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Sorj Chalandon (TM 2017)

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Masques de Venise
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Masques de Venise

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MessageSujet: Sorj Chalandon (TM 2017)   Lun 25 Sep - 14:45



Etoiles Notabénistes : ***

ISBN : 0782253164562

Extrait
Personnages


Si je n'ai guère été aimable envers "Mon Traître" , livre qui précède celui-ci et raconte la même histoire, ou plutôt son noyau central, du point de vue d'Antoine, un luthier parisien tombé fou amoureux de l'Irlande et en particulier de l'Irlande du Nord, alors plongée en plein conflit entre l'IRA et les forces de l'UK, et si je maintiens ce manque d'indulgence,

Au moins ai-je eu le soulagement de constater que, dans ce "Retour à Killybegs", qui reprend l'histoire mais cette fois-ci en la déployant aussi bien sur le passé du narrateur (le "Traître" du luthier") que sur ses vingt-ans de double-jeu entre l'IRA et le MI5 et enfin son exécution par un ou des tueurs qui resteront à jamais inconnus, Sorj Chalandon se lançait à fond dans l'écriture et approfondissait considérablement le caractère de ses personnages ainsi, bien sûr, que les motivations qui les poussent à agir en un sens ou un autre.

Pour autant, je ne suis pas convaincue que ce roman méritait le Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011 mais enfin, je n'ai pas lu les autres textes nominés. Je ne suis sûre que d'une chose : pour moi, "Retour à Killybegs" n'aurait reçu ce prix que par défaut.

Néanmoins, et dans la limite, toujours assez mince pour la complexité de l'opposition séculaire entre l'Irlande et la Grande-Bretagne (opposition qui ne fut pas et n'est toujours pas exclusivement religieuse), de 332 pages en caractères de taille normale, sans plus, Chalandon a le mérite de placer enfin sous les feux de la rampe la grande rivalité sur laquelle se fonde son roman. Journaliste de formation, ancien de "Libé" - un journal qui, rappelons-le, en son temps, n'hésita pas à faire sa "une" de la dépénalisation de la pédophilie - actuellement passé au "Canard Enchaîné" où nous lui souhaitons le meilleur et un maximum d'authentique "Mal-Pensance", Chalandon n'a jamais ambitionné, on le comprend vite, de construire un ouvrage historique. Il faut dire que la tâche serait lourde puisque le conflit ici en vedette date de plusieurs siècles et que nos Irlandais actuels n'ont toujours pas oublié Cromwell et ses "Têtes Rondes." Sans doute faudrait-il également mettre l'accent sur l'ascendance gaélique des Irlandais, par opposition à l'ascendance Britonne d'autres peuplades celtes. Mais cela mènerait l'auteur bien trop loin et pourrait lasser certains lecteurs. Enfin, qu'on se le dise : pareil roman reste à écrire.

Plus modeste, "Retour à Killybegs"
se contente de nous expliquer le personnage de Tyrone Meehan évidemment par son enfance, enfance de petit catholique pauvre, issu d'un père qui glorifiait les Rebelles  mais qui avait le tort de boire pas mal. Trop, cela va de soi car, il n'est nul point de la Terre qui ignore ce fait indiscutable : les Celtes ont une rude descente Bourré . Il y en a qui descendent en douceur et avec tendresse. Et les autres, qui sont de vraies brutes. Le père de Tyrone était, hélas ! de ceux-là. Il fréquentait les pubs où son fils allait le chercher, rouge de honte et se doutant bien que pareille audace, même expliquée par le désir de sa mère, lui vaudrait au minimum un bon coup de poing. C'est donc très jeune que Tyrone se mit à côtoyer l'alcool, les buveurs, les ivrognes patentés ... et les clandestins de l'IRA. Ce fut d'ailleurs en 1942 que l'un de ceux-ci lui confia son premier pistolet ...

Dans un tel environnement et devant les incessantes provocations, injustices et persécutions des Orangistes, on ne s'étonnera guère de voir Tyrone embrasser, lui aussi, la Résistance. Il prend de l'assurance et acquiert de l'expérience, il monte en grade, bien sûr et il est de toutes les manifestations, de plus en plus violentes. Lors de l'une de ces manifestations, dans la chaleur de l'action, avec ces cibles qui ne cessent de bouger sur les barricades et entre les coins de rue, il vise un jour un militaire anglais ... et abat dans le dos l'un des siens, Daniel Finley. Sur le moment, Meehan ne réagit pas. Puis, le doute l'effleure et ne cesse de grandir avant de se transformer en certitude absolue. Hélas ! pour ceux qui ont survécu, ce sont les "Brits" qui ont abattu Daniel. Sur le coup, Meehan aurait pu parler, assurer, ce qui était vrai, qu'il ne s'agissait que d'un accident, un pas de trop en avant ou en arrière de sa part, de la part de Daniel, voire de celle de l'Anglais. Mais il se tait.
D'abord, il a honte. Ensuite, il est désormais un héros (je vous laisse découvrir pourquoi et comment). En fait, c'est à  partir de cette minute fondée sur le Mensonge et la Mort qu'il devient vraiment Meehan, celui qu'il suffit d'évoquer par son seul nom pour que les autres, les membres actifs de l'IRA comme la population qui se fait leur complice (comment faire autrement ?) sachent de qui l'on parle.

Meehan, une légende. Ou presque.

Alors, Tyrone Meehan laisse le silence s'appesantir sur les années qui s'écoulent. Il continue à se battre, fait plusieurs prisons, engage même une grève de la faim ... Et c'est là que le MI5 le rattrape en lui mettant entre les mains le marché : ou les Anglais révèlent qu'il est le seul responsable de la mort de Daniel (ils ont retrouvé la balle dans le cadavre de Finley et ont fini, lentement, avec la patience du prédateur guettant sa proie, à faire le rapprochement avec l'arme que portait ce jour-là Meehan) en brodant sur cette mort dans le genre : exécution par jalousie ou par perversité pure mais en aucun cas accident, ou bien Meehan accepte de devenir un agent double à la solde de Sa Très Gracieuse Majesté.

Non sans lutter contre lui-même, Meehan ne tarde pas à capituler et c'est ainsi, de manière aussi idiote, qu'il devient un traître à la cause de ses ancêtres. Et que s'éclaire pour le lecteur tout ce qui, dans "Mon Traître", n'avait cessé de lu poser problème puisque, si l'on ne retenait que l'appât du gain comme seul motif de la trahison de Meehan, celui-ci s'opposait radicalement au caractère de l'intéressé.

Plus intéressant que "Mon Traître" parce que beaucoup moins elliptique et plus travaillé, "Retour à Killybegs" ne me donne pourtant pas envie de me replonger dans l'univers de Sorj Chalandon. En dépit de sa volonté de bien faire, que je crois réelle, il appartient pour moi à la race des écrivains qui ne font que survoler un thème. Et la chose est d'autant plus visible lorsque le thème est vaste - ce qui est le cas ici.

J'irai jusqu'à dire - me suivra qui voudra  - que, dans ce roman, les moment d'émotion eux-mêmes (comme ceux qui impliquent les relations curieuses qui, au bout de vingt ans, s'instaurent entre certains Anglais et l'Irlandais) sont convenus, sans nul relief pour leur permettre de se démarquer d'un paysage qu'on sait réel et dont on n'ignore pas que l'auteur se doit de le mettre en scène : l'Irlande des pauvres et des catholiques, l'alcoolisme transformé quasiment en sport national, les chapelets que femmes et hommes sortent de leurs poches de façon obsessionnelle (on a toujours besoin d'un bon petit chapelet chez soi ... ), le sacrement du martyre et de ceux qui le subissent, bref, je m'en veux de le répéter mais, tant en ma qualité de Celte que de catholique sans oublier ma passion de l'Histoire, je ne puis faire autrement : cette forme de "folklore" bonne, sans aucun doute, pour faire la "une" de n'importe quel journal mais qui possède à mes yeux le tort de réduire les tenants et les aboutissants d'une situation économique, sociale, politique et religieuse exceptionnellement grave à leur expression la plus superficielle.

A mon sens, par leur haine farouche, par leur foi hautaine et acharnée, par leur lutte furieuse pour le pouvoir et par l'Idéal que possèdent certains de leurs membres autant que par la lassitude spirituelle qui s'emparent parfois de la plupart, Protestants et Catholiques réunis, les deux camps qui s'opposèrent et s'opposent encore en Irlande du Nord valent l'un comme l'autre bien mieux que ce que nous livre d'eux "Retour à Killybegs".

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