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La Nuit Indochinoise - Tome VII : La Terre du Barbare - Jean Hougron (TM 2017)

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Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
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MessageSujet: La Nuit Indochinoise - Tome VII : La Terre du Barbare - Jean Hougron (TM 2017)   Mar 12 Sep - 16:53



Etoiles Notabénistes : ******

ISBN : 9782221101919

Notre Opinion

Personnages


Citation :
[...] ... Il était facile de voir qu'il se retenait d'ajouter : "Vous vous êtes pris de querelle avec lui et vous l'avez tué." Ma réputation était trop bien établie. Pour Parnel, je n'étais qu'un repris de justice, fils d'Antoine Couvray, bien sûr, mais cette parenté ne m'en rendait que plus suspect. Entre nous, il y avait ce lot d'accusations plus ou moins nettement formulées qui m'escortaient depuis des années ; il y avait surtout la prison où j'avais passé six mois et mes rapports avec le commissaire s'en trouvaient faussés sans retour. Nous ne pouvions oublier ni l'un ni l'autre la lutte que j'avais engagée contre mon père quatre ans auparavant.

Cette lutte s'était prolongée pendant quinze mois et tout ce qui avait un nom en Indochine et même plus loin,  dans les Etats voisins, en avait âprement suivi le déroulement : la paralysie progressive du recrutement de la main d'œuvre dans le 4ème Territoire, la révolte des coolies de la mine de Kabong puis - mais, à ce moment-là, je n'avais plus le contrôle des événements - l'assassinat de Privat, le directeur du consortium minier, enfin le massacre par ceux qu'on s'obstinait à qualifier de "rebelles" de quarante partisans indigènes dans les villages frontaliers du 2ème Territoire. La destruction de la centrale électrique de la Haute-Melim qui commandait l'exploitation des quatre Territoires sous mandat avait clos cette lutte dans laquelle, par les excès des nationalistes, j'avais été entraîné beaucoup plus loin que je ne l'aurais souhaité.

J'avais été arrêté dans mon bureau d'ingénieur de la mine de Kabong, livré à la police de Sécurité du Territoire et accusé de sabotage par Antoine Couvray. Son influence avait orienté la décision du tribunal qui n'avait retenu que les délits de droit commun. En dépit de mes attaches évidentes avec les rebelles, on avait ainsi évité de transférer les débats sur le plan politique. Au cours de sa déposition, mon père avait simplement déclaré que j'avais voulu me venger. Il n'avait pas précisé de quoi, et le tribunal n'avait pas osé s'enquérir plus avant.

J'avais purgé ma peine à Saigon et j'étais revenu à Vinh-Lung. Il entrait du défi dans ce retour, mais malgré ce que certains prétendirent, je n'avais pas l'intention de prendre ma revanche. Je repoussai même les offres des groupes révolutionnaires camouflés sous diverses étiquettes. Une certaine coïncidence dans les buts poursuivis nous avait passagèrement rapprochés, mais je réprouvais leurs méthodes, et plus encore le régime qu'ils voulaient imposer aux populations indigènes. Incertain de ne pas avoir fait fausse route six mois plus tôt - je me reprochais en particulier les massacres du 2ème Territoire - j'avais décidé de laisser à d'autres le soin de reprendre un combat que je n'avais pas su mener à bonne fin.

Depuis, et cela ne me déplaisait pas, j'étais classé parmi les innombrables traîne-misère qui végètent au jour le jour dans les villes d'Extrême-Orient. A Vinh-Lung, chacun, même les nouveau venus, avait une opinion précise à mon sujet. J'y avais ma légende, et, comme dans toutes les légendes, la part de vérité, et même de vraisemblance, y était réduite. Je n'avais jamais essayé de me défendre, et, aujourd'hui, je risquais de payer assez chèrement mon indifférence à l'opinion commune. ... [...]

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: La Nuit Indochinoise - Tome VII : La Terre du Barbare - Jean Hougron (TM 2017)   Mar 12 Sep - 17:28

Citation :
[...] ... - (...) Quand nous sommes arrivés dans ce pays, la population était exploitée depuis des siècles par le mandarin, le chef de canton et toute une pouillerie administrative. Nous sommes venus, et au moins peut-on dire qu'une certaine paix régna. Plus de razzias, plus de pirates incendiant les paillottes, volant le bétail et emmenant les femmes ; plus de petits despotes levant l'impôt à leur gré ... Ton père a transformé ce pays, il a révélé sa richesse et cela reste à son crédit. Il a ouvert des routes, créé deux hôpitaux, assaini les marais, doté toutes les écoles techniques de la région et certains collèges vivent encore de ses dons ..."

J'avais haussé les épaules, car je savais bien ce que recouvraient les bienfaits de mon père. Jellanet leva la main.

- " ... On l'a trop souvent dit et redit, et cela peut te paraître naïf, bien sûr, mais je crois que les gestes concrets demeurent, et, à mes yeux, ils valent mieux que ces bonnes intentions dont l'Enfer, dit-on, est pavé ... Et puis, ce système colonial que l'on condamne aujourd'hui, il faudrait peut-être, pour être équitable, le replacer dans son cadre véritable, qui n'est pas celui de ces dernières années. Pendant plusieurs siècles, il a répondu à une nécessité car il a permis d'absorber l'énorme vitalité d'une Europe dans le plein de son éclat qui se lançait à la découverte du monde. Et cette nécessité, née d'un déséquilibre, d'un excès de force, cet appétit en vaut bien d'autres. Il est là, comme la puissance du fauve ou les cyclones de février ; et les morales qui viennent après coup, alors que les conditions ont changé, ont beau jeu ..."

Jellanet posa son verre sur la table.

- "... Aujourd'hui, la mode veut que l'on ne considère plus que les défauts du système depuis quelques années, mais on oublie ce que ce système a apporté, non seulement aux colons mais aux indigènes. Il faut attendre que les esprits se soient calmés et dans un siècle, peut-être moins, il n'est pas impossible qu'on fasse des héros d'hommes comme ton père. Et, après tout, je me demande si par la violence de leur nature, l'ampleur de leurs conceptions, leur égoïsme qui, par sa démesure même, finissait par rejoindre le souci du bien commun, ils n'auront pas mérité d'être distingués des autres hommes. Ils auront été grands à leur manière, ils auront eu un destin d'exception, avec les servitudes de cette sorte de destins, et cela n'est pas si commun ..."

Jellanet poursuivit et un peu de colère passa dans sa voix :

- "Les journaux de France arrivent ici avec quelques semaines de retard, mais les soirées sont longues et j'ai le temps de les lire. J'ai passé presque toute ma vie dans ce pays et j'espère bien y mourir. Je sais comment je l'ai trouvé ; je sais ce que des gens comme ton père, en croyant servir leurs seuls intérêts, en ont fait. Je sais aussi que le système ne vaut plus rien et qu'il est bon qu'il disparaisse car il a fait son temps, mais je juge méprisable la politique du coup de pied de l'âne et je vois chez ceux qui s'acharnent contre ce qui doit disparaître inévitablement un signe de médiocrité."

Jellanet planta son regard dans le mien. Il ajouta avec calme :

- "Je sais quelles sont tes opinions, combien elles diffèrent des miennes et c'est pourquoi je t'ai dit ce que je pensais. Nous avons fait notre temps, nous avons fait aussi de notre mieux, en dépit des erreurs que nous avons commises et nous n'acceptons pas que ceux qui n'ont rien fait nous jugent et voient en nous la plus mauvaise part d'une nation. Une époque est jugée par celle qui la suit, et, sachant cela, je préfère encore ma place à la vôtre ..." ... [...]

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