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Ossements - Kawabata Yasunari (Japon) - XXème Siècle

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Masques de Venise
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MessageSujet: Ossements - Kawabata Yasunari (Japon) - XXème Siècle   Sam 7 Oct - 12:25



Kotsu-hiroi
Traduction : Bunkichi Fujimori
Première publication : 1949
Extrait de : "Romans & Nouvelles" - Edition La Pochothèque - Albin Michel


ISBN : 9782253132189

Extraits

Personnages


Unanimement considéré comme l'un des auteurs majeurs de la littérature japonaise du XXème siècle, Prix Nobel de Littérature 1968, Kawabata Yasunari, qui fut l'un des mentors du non moins grand Mishima Yukio (la correspondance qu'ils échangèrent avant que l'un et l'autre ne se donnassent la mort, Mishima, le Souverainiste pur et dur, en accomplissant le seppuku après un putsch militaire manqué, et Kawabata, l'Apolitique, deux ans plus tard, en ouvrant le gaz dans son appartement, est à lire pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à ces deux personnalités dont les points communs ne gomment pas les différences essentielles), est l'auteur de plusieurs nouvelles et de romans en général assez courts. Son style, simple, poétique, bien éloigné de la prose certes tout aussi poétique mais beaucoup plus complexe de Mishima, ne manque jamais de séduire à la condition toutefois que le lecteur ait franchi le cap d'une certaine compréhension non du détail mais de la simplicité du trait dans un caractère japonais ou, mieux encore, dans une estampe.

Pourrait-on écrire : "Simplicité, Kawabata est ton nom" ? Certainement pas. Sous des dehors épurés, où parfois, rien, ou pas grand chose, ne semble se passer, l'écrivain japonais décrit en fait une situation et des protagonistes bien plus compliqués qu'on ne le soupçonnerait dès l'abord. Probablement bisexuel, Kawabata décrit le plus souvent un monde de femmes en une écriture où s'étreignent, de manière assez exceptionnelle, pudeur, délicatesse et crudité. Au milieu de ces femmes, un homme - parfois le narrateur - en tous cas un regard masculin mais passif et qui demeure interrogateur tout en recherchant un maximum de détails.

Avec la nouvelle que nous vous présentons ici, premier texte dont l'écrivain reconnut la paternité, "Ossements", rédigé en 1916 mais publié pour la première fois après guerre, en 1949, nous sommes néanmoins à mille lieues de ce monde que Kawabata explorera dans ses romans comme le très beau et très énigmatique, aux yeux d'un Occidental en tout cas, "Pays de Neige."

Nouvelle très courte et fortement autobiographique, "Ossements" chante la présence de la Mort qui, presque dès sa naissance, accompagna le futur écrivain. Il y conte, toujours avec cette simplicité qui ne cessera de le caractériser, la fin des obsèques de son grand-père. Faute de place, la crémation est une très ancienne coutume au Japon et l'adolescent qu'est alors Kawabata - car le narrateur, ici, n'est autre que l'écrivain en personne - désormais chef d'une famille qui n'existe pratiquement plus, assiste bien entendu aux rituels divers de l'enterrement et à ceux ce la crémation. Celle-ci se termine sur la découverte - qui a pris beaucoup de temps - dans les cendres calcinées, fouillées et refouillées, d'un humble bout de calcaire qui, "avec un peu d'imagination", pourrait correspondre à la pomme d'Adam du défunt. (Ce qui nous étonne un peu car, si nos connaissances sont bonnes, la pomme d'Adam est un cartilage posé sur le larynx.) Ce vestige doit donc rejoindre les autres cendres.

Nouvelle sombre, funèbre, horrifiante, diront certains en frissonnant. Eh ! bien, non !

Tout d'abord parce que Kawabata l'ouvre sur un paysage plein de vie que son jeune héros contemple, couché dans l'herbe, au haut d'une colline proche du lieu de la crémation et où il s'est isolé le temps que passe un saignement de nez qui l'a surpris lors de la cérémonie et qu'il a dissimulé comme il a pu dans un pan de sa ceinture. La ceinture est ensanglantée - le sang étant ici à la fois le symbole de la Vie aussi bien que de la Mort qui se mêlent pour ne plus former qu'un seul élément, celui, peut-être, que Kawabata cherchera toute son existence - et, de temps à autre, notamment lorsqu'il rejoindra la vieille femme, il redoutera qu'on juge cette tache comme une forme d'irrespect pour les rites et, partant, pour les mânes de son grand-père.

La découverte de "la pomme d'Adam" est un exemple, assez rare pour un écrivain alors si jeune - Kawabata commença à écrire lorsque débuta la maladie qui devait emporter son aïeul, vers 1914 et, nous l'avons déjà précisé, "Ossements" date de 1916, quand il avait dix-sept ans - de parfait humour noir : la crémation, exigée par l'hygiène et les principes religieux, aboutit à ce ridicule petit bout de calcaire. Voilà, en quelque sorte, avec les cendres contenues dans l'urne sans oublier les dents, la part la plus solide de notre dépouille terrestre, ce qu'il reste de la Vie sous sa forme matérielle. Tout cela après une existence peut-être tourmentée et pas toujours facile. Il y a de quoi s'attendrir et, en même temps, ne plus pouvoir s'arrêter de rire.

Humour terriblement noir, saupoudré d'une pointe de honte (le jeune homme n'a pu ou voulu tenir la promesse faite au grand-père disparu) avec cette fin (extraite par Kawabata d'un autre texte mais qu'il tenait à placer à la fin d'"Ossements", nouvelle que, signalons-le, il ne manqua jamais, par la suite, d'inscrire systématiquement en tête de ses recueils) qui évoque la vente de la maison familiale, où mourut l'aïeul et dont le jardin contient encore les tombes des Ancêtres. Elle échoue d'abord à un étranger miséreux dont la femme meurt, avant de devenir une sorte d'asile privé pour le membre, à la santé chancelante assez faible, d'une famille voisine. La maladie, l'abandon, la Mort semblent bel et bien avoir vaincu la Vie.

Mais le but d'"Ossements", à notre sens, est de poser la grande question de la nature de la Vie. Qu'est-elle et du coup, qu'est-ce que la Mort ? Ce qui semble  dérisoire, ironique, désespérant dans les rituels funéraires, toute la futilité et l'horreur de l'existence (mais quel est le plus horrible dans le fond ? Un pauvre fou gardé dans un vieille maison hantée par les souvenirs d'ancêtres qui ne sont pas les siens ou un cadavre qui trouve enfin la paix sur son bûcher funéraire ?) ne sont-ils, en fait, que des bornes marquant un chemin qui mène l'esprit vers ... Quoi ou qui ? ...

La réponse, Kawabata ne nous la donne pas.
Mais, avec un peu d'imagination, comme l'eût dit l'auteur en personne, le lecteur peut l'entrevoir, cette réponse, dans le fin sourire de Kawabata, un peu désabusé, un peu railleur, un peu énigmatique et un peu ...

... un peu ce que vous êtes en somme - ce que je suis aussi et, il faut l'espérer, ce qu'est tout être vivant qui se risque à penser à là d'où il vient et pourquoi il est ici. .

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