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Pluie - Somerset Maugham

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Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
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Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Pluie - Somerset Maugham   Mer 11 Oct - 11:57



Rain
Traduction : Joseph Drobrinsky


ISBN : non connu pour l'exemplaire anglophone en jaquette mais 9782258055834 pour les "Nouvelles Complètes" - Ominibus

Notre Opinion

Personnages


Citation :
[....] ... [Mr Davidson] vint jusqu'à la table et se tint devant elle comme en face d'un lutrin.

- "Sachez que la dépravation venait si naturellement [aux indigènes] qu'on ne parvenait pas à leur faire connaître leur iniquité. Il fallait leur faire comprendre que des conduites qu'ils croyaient naturelles constituaient des péchés : non seulement l'adultère, le mensonge et le vol, mais encore l'exhibition de leur corps, la danse, le manque d'assiduité au culte. Je leur ai fait admettre que c'était un péché pour une jeune fille de montrer sa poitrine et pour un homme de ne pas porter de pantalon.

- Comment y êtes-vous parvenu ?" s'étonna le docteur.

- "En instituant des amendes. De toute évidence, le seul moyen de faire comprendre aux gens que leur conduite est coupable, c'est de les en punir. Je les mettais à l'amende quand ils manquaient les offices , et je faisais de même quand ils dansaient ; ou encore quand leur costume était indécent. J'avais un barème qui prévoyait, en outre, pour chaque péché commis, le choix entre un paiement en espèces ou sous forme de travail. J'ai enfin réussi à me faire comprendre d'eux.

- N'y en avaient-ils pas qui refusaient de payer ?

- Comment auraient-ils pu le faire ?


- Il faudrait un courage hors du commun pour tenter de tenir tête à Mr. Davidson," ajouta son épouse en serrant les mâchoires.

Le docteur McPhail regardait Davidson d'un air embarrassé. Ce qu'il venait d'entendre le révoltait sans qu'il pût se résoudre à dire son désaccord.

- "N'oubliez pas qu'en dernier ressort, je pouvais les exclure de la communauté religieuse.

- Cette menace était-elle d'un grand poids ?"

Davidson eut un petit sourire et frotta avec onction ses mains l'une contre l'autre.


- "Plus moyen en ce cas de vendre leur coprah, ni de recevoir une part de la pêche collective. Autant dire : pratiquement mourir de faim. Oui, cette menace était d'un très grand poids !

- Racontez donc l'histoire de Fred Ohlson," suggéra Mrs Davidson.

Le missionnaire fixa le docteur McPhail de ses yeux de braise.

- "Fred Ohlson était un marchand danois établi dans l'archipel depuis pas mal d'années. Pour un marchand de ce genre, il était assez riche et nous a vus arriver sans enthousiasme. Il faut savoir que, jusque là, il agissait pratiquement à sa guise. Il fixait à son gré le prix du coprah qu'il achetait aux indigènes et le réglait sous forme de marchandises et de whisky. Il avait épousé une indigène, mais lui était notoirement infidèle et s'adonnait à la boisson. Je lui ai laissé une chance de s'amender, mais il s'est refusé à la saisir et m'a ri au nez."

En prononçant ces derniers mots, la voix de Davidson passa au diapason d'une basse profonde. Puis il s'interrompit une minute ou deux, laissant planer un silence lourd de menaces.

- "Deux ans plus tard, cet homme était ruiné. Il avait tout perdu de ce qu'il avait mis un quart de siècle à épargner. Je lui avais brisé les reins. Il dut enfin venir en mendiant m'implorer de le faire rapatrier à Sydney.

- Si vous l'aviez vu le jour de cette visite !"
dit la femme du missionnaire. "Ce bel homme, plein de vigueur, bien en chair, avec une voix de stentor, avait à présent rétréci de moitié et tremblait de tous ses membres : il était, d'un seul coup, devenu un vieillard." ... [...]

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: Pluie - Somerset Maugham   Mer 11 Oct - 12:24

Citation :
[...] ... - "Ne faites pas de bruit," murmura le marchand. "On a besoin de vous. Mettez une veste et des chaussures. Vite."

De prime abord, l'idée vint au docteur qu'il était arrivé quelque chose à Miss Thompson.

- "Que se passe-t-il ? Dois-je apporter ma trousse ?

- Dépêchez-vous, je vous en prie, dépêchez-vous."


McPhail retourna dans la chambre à pas de loup, enfila un imperméable par-dessus son pyjama et des chaussures à semelles de caoutchouc. Il rejoignit le marchand et tous deux descendirent sur la pointe des pieds. La porte qui donnait sur la rue était ouverte. Une demi-douzaine d'indigères attendaient sur le perron.

- "Que se passe-t-il ?" répéta le docteur.

- "Venez," dit Horn.

Il sortit de la maison, suivi par McPhail. Les indigènes marchaient en groupe derrière eux. Traversant la route, ils débouchèrent sur la plagele docteur remarqua, à une vingtaine de mètres, un attroupement au bord de l'eau : des indigènes faisaient cercle autour de quelque chose. Les deux hommes se mirent à courir et les indigènes s'écartèrent pour laisser passer le docteur que Horn poussa vers le centre du cercle. Un horrible spectacle s'offrit à son regard : le corps de Davidson à  moitié hors de l'eau. Le docteur, qui n'était pas homme à perdre la tête à un moment critique, se pencha et retourna le cadavre. La gorge était tranchée d'une oreille à l'autre et la main droite tenait encore le rasoir qui avait été utilisé.

- "Le corps est froid," dit le docteur. "La mort doit remonter à quelques heures.

- L'un des boys ici présents vient de le découvrir en allant prendre son service. D'après vous, est-ce qu'il s'est suicidé ?

- Oui. Il faudrait que quelqu'un aille chercher la police."

Horn dit quelques mots dans la langue locale et deux jeunes gens se mirent en route.

- "Il ne faut pas le déplacer avant l'arrivée de la police," dit le docteur.

- "On ne le transportera pas chez moi. Je n'en veux pas dans ma maison.

- Vous ferez ce que les autorités vous diront de faire," répondit sèchement le docteur. "En fait, je présume qu'on l'emportera à la morgue."

Ils attendirent sur place. Le marchand sortit deux cigarettes d'un repli de son lava-lava, en donna une à McPhail et garda l'autre. Tout en fumant, ils contemplaient le cadavre avec perplexité. Le docteur n'arrivait pas à comprendre.

- "A votre avis, pourquoi a-t-il fait ça ?"
demanda Horn. ... [...]

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