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Récit d'Un Déporté Arménien - Manuel Kirkyacharian

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Masques de Venise
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MessageSujet: Récit d'Un Déporté Arménien - Manuel Kirkyacharian   Jeu 12 Oct - 11:23



M.K. Adli çocugun Techir Anilari 1915 ve Sonrasi
Traduction : Elif Saner, revue par François Skvor
Texte établi par : Baskin Oran


ISBN : 9782951444812

Extraits




Nous remercions les Editions Turquoise qui, dans le cadre de l'Opération Masse Critique de Babélio, nous ont expédié cet exemplaire à titre gracieux. (Un merci particulier pour la fort poétique "signature-dédicace" du 20 septembre dernier.)

C'est bref, naturel, plat et pourtant intense.
Si l'on ferme les yeux, on ne saurait entendre ce texte que récité d'une voix monocorde. Les bribes de mémoires qui nous sont léguées ici par Manuel Kirkyacharian sur le génocide arménien que le Turcs se refusent à reconnaître alors qu'ils l'accomplirent bel et bien avec la complicité particulière de leur toujours actuelle alliée, l'Allemagne, ont été enregistrées sur des bandes magnétiques auxquelles je n'aurais jamais accès, ce que je regrette car j'eusse aimé entendre les intonations de Kirkyacharian.

En les lisant en tout cas, on se persuade très vite que cet homme a perdu une forte part de son âme à partir du moment où il a vu sa mère jetée à l'eau, à sa demande, dans le fleuve Mourat, car la malheureuse, qui ne pouvait plus marcher, préférait la Mort à la perspective de demeurer à la merci des Tcherkesses, ou Tchétchènes, et plus encore des arabes qui resteraient pour exécuter ceux qu'ils étaient obligés d'abandonner sur la route de la déportation. Mme Kirkyacharian Mère redoutait encore plus sans doute le viol auquel elle n'eût certainement pas échappé, pour ne rien dire des tortures. Elle a donc choisi sa mort avec résignation et noblesse mais, ce faisant, elle a emporté dans les eaux du fleuve Murat une partie de son fils de neuf ans.

A moins que cette part-là ne soit restée, bien vivante parmi les vivants, mais que, passées les longues années d'enfance et d'adolescence où la perspective de s'échapper et de rejoindre des Chrétiens - des gavours, c'est-à-dire des mécréants, comme nous appellent toujours les musulmans - lui donnait encore le goût de bouger, de comploter, d'extrapoler, de vivre enfin, elle n'ait choisi à son tour, après avoir amené en lieu sûr celui avec qui elle faisait si intimement corps, de se replier sur elle-même, dans le souvenir du suicide volontaire de sa mère (comme deux hommes acceptèrent de la jeter à l'eau, le prêtre ne considéra pas la chose comme un suicide et elle put quitter ce monde munie des Saints-Sacrements de sa religion), comme momifiée à jamais pour le reste de sa longue vie terrestre et toute raidie dans l'effort désespéré de tenter de tout oublier.

Tous ceux qui ont connu un traumatisme, quel qu'il soit, dans leur enfance, savent qu'oublier est impossible et que, à partir de là, multiples sont les options qui s'offrent à eux pour survivre. Aussi multiples que le sont les origines et la nature des traumatismes eux-mêmes. Kirkyacharian a opté pour l'oubli car il est de tels degrés de souffrance que l'on ne voit plus que cette solution. Comme il fallait s'y attendre, il n'y est pas parvenu - c'est impossible, répétons-le. Mais, quels qu'aient pu être les événements qui ont suivi pour lui, après son retour, adulte, parmi les siens, une partie de son cœur est à jamais enfoui dans le Murat, avec ce qu'il subsiste des ossements de sa mère.

Soyons heureux pour lui qui, depuis quelques années, a rejoint cette mère qu'il avait perdue à un âge si tendre.

Et ne demandons pas à ce texte - qui n'est en fait qu'une sorte d'ébauche sur laquelle beaucoup de travail demeurait à accomplir - des descriptions poétiques de "la plaine d'arabie" ou encore des séides tchétchènes, des aghas et des musulmans qui émaillent ce parcours d'un enfant solitaire et déstabilisé, en pleine mutation physique et émotionnelle. De temps à autre, car certains savent rester humains au-delà des diktats de la religion à laquelle, pourtant, officiellement, ils continuent à se soumettre depuis des siècles, saluons au passage cette musulmane qui enveloppe l'enfant du lange de son propre bébé et l'emmène chez elle afin de le nettoyer et de le nourrir ou encore ce musulman qui recueille de petits Chrétiens en cachette et leur donne, aussi longtemps qu'il le peut sans encourir de danger pour sa famille, le gîte et le couvert.

Sans oublier, aussi mécréants que nous le sommes, ces officiers et soldats autrichiens qui, au contraire de leurs homologues allemands mais entraînés dans la spirale guerrière par les alliances diverses et l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, surent faire montre d'humanité envers les déportés, lorsque ceux-ci leur étaient confiés.

Un fanatique chrétien bien connu de notre civilisation se serait exclamé un jour, après avoir donné l'ordre de massacrer des hérétiques cathares : "Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens."

Fermons donc ce "Récit d'Un Déporté Arménien" sur la dernière de ces phrases et laissons à Plus Grand Que Nous le soin de reconnaître et de juger.

Mais, en notre monde terrestre, continuons à nous battre jusqu'à ce que le peuple turc et le gouvernement dictatorial qui se trouve actuellement à sa tête reconnaissent enfin le génocide des Arméniens et élèvent, en chaque ville de son territoire et en la mémoire de tous ceux qui y trouvèrent la Mort ou, pire encore, la captivité et le viol, un monument à leur mémoire. Cela n'effacera pas l'acte mais contribuera peut-être à rendre cet univers un peu plus juste - et pour nous tous, sans exception.

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