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Conte Crépusculaire - Stefan Zweig - (Autriche) - XXème Siècle

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Masques de Venise
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MessageSujet: Conte Crépusculaire - Stefan Zweig - (Autriche) - XXème Siècle   Lun 9 Oct - 11:40



Geschichte in der Dämmerung
Traduction : Alzir Hella


ISBN : Inconnu pour cette édition mais 9782253055136 pour le volume I de La Pochothèque chez Albin-Michel, sur lequel ouvre ce recueil

Extraits

Personnages


Né et élevé dans la Vienne impériale et cosmopolite de la fin du XIXème siècle, d'origine juive tant par son père que par sa mère, Stefan Zweig eut le temps d'écrire une œuvre aussi finement ciselée par l'analyse tant dans ses romans que dans ses nouvelles, avant de se donner la mort, en compagnie de sa femme, en 1941, à Pétropolis, au Brésil, où il s'était exilé dans la certitude désespérée que le Nazisme remporterait la victoire finale.

Ce "Conte Crépusculaire", aux allures à la fois gothiques et réalistes, parut dans le deuxième volume publié par le jeune écrivain. Evidemment, ce n'est sans doute pas la meilleure de ses nouvelles mais on peut y distinguer d'ores et déjà tout ce qui constitue le fondement de son art et, avant tout, la profondeur détaillée - certains diront tarabiscotée, alambiquée - de l'analyse des caractères et des situations. Certes, on reprochera à cette nouvelle certaines longueurs, certaines maladresses comme cette insistance sur quelques détails que, cependant, dès la première mention, le lecteur, à moins d'être complètement néophyte en littérature, ne saurait avoir manqués, et ces répétitions qui soulignent et la maladresse du héros, et le quiproquo sur lequel repose l'intrigue. Pour autant, Stefan Zweig, le merveilleux architecte du "Joueur d'Echecs" ou d'"Amok" ou encore de "La Confusion des Sentiments", est déjà bel et bien là, derrière notre épaule, parcourant discrètement avec nous les mots qu'il nous a laissés en héritage.

Après tout, saurait-on comprendre un écrivain (ou un artiste), surtout d'un gabarit pareil, sans goûter aux prémices de son œuvre ? Peut-être. Mais avec la même acuité ? Permettez-nous d'en douter.

Voilà l'une des raisons pour lesquelles il faut lire "Conte Crépusculaire" qui, que les âmes sensibles se rassurent, ne recèle aucune ombre fantastique. L'action se situe en Ecosse et le héros lui-même, alors jeune homme de quinze ans, se prénomme Robert bien qu'on le surnomme familièrement "Bob" - il y a déjà un autre Robert dans la famille, "l'oncle Robert" qui, bien qu'invisible, joue un rôle déterminant dans la résolution de l'intrigue. Rien d'autrichien, donc et aucune trace de judéité. Zweig s'attache avant tout à décrire les premiers émois, sentimentaux et charnels, de l'adolescence d'un jeune homme d'excellente famille qui, selon lui, est destiné, justement en raison des conditions dans lesquelles tout cela se déroule, à devenir l'un de ces Anglais sinistres qui ne sourient que très rarement et parlent encore moins et qui, surtout, ne s'intéressent guère aux femmes. Tout cela - ici s'exprime par contre tout le romantisme de l'auteur - parce qu'une passion précoce a brisé leur existence ou alors l'a figée dans cet instant délicat et si mal vécu.

Mais est-ce vraiment la passion contrariée qui nuira aux futurs élans du cœur du jeune Robert - ou l'erreur stupide, qu'il aurait pu d'ailleurs éviter s'il se fût montré moins impulsif, qui accompagnera pour lui ce premier saut dans les nuages de la félicité charnelle ? Personne n'aime à se sentir ridicule - sauf, peut-être les politiciens . Or, le ridicule n'est pas loin dans l'aventure de notre héros. Jugez vous-même.

Une nuit qu'il se promène au clair de lune dans les vastes jardins de la propriété familiale, une forme blanche mais des plus matérielles se précipite hors du château pour lui sauter dans les bras et se suspendre à son cou. Je vous passe les détails et ne vous laisse que la stupeur, puis les interrogations fiévreuses de Bob. La nuit suivante, idem. Notre adolescent n'est plus très loin de dépasser les 41° de température qui, sur nos thermomètres du continent, indiquent un délire peut-être idyllique mais qui flirte avec le coma.

Intelligent et fin, Robert finit par obéir à la logique la plus simple, laquelle lui conseille de chercher à découvrir de façon indiscutable l'identité de cette inconnue qui chuchote son prénom et tant d'autres choses mais sur laquelle, dans son inexpérience - après tout, il n'a que quinze ans - il ne parvient pas à poser un nom. Pourtant, des femmes, et jeunes, et jolies, il n'en manque pas, chaque matin, autour de la table du petit-déjeuner. Au lendemain de sa seconde nuit de folie, alors qu'il s'est volontairement meurtri au contact d'une médaille qui ornait le bracelet de son inconnue, de façon à essayer de déchiffrer sur sa chair une empreinte plus ou moins reconnaissable, notre candide héros se fait astucieusement servir du thé, puis du sucre par deux membres du trio de ses cousines - les trois sœurs, malgré leurs différences de caractères, étant celles qu'il suspecte le plus. Il écarte la première mais la vision d'une médaille octogonale et biseautée, pendue au bracelet de la seconde, le stoppe dans son élan - et aussi dans son élan logique. Assurément, son inconnue débordante de passion, qui le rejoint chaque nuit ou presque dans le parc bienveillant aux amoureux, c'est elle, Margot ! L'empreinte qui commence à s'estomper sur son propre poignet n'est-elle pas semblable à celle qu'aurait pu y faire cette médaille à la forme particulière ?...

Bien sûr, il va tenter, au préalable, de s'assurer qu'il n'est pas dans l'erreur. Mais ...

Car il y a un "mais", cela va de soi. D'autant que, dans la journée, la Margot des nuits brûlantes cède le pas avec révérence à une petite personne froide, imbue d'elle-même et de sa situation sociale, et ayant déjà le goût, très mondain, de se moquer d'autrui en société ...

Gothique et réaliste, nous l'avons déjà dit, cette nouvelle témoigne aussi d'une profonde nostalgie, celle des rêves et de la jeunesse perdue, celle d'une sensibilité qui palpita, au comble du bonheur, avant de se replier sous la carapace d'un jeune homme froid, probablement impertinent avec la gent féminine bien que se maintenant toujours sur l'extrême bord de la courtoisie d'usage, un jeune homme appelé à faire un mariage de convenance et sans amour tout bonnement par peur de se tromper et de sombrer une fois encore dans le ridicule. Un homme aussi que l'extraordinaire sensualité d'une cousine qui, à l'extérieur, se montrait la plus sage des trois et qui, la nuit, dans l'impulsivité de ses sentiments, n'hésitait pas à enfreindre tout code moral, a rendu anormalement méfiant sur la vertu des femmes. Un homme qui, finalement, se demande si toutes les femmes, hormis peut-être les prostituées, ne seraient pas toutes bâties sur ce modèle plus ou moins digne de l'Araignée des légendes : tapie en elle-même, attendant de révéler son désir avide de possession d'un homme qui, lui, rêve de liberté et qui, bien que décidé, lui aussi, à succomber au sexe, entend le faire dans l'intimité et en obéissant à certaines règles dont la première serait de ne pas placer le monsieur en fâcheuse posture ...

Quant à savoir qui est le coupable - si coupable il y a dans cette histoire ... 
Le lecteur déplorera sans doute que Bob, outre son manque de discipline envers ses principes de logique, n'ait pas eu suffisamment d'humour pour apprécier tout le piquant de la situation dans laquelle il se trouvait plongé. Tout comme il aura une pensée émue pour la véritable héroïne de la nouvelle, rejetée avec mépris dans un néant d'où elle ne sortira, quelques années plus tard, de cela on en est sûr, que pour faire un mariage "comme il faut."

Une belle occasion manquée et infiniment de mélancolie ...

_________________
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