui tient le bras gauche ...  

Même quelqu'un de moins amoureux que Peter White eût songé à des choses scabreuses, non ? ...  

Et c'est là - ou presque - que se place le fameux "A suivre" et que nous passons au "Royaume du Joker." Nous sommes au mois d'avril, où l'on vit couramment les quatre saisons en une seule journée et où l'on peut se faire des farces non seulement le 1er du mois mais pendant vingt-neuf jours encore. Alice vient de croiser un Loir affolé, Pierce Villiers, poursuivi par Boris, cette fois armé d'un pistolet à eau (mois des Farces oblige). Avant de disparaître, le Loir a le temps de lui glisser que l'"individu redoutable" est arrivé ou, en tous cas, n'est pas loin. Dans la forêt où elle s'aventure ensuite et qu'elle ne connaît pas du tout, elle se retrouve face à face avec un acteur (c'est un acteur puisqu'il a un visage) qu'elle n'a jamais vu et qui lui dit être le Joker et appartenir au "Cirque". Comme le masque blanc qu'il porte à la ceinture semble doué d'une voix autonome, elle le prend d'abord pour un ventriloque mais nous apprendrons ensuite qu'il existe en fait deux Jokers : le Blanc ... et le Noir puisque l'œil gauche de l'acteur est maquillé en noir ...

La suite au prochain numéro et bon week-end à tous !  

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Cœur - Tome V   Ven 15 Sep - 14:03



Etoiles Notabénistes : ******


Heart No Kuni No Alice
Traduction : Fédoua Lomodière
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355922473

Personnages





Pour certains, ce cinquième tome serait de trop alors que, sur un rythme il est vrai plus lent que les tomes précédents, il donne des indications primordiales sur la présence d'Alice au Royaume de Cœur. Rappelons que le tome IV se terminait en fait sur l'invitation délivrée par Peter White à Alice et la conviant au Grand Bal donné, comme le veut la tradition, chaque année par la Reine. L'épisode qui venait ensuite n'appartenait pas à la saga du Cœur mais à celle du Joker.

Nous retrouvons ici une Alice déchirée entre son désir, bien compréhensible compte tenu de son âge, de se rendre à la fameuse soirée et sa crainte d'y rencontrer Blood Dupré puisque, en cette occasion tout à fait exceptionnelle, même les ennemis de la Reine de Cœur peuvent paraître au bal en toute impunité. Le Château de Cœur devient alors, pour une nuit, un authentique terrain neutre où il serait malséant et indigne pour tous de s'entretuer ou même d'envisager l'idée de le faire. La Reine étant en outre réputée pour l'extrême raffinement avec lequel elle choisit les thés qu'on peut y déguster, il y a gros à parier que le Chapelier Fou, grand amateur de cette boisson, ne saura résister à la tentation.

La perspective de se retrouver face à face avec Dupré tourmente à tel point Alice qu'elle en fait des cauchemars - outrance d'un scénariste qui arrive en bout de course ou non-dit à connotation sexuelle ? Le lecteur avisé renoue naturellement le fil avec l'étrange scène qui s'est déroulée dans le bureau du Chapelier et l'interprète pour ce qu'elle est : si Alice et Blood n'ont pas eu des rapports véritables, ils en ont en tout cas été bien près, ce qui effraie la jeune fille. D'ailleurs, on peut aller plus loin et supposer que Dupré a osé un maximum.

Cependant, avec cette série dessinée par Hoshino Sumei, nous nous cantonnons dans le shôjo classique alors que, nous le verrons quand nous attaquerons celle ayant pour cadre le Royaume de Trèfle, Fujimaru Mamenosuke franchit allègrement le pas vers le shôjo nettement plus explicite (sans pour autant tomber dans le pornographique, je vous rassure).

Arrive la soirée du bal auquel Julius comme Alice souhaite bien pouvoir échapper. C'est compter sans Ace, impeccablement vêtu pour la circonstance d'un superbe smoking blanc, toujours aussi débordant de gaieté et qui, pour une fois (il fallait, bien sûr, que cela tombât ce jour-là !   ) ne s'est pas égaré, ô grande merveille, pour venir chercher ses amis à la Tour de l'Horloge. Bon gré, mal gré, Alice et Julius revêtent leurs tenues de soirée (Julius pousse la malice jusqu'à en créer une pour une Alice faussement dolente qui prétextait "n'avoir rien à se mettre" et comptait sur ce prétexte imparable pour esquiver la corvée) et s'en vont à la suite du Chevalier de Cœur, gardant néanmoins l'espoir, sournois bien que non exprimé, qu'il se perdra au moins sur le chemin du Château. C'est d'ailleurs ce qu'il fait mais, vite épuisés par les "raccourcis" qu'il leur inflige, les deux récalcitrants préfèrent en définitive le prendre solidement chacun par un bras et le guider eux-mêmes. Après tout, puisque, de toute évidence, il faut aller au charbon, autant y aller directement.

Au Château, le bal est sur le point de s'ouvrir et les invités, acteurs comme figurants, tous réunis. Tandis qu'un Ace absolument imperméable à l'alcool s'enfile coupe de champagne sur coupe de champagne en n'oubliant pas au passage de servir un Horloger bien moins enthousiaste, Alice  danse quelques valses avec Boris, le Chat du Chester qui, lui aussi, a mis un complet pour l'occasion et qui ne veut, comme il le répète (et le répétera encore maintes fois) que la voir heureuse.

Survient le Chapelier, tiré hors de la salle de dégustation de thé par un Elliot March qui, lui, tient à faire quelques danses. Alice se raidit et perd le peu d'assurance qu'elle avait jusque là. Il est vrai que Blood se montre des plus désagréables, contraignant Boris à pousser un Goround un peu dur à saisir la situation à l'emmener dans une nouvelle salle de dégustation.

Manque de chance ,
c'est dans ce salon-là que Vivaldi, après un discours de bienvenue qu'elle a tenu à faire aussi bref qu'incisif, entraîne peu après Alice, non sans que Boris et Goround n'aient carrément demandé à leur jeune amie si elle "marchait à la voile et à la vapeur." Alice - qui, cela est tout de même étonnant, semble connaître le sens de l'expression utilisée - s'indigne, Vivaldi aussi. Ces dames ne se veulent qu'amies mais grandes amies. En outre, devant la scène que le Chapelier entreprend de faire à Alice à peine la malheureuse a-t-elle posé le pied dans le salon où il dégustait un énième thé, Vivaldi - dont les raisons de connaître intimement la personnalité de Dupré ne tarderont pas à nous être révélées - lui affirme sans ambages qu'il est en fait amoureux d'Alice. C'est au tour du Chapelier de le prendre de haut. En foi de quoi, il demande sèchement à se retirer dans ses appartements - en cette nuit particulière, les Ennemis de Vivaldi ont le droit de dormir sous son toit.

Deux scènes dont il ne faudrait pas méconnaître l'importance prennent alors place ici : la rencontre de Peter White avec Alice, Peter qui lâche, à la grande colère de Nightmare, que "le temps est presque écoulé", puis l'entrevue d'Alice avec le Chapelier dans la chambre où s'est retiré celui-ci. Aucun dialogue ambigu en apparence entre les deux héros. Dupré tente pourtant de mitrailler Alice mais rate volontairement sa cible. A vous d'interpréter le geste comme vous l'entendez mais nous y voyons, pour notre part, la rage d'un homme qui se sait pris au piège d'un sentiment qu'il ne veut pas admettre. Succédant à cette tentative de meurtre avortée, succède un échange qui se conclut par une sorte de pacte : puisque, selon ce qu'il affirme actuellement, le Chapelier se montre sarcastique et parfois même mauvais envers la jeune fille parce qu'elle n'est qu'une "étrangère", Alice lui suggère de cesser de la considérer comme telle, ce qui, selon elle, leur permettrait au moins d'entretenir une relation au minimum courtoise. Se rend-elle compte qu'elle avoue par là-même son désir de nier tout ce qui s'est passé auparavant entre elle et le Chapelier et, plus encore peut-être, sa volonté de demeurer au Royaume de Cœur bien qu'elle ne cesse d'affirmer ses regrets de ne plus voir sa sœur ? Probablement pas.

Le lendemain, comme pour sceller leur pacte, le Chapelier conduit Alice à la fameuse Roseraie où elle l'a aperçu avec Vivaldi et lui révèle ainsi un secret d'importance ...

Mais le volume s'achève sur la main d'Alice qui, fouillant dans sa poche, trouve la fameuse fiole du début de ses aventures, laquelle semble à nouveau remplie à ras bord ...

Parmi les six volumes de la série, celui-ci est peut-être, en dépit des apparences, le plus délicat, le plus tendre. Arrivée - en principe - à la fin de ses aventures au Royaume de Cœur, Alice est parvenue à faire comprendre au moins à un personnage, Boris, ce sentiment complexe qu'est l'amitié et la peur que l'on peut ressentir lorsqu'on voit un ami malheureux ou en danger. Elle a aussi, sans le vouloir, fait naître des sentiments inconnus chez pratiquement tous les personnages rencontrés, même chez Ace bien que le lecteur reste assez perplexe quant à la double personnalité du Chevalier de Cœur.

Mais ce qui est probablement le plus important, c'est que bien des mystères demeurent en suspens. Tout d'abord en ce qui concerne l'existence de la sœur d'Alice dans le monde dit "réel", voire, si le lecteur lit et relit la série, sur la nature de ce monde "réel." Pourquoi Nightmare rappelle-t-il sans cesse à Peter White (et plus rarement à l'Horloger) qu'Alice "ne doit pas se rappeler" ? Au début, le lecteur s'imagine qu'il parle de sa vie dans le monde réel. Mais plus l'on débroussaille, plus l'on avance dans l'intrigue, plus l'on se rend compte que le Démon des Cauchemars fait peut-être allusion à une chose bien plus complexe.

Mais laquelle ?

La question demeure. En aurons-nous la réponse dans le tome sixième et dernier ? Vous verrez bien ...  

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Alice Au Royaume de Cœur - Hoshino Soumei

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