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Alice Au Royaume de Trèfle - Fujimaru Mamenosuke

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Masques de Venise
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Fujimaru Mamenosuke   Dim 1 Oct - 14:36



Etoiles Notabénistes : ******

Clover No Kuni No Alice - Cheschaneko To Waltz
Traduction : Tony Sanchez
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355925665




Extraits
Personnages


 


La série "Alice Au Royaume de Trèfle" est à lire après "Alice Au Royaume de Cœur" dont la fin - le Chapelier ramène Alice à Wonderland et tout s'achève sur un énième duel de Blood Dupré avec le Lapin Blanc, toujours amoureux et jaloux de n'avoir pu (ou su) retenir Alice au Royaume de Cœur, et, qui sait ? peut-être encore plus jaloux de constater que, cette fois-ci, c'est au Chapelier que Nightmare a confié la mission d'aller chercher la jeune fille dans le monde réel - laissa, si l'on en juge par leurs commentaires, nombre de lecteurs sur leur faim. Tout le monde s'attendait en effet à une conclusion classique mais l'on se retrouvait devant une nouvelle boucle qui s'ouvrait. Certains avaient du mal à l'exprimer ainsi, d'autres ne comprenaient pas mais la frustration était grande.

Ce premier volume d'"Alice Au Royaume de Trèfle" n'arrange pas les choses si l'on se plonge dedans en croyant y trouver une suite logique, c'est-à-dire conforme à notre monde et non à celui créé par Lewis Carroll. Aussi, dès le départ, mettez-vous bien dans la tête que :

1) Cette série, tout comme l'était d'ailleurs la première, s'inspire d'un jeu vidéo éponyme ;

2) Alice est plus ou moins protégée par Nightmare qui l'endort et la réveille quand il le veut. Le songe est l'une des composantes principales de l'histoire et atteint ici à son paroxysme avec le songe dans le songe - en admettant que la présence d'Alice dans les Royaumes de Cœur comme de Trèfle soit un songe ;

3) l'hypothèse de mondes parallèles, que l'on croyait réservée à la seule S.F. ou encore au cinéma, n'est pas encore une réalité acceptée mais elle  s'est mis en branle pour se concrétiser. Restons prudents sur les réserves des métaphysiciens, astrophysiciens, et -cisiens divers et choisissons délibérément soit l'anneau de Moebius, soit la Théorie des Cordes ... soit, pour les incorrigibles littéraires et amateurs de poésie et d'imaginaire que nous sommes, une série aussi merveilleuse que le pourtant très britannique "Dr Who" (dont la treizième incarnation devrait être, pour la première fois dans l'histoire de cette série mythique, une femme interprétée par Jodie Whittaker).

Ces trois points acquis et enregistrés (en particulier le dernier)
- mais si, votre cerveau en est capable !   - nous pouvons donner la parole au Chat du Cheshire, Boris pour les Japonais, sur les pensées duquel s'ouvre ce premier tome de la saga de Trèfle. Boris nous raconte la façon dont il a rencontré Alice pour la première fois, apparemment perdue au sein de la Foire et contrainte par la politesse à écouter l'un des morceaux de violon de Goround. (Cette version diffère évidemment de celle que nous connaissions par notre lecture de la saga de Cœur, à croire que la mémoire du Chat Punk comme celle d'Alice ont été effacées en partie.) Nous avons ici droit à des encarts en couleurs qui révèlent que, en tous les cas au départ de la reprise, Fujimaru n'était pas très à l'aise avec la douceur, l'arrondi du visage d'Alice. On remarquera aussi qu'il fait de Vivaldi, lorsqu'elle apparaît, un type de femme un peu plus mince et au visage plus "pointu." Néanmoins, au cours des sept tomes de la série, le dessinateur aura tout le temps d'assouplir son pinceau et, dans la série du "Joker", ce sera chose classée depuis longtemps. Wink

Puis, c'est au tour d'Alice de nous expliquer le Royaume de Cœur - où elle se trouve toujours pour l'instant - ses règles et les personnages qui l'habitent. Assez curieusement là encore, une partie de sa mémoire semble s'être endormie. Elle ne paraît pas en effet se souvenir que, d'abord enlevée par Peter White, elle est revenue à Cœur dans les bras du Chapelier. Seul lui demeure en tête son enlèvement initial. Deuxième changement, elle ne vit plus chez Julius Monrey (y a-t-elle déjà vécu, d'ailleurs, même si elle aime à lui rendre visite ?), l'Horloger, parfois surnommé également "le Croque-Morts", mais a choisi de son plein gré de s'installer à la Foire où Goround lui a déniché un emploi et un logement. Or, un matin, en se réveillant, elle n'entend pas à l'extérieur les bruits habituels du Parc d'Attractions. Elle ouvre la porte et s'aperçoit, avec stupeur, ravissement mais aussi inquiétude et horreur, que la Foire a disparu pour faire place à une vaste forêt où certains arbres s'ornent de portes qui l'invitent, toutes, à les ouvrir, lui affirmant qu'elles la conduiront "là où elle veut aller."

Dans l'incapacité de courir se réfugier dans sa chambre - la porte s'est refermée et a disparu - Alice doit alors affronter ses craintes et retrouve, après avoir croisé un Loir terrorisé, le Chevalier de Cœur, un Ace toujours aussi sympathique qui est le premier à lui expliquer qu'il y a eu "un déménagement." En un pays aussi étrange, on se doute bien que, si déménagement il y a, la définition qu'on donne du mot en général ne doit pas être la même que chez nous. De fait, régulièrement, les habitants du Royaume de Cœur se trouvent projetés ("déménagent") au Royaume de Trèfle. Certains se perdent au passage ou alors ne suivent pas le mouvement : ainsi, Julius est resté dans sa tour de l'Horloge, au Royaume de Cœur. Boris, lui, a suivi Alice parce que, ainsi qu'il l'explique avec candeur, "il ne saurait vivre sans elle : elle est si différente d'autrui." Quant à Ace, on mettrait volontiers son "déménagement" personnel sur le compte de son incroyable absence de sens de l'orientation si l'on ne s'apercevait très vite, comme Alice d'ailleurs, que le Chevalier de Cœur, sous ses abords toujours fantaisistes et sympathiques, manifeste un aspect de sa personnalité bien plus énigmatique - phénomène qui ne cesse de croître au fil de la série. A croire qu'Ace ne se contente pas de récupérer des montres sur des cadavres et, à l'instar d'un Nightmare,  tire lui aussi certaines ficelles décisives.

La Chapellerie
a déménagé elle aussi dans son intégralité et tous sont ravis de revoir Alice. Tous, y compris le Chapelier, désormais plein de sollicitude (mais toujours aussi prêt à saisir l'occasion dont il continue à rêver, elle s'en apercevra vite) envers Alice au point de lui proposer une chambre en son manoir, "en tout bien tout honneur", prend-il soin de préciser avec un sourire on ne peut plus angélique. En effet, le Parc d'Attractions n'a pas suivi, Goround non plus et voici Alice sans emploi et sans logis. Non sans hésitation, elle accepte la proposition du Chapelier mais préfère se chercher un emploi toute seule car elle se méfie (vous constaterez qu'elle a raison de le faire) de ceux que lui propose son hôte.

Cela, par contre, ne surprendra personne si je révèle que Peter White est évidemment là et fond sur Alice pour la serrer dans ses bras, tout heureux de l'avoir retrouvée et lui rappelant "la chaleur de leurs corps enlacés", ce fantasme qui met Boris en rage et fait sourire le Chapelier. En revanche, vous serez peut-être étonnés d'apprendre que les jumeaux Dee et Dum peuvent, à volonté, se transformer en jeunes gens séduisants et toujours en pleine empathie l'un avec l'autre, vêtus de costumes à rayures verticales fort élégants mais qui ne sont pas sans rappeler immanquablement la "famille" sociale à laquelle ils appartiennent. Pour le reste, toujours prêts à faire les quatre volontés d'Alice (ils sont désespérés qu'elle préfère prendre son bain seule et non avec eux) et toujours aussi enthousiasmés par les armes en tout genre. Dans cette série, nous les verrons d'ailleurs s'en servir contre les ennemis du Chapelier et, ce faisant, se révéler aussi excellents bretteurs que le Chevalier de Cœur.

Si la Tour de l'Horloge et Julius sont restés au Royaume de Cœur, la Tour de Trèfle, bien plus haute et d'architecture plus "immeuble de bureau" à mon sens, siège au beau milieu du Royaume.
On a la surprise d'y retrouver un Nightmare qui, sous sa forme exclusivement humaine, ressemble fort à un PDG asthmatique et grognon (c'est à lui que revient, il est vrai, la gestion de ce Royaume). Toujours de santé délicate, il bénéficie de la présence à ses côtés de son fidèle domestique, Gray, lequel porte au cou un tatouage représentant un lézard. Il paraît que, dans des temps très lointains, Gray a tenté d'assassiner Nightmare mais que, devant son échec, il s'est mis au service de son ancienne cible. C'est par conséquent désormais avec des tisanes, des repas équilibrés et une foule de notes et de dossiers à rédiger (ou lire) et à signer qu'il poursuit son malheureux employeur, lequel est toujours prêt  à s'échapper dans son vrai Domaine : celui des Rêves et des Cauchemars.

Nightmare a en outre la responsabilité - qui le barbe, osons le mot - d'organiser non des bals, comme le faisait Vivaldi mais des "assemblées" où se croisent de façon  neutre les différents chefs de Territoires toujours en guerre.

Si la saga d'"Alice au Royaume de Cœur" s'achevait sur une sorte de pirouette qui éludait la question, celle de Trèfle place et l'héroïne et le lecteur devant le problème qui tourmente tant la jeune fille : la naissance, après celle de ses désirs affectifs, de ses premières aspirations sexuelles et la difficulté d'y céder en toute sécurité et aussi - caractère féminin oblige - en alliant sentiment et sexualité. On comprend également que, chez Alice, la peur de l'Abandon (de façon générale), est presque pathologique. La réponse à cette peur se situe bien sûr dans son passé dont des bribes de plus en plus importantes nous sont découvertes ...

Un premier volume d'exposition où l'on s'interroge de plus en plus sur la nature et le nombre de personnes qui tirent les ficelles de cette partie. A un certain moment, on peut même se demander si Boris n'a pas accepté de jouer un rôle pour protéger Alice. Mais de quoi ? ...

La suite au prochain numéro. Une saga à réserver, je pense, aux inconditionnels non seulement de la série japonaise mais aussi de l'œuvre britannique originale. Signalons enfin que cette série, qui compte sept tomes, contraint le lecteur à plus d'efforts pour pénétrer dans l'intrigue et que, si certaines histoires-bonus n'ont guère d'importance, quelques unes, par contre, sont primordiales, y compris pour la série qui suit, celle du Joker. En somme, si  vous ne jugez que superficiellement, vous risquez d'être déçus. Si vous vous entêtez, par contre et tentez de voir "à travers le miroir" ... ce sera, je vous le certifie, une tout autre paire de manches.

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Tome II    Lun 9 Oct - 19:48




Etoiles Notabénistes : *****

Clover No Kuni No Alice - Cheschaneko To Waltz
Traduction : Tony Sanchez
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355925672


Extraits

Personnages





Si le Cycle de Cœur pouvait être considéré comme une adaptation, considérablement modernisée, des romans de Lewis Carroll, celui de Trèfle souligne et développe l'aspect sexuel de ce véritable mythe littéraire que sont devenus "Alice au Pays des Merveilles" et son corollaire, "Alice Derrière Le Miroir." Nous restons néanmoins dans le manga shôjo et si ce tome contient des scènes un peu libertines (avec des dialogues à double sens et même parfois très clairs), nous sommes bien loin, je vous rassure, de la pornographie de bas étage. Very Happy

Le but
recherché pendant les sept volumes du Cycle est double :

1) tout d'abord, amener Alice à oublier certains éléments douloureux de son passé, ce qui lui permettra de demeurer à Wonderland

2) et enfin la guider, avec autant de douceur que possible, vers l'acceptation de sa féminité - et de l'âge adulte.

Dans le Cycle de Cœur, elle n'était prête ni pour l'un, ni pour l'autre.

Il faut bien convenir que Peter White et ses démonstrations de tendresse pour le moins théâtrales - ce qui n'enlève rien d'ailleurs à la sincérité de ses sentiments - ont eu pour elle, très tôt, tout d'un repoussoir. Nous l'avons vu, elle ne supporte White que s'il adopte un aspect de peluche. Alors, comme elle le dit, elle "craque" et interdit à tout le monde, y compris au Tout-Puissant Chapelier, de porter ne fût-ce que le bout d'un gant sur le mignon petit Lapin Blanc. Mais n'est-ce pas un peu comme si la jeune fille cherchait ainsi à préserver une part d'enfance où elle puisse se réfugier à tout moment ?

Quant à Blood Dupré, il ne faut pas avoir consacré l'intégralité de sa bibliothèque à collectionner les romans les plus sentimentaux de la planète pour s'apercevoir que le type de sexualité qu'il symbolise est celle d'un homme ayant déjà beaucoup d'expérience, rendu sûr de lui par ses réussites, aimant séduire mais capable de se fixer pour peu qu'il le décide. Allons plus loin. La sexualité représentée par le Lapin Blanc est relativement simple et pourrait relever de celle que l'on pratique soi-même en solitaire. Sexualité peut-être riche en fantasmes mais certainement pas prête à franchir le gouffre qui les sépare de leur réalisation ... Avec le Chapelier au contraire, nous atteignons à une sexualité beaucoup plus complexe où règne sans partage (il faudrait se voiler la face pour le nier) la relation dominateur-dominé. Ajoutons à cela que l'amitié réelle, pleine et entière, que lui voue le Lièvre de Mars peut s'interpréter d'une façon bien précise et que, si l'on adjoint à tout cela la manie des Jumeaux de tout faire toujours ensemble, l'imagination peut cabrioler un bon bout de chemin !

Du côté de Peter White, donc, une sexualité presque épurée et rêveuse, qui ose à peine dire son nom et se dissimule derrière des déclarations dont l'audace est inversement proportionnelle. Avec Blood Dupré, une sexualité qui a osé pas mal de choses tout en se gardant des perversions extrêmes et nauséabondes, mais qui associe nettement sexe et domination à la limite de la douleur physique. Ne perdons pas de vue non plus que le Chapelier tient également à dominer mentalement alors que le Lapin Blanc, lui, pourvu qu'Alice soit à ses côtés, accepterait de se soumettre à elle sur tous les plans.

Avec les nouvelles amours qui s'ouvrent ici pour Alice - et qu'elle aura oubliées quand sonnera l'heure du Joker - c'est le Chat du Cheshire qui mène la danse - le cycle n'est-il d'ailleurs pas sous-titré "Cheshire Cat Waltz" ? Mais cela implique que la jeune fille accepte de se savoir amoureuse. En ce sens, Boris devient plus rassurant que Peter et il est bien sûr inutile de le comparer à la puissante aura à la fois intellectuelle, sensuelle et sexuelle qui nimbe le cynique mais si séduisant Chapelier.

L'astuce est habile : Boris conserve un peu de sa nature féline originelle et un chat, tout le monde le sait, aime à marauder. Non par méchanceté mais parce que c'est dans sa nature. Alice le remarquera et le fera remarquer un certain nombre de fois, se remémorant au passage sa chatte, la petite Dinah, qui venait lui réclamer des caresses mais s'en allait dès que la chose lui devenait importune.

Sans exagération, l'on peut affirmer que l'essentiel de ce tome repose sur cette attirance qui s'installe insidieusement - et sans qu'Alice en saisisse réellement les raisons - entre la jeune fille et l'homme-chat. Par sa nature féline, qui le pousse à ronronner même lorsqu'il porte costume BCBG et cravate de soie, Boris est parfaitement capable de rappeler les peluches qui rassurent tant Alice et Vivaldi (on remarquera d'ailleurs que la Reine de Cœur paraît elle aussi avoir un faible pour le Chat du Chester). Mais, par ses besoins typiquement masculins, il fait un prétendant humain acceptable en ce sens que, à la fois fasciné et quelque peu méfiant devant une union qui présenterait quelque chose de définitif, il saurait se contenter du minimum. Les risques de le dépeindre sous la forme peu sympathique d'un simple coureur de jupons qui vous quitte au matin, après une nuit de méfaits bien accomplis mais sans lendemain, ont été limités dès la série de Cœur par le fait que Boris est le premier habitant du Royaume de Cœur (Peter se maintenant pour une fois hors jeu puisque c'est lui qui a contraint la jeune fille à le suivre à Wonderland) à qui Alice est parvenue à donner une idée de ce que représentent l'amitié et la peur de perdre un être que l'on apprécie, d'amitié ou d'amour. Au reste, le Chat du Chester est persuadé, dès le premier volume du Cycle de Trèfle, que, s'il a été à même de suivre le déménagement, c'est uniquement parce qu'il lui était impossible de se séparer d'Alice : les sentiments qu'elle lui inspire, quels qu'ils soient, étaient trop puissants pour ne pas franchir avec aisance l'obstacle imprévu du déménagement.

Sinon, parmi plusieurs scènes un peu libertines (mais fort délicatement dessinées) entre Alice et son nouveau chevalier servant, on apprend que Pierce Villiers, le Loir insomniaque, sert de "nettoyeur" à Sa Seigneurie le Chapelier ; que le Chevalier de Cœur, même sans Julius, s'entête à embrocher des corps et à récupérer les montres qui leur servent de cœurs ; que les "Assemblées", présidées par un Nightmare qui ronge son frein tout en alignant dossiers et discours, se retrouvent parfois égayées - si l'on ose dire - par un duel inattendu, ces messieurs n'ayant pas perdu l'habitude, déménagement ou pas, de dégainer épées ou automatiques à tout propos et que le fameux déménagement est encore responsable de certains effondrements de terrain dans la forêt où, une fois de plus, attendu que tout le monde (de White à Boris en passant par Elliott, Blood et même Ace) lui a conseillé de ne pas s'y risquer seule, Alice finit par se retrouver plutôt en fâcheuse posture à la fin de ce deuxième volume.

Enfin, pour pimenter la sauce (et nous amener vaille que vaille au septième tome), un Chapelier souriant mais curieusement bien calme (sauf quand il est seul avec Alice), un Nightmare qui ne redevient lui-même que dans son domaine des Rêves et des Cauchemars d'où il semble veiller au grain sur la partie en cours, un Ace de plus en plus ambigu, voire carrément inquiétant, dont on ne sait s'il s'attache ou fait semblant de s'attacher à Alice et un Peter White qui se fait beaucoup, beaucoup de souci pour Alice, bien entendu, mais aussi pour un certain dimanche après-midi ... Au milieu de tout cela, va, roule, tombe mais ne se casse pas le petit flacon de potion que le Chapelier a forcé Alice à boire lorsqu'il l'a ramenée au Royaume de Cœur et que la jeune fille, ressentant de moins en moins d'intérêt pour le liquide dont il se remplit à nouveau mais en moindre quantité que dans le Cycle de Cœur, a abandonné en principe dans un tiroir, au Parc d'Attractions auquel elle n'a plus accès. Et puis des escaliers, des portes, toujours ces fichues portes, qui parlent ou se taisent, dans cette forêt aussi mystérieuse qu'instable, dans laquelle se déplace même une baleine ...

Sans oublier la silhouette de Lorina, son souvenir plutôt, qui revient hanter les rêves d'Alice en lui reprochant ... La jeune fille ne parvient pas à comprendre ses reproches et cela la trouble beaucoup ...

Mais ce que le lecteur, lui, comprend, c'est que Nightmare, Peter, Ace et le Chapelier - et peut-être Boris lui-même - en savent bien plus qu'ils ne veulent nous en dire pour l'instant ...

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Tome III - Fujimaru Mamenosuke   Ven 13 Oct - 13:27




Etoiles Notabénistes : *****

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Traduction : Tony Sanchez
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355925900

Extraits

Personnages





Un troisième tome auquel on ne saurait rendre justice que lors de sa relecture. En effet, quand une série nous absorbe, nous désirons tous arriver au final, qui ne pourra, nous le savons en dépit de certaines déceptions rencontrées çà et là , que nous satisfaire. De ce fait, une première lecture, pour enthousiaste qu'elle soit, est susceptible de laisser dans l'ombre bien des détails importants. En outre, elle ne permet pas le recul suffisant pour une analyse qui s'avère nécessaire quand le manga reprend une création originale elle-même aussi cryptique que l'"Alice" de Lewis Carroll.

Une fois n'est pas coutume, commençons par ce qui agace souvent le lecteur adulte dans ce volume : les perpétuelles hésitations d'Alice face au Chat du Chester. C'est l'attitude typique d'une toute jeune fille qu'attire la sexualité mais qui voit celle-ci comme un monstre prêt à la dévorer. (Notons d'ailleurs que, dans ce shôjo, l'héroïne a bien de la chance de tomber sur des partenaires compréhensifs et, dans les limites de leur nature masculine, des plus gentlemen - à commencer par le Chapelier.) C'est là un jeu, que nous avons nous-mêmes pratiqué en notre temps (que les jeunes qui me lisent cessent de ricaner bêtement et de rougir tout aussi sottement derrière leur clavier ! Merci !  ) mais qui ne nous émeut plus autant. Une pointe de nostalgie, peut-être pourtant et puis des pensées du genre : "Etais-je aussi nunuche, moi aussi, dans le temps ? Etais-je aussi capricieuse, aussi lunatique même ? Un coup : "Je-veux-bien !", un coup : "Je-ne-veux-pas-et-je-ne-voudrai-jamais" ?" (Enfin, ça, ce sont des pensées féminines : nous laisserons aux messieurs l'intimité des leurs ... )

Qui sait ? N'est-ce pas le souvenir que nous pouvons avoir conservé de nous-mêmes qui nous agacerait en réalité bien plus que les interrogations, après tout parfaitement normales à son âge, de notre héroïne ?

Si l'on met ce point de côté, ainsi d'ailleurs que les scènes un tantinet coquines dispensées çà et là, on récapitulera divers éléments fort intéressants pour la suite de l'intrigue :

1) le premier, qui se place dans les pages-couleur du début du livre, nous confirme ce que nous soupçonnions : Nightmare est bien le Meneur de Jeu de la partie en cours. Mais lui-même s'interroge beaucoup sur les agissements du Chevalier de Cœur. Non seulement il ne les comprend pas, mais en outre il ne parvient pas, malgré ses dons télépathiques, à percer ce qu'ils dissimulent. Il ne lui reste donc qu'à supputer, cogiter et se poser mille questions, ce qui, pour une cervelle aussi douée, en entraîne aussitôt un nouveau bon millier d'autres. En plus, c'est sans doute le point le plus important, Nightmare sait déjà ce qu'Alice ignore encore : c'est qu'elle a décidé de rester à Wonderland ;

2) en seconde position, nous tombons sur le fait que le Chat du Chester a réellement pour mission de protéger Alice tout au long de la partie. La protéger de qui, cela reste encore plutôt nébuleux. D'Ace probablement même si, selon l'avis de Nightmare, le Chevalier de Cœur avait voulu tuer Alice et Boris, il l'eût fait depuis longtemps. Mais, si Ace n'est pas vraiment un agresseur désigné - encore que ... il est si imprévisible, n'est-ce pas, depuis le déménagement ? - alors, quels sont-ils ?

Eh bien, on commence à le soupçonner dans ce tome III. Et, chose curieuse, ils sembleraient liés aux "Sans-Visages."

Elément crucial (que nous reprendrons sans doute dans nos extraits) : la scène onirique dans laquelle Nightmare explique à Boris des choses relatives au passé d'Alice mais qui ne nous sont pas révélées. Avant de lui demander, tentateur comme tout démon, s'il aimerait devenir leur complice, à lui-même comme à Peter White, pour faciliter la décision de la jeune fille, décision pour l'instant encore insconsciente chez elle, de demeurer à Wonderland. Sur le moment, le lecteur ne comprend pas ce qu'il veut dire (il lui faudra attendre le tome suivant) mais, là aussi, il peut émettre quelques hypothèses.

3) en troisième lieu, réapparaissent Lorina et le trio qu'elle a pu former jadis, dans le monde dit "réel", avec le Lapin Blanc (mais quelle apparence avait alors celui-ci ? C'est une question que l'on ne saurait éviter de se poser) et sa jeune sœur. Toutes les fois qu'elle pense à Lorina, Alice se sent mal, très mal. C'était déjà flagrant dans le tome II, ici, la sensation se renforce considérablement. Quelque chose - et quelque chose de grave ou qu'Alice considère comme tel - s'est passé entre les deux sœurs mais l'on n'en saura pas plus.

4) quatrième point à notre sens essentiel, le rôle véritable de Peter White dans l'histoire. C'est-à-dire pas seulement dans cette partie au Royaume de Trèfle mais depuis le début, dès ces dimanches après-midi qu'il évoque, avec tant de regret, comme l'époque la plus heureuse de son existence. En outre, tout comme Alice n'a pas manqué de le faire, il est impossible de ne pas remarquer son changement d'attitude en présence de la jeune fille. De ses anciens débordements à la limite de la caricature amoureuse, ne subsiste qu'une jalousie farouche - il continue à dégainer son pistolet dès qu'il soupçonne Un Tel ou Un Tel, Acteur ou Sans-Visage, de vouloir conter fleurette à Alice. Mais, devant cette dernière, il se fait plus discret, prétextant cette énième Assemblée qui lui donne beaucoup de travail, mais en fait, comme le lui dit de plus en plus souvent le Démon des Rêves et des Cauchemars d'un ton mi-compatissant, mi-sarcastique, parce que persister dans son attitude trop expansive est susceptible premièrement de réveiller la mémoire d'Alice - ce qui, menace Nightmare, lui révèlerait le rôle joué par le Lapin Blanc dans son passé - et, deuxièmement, de l'inciter à reprendre illico le chemin de "son" monde à elle ;

5) enfin, last but not least, la révélation de ce que contient réellement le fameux flacon qu'Alice avait abandonné dans le tiroir d'une commode de sa chambre, au Parc d'Attractions, et que, au cours de ses vagabondages habituels, le Chat du Cheshire a récupéré après avoir relié, par l'entremise du pouvoir spécial qu'il est le seul Acteur à détenir sur les portes, parlantes ou non, du Royaume de Trèfle, sa propre chambre et celle, désormais vide et toujours au Royaume de Cœur, de la jeune fille. Boris n'en a rien dit à Alice sur le moment et a même cherché à fracasser le flacon d'une balle d'automatique. En vain, bien sûr. Précisons que Boris, avant même d'avoir demandé des explications à Nightmare, savait parfaitement ce que contient ce flacon, lequel se remplit désormais, nous l'avons déjà dit, de façon bien plus lente - presque poussive, serait-on tenté d'écrire - que dans la partie précédente et auquel Alice ne porte plus le même intérêt qu'auparavant, cette indifférence presque totale constituant la manifestation visible de son désir inconscient de demeurer à Wonderland.

A part cela, le côté "mauvais malade" de Nightmare, lorsque le dirigeant du Royaume de Trèfle ne réussit pas à échapper à la sollicitude plutôt "musclée" de son secrétaire et homme de confiance, est de plus en plus marqué. A vrai dire, il ne sait quoi inventer pour ne pas prendre ses médicaments et ne pas aller faire ses injections à l'Hôpital. Plus étonnant - et plus significatif également - lorsqu'il se retrouve seul avec Alice dans le domaine des Rêves et des Cauchemars, Nightmare paraît bien souvent sur le point, lui aussi, d'avouer pour elle un sentiment disons plus proche de l'affection (très poussée) que de la simple sympathie.

On aurait garde de passer sous silence la brutale attaque d'Alice, en pleine assemblée, par un Ace que les Jumeaux, sous leur forme adulte, laquelle les rend redoutablement plus rapides, contrent immédiatement. Pour Ace le Désinvolte qui, une fois encore, a contrevenu aux règles ("Pas de combats en pleine Assemblée !" lui hurle un Gray Ringmarc exaspéré), il ne s'agirait que d'une plaisanterie. Est-ce bien le cas ? La jalousie, finalement, ne fait-elle pas entendre également sa voix chez lui même si, de tous les personnages, il est sans conteste celui qui sait la mieux dissimuler ?

Attention aussi à l'impression, très légère mais qui commence à poindre dans certaines cases, de "rêve dans le rêve" et même de "rêve dans le rêve dans le rêve" ...

Quant à l'histoire-bonus, mieux vaut la lire. Ne la négligez donc pas. Bonne lecture !

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Tome IV - Fujimaru Mamenosuke   Sam 14 Oct - 16:59




Etoiles Notabénistes : *****

Clover No Kuni No Alice - Cheschaneko To Waltz
Traduction : Tony Sanchez
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355926082

Extraits
Personnages





Lors de ma première lecture, j'avais songé que ce volume ne faisait guère avancer l'action. Aujourd'hui, je me rends compte que j'étais dans l'erreur la plus absolue et je l'admets sans honte aucune.

Nous avons, dans ces fiches sur les différents cycles d'"Alice" supervisés par Quin Rose, souvent parlé sexualité. Avec ce quatrième tome de la saga du "Royaume de Trèfle", nous allons continuer : c'est en effet dans ce volume que nous est révélée - du moins est-ce mon opinion - la nature sexuelle d'un personnage que, en raison de sa neutralité affichée, nous eussions été en droit d'estimer asexué, voire impuissant, j'ai nommé : Nightmare.

Neutre en théorie mais Grand Superviseur des "parties" de ce jeu gigantesque qu'est Wonderland, Nightmare, nous l'avons constaté dès le Royaume de Cœur, est avant tout un démon, celui des Rêves et des Cauchemars. Un démon, bien sûr, se doit d'avoir une sexualité mais les préoccupations de Nightmare sont avant tout intellectuelles : il aime plus que tout veiller sur les "parties", étudier les hypothèses de jeu éventuelles, anticiper certains déplacements des pions, parier dans sa tête pour telle ou telle attitude que prendra tel ou tel personnage, résoudre conflits et imprévus, imaginer, contrer, créer des chausse-trappes, des raccourcis, laisser éclore des songes au creux des songes eux-mêmes, embrouiller ou éclaircir tout à plaisir ... en bref, vivre par procuration.

Sa vie de tous les jours, quand il revient à sa tâche terrestre si l'on ose dire, c'est-à-dire celle de Dirigeant suprême du Royaume de Trèfle, ne lui plaît pas - et c'est peu dire. Des dossiers à parcourir, des lettres à lire avant de les signer, du courrier auquel il faut répondre, des Assemblées qu'il faut à tout prix organiser dans la paix et la courtoisie, sans compter tout ce qui nous a échappé dans tout ce fatras administratif et, de surcroît, les diverses gouttes, pilules, visites à l'Hôpital et repas équilibrés que son secrétaire et homme de confiance, Gray, tient implacablement à le voir ingurgiter ou accomplir à heure fixe ... Pour ce redoutable joueur d'échecs oniriques, dont chaque "partie" ne manque pas d'avoir des conséquences pour Wonderland, on comprendra que cet aspect-là de sa tâche lui paraisse à la fois méprisable et difficilement tolérable ... Le problème est que l'un ne va pas sans l'autre.

Survient un jour Alice, d'abord amenée, avec la complicité de Nightmare, par le Lapin Blanc, puis ramenée, toujours avec la complicité du même, par le Chapelier. Après six volumes pour le Cycle de Cœur et trois déjà débités dans celui de Trèfle, il est normal que Nightmare ait appris à mieux connaître la jeune fille, sa personnalité, ses craintes et ses angoisses (n'oublions pas qu'il est télépathe). Mais, chose plutôt curieuse chez quelqu'un qui entend demeurer au-dessus de la mêlée, Nightmare s'est aussi, nous le découvrons sans fard dans ce tome, fortement attaché à Alice. Sentimentalement, c'est certain car, bien qu'il répète depuis ce qui nous semble une éternité, qu'elle doit rester totalement libre dans son choix entre le monde auquel elle appartient et celui où elle s'est retrouvée entraînée, il devient de plus en plus clair qu'il ne souhaite rien tant que de la voir demeurer à Wonderland. Toutes les fois que, par un geste ou une remarque, Alice prouve l'emprise de plus en plus importante qu'a sur elle ce monde merveilleux et aussi dangereux que magique, il n'approuve peut-être pas officiellement mais laisse en tout cas percer une profonde satisfaction.

Sur le plan charnel, il n'y a, entre lui et Alice, aucun rapport, que cela soit bien établi. Mais le pouvoir qu'il possède de s'introduire dans ses pensées (comme, d'ailleurs, dans celles de n'importe qui) lui permet d'assister, depuis l'entrée en scène officielle du Chat du Cheshire en qualité de chevalier servant ... et exigeant, à des scènes qui, aucun lecteur avisé ne le niera, devraient demeurer à la seule disposition mémorielle de leurs participants. Or, Nightmare y prend largement sa part et s'en délecte, allant, lors d'une Assemblée, jusqu'à s'enquérir auprès d'Alice de "ce qu'il s'est passé ensuite" - car le lien télépathique s'était rompu au moment crucial, probablement coupé par l'irruption de Gray ou d'un autre personnage dans le bureau du Dirigeant du Royaume de Trèfle.

S'intercale donc ici, ce qui n'est pas sans intérêt, le personnage du Voyeur, lequel n'est d'ailleurs pas toujours impuissant. Nightmare se complaît à voir Alice et son partenaire échanger des caresses quand ils sont seuls. De là à penser qu'il aimerait se trouver à la place de Boris, il n'y a qu'un pas, que nous nous permettons de franchir sans autre procès.
Nous suivez-vous ou cela vous répugne-t-il ? Eh ! nous sommes dans un manga shôjo et, si tout ne peut être montré, il est facile de suggérer - et c'est d'ailleurs beaucoup plus amusant.

Le fait que Nightmare s'autorise de plus en plus souvent à prendre Alice par le menton ou à lui manifester, par des gestes décents mais qui étonnent la jeune fille, la tendresse secrète qu'il éprouve pour elle, nous incite, de notre côté, à rayer l'impuissance, toujours possible chez un voyeur, au bénéfice peut-être d'un vague fétichisme (que nous découvrirons ou pas). Bien que, sous le pinceau de Fujimaru, la chevelure du Démon des Cauchemars ait sensiblement blanchi ou se soit émaillée de gris (à vous de voir), le personnage n'est pas cacochyme, loin s'en faut. (D'ailleurs, chez certains, femmes comme homme, les cheveux grisonnent bien plus tôt que la normale, ce qui n'est donc pas, on le voit, un signe fatal de vieillesse.)

Rêverait-il pour autant de devenir le Partenaire Définitif d'Alice ? Ses fonctions et la haute position qui est la sienne au sein de Wonderland le lui interdisent - en tout cas en principe - mais nous l'avons déjà vu enfreindre les règles avec une désinvolture au moins égale à celle d'Ace l'Incorrigible. Quoi qu'il en soit, pour l'instant, il doit surtout veiller, par joueurs interposés, à la protection d'Alice, laquelle, nous le verrons en avançant dans ce volume, court ici un danger qui commence à se préciser. Et, ayons l'honnêteté de l'admettre, il le fait avec soin et loyauté.

Après la révélation - entre les cases et les bulles de dialogue - de la sexualité bien réelle de Nightmare, l'autre fait marquant de ce tome IV du Cycle de Trèfle est une scène, plus libertine qu'à l'ordinaire, sur laquelle le lecteur peut s'interroger : oui ou non, Alice a-t-elle accepté que Boris lui fasse subir ce que, dans une littérature plus ancienne, les âmes prudes nommaient "les derniers outrages" ? Placées pratiquement au milieu de l'ouvrage, ces pages posent question (le dialogue demeurant ambigu et les expressions faciales d'Alice également). Certains pencheront pour un "Oui" franc et massif - si je puis me permettre. D'autres tiqueront en songeant qu'il peut avoir tenté la chose mais que, pour ne pas infliger trop de douleur à une toute jeune fille qu'il aime mais qui redoute d'être abandonnée par lui - et, de façon générale, semble-t-il, par tous les hommes au prétexte, dont nous ignorons tous les raisons, qu'elle ne vaut pas grand chose et certainement bien moins que sa sœur aînée - il se soit contenté d'un demi-plaisir.

Si l'on met de côté ces deux points à connotation sexuelle établie, on retient de l'ensemble que, selon toute vraisemblance, un gang rival de celui du Chapelier voit en Alice le maillon faible du redoutable personnage et cherche à l'enlever afin de faire pression sur lui. Fort heureusement - mais n'est-ce pas aussi un problème puisque, dans ce cas, Blood et sa Famille utilisent Alice, qui est pourtant loin de leur être indifférente, comme appât et ce, sans l'avoir prévenue ? - le Chapelier est parfaitement au courant et escompte bien tirer parti de l'audace de ses adversaires. Belle occasion d'ailleurs pour le dessinateur et le scénariste de placer çà et là quelques scènes suggérant la torture et la mise à mort du menu fretin qui se laisse coincer soit par la Chapelier Family, soit par le gang des Sans-Visages (on sait depuis longtemps qu'aucun Acteur, pas même Ace, n'a l'envie réelle de tuer Alice, la seule parmi eux à posséder un cœur de chair et de sang). Occasion rêvée également pour qu'Alice comprenne que ce doux amateur de fromage de Pierce Villiers, ce Loir que terrorise si bien le Chat du Chester, est bel et bien le Nettoyeur adoubé par le Chapelier en personne ...

En dépit de ses non-sens apparents, l'histoire-bonus enfin est à lire. Ses dernières pages nous confirme bien la présence de Nightmare dans la pensée d'Alice et aussi entre ses draps, le Chat du Chester s'y trouvât-il lui aussi. En outre, en une sorte de puzzle assez compliqué, elle apporte certains détails révélateurs sur la confusion d'Alice face au développement de ses besoins sexuels et sentimentaux. Ce développement, ce mélange de désir et de bégueulerie dont la jeune fille fait preuve dans ses relations avec Boris, s'exacerbent d'ailleurs particulièrement dans ce quatrième volume. Que nous apportera le cinquième ? Eh bien, comme d'habitude, la suite au prochain numéro !

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Tome V - Fujimaru Mamenosuke   Lun 16 Oct - 16:46




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Clover No Kuni No Alice - Cheschaneko To Waltz
Traduction : Tony Sanchez
Adaptation graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355926358

Extraits
Personnages




Ce tome cinquième du Cycle de Trèfle lève en partie le rideau sur le complot qui, visant la Chapelier Family, risque d'entraîner notre pauvre petite Alice dans les mailles de son filet. Fort heureusement, si elle ne se doute encore de rien pour l'instant, elle est, l'expression n'est pas trop forte, hyper-protégée.

Enfin, enfin, hosannah ! Nous avons une petite idée des sentiments que le Lièvre de Mars porte à la jeune fille. A ses yeux, parce que Blood lui a sauvé la vie en le faisant évader de la prison où il se morfondait en principe à perpétuité, le Chapelier est la personne qui compte le plus pour lui. Mais, comme tous les membres de son gang, March estime à sa juste valeur le courage qu'il faut pour vivre selon ses convictions, surtout si aucun rôle ne vous y contraint. Il admire donc énormément Alice et ne se gêne pas pour le confier à un Chat du Chester perpétuellement sur le qui-vive quand il est question des sentiments des autres hommes envers celle qu'il considère comme sa propriété exclusive et personnelle.

Cependant, au gré du découpage des planches et des non-dits qu'il est susceptible d'impliquer, il semble bien au lecteur que, sans aller jusqu'à l'amour - pour le Lièvre de Mars, Alice est avant tout Celle-Qui-A-Su-Toucher-Le-Cœur-De-Blood, et cela même si l'intéressé, sous sa nonchalance, consacre une énergie prodigieuse à prétendre le contraire - March éprouve envers elle un sentiment de tendresse à notre avis plus que profonde. Bien qu'il sache que, surveillée par Boris, la jeune fille ne risque pas grand chose, il garde néanmoins sur elle un œil vigilant, tant dans les rues où l'innocente continue à se promener comme si de rien n'était, que dans le restaurantBoris lui a déniché un emploi et, bien sûr, lors des Assemblées. En outre, il souhaite secrètement qu'elle cesse de servir de cible privilégiée à leurs ennemis.

Un autre qui, supérieur à tout le monde dans l'art de n'avoir l'air de rien quand il s'applique à une tâche qui lui est précieuse, c'est Ace. Le début de ce tome, qui voit Boris arracher Alice aux mains d'un Sans-Visage qui, après l'avoir chloroformée, l'aurait certainement kidnappée, fait presque immédiatement surgir un Ace toujours aussi redoutable qui, avant que l'attaquant ait eu le temps de se rendre compte de sa présence (il arrive par derrière), le décapite proprement - façon de parler, bien entendu  - d'un seul coup d'épée. Certes, on ne peut le nier, l'individu, se retournant contre Boris, avait l'intention de l'abattre avec son automatique et telle est la raison pour laquelle Ace a agi de avec une brutalité aussi rapide.

Mais avec ce personnage énigmatique que demeure le Chevalier de Cœur - et qui développera toute sa stature dans le Cycle suivant - les intentions meurtrières du Sans-Visage étaient-elles les seules à provoquer sa réaction ? Si le Chat du Chester est sceptique, nous sommes, nous aussi, assez dubitatifs. Car, si Boris ne fait que le soupçonner, nous savons, nous, pour peu que nous ayons pris la peine de décortiquer la saga de Cœur et, bien sûr, les quatre volumes précédents du Cycle de Trèfle, qu'Ace est un bien curieux numéro, dont le comportement change du tout au tout lorsqu'il se retrouve seul avec Alice. En d'autres termes, Ace a-t-il délibérément décapité l'agresseur pour l'empêcher d'être remis aux hommes du Chapelier qui, sans nul doute, eussent su le faire parler ? Ou n'est-ce qu'un hasard puisque - lui-même le reconnaît avec bonne grâce - il se sent un peu bizarre (!!) depuis le déménagement ?

Autre événement qu'il convient de garder en mémoire : deux Sans-Visages appartenant au gang des Comploteurs parviennent, après avoir torturé à mort deux employés du Chapelier afin d'obtenir les mots de passe nécessaires, à pénétrer au Manoir et à se mêler ainsi aux autres domestiques. L'homme comme la femme sont persuadés d'avoir réussi leur mission. Mais ils ignorent que, parmi les deux mots de passe que les deux fidèles de Blood leur avaient donnés avant de mourir, l'un est entièrement faux. Le Lièvre de Mars, qui les leur réclame avant de les faire entrer (les Jumeaux n'étant pas, une fois de plus, à leur poste), voit immédiatement la faille. Mais il n'en reste pas moins aimable : après tout, coincer au moins un de leurs adversaires était ce que souhaitait par dessus tout le Chapelier. On verra bien, par la suite, ce que ces audacieux raconteront à leur tour, maintenant que le clapet de la souricière s'est refermé sans espoir sur eux. Et puis, il convient que la Pègre tout entière sache comment le Chapelier venge ceux qui lui sont demeurés fidèles jusque dans la Mort.

Une autre qui sent bien qu'il se prépare quelque chose et soupçonne son frère de se servir d'Alice comme appât, c'est Vivaldi, la Reine de Cœur, qui invite Alice à prendre le thé en son château et en profite pour avoir, avec Boris, une sérieuse discussion, tant au sujet des dangers que court la jeune fille que de l'avenir qu'il s'imagine à ses côtés.

Puis s'ouvre le premier volet de l'histoire-bonus qu'il NE FAUT ABSOLUMENT PAS MANQUER dans ce Cycle et intitulé "Le Premier Pas." Ce titre, que son romantisme béat devrait placer au-dessus de tout soupçon, confirme au contraire, dans un tourbillon de non-sens et un éparpillement de pièces de puzzle frappées de folie :

1) tout d'abord la preuve que les amours de Boris et d'Alice se vivent en rêve et que le Chat du Chester a accepté d'y tenir son rôle avant même que débute le songe ;

2) ensuite, qu'Ace est un véritable semeur de zizanie à  moins qu'il ne cherche sincèrement à favoriser les amours d'Alice avec l'Horloger ;

3) et enfin, en dépit de la neutralité derrière laquelle il se protège, la toute-puissance de Nightmare planant au-dessus de la "partie" en cours

4) sans oublier, ce qui donne au lecteur la clef de bien des choses, voire du jeu tout entier, que ce que nous venons de lire jusqu'ici se déroule A LA FOIS au Royaume de Cœur, avant le Bal de Vivaldi, mais dans un "temps" ou un "espace" parallèle où c'est Goround - Alice vit d'ailleurs au Parc d'Attractions et non chez l'Horloger - qui se charge d'être le cavalier de la jeune fille, et, EN MÊME TEMPS, au Royaume de Trèfle, dans le songe créé par Nightmare (et peut-être l'imagination d'Alice et de quelques autres ...)

En résumé, un tome qui donne parfois l'impression d'être moins maîtrisé que d'habitude mais qui apporte beaucoup en définitive.

Que dites-vous ? Les scènes libertines ? Oh ! elles y sont, Alice godillant toujours entre la bégueulerie la plus éhontée et le désir sexuel le plus affolant et le plus affolé. A ce propos, sa peur quasi pathologique de l'abandon par un homme plus âgé qu'elle se précise. Quant à la sexualité de Julius, si je ne vous en ai rien dit, c'est parce que, selon moi, elle est de loin la plus simple (ce qui ne signifie en rien qu'elle soit dépourvue de certains fantasmes) : Monrey est bourru mais plein de tendresse, cela ne fait aucun doute. Mais cette simplicité serait-elle suffisante aux yeux d'Alice pour qui le mot "sécurité" semble indissociable du désir d'être dominée, en tous cas dans son intimité ? ... Tout est là.  

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Tome VI - Fujimaru Mamenosuke   Mer 18 Oct - 18:59




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Clover No Kuni No Alice - Cheschaneko To Waltz
Traduction : Tony Sanchez
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ISBN : 9782355926631

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Lentement, mais sûrement, le Cycle de Trèfle touche à sa fin. Beaucoup ne le regretteront pas et se demanderont même si un septième tome était nécessaire. Qu'on aime ou pas la trilogie "Cœur - Trèfle - Joker", et bien que la seconde apporte des renseignements des plus intéressants sur la personnalité de nombre de personnages masculins, il est légitime d'affirmer tout d'abord que le Cycle de Cœur et celui du Joker apparaissent non pas plus cohérents mais certainement moins "funambulesques", et surtout que, en dépit de ses côtés positifs, le Cycle de Trèfle souffre de quelques longueurs, lesquelles tiennent souvent à un manque d'équilibre entre les histoires-bonus (surtout pour les trois derniers tomes) et l'intrigue elle-même.

On peut imputer à ce fait l'emballement qui s'empare des événements dans ce sixième tome. Heureusement, le lecteur n'ignore pas que le Chapelier tient solidement en main les rênes de l'affaire pour laquelle il a utilisé Alice comme appât. Cela rassure en partie bien qu'un événement imprévu soit toujours susceptible de se produire.

En-dehors des habituelles et parfois lassantes hésitations sentimentalo-sexuelles d'Alice - Boris est-il bien fait pour elle et elle pour lui ? Ne risque-t-elle pas, par sa personnalité qu'elle estime "négative", de causer du tort à l'être qu'elle aime (ou croit aimer) plus que tout ? Est-elle prête à s'engager pour de bon ? Et lui, n'est-il pas finalement un peu trop "coureur" comme le sont tous les chats ? "Chassez le Naturel, il revient au galop," n'est-il pas vrai ? - c'est sur le pivot du Complot monté contre le Chapelier et sa Famille que tourne pratiquement toute l'action. Directement ou indirectement.

Dans le restaurant où elle travaille, Alice a en effet sympathisé avec un Sans-Visage qui ne cherche pas, d'ailleurs, à la courtiser mais qui lui parle souvent du manoir où elle vit, en insistant, au travers de l'admiration qu'il assure éprouver pour son courage, sur les dangers qu'il y a à habiter la Chapellerie. Ce Sans-Visage, au complet bien reconnaissable et qui se fond parfaitement dans la foule des petits employés, finit ici par retenir l'attention d'abord jalouse du Chat du Chester. Mais lorsque ce dernier se rend compte qu'il ne peut déceler sur l'inconnu que la seule odeur du plat qu'il vient de prendre au restaurant, les questions qu'il se pose changent de registre - et le registre en question ne s'améliore pas ...

Pourquoi ? Ah, ah ! Vous aimeriez bien le savoir ?  Eh ! bien, il vous faudra attendre encore un peu, le temps que Boris se rappelle le détail capital que Pierce lui a appris un jour sur son métier.

Pressée par pratiquement tout le monde à l'exception de ses hôtes, l'héroïne se décide enfin à annoncer son départ au Chapelier. Non qu'elle songe à s'installer directement chez Boris - encore sa valse-hésitation bien nunuche - mais elle prend une chambre au-dessus du restaurant où elle est employée. Ce qu'elle ne saisit pas du tout - mais dont, par contre, tous les membres de son entourage sont au courant - c'est que, de toutes façons, il est trop tard. Où qu'elle soit désormais, les relations pour le moins privilégiées qu'elle conserve avec Blood Dupré - songez qu'elle, une simple étrangère, a le droit d'entrer quand elle le veut dans le bureau du tout-puissant baron de la Mafia de Wonderland, ce qui démontre quel degré de confiance il lui porte - demeurent pour les Comploteurs un appât des plus alléchants. Assurément, cette étrangère n'est pas comme les autres. Sous ses airs naïfs, ne travaillerait-elle pas par exemple dans la même spécialité que le Chapelier ? Qui sait même, elle pourrait fort bien être son associée ou, à tout le moins, une complice pour lui aussi importante que le Lièvre de Mars ...

Le gang des Sans-Visages ne réussissant pas à renoncer à fantasmer sur les avantages que la capture d'Alice serait susceptible de lui rapporter, ceci même après son départ de la Chapellerie, ses amis de Wonderland, Ace le Désinvolte y compris, la surveillent de très, voire d'extrêmement près. Elliott suit Boris, lequel est suivi par Ace, qui, à son tour, est suivi par Nightmare, avant que le Chapelier en personne ne s'interpose ... et ainsi de suite ... Jusqu'à Vivaldi qui, bien que retirée dans sa chambre parmi ses peluches adorées, s'apprête, elle aussi, à avancer ses pions dans la Guerre des Territoires qui s'annonce, guerre jusqu'ici sans précédent car les Sans-Visages ne se sont jamais révoltés à ce point.

Sinon, côté sommeil, le Démon des Cauchemars a beau faire pour le mieux, la silhouette de Lorina, traînant et chuchotant ses reproches contre sa jeune sœur,  continue à errer dans les songes d'Alice. Cela amène la jeune fille à un tel stade d'anxiété et d'incompréhension que, malgré les dangers encourus, elle décide de "répondre à l'Appel des Portes" (Ace dixit) et de se rendre seule, et sans prévenir personne, dans la fameuse Forêt où, rappelons-le pour ceux qu'attendriraient encore sa candeur et sa sagesse apparentes, elle a déjà failli être victime d'un glissement de terrain dont seule la souplesse du Chat du Chester est parvenue à la sauver. C'est là que, au beau milieu d'une conversation amicale avec Pierce Villiers, qu'elle a surpris en train de "nettoyer" proprement l'une des victimes de la Chapelier Family, elle est assaillie par un Ace survolté, fort occupé "à jouer à chat avec un ours" (on ne peut pas l'inventer : il est assez fou pour ça ) qui l'entraîne avec lui dans ce qu'elle prend pour un nouveau tremblement de terre mais qui n'est en fait que l'apparition, au beau milieu de toute la verdure de Trèfle, d'une baleine en pleine traversée - très carrollien, d'ailleurs, cet épisode . Ace ne trouve évidemment rien de mieux à faire que d'atterrir sur le dos du malheureux mammifère, serrant contre lui une Alice à qui il confesse enfin, avec l'air de ne pas y toucher, qu'il l'aime, lui aussi. Si, à ses moments perdus, Nightmare estime que l'Horloger se montre très maladroit dans ses déclarations elliptiques à Alice, la palme de l'absurdité absolue quant au choix du moment pour déclarer leurs flammes respectives à l'Aimée revient, nul ne le contestera, d'une part à Peter White et, de l'autre, au Chevalier de Cœur, ce dernier dépassant même d'une courte tête le Lapin Blanc.

Autre surprise, qui confirme la fin du Cycle se profilant à l'horizon, Goround fait sa réapparition dans la Forêt, à l'appel de Boris. Le Chat du Chester, vaincu par Ace dans l'un de leurs sempiternels duels, désire en effet subir une sorte de "stage de remise à niveau." Or, en matière de combat et sous ses airs inoffensifs, Goround s'avère un excellent instructeur.

S'ouvre alors le deuxième volet de l'Histoire-Bonus dans laquelle, là aussi, les choses s'accélèrent. Alice y est toujours en quête d'un Boris que, l'on ne sait trop pour quelles raisons, elle croit avoir vexé. Fait véritablement marquant : l'impression éprouvée dans le premier volet s'affirme avec de plus en plus de netteté : l'intrigue se joue bel et bien sur plusieurs plans spatio-temporels qui s'entremêlent tout en cohabitant en parallèle. Ainsi, Peter White conserve le rôle du messager porteur de l'invitation faite à Alice pour le bal organisé par la Reine de Cœur. Mais c'est Goround, et non l'Horloger, qui se charge d'être son cavalier (lui aussi la surveille et comme cette histoire-bonus est censée se dérouler avant la "partie" au Royaume de Trèfle et donc hors de tout Complot quelconque, on est en droit de se demander les raisons de pareille vigilance). A certaines planches, le lecteur constate bien que c'est à la même fête que nous évoluons - à ce propos, le gros plan sur Ace et Julius, vidant des verres près du buffet, est on ne peut plus révélateur. Elle se termine d'ailleurs de la même façon : Alice, ravie de sa soirée passée à danser avec Boris, s'écroule, sur son lit. Presque aussitôt, surgit Nightmare qui lui fait miroiter la fameuse fiole tout en lui rappelant que, bientôt, la partie s'achèvera et qu'elle aura à faire un choix ...

... La seule différence, c'est que, maintenant, le lecteur a compris que ce choix n'implique pas le retour automatique d'Alice dans son monde : rien qu'une simple redistribution des cartes autour d'elle et le jeu sera relancé, telle l'infernale roulette d'un casino ...

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Trèfle - Tome VII - Fujimaru Mamenosuke   Ven 20 Oct - 16:34




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Personnages





Si les événements se précipitaient dans le tome VI, un peu comme s'ils testaient leur résistance à soutenir sur la longueur une vitesse supérieure, on peut affirmer, sans exagération aucune, que, dans ce septième et dernier opus du Cycle de Trèfle, ils mènent un galop d'Enfer. Dès le début, Vivaldi elle-même, en train de déguster son thé, se plonge au cœur de l'action lorsqu'elle reçoit des informations apportées par une domestique Sans-Visage dont on ne sait trop, compte tenu de l'attitude soudainement hostile de la Reine et des deux gardes qui "raccompagnent" la jeune femme si, tout d'abord elle ne fait pas partie du Complot et si, ensuite, elle ne finira pas décapitée dans quelques minutes.

Alarmé par les renseignements fournis à la Reine ou par autre chose qu'il a compris, Peter se précipite illico pour sauver Alice. Il sait qu'une phase décisive du jeu va s'ouvrir. Dans son restaurant, Alice, quant à elle, œuvre toujours sous la surveillance attentive d'un Chat du Chester qui, cette fois-ci, met la plus grande discrétion - Alice doit être en cuisine - pour suivre au-dehors le client qui avait égaré son stylo dans le volume précédent et qui, vous ne l'avez certainement pas oublié, lui avait paru suspect . C'est qu'il vient de se remémorer ce que lui avait un jour confié le Loir Insomniaque, qu'il venait de surprendre à la fin de l'une des "missions" confiées par le Chapelier. Comme Boris s'étonnait de le trouver si net et ne dégageant aucune odeur désagréable, Pierce lui avait fait observer que, justement, le propre d'un Nettoyeur, c'est ça : ne laisser aucune trace et n'en transporter aucune avec lui - et certainement pas des odeurs de sang ou de corps morts. Or, le client au stylo, qui s'inquiétait tant pour Alice, ne dégageait lui non plus aucune odeur révélatrice, Boris l'avait déjà remarqué et lui aurait sans doute demandé quelques éclaircissements si la jeune fille n'avait été présente. Aujourd'hui, une fois de plus, le Chat du Chester ne flaire que les effluves du plat d'agneau commandé par le client. Rien de plus. La conclusion est facile : tout gang se doit d'avoir son Nettoyeur ...

Pour discuter en toute tranquillité, Boris avait confié Alice à la garde de Pierce, - dans l'espoir de réconcilier ces deux incompatibles, la jeune fille avait eu l'idée de leur offrir un repas à la même table, avec du poisson pour un Chat du Cheshire boudeur et légèrement agressif, et des monceaux de fromage pour un Loir aux anges et que la peur abandonne pourvu qu'Alice soit dans le secteur lorsqu'il affronte Boris. Mais, devant le brusque départ du Chat du Cheshire et les explications bien faiblardes de Pierce, Alice réalise que celui qu'elle croit aimer s'est certainement lancé à la poursuite de quelqu'un, et supplie le Loir de le lui ramener car elle craint qu'il ne coure un danger. Surgissent alors deux employés du Chapelier, lesquels assurent Pierce qu'ils vont prendre le relais de sa garde. Au lieu de quoi, ils enlèvent Alice. La femme surtout est agressive et mieux vaut ne pas se demander à quoi lui sert l'étrange outil qu'elle porte ajusté à la cuisse droite par une élégante jarretière noire. Mais, à la stupéfaction d'Alice, alors que la Sans-Visage hostile s'apprêtait manifestement à lui faire passer un sale quart d'heure, son compagnon l'abat propre et net.

Au lecteur maintenant de se rappeler la mission que le Chapelier, parfaitement au courant de l'infiltration de son personnel par deux membres du gang des Sans-Visages, avait confiée à l'un de ses hommes au tome précédent. Sur le moment, on n'en avait pas su grand chose mais il s'agissait, comme l'explique maintenant l'homme du Chapelier, de prendre, auprès de sa complice, la place du Sans-Visage infiltré  - ce qui s'était accompli avec toute la dextérité requise - et de se tenir aux aguets pour le moment - inévitable - où le couple enlèverait la jeune fille.

Dans l'immeuble où Alice - et d'autres otages - se trouvent confinés, le Chapelier, qui a fait son entrée théâtrale et distinguée habituelle dans le bureau du responsable du gang des Sans-Visage, ôtant ainsi à l'homme, qui ne s'y attendait pas, une partie de ses moyens, s'apprête à ouvrir le jeu. Une authentique partie de poker - de poker-tueur, même. Une fois de plus, on admire la rare maîtrise de soi dont il fait preuve car, s'il est pratiquement sûr qu'Alice est en sécurité et que le Chat du Chester, en principe sans "famille", a accepté de lui prêter main forte, il n'ignore pas que, comme toujours dans ce genre d'affrontement, un grain de sable est susceptible d'enrayer la belle mécanique.

Le grain de sable en question, ce sont les innombrables charges d'explosifs dont le chef des Sans-Visages a truffé l'immeuble, bien décidé, s'il ne parvient pas à vaincre le Chapelier, à se mettre peut-être en route vers l'Enfer mais aussi à y expédier tout le monde avec lui. Fort heureusement, le Lièvre de Mars avait prévu le coup et seules quelques rares charges parviennent à exploser. Elliott, qui n'est pas né dans le dernier plant de carottes du potager, a également donné l'ordre aux Jumeaux, survoltés et rendus joyeux par la perspective du combat et du sang versé, de surveiller les égouts. Il estime, non sans raison, que, dans l'hypothèse où les choses tourneraient à l'avantage du Chapelier, un homme de confiance du chef des Sans-Visages a certainement reçu l'ordre de s'enfuir avec tous les documents du gang. L'avenir prouvera que, comme disent les Jumeaux, "on ne le dirait pas mais le Lapin, il en a parfois dans la tête !"

Arrive maintenant le moment où, les choses étant rentrées dans l'ordre (et Nightmare, en tant que Responsable du Royaume de Trèfle, se voyant ajouter, à ses tâches habituelles qui l'horripilent déjà en temps normal, le soin de faire réparer les dégâts causés par toute cette guerre entre gangs ennemis), les membres, pas très fiers, de la Chapelier Family ainsi que, à Wonderland, tous ceux qui savaient ou avaient deviné que le Chapelier utilisait Alice comme appât dans cette histoire, se voient obligés de confesser leur participation ou leur complicité à toute cette machination, certes menée de main de maître mais qui eût pu néanmoins mal tourner pour la jeune fille. Tous n'ont qu'une seule crainte : qu'Alice leur tourne le dos et décide de rentrer dans son monde. Après tout, la "partie" n'est-elle pas terminée ? ...

Enfin, en ce qui concerne le troisième volet de l'Histoire-Bonus, il n'y a plus à se gêner.
Du coup, le lecteur a la confirmation définitive de ce qu'il suspectait depuis quelque temps, à savoir que, dans ce Cycle, les espaces spatio-temporels étaient trafiqués dès le début. L'explosion de la Grande-Roue du Parc d'Attractions, montée par le gang des Sans-Visages alors que le déménagement n'avait pas encore eu lieu, répond à celle de l'immeuble où le gang retenait ses otages mais, pour sa part, se déroule après. Elle est à la fois un essai (d'ailleurs raté puisqu'il n'y a pas eu de morts et peu de blessés) et un lien avec le temps parallèle où se déroulent les explosions destinées à piéger, dans le QG du gang, le Chapelier et tous ceux qui lui apportaient leur aide. La case finale est en ce sens sans appel puisqu'on y voit, côte à côte, des bulles exposant les paroles que le Chapelier dit à sa sœur alors que l'Affaire du Gang des Sans-Visages vient de s'achever et celles qu'échangent une Alice et un Boris encore en couple alors que l'on sait que, avec l'accord du Chat de Cheshire (ainsi relié à la première planche du premier volet de cette histoire-bonus, planche qui, sans cela, n'aurait aucun sens), Nightmare a mis fin à la mission dont il l'avait chargé : veiller sur Alice et la retenir à Wonderland.

C'est mené brillamment mais, disons-le, un peu brouillon aussi. Le changement de dessinateur accentue peut-être cette tendance mais n'en est pas responsable - reprendre une série à succès pour en tirer un nouveau cycle, plus ambitieux, à notre sens, sur le plan scénaristique, n'est jamais chose facile. Le lecteur qui s'attaque à cette trilogie doit donc, avant tout, aller plus loin que la définition habituelle du genre et ne pas se borner à n'y voir que des ouvrages bons pour les lycéens en mal d'amour ou les reprises inspirées de jeux-vidéos, de drague ou non. Il doit aussi posséder une vue d'ensemble de l'Art du manga, c'est-à-dire ne pas s'être borné au shôjo ou au shônen mais avoir diversifié ses connaissances. (Mais attention : il ne doit pas pour autant perdre de vue les liens éventuels avec un jeu-vidéo ou une série animée.) Si possible, il doit demeurer vigilant sur tous les détails. Certains n'ont aucune importance mais il en est d'autres qui sont cruciaux. Enfin, par-dessus tout, il doit évoluer sans trop de difficultés parmi les diverses théories sur l'Espace-Temps - non sur le plan scientifique, rassurez-vous, mais sur le plan littéraire, BD, fictionnel en un mot.

S'il remplit ces conditions - et si, dans le cas présent, il a lu et relu les deux aventures imaginées pour Alice par Lewis Carroll, aventures déjà fortement cryptées pour l'époque, consciemment mais aussi inconsciemment - la lecture du Cycle de Trèfle, même si elle lui semblera toujours un ton légèrement au-dessous que l'éblouissant Cycle de Cœur, lui sera tout de même infiniment agréable.  

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

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Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
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La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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Alice Au Royaume de Trèfle - Fujimaru Mamenosuke

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