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Qu'Etait-Ce ? - Fitz-James O'Brien (République d'Irlande) - XIXème siècle

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Masques de Venise
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MessageSujet: Qu'Etait-Ce ? - Fitz-James O'Brien (République d'Irlande) - XIXème siècle   Ven 20 Oct - 12:28



What was it ?
Traduction : Georgette Camille chez Gallimard


ISBN : inconnu pour "Les Histoires de Fantômes Anglais" présentées par Edmond Jaloux chez Gallimard et dont la nouvelle est extraite, la jaquette présentée en couverture n'étant pas la bonne.
Pour Actes Sud, il s'agit de : 9782742716845.


Extraits
Personnages


"Qu'Etait-Ce ?" est probablement la nouvelle la plus connue de Michael O'Brien qui, aux Etats-Unis où il avait décidé de se fixer, prit le pseudonyme de "Fitz James O'Brien" ainsi que vous pourrez le constater dans cette microbiographie qui vous attend à sa place habituelle sur notre Forum-Bibliothèque, dans notre rubrique "L'Anniversaire du Jour."

L'originalité de "Qu'Etait-ce ?", c'est que, partie, et ce dès le début, d'un niveau nettement fantastique, elle s'achève sur une fin très réaliste - et ce tout en conservant son aura d'épouvante. En ce sens, il s'agit d'un véritable tour de force.

Sur le point de s'embarquer pour un long voyage, le narrateur, qu'on peut soupçonner de santé fragile, a à cœur de coucher sur le papier une aventure étrange - et restée inexpliquée - qui lui est arrivée quelques années plus tôt. Il vivait alors dans une pension de famille où il se plaisait fort. La propriétaire, loin d'être revêche ou affligée de ce caractère de concierge qui rend certains membres de sa profession tout bonnement insupportables au locataire désireux de vivre en toute tranquillité (et en toute discrétion) une petite existence on ne peut plus effacée, était fort appréciée de tous. Mais un jour, pour quelques raisons que je ne citerai pas ici, la bonne dame décida de déménager un peu plus bas, dans la même rue, mais dans une maison qui était demeurée quelque temps inhabitée, non faute de prétendants à son occupation mais parce que ceux-ci finissaient immanquablement par se plaindre des événements incompréhensibles et inquiétants qui s'y déroulaient et prenaient tous plus ou moins la fuite devant pareilles manifestations.

La logeuse ne prend pas ses locataires en traître. Elles leur explique la situation et leur propose le marché : s'ils le veulent, ils peuvent la suivre dans son nouveau domaine ; si la réputation de la nouvelle maison leur fait peur, eh ! bien, elle les regrettera mais leur donnera le temps de se retourner avant de boucler son propre déménagement. Les désertions, reconnaissons-le, sont peu nombreuses et c'est pratiquement une équipe de locataires au complet qui emménage dans les nouveaux locaux.

Bien entendu, à peine le premier carton de déménagement est-il déposé, tout innocent, dans le hall d'entrée, que tout le monde s'attend à voir une horde de spectres, tous plus hideux les uns que les autres, se précipiter pour le déchiqueter et briser la vaisselle qui s'y trouve peut-être. Mais rien ne se passe. D'ailleurs, les nouveaux arrivants ont beau guetter et traquer toute ombre inattendue, rien ne se passe pendant un bon mois. Après tout, si les humains ont peur des fantômes, peut-être, comme dans le très beau film "Les Autres", les fantômes, de leur côté, manquent-ils s'évanouir à l'apparition tout aussi brutale dans leur univers personnel de parfaits inconnus.

Avec une habileté qu'on n'hésitera pas de qualifier de démoniaque mais que l'on portera au seul crédit de l'auteur, celui-ci fait de son narrateur un opiomane. Oh ! Pas au dernier degré, comme certains que nous avons pu apercevoir çà et là dans l'admirable saga de Jean Hougron sur l'Indochine que nous avons eu le plaisir de lire dans le cadre de notre "Petit Tour du Monde Par Les Livres" de cette année 2017. Non, notre narrateur fume raisonnablement et avec les alibis classiques de l'époque. D'ailleurs, dès avant le déménagement, il avait pris l'habitude de fumer chaque soir une petite pipe, de concert avec un homme de sciences, parfaitement conscient (du moins l'espère-t-on), des effets secondaires de cette drogue, le Dr Hammond. Or, le dix juillet, jour où se produit enfin l'événement si attendu, les deux hommes ont sacrifié, après le souper et sans problème, à leur petit rituel. Seulement, en ce début de soirée, au lieu de s'enfoncer dans leurs petits nuages bien-aimés de songes élevés et heureux, ils ont eu l'impression, le Dr Hammond tout spécialement, que les assaillaient pour une fois des idées hautement négatives, voire maléfiques. Ce qui ne les empêche d'ailleurs pas d'aller se coucher l'un et l'autre sans le moindre soupçon de ce qu'il se prépare.

Comme Hammond s'est montré le plus marqué par les ténèbres qui semblaient ce soir-là rôder autour de leur pipe d'opium (ou en sortir), la logique voudrait que ce soit lui la victime de ce qui va suivre. Mais non ! C'est au narrateur, à peine endormi, que s'attaque une créature que, dans la faible lueur de la lampe à gaz de sa chambre, il ne parvient pas à distinguer avec netteté mais qu'il sent non seulement peser de tout son poids sur lui mais aussi enfoncer dans son cou des doigts osseux, au ongles très aigus, qui, s'il ne parvient pas à retourner la situation à son avantage, finiront par l'étrangler.

Après un petit temps de lutte enragée de part et d'autre, le narrateur prend le dessus et, ayant immobilisé son adversaire en lui ligotant les bras avec un long mouchoir jaune qu'il tient toujours sous son oreiller, il se laisse glisser au bas du lit et, traînant l'inconnu derrière lui tout en le maintenant avec poigne car le misérable se débat avec vigueur, il s'en va vers le bec de gaz et donne enfin grande lumière. Puis il se retourne ...

... et là, il hurle. Un hurlement sans doute terrifiant puisqu'il fait jaillir immédiatement de leurs chambres, tels des diables de leurs chambres  - on n'allait pas la rater, celle-là -  tous les autres locataires et, bien entendu, la logeuse.

Il faut dire que le spectacle vaut le détour : notre narrateur, un homme pourtant charmant, bien élevé, cultivé, flegmatique et sain d'esprit, serrant contre lui, avec autant de dégoût que de vigueur ... rien du tout. Seule l'aide du Dr Hammond qui, prenant une corde, entreprend de ligoter plus efficacement ce qui, par la suite, recevra le nom d'Enigme, permet bien à tous de distinguer, entre les bras du narrateur, une forme humaine qui se débat sous l'effet de la colère et de la peur.

Humaine, soit. En tous cas humanoïde. Mais, quoi qu'il en soit, parfaitement invisible.

C'est ici que s'ouvre en quelque sorte la seconde partie de la nouvelle. Le fantastique ne lâche pas prise puisque, quoi que l'on fasse, l'Enigme demeure invisible. On peut la toucher, se faire même une vague idée de son apparence charnelle (ainsi, elle semble intégralement chauve) mais c'est tout. Si elle geint et se plaint, elle ne parle pas. Personne, bien sûr, ne songe à appeler la Police - que pourrait-elle faire d'ailleurs dans les circonstances présentes ? (Et, de surcroît, n'y a-t-il pas quelques boulettes d'opium qui traînent par hasard dans au moins deux des chambres ?) En bon scientifique, Hammond prend des notes et surveille l'Enigme faute de la voir. Jusqu'à ce que l'inévitable arrive, inévitable dont vous aurez certainement, en réfléchissant quelque peu, deviné la nature - un inévitable qui, si triste qu'il soit, ne présente, pour sa part, rien que de très réel et même d'ahurissant si l'on considère l'autre côté, c'est-à-dire le fantastique, de l'affaire.

C'est avec cette seconde partie qu'O'Brien inverse la situation, contraignant son lecteur à considérer peu à peu l'Enigme sous un angle tout différent de celui du monstre et faisant naître chez lui envers l'être inconnu une infinie compassion. Si l'on oublie certaines incohérences - arrivée au bec de gaz par exemple, l'Enigme ne semble plus avoir eu les mains liées par un quelconque foulard, jaune ou pas, ou encore l'immobilisme pour ainsi dire complice des autres locataires, lesquels ne tentent pas grand chose, dans un sens ou dans un autre, au cœur de cette situation pour le moins étrange - la nouvelle est belle et même non dépourvue d'une certaine grandeur. Cette particularité a certainement touché plus d'un lecteur puisque, encore de nos jours, on la rencontre très souvent dans les anthologies spécialisées. Ecrite avec simplicité, sans effets racoleurs, sans aucune explication finale, fantastique ou réaliste, avec pour héros, si l'on excepte l'Enigme, des personnages qui n'ont guère de profondeur et tombent volontiers dans la verbosité, "Qu'Etait-Ce ?" a allègrement franchi les siècles et il y a gros à parier qu'elle continuera à le faire.

Peut-être jusqu'au jour où la Science nous expliquera ce qu'était l'Enigme ? Mais croyez-moi, ce jour est encore très loin, et, pour reprendre un titre lovecraftien célèbre, dans les abîmes du Temps ... Alors, ne boudons pas notre plaisir et prenons-le sans nous préoccuper du pourquoi et du comment - et en n'oubliant pas que, si l'opium a bon dos, il n'explique pas tout ...

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