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Alice Au Royaume de Joker - Fujimaru Mamenosuke

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Masques de Venise
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Fujimaru Mamenosuke   Mar 24 Oct - 20:08




Etoiles Norabénistes : ******

Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355927119

Extraits
Personnages





C'est avec "Alice Au Royaume de Joker" que s'achève, en sept volumes, la trilogie de manga patronnée par Quin Rose et successivement confiée à Hoshino Soumei (pour le Royaume de Cœur) et à Fujimaru Mamenosuke (pour le Royaume de Trèfle et cette ultime saga). Si beaucoup trop de lecteurs sont passés à côté de bien des choses dans "Alice Au Royaume de Trèfle", d'abord en raison du changement de dessinateur, puis des longueurs inhabituelles qui y étayent, parfois avec maladresse, une intrigue qui, elle, joue habilement sur la nature du Temps et de l'Espace, c'est avant tout la liaison, aussi soudaine qu'inattendue, de la jeune fille avec le Chat du Cheshire qui, à notre avis, a déstabilisé les aficionados les plus jeunes. Depuis le brillant début d'"Alice Au Royaume De Cœur", il était tacitement entendu que le seul homme capable, à Wonderland, de convenir à Alice, c'était Blood Dupré (quel sympathique prénom et qui en dit long sur le caractère du personnage ! ), alias le Chapelier, redoutable et redouté Chef de la Pègre locale.

Sous ses allures de jeune premier inquiétant mais toujours courtois, imposées par les standards du genre, le Chapelier symbolise, de toute évidence, un homme plus âgé qu'Alice. Il est aussi infiniment plus mûr mentalement et moralement. De surcroît, nécessité fait loi même à Wonderland, et, pour en arriver là où il est, le personnage est fatalement un cynique de première classe. Or, nul  ne l'ignore, les extrêmes s'attirent.  C'est d'ailleurs au Chapelier que Nightmare, le Démon des Rêves et des Cauchemars, confie, à la fin du Cycle de Cœur, la tâche de ramener la jeune fille à Wonderland, mission qu'il remplit de manière impeccable.

Dans le Cycle de Trèfle, c'est Boris, le Chat du Chester, qui s'y colle, lui aussi avec succès. Tout comme, pendant sept volumes, il est parvenu à faire croire à une Alice toujours menacée par son manque de confiance en elle en tant que femme mais aussi, à l'arrière-plan, par un sentiment de culpabilité dont les origines laissent le lecteur assez perplexe - après tout, comme le Lapin Blanc ne lui a pas demandé son avis pour l'entraîner à Wonderland, elle n'est pas coupable de sa disparition loin du monde "réel", celui où l'attend, elle en est sûre, sa sœur aînée, Lorina - qu'il était le seul, dans ce monde déroutant, à lui convenir.

Nous l'avons vu : au fur et à mesure que s'égrènent les volumes, il devient de plus en plus évident qu'Alice n'a gardé - en apparence en tous cas - aucun souvenir des sentiments qui l'attiraient vers le Chapelier. En fait, ce qu'elle ne sait pas mais que nous, nous pouvons commencer à soupçonner, c'est qu'elle se trouve tout bonnement dans une nouvelle partie. Les cartes ont été redistribuées et les Acteurs doivent jouer leur rôle. Mais leur but ultime reste le tissage de liens de plus en plus forts entre Alice et leur monde, avec, en parallèle, la protection de la jeune fille de tout danger éventuel.

Sans contrevenir vraiment aux règles, le Chapelier qui, on est en droit de le penser, n'a pour sa part rien oublié, fait tout au contraire pour conserver Alice sous son emprise. Que Boris flirte outrageusement avec elle - et va peut-être plus loin, on peut le croire sans en être absolument sûr dans ce Cycle où le songe s'ouvre sur de nouveaux songes - lui importe peu en fait. Son heure, il sait qu'il l'aura et, une fois qu'elle aura sonné ... En revanche, il redoute d'avouer à Alice les sentiments qu'il lui porte  - on a sa fierté d'homme et de Mafioso en chef, que Diable ! D'un autre côté, son assurance coutumière et agaçante, qui porte tant sur les nerfs d'Alice, lui certifie que, mémoire trafiquée par Nightmare ou pas, Alice lui a conservé un très vaste espace dans son petit cœur d'"Etrangère." Bref, pour vous résumer les choses, l'excellent et impassible joueur de poker qu'il est sait qu'il possède là une excellente main ...

Pour Dupré le Magnifique, tous les moyens sont bons pour qu'Alice reste sous sa coupe. Un complot, monté avec adresse par d'obscurs Sans-Visages le menace ? Très bien. Il va en faire une arme pour tester la capacité de résistance de la jeune fille et surtout la magnanimité dont elle est capable de faire preuve à son égard - comme envers ses principaux hommes de main car accepter le Chapelier, c'est obligatoirement accepter le Lièvre de Mars, les Jumeaux et les fidèles de la Chapellerie. Aussi, suite au fameux "déménagement" du Royaume de Cœur au Royaume de Trèfle, qui prive Alice de son emploi et de son logis au Parc d'Attractions de Goround, Blood lui offre-t-il fort gentiment l'hospitalité - "en tout bien tout honneur", cela va de soi. Au moment même où il le fait, le lecteur se dit qu'il ne pourra pas résister au plaisir, non teinté de sadisme, qu'il prend à taquiner Alice, voire à la faire fuir bien loin de lui dès qu'il fait mine de la serrer d'un peu trop près. Et le lecteur a bien raison. D'ailleurs, le lecteur - allez, soyez francs !  - entend bien que le Chapelier agisse ainsi - ces incidents divers, ces "malentendus" entre Alice et Blood l'aidant considérablement à demeurer fidèles à ce Cycle déroutant.

Mais si l'aventure au Royaume de Trèfle s'est terminée sans trop de problèmes - petit et même grand moment d'émotion cependant avec la mort du Sans-Visage à qui le Chapelier avait confié la mission de veiller sur Alice, au cas où celle-ci serait enlevée, ce qui s'est effectivement passé comme il l'avait prévu - si la jeune fille a désormais une conscience très nette de l'attachement qu'elle voue à Wonderland et si elle a enfin compris que tous ceux qui l'entourent - sauf Ace peut-être et encore, avec un tel énergumène ... - espèrent bien qu'elle ne les quittera plus, les cartes sont une nouvelle fois battues et redistribuées.

Il semblerait que nous soyons encore au Royaume de Trèfle que dirige un Nightmare hargneux, poussif et toujours poursuivi, pour la bonne cause, par son homme de confiance et secrétaire, Gray Ringmarc, armé de tout un arsenal de pilules et de reconstituants divers. Dans son bureau, où il considère avec dégoût les lettres et rapports qui s'accumulent, Nightmare - qui correspond, dans l'univers de Lewis Carroll à la fameuse Chenille donneuse de leçons, laquelle conseille à Alice, afin de retrouver sa taille normale, de grignoter tantôt un côté, tantôt l'autre côté du champignon sur lequel elle fume nonchalamment son narghilé (ou quelque chose qui lui ressemble fort) - finit toujours par s'échapper dans ce qu'il considère comme son seul domaine d'élection : les rêves. C'est de là qu'il contrôle le jeu et les parties - et plus encore qu'il surveille tout le monde. Voyeur-né, Nightmare sait tout, Nightmare voit tout mais sa curiosité n'ira pas, cette fois-ci, jusqu'à demander à Alice, comme il l'avait fait du temps de sa liaison avec Boris, ce qu'il se passe exactement quand elle se rend dans le bureau-bibliothèque du Chapelier. (Notons toutefois que, sans le demander expressément, il peut tout de même se renseigner de visu, s'il le désire et en priant les Cieux que le Chapelier, à qui on ne la fait pas, ne s'en rende pas compte.)

De son côté, Alice travaille désormais non plus pour Goround mais au Château de Cœur. Non parce que Vivaldi l'exige mais parce qu'elle aime à se rendre utile. Elle s'est aussi résignée à vivre là-bas, quitte à y subir sans broncher les démonstrations d'affection de Peter White. Pour se distraire, elle continue à aller de-ci, de-là, rendre visite à ceux qu'elle tient pour ses amis. Nous sommes toujours dans l'après-"déménagement" et les saisons sont un peu instables. Mais bientôt s'ouvrira une saison dont le lecteur fidèle a déjà entendu parler, dans le Cycle de Cœur : la Saison d'Avril. Pour les uns, une période drôle et amusante, où tout le monde peut se jouer des tours pourvu qu'ils restent plaisants. Pour ceux qui ont eu vent de ce qui s'y déroule en coulisses, une époque de mensonges et de faux-semblants où les saisons se figent dans les principaux territoires (l'hiver pour la Tour de l'Horloge, l'automne pour la Chapellerie, le printemps au Château et l'été au Parc d'Attractions) et durant laquelle s'installe rituellement en ville le Cirque de Joker.

Point qui a son importance, la Saison d'Avril peut, suivant la volonté de certains Acteurs plus puissants ou plus audacieux que d'autres,  être raccourcie ou considérablement allongée. Afin que Joker - ou plutôt les Jokers puisqu'ils sont deux, nous ne tarderons pas à l'apprendre - puissent mener à bien leur mission personnelle. Dans ce premier tome, on apprend que la tâche principale de Joker, le directeur du Cirque, est d'autoriser celles et ceux qui le désirent à changer de territoire - et de saison. Pour ce faire, c'est bien simple : accepter de jouer aux cartes avec lui. En apparence, rien de bien méchant, d'autant que Joker, sous sa tenue d'Arlequin à grelots, avec son masque blanc à la ceinture et son maquillage de pirate (l'œil gauche est toujours en noir et l'autre ne porte aucune couleur autre que le maquillage de scène habituel), paraît un homme charmant. Quant à ses spectacles, tout le monde est unanime sur la question : ils sont fabuleux !

D'où vient alors que - Alice s'en aperçoit tout de suite - dès qu'ils ont vent de l'arrivée de Joker, les membres de son entourage commencent à se montrer plus nerveux et beaucoup plus attentifs à son égard ? C'est aussi à ce moment-là qu'elle a l'impression - ce n'est qu'une impression - de voir sa mémoire lui jouer des tours : un souvenir qui lui échappe, qu'elle poursuit et ne rattrape jamais ... Sans oublier les rêves, les rêves qui recommencent, avec une Lorina qui, visiblement, a des reproches à lui faire ...

Lors de cette Saison d'Avril, Nightmare est-il bien le seul à diriger le Royaume de Trèfle ? N'y aurait-il pas, çà et là, quelques interférences  qui aboutiront à une lutte aussi bien dans le domaine souterrain de Joker que dans celui, plus aérien, du Démon des Cauchemars ?

Enfin, enfin
, lecteur, aurons-nous les réponses à toutes les questions que nous nous posons depuis treize volumes ? ...

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome II   Dim 29 Oct - 17:58




Etoiles Norabénistes : ******

Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355927386

Extraits
Personnages





Venez, venez, mes chers Amis et entrez dans le Royaume de Joker ! Ah ! Certes, vous vous y amuserez bien ! Peut-être pas de la manière dont vous l'imaginiez mais ... vous vous amuserez, promis et n'est-ce pas cela, au fond, l'essentiel ? De toutes façons, eh ! eh ! on n'y peut déjà plus rien - ni vous, ni moi.

Voyez, oui, voyez, car c'est un signe, c'est même LE signe par excellence, comme, en ce Royaume de Cœur (ou de Trèfle), qui ne connaissait pas les saisons, celles-ci sont désormais bien marquées : l'hiver, monotone et aride mais si gonflé de vie sous la neige, pour la Tour de l'Horloger, territoire neutre ; le printemps, pour le Château de Cœur sur lequel règne, avec toujours autant de caprices, la si belle Vivaldi ; l'été, saison royale pour le Parc d'Attractions mené par Goround et où maraude et flâne Boris, le Chat du Cheshire ; et l'automne, saison mélancolique mais qui peut être si douce, étendant avec nobless ses ailes protectrices sur le Manoir du Chapelier.

Et au Cirque de Joker, demandez-vous ? Quelle saison est-ce ? Ma foi, une saison un peu neutre : il ne pleut pas, il ne vente pas beaucoup, disons qu'il fait beau, un temps raisonnable, idéal pour les artistes, aussi bien quand ils s'entraînent que lorsqu'ils jouent sous le vaste chapiteau, que pour leur Directeur bien-aimé, Joker, dont les traits fins, les cheveux en bataille et l'air souriant évoquent dès l'abord, on ne sait trop pourquoi, le visage du Chevalier de Cœur ...

Et le temps qu'il fait chez le Deuxième Joker ? ... Chut ! Voyons !  L'heure n'a pas encore sonné de parler de ce jumeau parfait, mais nettement plus bougon, de Joker. Revenons plutôt à Alice, notre chère petite Alice Liddell qui, n'écoutant comme toujours que ce que lui soufflent son courage et sa volonté de n'en faire qu'à sa tête, en particulier lorsqu'une autorité masculine lui a soigneusement recommandé d'agir tout autrement, s'en était allée, vous vous le rappelez peut-être, précisément au Cirque, ceci parce qu'il lui fallait à tout prix changer de territoire et que Goround lui avait expliqué que, une fois les saisons stabilisées (ce qu'elles sont désormais jusqu'au départ de Joker et de sa troupe, ce qui entraînera ainsi la fin de la Saison d'Avril), il devenait impossible d'aller d'un lieu à un autre sans faire une partie de cartes avec le Directeur du Cirque. Rien de bien méchant mais enfin ...

Rien de bien méchant chez Joker ? Voilà qui amène des sourires plus que sarcastiques sur les visages du Chapelier et du Lièvre de Mars, arrivés juste à temps derrière la petite innocente pour l'empêcher d'attaquer sans plus de façons sa première partie avec Joker. C'est d'ailleurs, avec l'autorisation d'Alice et sans que Joker s'y oppose, le Chapelier qui joue pour la jeune fille - et gagne, bien entendu - permettant ainsi à sa protégée (après une énième dispute avec elle, dispute qui, à ses débuts - voyons cela comme une trace d'humanité en cet inquiétant personnage Wink -  étonne considérablement Joker tout comme ce genre d'incidents entre Alice et Blood Dupré ahurit en général n'importe qui y assistant pour la première fois à Wonderland) de regagner le Château de Cœur où elle doit reprendre son service et où - en principe - eux-mêmes ont une réunion de négociations avec le Premier ministre de Vivaldi, j'ai nommé Peter White, le Lapin Blanc en personne.

Lequel arrive en retard parce que, justement, il s'inquiétait pour Alice. Nous savons, depuis des pages et des pages dont nous avons perdu le compte, que le malheureux s'inquiète toujours pour elle mais, depuis l'arrivée du Cirque, cette angoisse culmine à un niveau qui intéresserait certainement tout cardiologue et tout psychiatre dignes de ces noms . De surcroît, ce sont les incorrigibles Dee et Dum qui ont retardé Peter en lui cherchant querelle, ceci afin de le contraindre à se battre avec eux, occasion qui leur est, déplorent-ils en chœur, trop rarement donnée. Seul avec Blood et Elliott, Peter n'en remercie pas moins le Chapelier d'avoir protégé Alice des entreprises de Joker, individu qui pose visiblement problème à tout le monde. Pour autant, Peter tient à ce que le Chapelier comprenne bien qu'il ne renonce en rien à Alice. De leur côté, compte tenu des circonstances, ni le Chapelier, ni le Lièvre de Mars ne jugent utile de faire savoir au Lapin Blanc que Dupré a recommandé à Alice de demander à Peter de l'accompagner toutes les fois qu'elle serait obligée de se confronter à Joker ...

Conseil qu'Alice, pour une fois (et peut-être en raison de l'identité de celui qui le lui a donné), suit à la lettre lorsque deux de ses collègues sans-visage, n'ayant pas le temps de se charger de cette mission pourtant essentielle, lui demandent si elle peut aller en ville chercher des pastèques pour la Reine. Vivaldi a en effet envie de pastèques. Non pour les manger mais pour ... les fracasser et les broyer. Ça la prend de temps à autre. Et si elle n'a pas ses pastèques, elle risque fort de faire couper les têtes de tout le personnel. Certes, à Wonderland, personne n'est irremplaçable mais imaginer le malheureux Julius, obligé de réparer en un temps record autant de montres, tout cela pour satisfaire un caprice de Sa Majesté ...

C'est donc tout heureux que Peter accepte d'accompagner Alice au Cirque. De son amoureux le plus expansif, elle apprend entre autres que, en théorie, les Acteurs n'ont pas besoin de jouer avec Joker s'ils désirent changer de territoire pendant la Saison d'Avril. Il leur faut toutefois respecter quelques règles qu'il ne lui expose pas. Si, par contre, elle-même doit se soumettre à cette ennuyeuse obligation, c'est parce qu'elle est une Etrangère, c'est tout. Par la suite et bien que, l'un comme l'autre, Premier ministre du Royaume de Cœur et Directeur du Cirque restent sur leurs gardes lorsqu'ils se retrouvent face à face, cette brève et très courtoise rencontre a l'avantage de nous révéler qu'il existe en effet un deuxième Joker.

Celui-ci, aussi beau gosse et plus inquiétant peut-être que le premier, porte un élégant uniforme de gardien de prison et est la réplique vivante de Joker, le Maître du Cirque. Mais, comme il le dira plus tard à Alice elle-même, il est "son" Joker à elle - ce qui implique donc, pour le lecteur raisonnable, que tout un chacun, à Wonderland, est capable d'avoir "son" propre Joker. Quant à ce que représente ce Joker personnel, c'est une autre affaire ...

Au milieu des intrigues qui font vivre le manga - les chamailleries des jumeaux sur la couleur préférée d'Alice, qu'ils souhaitent inviter à la Fête de l'Eté ; les "taquineries" toujours très spéciales du Chapelier dès qu'il parvient à avoir la jeune fille pour lui tout seul ; les retards chroniques du Chevalier de Cœur à tous ses rendez-vous (y compris les plus curieux et les plus impératifs, qui nous surprendront beaucoup dans le tome III - beaucoup ou à peine ? ) ; les trente-six volontés de la Reine de Cœur qui veut, entre deux menaces de décapiter à peu près tout le monde, qu'Alice l'accompagne dans ses emplettes et, bien sûr, lors de la merveilleuse représentation que s'apprête à donner Joker (ses représentations sont toujours merveilleuses) ; et l'extraordinaire Fête de Hallowe'en imaginée par les Jumeaux et fastueusement orchestrée par le Chapelier en son Manoir - surtout, ne la ratez pas - l'intrigue montée par Joker se dégage dans ses grandes lignes :

1) bien qu'il ne semble avoir rien de personnel contre Alice, sa présence à Wonderland le dérange car cette Etrangère est, par un moyen qu'il ne comprend pas, parvenue à séduire à peu près tout le monde - y compris Ace même si, pour des raisons qui nous apparaîtront au fur et à mesure, il n'a aucun intérêt à afficher ses sentiments. Gardons à ce propos toujours en tête que, dès le départ du Cycle tout entier, nous avons appris que le Chevalier de Cœur détestait le rôle qui lui était imparti ;

2) le maillon faible de la jeune fille, c'est sa mémoire et Joker le sait fort bien. Comme il connaît l'intensité de son sentiment de culpabilité et probablement les raisons de celui-ci. C'est en faisant basculer sa mémoire qu'il compte la tenir bientôt à sa merci ...

3) ... en d'autres termes dans une prison étrange, aux cellules en apparence vides et aux portes fermées mais non verrouillées, sur laquelle veille le Joker en uniforme et cravache bien en main, doté d'un si détestable caractère et pour qui Alice n'est qu'"une petite peste" ou "une petite menteuse."
Sur le sol carrelé de la prison, traînent des bonbons, certains entamés, d'autres encore emballés (de ces bonbons dont le Joker du Cirque donnera, en un geste amical, une poignée à Alice, tentant sa chance pour la faire "basculer" avec un minimum de moyens), ainsi que des jouets, en particulier des peluches, tous en assez piteux état ;

4) ce qu'il y a d'assez curieux dans ce plan, tel qu'il nous apparaît ici, c'est qu'aucun des Jokers ne paraît vouloir enfermer Alice et que tous deux s'interrogent sur ce que la jeune fille, notamment dans ses rêves lorsque ceux-ci l'attirent en cet endroit, voit ou croit voir derrière les grilles d'une cellule, spectacle que, pour l'instant en tout cas et malgré tous leurs pouvoirs, qui sont grands, ni l'un ni l'autre ne semble distinguer.

Avec un graphisme cette fois-ci parfaitement repris en main par Fujimaru Mamenosuke, et un scénario qui ne s'égare plus comme au temps du Cycle de Trèfle, ce deuxième volume d'"Alice Au Royaume de Joker" communique au lecteur le malaise, d'abord ténu, puis de plus en plus pesant, qui a germé, dès le tome précédent, chez tous ceux qui, dans ce monde de rêves, apprécient Alice. D'un autre côté, il est vrai que l'on connaît maintenant les personnages pratiquement sous tous les angles. Aussi entendre un Nightmare affirmer que les défenses qu'il a installées dans l'esprit d'Alice ne tiendront pas longtemps - considération reprise par Joker parlant à son partenaire - jette-t-il un froid certain. Comme la ressemblance étrange, et qu'on aurait tort à mon sens - mais je puis faire erreur - d'imputer à la seule standardisation des personnages de manga, entre les deux Joker et Ace. Quant à la menace de Peter White de faire cesser la Saison d'Avril si cela s'avérait nécessaire, et sans recourir à l'aide de Nightmare ou d'un Julius Monrey, lequel, pour sa part, ne sait plus à quel Dieu se vouer, on sait d'instinct qu'elle contrevient à toutes les règles du jeu, quel qu'il soit. Nous rassurent en revanche le fait que le Chapelier est déjà parvenu à libérer au moins un prisonnier - le Lièvre de Mars - de la Prison de Joker et que les deux hommes, bien que très conscients du danger qu'ils sont prêts à courir une nouvelle fois, ne laisseront certainement pas Alice tomber aux mains du redoutable Joker - et de tout ce qui peut se dissimuler dans son ombre.

En résumé, un second volume qui précise l'action sans la dévoiler outre-mesure. A savourer tranquillement. Encore et encore. Entre deux tasses de thé du Divin Chapelier.

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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome III   Ven 10 Nov - 15:38




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Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


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Et nous voici au tome III du "Cycle de Joker", un volume où se précisent bien des choses. Comme nous avions déjà cherché à le démontrer (l'expression est bien pédante et merci de nous la pardonner lol! ), la sexualité, la sensualité et l'érotisme sont terriblement présents dans les cycles d'Alice imaginés par l'éditeur Quin Rose. Il arrive, bien sûr, que ces thèmes primordiaux rentrent parfois dans l'ombre afin de permettre à l'action elle-même d'avancer sans que le lecteur s'en trouve trop distrait mais ils reviennent assez vite envahir le premier plan.

Aussi, dans le troisième tome d'"Alice au Royaume de Joker", l'occasion nous est-elle fournie de revoir certains points :

1) d'abord, et l'attitude du Chapelier est là pour le confirmer, Alice devra bientôt choisir de faire le grand saut charnel. Et avec ce partenaire-là et pas un autre. Pour un homme de ce genre, capable, comme il le dit lui-même - comment pourrait-il être plus clair ? - de "prendre par force" ce qui lui plaît mais se refuse à lui, il faut admettre que, en dépit notamment du long intermède du "Cycle de Trèfle"le Chat du Cheshire nous semblait devenir l'amant d'Alice, le Chef de la Pègre de Wonderland s'est montré - et continue à se montrer - sur ce point d'une patience exemplaire. Ce qui signifie, n'importe quelle femme le sait, que, même s'il éprouve l'un de ses plus grands plaisirs à jouer au chat et à la souris avec elle, il ressent surtout pour la jeune fille un sentiment sincère et qu'il ne la considère pas comme un simple objet sexuel - cela bien qu'une autre des plus extraordinaires jouissances qu'il puisse là encore éprouver dans leur histoire est de proclamer bien haut et bien fort le contraire dès qu'Alice est à portée de voix. La scène finale du volume, répondant aux pages en couleur du début, montre d'ailleurs que, poussé à bout par les habituelles provocations (dont certaines sont innocentes et d'autres, beaucoup moins) de la leune fille, Blood Dupré est ici bien près de passer à l'acte sans autre forme de procès. Il faut dire que l'idée que Goround bénéficie des faveurs de la jeune fille l'a fait sortir de ses gonds - alors que, en fait, Alice ne s'est rendue au Parc d'Attractions que pour respecter la parole qu'elle avait donnée au duc - puisque Goround est bel et bien duc - d'aller écouter le nouveau morceau de musique qu'il venait de composer.

Peut-être le Temps n'est-il pas le seul responsable du désir de plus en plus violent affiché par Blood. Dans le "Cycle du Joker", la tension monte de manière générale Lui-même - et il le sait - devra tôt ou tard affronter Joker et son partenaire et, pour ce faire, contrevenir certainement aux sacro-saintes règles de Wonderland. Ce qui ne saurait le déranger outre mesure (ne l'a-t-il pas déjà fait ?) sauf que là, on s'en doute, il va lui falloir frapper un grand coup, comparable à celui accompli  lorsque, jadis, il libéra le Lièvre de Mars. Tous ceux d'ailleurs qui observent la lutte larvée, mais souriante, entre Alice et Joker le Directeur de Cirque se doutent bien que le coup final, quel que soit celui qui l'assènera, sera d'une violence jusque là jamais vue.

2) révélations aussi du côté du Lapin Blanc. Révélations parmi lesquelles se perd peut-être cette phrase cependant décisive où il explique que, avant l'époque de Wonderland, Alice a pris soin de lui. Cette phrase, capitale, répétons-le, ne signifierait-elle pas que, jadis, le Lapin Blanc était la peluche préférée d'Alice ? L'exclusivité qui lie tout enfant à son jouet favori - et qui ne disparaît pas fatalement à l'âge adulte - est un lien que nous connaissons tous pour l'avoir expérimenté. Qui parmi nous n'a pas conservé - et avec un soin inhabituel - sa vieille peluche, toute rapetassée et devenue bancale ou manchote au cours des années, bien au chaud dans un tiroir ou une boîte douillettement arrangés ? Cette peluche - parfois cette poupée - c'est bien plus qu'un jouet : c'est une part de nous-même et de notre enfance, bonne ou mauvaise, celui ou celle qui nous a toujours consolé et protégé ...

A sa façon, il l'a dit mais dans le tome précédent, Peter White, Premier ministre en fonction de la Reine de Cœur, est lui aussi résolu à enfreindre toutes les règles pour qu'Alice soit heureuse. Et même s'il eût souhaité qu'elle le fût dans ses bras, si elle opte en définitive pour ceux du Chapelier, qu'importe si celui-ci lui donne ce dont elle a besoin plus que tout : amour et protection ?

En outre, le lien "enfantin" unissant Alice et le Lapin Blanc possède une pureté (qui explique peut-être la peur de Peter de voir "son" Alice contaminée par les microbes d'autrui, y compris par les siens propres) qui leur interdit, à tous deux, tout rapport sexuel. Cet amour exceptionnel doit rester platonique : sinon, il gâcherait - il tuerait - le passé.

3) pour Nightmare, c'est son mode de vie, puisqu'il assume deux rôles, démon des Cauchemars dans les songes et Dirigeant caractériel du Royaume de Trèfle au quotidien, qui semble lui interdire de passer à l'acte. Au fur et à mesure que nous avançons dans la saga, le narghilé dont on ne sait trop ce qu'il tire comme réconfort, apparaît de plus en plus souvent entre ses mains, en tout cas quand il ondoie dans son seul vrai royaume, celui des Songes et des Cauchemars. Or, nul n'ignore que les drogues, bien que certaines, dans certaines proportions également, aiguisent les possibilités intellectuelles, n'apportent à long terme à la sexualité qu'une immense frustration. Nous ne saurons jamais si la maladie de Nightmare - qui ressemble étrangement à la tuberculose et qui, s'il s'agit bien de celle-là, devrait au contraire le pousser à s'intéresser plus au sexe - rend Nightmare impuissant. En revanche, nous savons qu'il souffre d'une déviance : le voyeurisme, issu de sa soif de contrôle. Allié à cette déviance, l'apaisement que lui apporte ce qu'il fume place notre personnage, c'est sûr et certain, au-dessus de toute sexualité banale. De plus, il a le tempérament d'un authentique joueur d'échecs et son désir de tout contrôler, si  pathologique qu'il puisse paraître, en fait l'un des personnages les plus puissants de chaque partie, parfaitement capable, s'il s'y autorise, de briser lui aussi les règles sur lesquelles il est chargé de veiller. Jusque là d'ailleurs, combien de personnages, Joker y compris, ont-ils fait quelques écarts ?

4) se profile ensuite la silhouette d'Ace qui, nous le savons depuis longtemps, tient lui aussi plusieurs rôles : en principe Chevalier de Cœur et donc au service de Vivaldi, il tue et récupère les montres pour l'Horloger (dans le volume III, une scène, brève mais très parlante, nous fait découvrir que Monrey, quoi qu'il en pense, ne bronche pas devant le plaisir de tuer qui anime Ace, tout son intérêt se portant sur la montre "qu'il ne faut pas abîmer") et, nous l'avons deviné depuis déjà pas mal de temps, il est aussi ce Bourreau dont, jusqu'à ce Cycle, ni Alice, ni le lecteur n'avaient entendu parler - d'où, peut-être,  la ressemblance physique qu'il partage avec les deux Jokers.

Singulièrement ambigu face à Alice, qui l'attire et qu'il cherche tout autant à fuir, Ace
l'aime avant tout quand elle est comme lui, c'est-à-dire "perdue." Mais, dans ce volume, il va très loin dans l'ambiguïté puisque, au moment où Joker, le Directeur du Cirque, est parvenu à attirer Alice dans la Prison et est sur le point de la faire "basculer" - mais dans quoi ? - Ace intervient et, expédiant son épée en direction de Joker, rétablit la réalité, c'est-à-dire la fameuse clairière dans la Forêt des Portes où le Cirque a monté son chapiteau. La tension est alors palpable entre les deux hommes qui s'accusent, à mots couverts, d'avoir mutuellement "triché." Le plus étrange, c'est qu'Ace ne peut ignorer que Joker est immortel. Par conséquent, la seule explication de son geste était d'enlever Alice de la mauvaise passe où elle se trouvait. De son côté, Joker ne comprend pas les raisons qui ont motivé l'acte du Chevalier de Cœur. Leur allié selon les règles du jeu, à lui comme au Joker-Gardien, pourquoi le Bourreau a-t-il agi ainsi ? Pour avoir le plaisir de tuer Alice ? Ou pour se la réserver ? Si cette dernière question est la bonne, cela impliquerait, ce que découvre Joker alors que le lecteur, lui, le sait depuis le "Cycle de Cœur", qu'Ace l'Insensible éprouve pour la jeune fille certains sentiments qui ne devraient pas être et viennent brouiller encore plus les cartes de cette partie ...

5) enfin, si l'on excepte le cas du Lapin Blanc, plus masochiste qu'autre chose, le sadisme, qui plantait déjà ses griffes solides un peu partout dans les deux Cycles précédents, se déploie ici sans aucun complexe avec ni plus ni moins que le Joker du Cirque et son homologue, le Joker-Gardien. Ce dernier affiche d'ailleurs la panoplie intégrale d'une certaine forme de sadisme sexuel. Quand Peter White, réfléchissant à son projet d'enfreindre les règles, pense : "Je ne peux tout de même pas la laisser à ces deux individus ...", le lecteur soupçonneux ou averti n'a guère de mal à s'imaginer que, pour les Jokers, eux aussi mis pour la première fois en présence d'une authentique Etrangère, mignonne de surcroît et peu décidée à se laisser faire, la tentation serait grande non de la transformer en jouet et de "la ranger dans sa boîte" mais d'en faire une esclave docile. Le Joker-Gardien admet d'ailleurs, en toute honnêteté mais quand il est seul avec son collègue, que, techniquement, la présence d'Alice n'enfreint pas les règles. C'est pourtant bien au nom de ces règles qu'elle n'enfreint pas qu'ils veulent l'attirer à la prison et l'y enfermer !

Une façon pour eux de conserver Alice la Perturbatrice pour leur jouissance exclusive ? Mais pourquoi perturbe-t-elle, en fait ? Parce qu'elle semble séduire tous les acteurs masculins - et Vivaldi elle-même ! Dans une série inspirée par un jeu dit "de drague", Alice se comporte de façon très normale. Et il semble bien que, de temps à autre, tant le Joker du Cirque que son alter ego, beaucoup plus brutal en apparence, de la Prison, soient touchés par sa douceur ...

Nous qui assistons depuis tant de pages aux diverses questions que pose la personnalité d'Alice à des hommes aussi différents qu'un Blood Dupré et un Julius Monrey - lequel est visiblement torturé, dans ce volume, à l'idée qu'il pourrait également être tenté d'enfreindre les règles, à tout le moins de détourner la tête lorsque quelqu'un s'en chargerait , afin de sauver Alice des griffes d'un Bourreau qu'il connaît mieux que personne - sommes à même de deviner les problèmes que fait naître chez les Jokers l'attitude de l'Etrangère. Irritation d'abord, puis étonnement, enfin fascination et plus encore excitation, désir de voir, de regarder, de toucher - de posséder dans tous les sens du terme - et surtout de conserver jalousement, tel Harpagon sa chère cassette.

En d'autres termes, cette partie, entamée pour mettre fin à une incohérence, ne fait, au contraire, qu'amener celle-ci sous la lumière crue de tous les projecteurs de Wonderland, et la complique encore des sentiments contradictoires que commencent à éprouver les deux Jokers envers leur victime désignée. L'ambiance se fait de plus en plus pesante à chaque page et l'idée qu'un Complot qui ne dit pas son nom se monte, de façon plus ou moins tacite, entre les Acteurs (et les Sans-Visages à leur service) pour qu'Alice respecte le choix qu'elle a fait, c'est-à-dire rester dans LEUR monde, se dégage avec une netteté qui saute aux yeux. Un Complot pour lequel les Acteurs sont prêts à tout. Absolument à tout, de l'acte le plus sensé à l'acte le plus fou.

Comme vous pourrez le constater dans les quatre tomes suivants ...
A bientôt !

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome IV   Mer 22 Nov - 19:58




Etoiles Norabénistes : ******

Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355928314

Extraits
Personnages





Dix-sept. Dix-sept volumes en tout, répartis entre 6 pour le "Cycle de Cœur", 7 pour celui de Trèfle et désormais 4 pour celui de Joker - voilà le nombre de tomes qu'il aura fallu pour que notre toute mignonne petite Alice - mignonne mais qui ne manque pas de caractère - en arrive à se dire que, oui, il se pourrait fort - notez qu'elle en reste encore ici au conditionnel mais plus longtemps, rassurez-vous - qu'elle soit réellement amoureuse de Blood Dupré, alias le Chapelier Fou pour rester dans la logique carrollienne, alias aussi le Chef Très Redouté et ô combien Redoutable de la Mafia du Wonderland imaginé par les éditions Quin Rose.

"Ça fait quand même beaucoup de pages pour pas grand chose", insinueront les mauvaises langues ou alors les lecteurs superficiels, plus préoccupés par le "n'golo-n'golo" que Pascal Légitimus mimait fort élégamment dans l'inoubliable sketch des Inconnus, "Télémagouilles" - au temps béni où l'on pouvait encore, en France, s'exprimer librement sans se voir traiter de "machinchosophobe"  - que des états d'âme sentimentaux d'une toute jeune fille déjà victime d'une déception sentimentale gratinée.

Sans doute.
Mais n'oublions pas que, dans tous ces volumes, l'héroïne a aussi subi pas mal de manipulations de la mémoire et traversé bien des songes qui ouvraient eux-mêmes sur d'autres songes, le tout dans des espaces spatio-temporels plus dignes d'un Dr Who que d'un Lewis Carroll. Forcément, tout ça n'a pas arrangé les choses - et ça a pris du temps . Et je vous signale, pour bien enfoncer le clou, qu'il nous reste encore trois tomes avant d'en arriver à la fin de cette Intégrale. Notez en même temps au passage que, au Japon, il existe un jeu où Alice se retrouve au Royaume de Carreau - pays qui se caractérise par le fait que tous les personnages qu'elle a pu connaître auparavant sont tous beaucoup plus jeunes et, de ce fait, ne peuvent se souvenir d'elle puisque c'est la première fois qu'ils la rencontrent ! Visiblement, le filon était épuisé et la série n'a pas suivi. Quant au Royaume de Pique, Alice y a échappé. Et nous avec elle, ce dont nous ne plaindrons pas - à moins que le Cirque de Joker et la prison du Joker-Gardien n'en soient un avatar, qui sait ? ...

Certains n'ont pas vu l'utilité de ce tome IV dans le "Cycle de Joker." Il faut dire que tout s'y précipite. C'est - et de loin - le plus tourbillonnesque des volumes de l'Intégrale du Cycle d'Alice. Essentiellement parce que, pour la sauver des griffes de Joker - et de celles du Bourreau derrière lui - les autres personnages en sont réduits à porter la manipulation de sa mémoire au plus haut degré qu'ils puissent atteindre. Dans certaines scènes, les personnages se mélangent, les plans se répètent et certains courts-circuits de souvenirs qui refusent d'aller plus loin se matérialisent sous la forme de cases où l'on voit par exemple se dénouer deux mains enlacées, ou encore des hachures brouiller l'intégralité de l'espace comme cela se passait au temps de la TV en noir et blanc. C'est d'ailleurs un miracle que la dessinatrice et l'éditeur soient parvenus à nous éviter carrément la "neige" de jadis qui envahissait complètement l'écran à l'instant de la scène cruciale !

Pourtant, comme ceux qui l'ont précédé, ce tome IV continue à nous en apprendre un peu plus, voire parfois beaucoup plus, nous guidant ainsi vers la fin du Cycle. Comme nous l'avions fait çà et là pour leur sexualité, les sentiments des Acteurs - y compris Vivaldi - se précisent et s'affinent. Si Alice n'était pas aussi tourmentée par ses rêves et ces cauchemars qui la ramènent inexorablement à la prison des Jokers et à l'idée que sa sœur bien-aimée, Lorina, s'y trouve retenue pour des raisons qu'elle ne comprend pas, elle en apprendrait bien plus ...

1) Tout d'abord, bien que toujours furieusement jaloux l'un de l'autre, le Lapin Blanc et le Chapelier se dirigent inexorablement vers une alliance. L'un comme l'autre, chacun à sa façon, ils souhaitent une Alice heureuse. Et l'on acquiert la certitude que, en dépit de son exubérance retrouvée chaque fois qu'il aperçoit la jeune fille, Peter est dans l'impossibilité de se mettre sur les rangs non parce que, quand il le désire, il peut se transformer en peluche mais parce que le passé qu'il a en commun avec Alice y fait obstacle. Alice ne doit pas se rappeler ce passé et, pour éviter cela, le Lapin Blanc est prêt à s'effacer. Mais s'effacer sur le plan amoureux et sexuel ne signifie pas renoncer à combattre les ennemis de sa protégée.

Le Lapin Blanc connaît la puissance de ses pouvoirs, notamment télépathiques et ce n'est pas un hasard si Dupré a conseillé à Alice de se faire accompagner par lui toutes les fois qu'elle devrait faire une partie de cartes avec Joker pour changer de saison - et de territoire. Mais Peter, comme Nightmare et comme le Chapelier lui-même, a eu largement le temps, dans les trois volumes précédents, de se rendre compte qu'il faudrait au minimum unir leurs pouvoirs individuels à eux trois pour venir à bout de ceux des Jokers.

La trêve rôde donc dans l'air entre White et Dupré - le Chapelier n'étant pas vraiment "mal" avec Nightmare, personnage qui, en raison de sa position, laquelle équivaut plus ou moins à celle d'un arbitre ou d'un superviseur de jeu, et de sa nature de démon maître des rêves "et qui commande aux vents", est neutre, en théorie. Mis à part que lui aussi s'est attaché, affectivement autant que sexuellement, à Alice (ce dont se doute certainement le Chapelier que la chose n'a pourtant pas l'air de déranger tant qu'il demeure le Dominant) et que, même s'il doit pour cela enfreindre les règles ou, plus exactement, détourner la tête au moment pile où agira celui qui osera le faire, il n'hésitera pas une seule seconde.

2) Pour que le Lapin Blanc et le Chapelier songent très sérieusement à un pacte ; pour que Nightmare soit prêt à renoncer un instant à sa neutralité, se mettant par là-même en danger - les Acteurs eux-mêmes risquent une lourde punition s'ils enfreignent les règles - il faut une raison puissante. Cette raison, que l'on voyait s'acheminer, quelque peu bancale et inquiétante, depuis le premier tome du "Cycle de Joker", repose dans les sentiments que le Directeur de Cirque comme le Joker-Gardien se sont mis, de leur côté, à éprouver envers celle qu'ils sont en principe venus ramener au néant.

Au tout début, si le lecteur se rappelle bien, Alice n'a affaire qu'au Joker qui dirige le Cirque, lequel reste sensible à l'intérêt qu'elle porte aux spectacles de qualité - tout le monde a son petit ego Wink . Le Joker-Gardien, personnage en principe plus aigri - "moi, au contraire de toi, je ne cache pas mon jeu," se borne-t-il dans ce tome à dire, non sans hostilité, à son alter ego - ne s'est longtemps adressé (avec agressivité, voire grossièreté), à Alice que par l'intermédiaire du fameux masque blanc, orné de clefs et de quatre roses, qui orne la ceinture du Directeur du Cirque. D'où le quiproquo où celle-ci est amenée à prendre le premier Joker pour un ventriloque, ce qu'il n'est pas, et l'affaire des bonbons.

Puis arrive le moment où ses rêves la mènent droit dans l'étrange et inquiétante prison des Jokers. C'est la première entrevue qu'ont la jeune fille et le Joker-Gardien. Et celui-ci, soulignons-le, est "son" Joker à elle, c'est-à-dire qu'elle est la seule à pouvoir le tuer, en principe. Un lien qu'Alice ignorera longtemps mais dont la force est indéniable. L'entrevue se passe plus ou moins mal, c'est selon, le Joker-Gardien ayant en effet un fort mauvais caractère tandis que, en ce qui la concerne, Alice n'a aucunement l'intention de se laisser faire sans rien dire. Et c'est probablement la certitude qu'il perçoit presqu'aussitôt de ce rapport de force qui existe d'ores et déjà entre eux qui séduit le Joker-Gardien. "Séduire" est peut-être un bien grand mot. Mais Alice le surprend autant que son comportement avec le Chapelier avait sidéré le Directeur du Cirque. C'est la première étape. Ce qui étonne finit par fasciner et, dans ce contexte (l'uniforme, le stick, les chaînes, je ne vous fais pas un dessin), il y a des chances pour que le Joker-Gardien représente une forme de sexualité de type "bondage" plus tordue que celle proposée, nous l'avons déjà évoqué, par le Chapelier.

Signe qui ne trompe pas le lecteur attentif : à partir du moment où Alice a rencontré son alter ego (ou très peu de temps après), le Joker Directeur du Cirque va jusqu'à mettre en garde son collègue contre toute attitude inconsidérée. Le Joker-Gardien renâcle et bougonne, bien sûr mais ... Mais il n'en pense - et n'en fantasme - pas moins, lui aussi. Surtout qu'il a tout le temps pour ça ...

C'est d'ailleurs lui qui, à la fin du tome, parvient à s'immiscer dans les rêves d'Alice, donnant comme prétexte à la jeune fille que cela fait bien longtemps qu'elle n'est pas venue le voir et qu'il s'ennuie d'elle ... Le sourire sarcastique du Joker-Gardien, le maquillage qu'il porte lui aussi, la mission dont nous savons bien qu'il est chargé, tout cela incite évidemment à penser que son intrusion dans le rêve d'Alice est normale et a pour seul objectif de perturber encore un peu plus la jeune fille, de la faire "basculer" ... Sur la nécessité de faire "basculer" Alice dans un monde où ils pourraient la retenir, "la garder pour eux tout seuls", les Jokers sont d'ailleurs bien d'accord. Et si l'on pense à l'idée d'un ménage à trois qui serait susceptible d'arranger les deux hommes, il faut tout de même avoir l'honnêteté de rappeler que, de son côté et, tout en plaisantant, le Chapelier a évoqué la même chose entre lui, Alice et le Lièvre de Mars !

La seule chose dont on est sûr : c'est que la conception du "ménage à trois" des Jokers n'est certainement pas la même que celle du Chapelier et du Lièvre de Mars. Là non plus d'ailleurs, ce n'est pas un hasard si le volume se termine sur le Chapelier confiant une mission à son inséparable bras droit, lequel est fort satisfait des ordres qui lui sont ainsi donnés sur une petite feuille ...

Si, dans le "Cycle de Trèfle", un Complot était monté par certains Sans-Visages pour tenter de briser la toute-puissance de Dupré sur la Pègre de Wonderland et si le Chapelier, avec la complicité plus ou moins tacite des autres Acteurs, à commencer par le Chat du Cheshire, se servait sciemment d'Alice pour le faire capoter, dans le "Cycle de Joker", ce sont les Acteurs qui mettent au point un Complot - contre les Jokers, le Bourreau et même contre le Jeu pourrait-on ajouter - afin de conserver Alice auprès d'eux. La différence, c'est que tous savent (ou se doutent) qu'ils vont être obligés de faire croire à un certain moment à la jeune fille qu'ils ont feint envers elle des sentiments qu'ils n'éprouvaient pas. Ceci pour la sauver. Et aucun d'eux ne peut, ni ne doit le lui avouer puisque c'est la seule chance qu'ils ont de la sauver des griffes de ses ennemis.

Un moment bien difficile à passer. Pour tous. Car les Acteurs ne pourront éviter à Alice la souffrance indispensable de se croire trahie par eux tous, une souffrance indispensable mais qui la marquera, elle qu'ils savent déjà assez marquée par sa vie "dans le monde réel" pour ne plus vouloir y retourner.

Seulement, peut-on vivre et aimer sans souffrir ? Et quel thème se dissimule exactement derrière les "règles" du Jeu de Wonderland ? ...

En tout cas, comme dirait ce cher Joker, nous espérons que vous ne manquerez pas notre prochaine représentation. De toutes façons, ce sera pour vous la seule possibilité d'avancer un peu plus sur le long et pénible Chemin de la Connaissance ... A bientôt !

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Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome V   Mer 3 Jan - 17:22



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Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355928512

Extraits
Personnages





Eh bien ! vous l'avez attendue longtemps, cette cinquième représentation d'"Alice au Royaume de Joker" et je m'en excuse lol! bien sincèrement. Décembre fut assez exténuant sur nombre de plans. Et puis, avant de faire une fiche, il faut que je la "sente" au bout de mes doigts, au-dessus du clavier. Aujourd'hui, ça va : le Grand Dieu Thôt m'a donné son feu vert, nous pouvons nous lancer. Wink

Depuis la fin du tome précédent, Alice connaît l'identité de la personne dont la vue - elle est la seule, d'ailleurs, à la voir, cette personne - l'attire de façon aussi hypnotique dans la prison co-gérée par les deux Jokers. Mais elle ne comprend pas pourquoi sa sœur aînée (puisque c'est elle qu'elle voit) a échoué dans cette lamentable cellule. Lorina, assurément, ne saurait être coupable de quoi que ce soit puisque Lorina est parfaite. Cette question va devenir une telle hantise pour Alice que, dans ce tome précis, nous allons la voir s'égarer de plus en plus souvent dans cette inquiétante prison où les jouets abandonnés et rafistolés traînent toujours à terre avec, par-ci, par-là quelques bonbons entamés ou non. Son objectif, bien sûr, est de libérer Lorina. Après tout, les évasions restent possibles, elle ne l'ignore pas, pourvu que l'on possède la clef de la cellule où est enfermé celui qu'on veut libérer. Mais Alice pense encore aux clefs sous leur forme habituelle : elle ne se doute pas que celles qui ouvrent les cellules des prisonniers de Joker-Gardien peuvent être beaucoup plus complexes et d'une tout autre nature que les clefs classiques.

Même s'il ne l'admettrait pas pour une empire tout entier de cellules, les fréquentes visites de la jeune fille sont bien loin de déplaire au Joker-Gardien. Non qu'il se montre plus aimable avec Alice lorsqu'elle arrive mais un détail (car je ne pense pas qu'il s'agisse là d'une erreur d'impression) prouvera sans peine au lecteur un tant soit peu observateur qu'il s'est habitué à elle et qu'il éprouve bien pour elle, même s'il met beaucoup de cœur à le dissimuler, un sentiment des plus ambigus. Ce détail, il suffit, pour le noter, que vous regardiez attentivement la couleur des bulles par lesquelles s'exprime le Joker-Gardien lorsqu'Alice discute près du chapiteau avec le Joker-Directeur de Cirque : d'un noir rébarbatif et quasi maléfique au tout début, cette couleur brille désormais d'un blanc très pur bien que, fidèle à lui-même, notre Joker-Gardien ne puisse s'empêcher de glisser, çà et là, quelques taquineries un peu pointues. Il faut dire également que l'une des premières scènes du volume,Alice l'affronte une fois de plus seule à seul et en son domaine à lui, c'est-à-dire, au milieu des cellules, tourneboule complètement le Joker-Gardien, si gravement même que le lecteur en arrive presque à le plaindre sur l'instant. C'est sans nul doute des paroles, à la fois gentilles et sincères que la jeune fille échange ce jour-là avec lui, que naît la "douceur" toute relative mais néanmoins réelle avec laquelle, par la suite, il s'adresse le plus souvent à elle.

Bien que ce cinquième tome déborde cette fois-ci d'action, il trouve tout de même le moyen de nous éclairer sur des questions que nous avons déjà soulevées auparavant et qui nous avaient laissés perplexes :

1) dans le tome V par exemple, il devient clair, lorsque le Lièvre de Mars conte à Alice la façon dont le Chapelier s'y est pris pour le libérer, que l'affection qu'il voue à Blood Dupré n'exclut en rien une possibilité d'homosexualité latente mais jamais représentée. Elliott March est amoureux du Chapelier, et probablement les deux hommes sont-ils bisexuels sans aucun problème. Rappelons d'ailleurs à ce propos qu'il est d'usage, dans le manga japonais, de considérer que, à l'adolescence, l'être est naturellement bisexuel et hésite entre ses deux tendances. L'homosexualité n'est pas, en principe, entourée de cette honte issue de la tradition des religions nées dans le désert moyen-oriental. En ce sens, la bisexualité est acceptée même si, en accord avec la Nature, qui sait ce qu'elle fait bien mieux que des clans de Féministes-gayo-lesbiens hystérico-macroniques éparpillés sur la planète, tôt ou tard, la majeure partie des adolescents bascule tranquillement vers l'hétérosexualité.

En ce qui concerne le Chapelier et son bras droit, on peut aussi rappeler la proposition, taquine certes en apparence, mais où perce cependant une note très sérieuse, faite à Alice par Dupré et concernant un "ménage à trois" - l'élément complémentaire du trio ne pouvant être qu'Elliott. Il n'y a en effet qu'avec le Lièvre de Mars que le Chapelier accepterait de "partager" Alice. Pourquoi, selon vous ?

2) c'est aussi dans ce tome que l'auteur et l'éditeur lèvent le voile (qui ne nous dissimulait plus grand chose, il faut bien le dire) sur l'identité du fameux "Bourreau." C'es Ace, le Chevalier de Cœur, nul n'en doute plus. (Et puisque nous avons parlé un peu plus haut de bisexualité, nous pouvons aussi nous interroger sur la relation entre Julius Monrey et Ace en nous rappelant la tristesse et le mal-être que ressentait le Chevalier de Cœur tout au long du "Cycle de Trèfle", où l'Horloger n'apparaît pas.)

Mis à la porte tous deux une énième fois par un Julius exaspéré qu'ils empêchent de travailler comme il l'entend - et avec d'autant plus de soulagement pour Julius qu'Alice commençait à lui poser des questions gênantes - les jeunes gens se retrouvent à la poursuite de l'une des "victimes" désignées du Chevalier. Alice, évidemment, ne fait rien d'autre que mettre une nouvelle fois Ace dans la bonne direction et se refuse à regarder le triste spectacle. Et c'est un peu plus tard que le Chevalier de Cœur lui avoue qu'il l'aime, lui aussi, avant de lui chuchoter à l'oreille, dans une bulle noire : "Petite Peste !", levant ainsi les doutes qu'Alice pouvait encore conserver quant à son implication avec les Jokers. Apparaît d'ailleurs instantanément un Lièvre de Mars solidement armé - à la fin du tome précédent, Dupré lui confiait une certaine mission : celle de protéger Alice car ses qualités télépathiques comme la performance de sa police personnelle avaient dû le prévenir que le Chevalier de Cœur tenterait, par la stupeur que ressentirait alors la jeune fille, de la faire "basculer" en douceur dans l'univers des Jokers.

Notre héroïne, bien que secouée, est donc sauvée une fois de plus par l'entremise de la Chapelier Family. Le Chevalier de Cœur s'éloigne, riant toujours, proclamant bien haut que Blood et Elliott sont "déjà sur l'échafaud" mais que tel n'est pas encore le cas d'Alice, laquelle "hésite encore", ce qui laisse entendre qu'elle n'est pas encore tombée, selon l'expression consacrée, "sous sa juridiction" à lui, Ace le Bourreau.

3) Pour ce qui est de Peter White, en grande discussion d'affaires avec le Chapelier au début du volume, il confesse à ce dernier qu'il perd tous ses moyens - ou presque - quand il doit aider Alice dans la prison des Jokers. Mais ses sentiments pour elle n'ont pas changé. Seulement, dès le départ - et on peut le constater dès les premières pages du premier tome d'"Alice au Royaume de Cœur" - il lui a menti au sujet du fameux flacon. Ce flacon ne contenait aucune "potion de cœur", rien que les sentiments négatifs et refoulés de la jeune fille. Parmi eux, ceux qu'elle éprouve pour sa sœur aînée. En dupant la jeune fille, en la faisant ainsi mettre de côté tout élément qui pouvait la rattacher au monde où elle était née, le Lapin Blanc espérait pouvoir la garder pour toujours à Wonderland. Et la chose a bien failli réussir. Le problème, c'est que, pour ce faire, il eût fallu que Peter acceptât de son côté de devenir une ombre, assez proche d'Alice pour qu'elle ne l'oubliât pas mais assez éloignée pour qu'elle ne se rappelât pas les dimanches passés avec Lorina et aussi ce que tous - pas seulement l'équipe Jokers-Bourreau - appellent son "crime."

Ce crime, quel est-il ?
Nous nous sommes interrogé ... et nous hésitons  . Nous sommes même allé jusqu'à songer que, dans une crise de jalousie par rapport à son ancien professeur, Alice avait pu tuer ou blesser sa sœur dont nous savons, depuis le premier Cycle, qu'elle est morte. A moins que Lorina ne se fût délibérément effacée pour qu'Alice eût toutes ses chances auprès du professeur qu'elle-même avait éconduit, se consumant ensuite à petit feu, victime de cet amour auquel elle avait tourné le dos pour que sa petite sœur fût heureuse. Mais voilà, nous savons aussi que ledit professeur a refusé les avances d'Alice tout en les provoquant en parallèle - ce qui n'est pas d'un homme bien, sur ce plan, nous partageons l'avis du Chapelier.

Or, c'est ce "crime", quel qu'il soit, qu'Alice voit dans la cellule, en la personne de Lorina. Un fantasme certes, une représentation, une illusion mais la jeune fille ne peut s'empêcher d'imaginer tout ce qu'il se passerait si Lorina était libérée : tous ses amis de Wonderland ne l'abandonneraient-ils pas au bénéfice de sa sa sœur aînée, si parfaite ? et Blood, qui ressemble tant, en tous cas physiquement, au professeur de son passé, ne tomberait-il pas sous le charme de la nouvelle venue, si parfaite, si merveilleuse, bref tout le contraire de la pauvre Alice qui, comme elle ne cesse de se le répéter depuis des pages et des pages, n'a rien pour elle, ne vaut pas grand chose, etc, etc . ?

4) avec l'arrivée de la Saison d'Avril et l'irruption des Jokers dans l'histoire, aucun retour en arrière n'est possible. Bien que, en théorie, la présence d'Alice ne soit pas interdite à Wonderland, elle est devenue, peu à peu, un grain de sable qui paraît nuire au bon déroulement du jeu. Il faut donc la supprimer : soit en l'emprisonnant, soit en lui coupant la tête.

Mais tant que la jeune fille n'a toujours pas choisi celui qu'elle aime vraiment, rien n'est possible. Pas même semble-t-il pour les Jokers. Quant à Ace, tout bourreau qu'il est, comme il se révèle, avec Alice, l'être qui hésite le plus souvent à Wonderland, et à peu près pour tout comme pour rien, il est lui aussi quelque peu paralysé. Surtout que l'idée qu'Alice, si indécise par nature, puisse tomber amoureuse de lui, son parfait jumeau sur le plan du doute et de l'indécision généralisée, n'est pas pour lui déplaire.

Enfin, enfin, ô miracle ! Alice réalise qu'elle peut abandonner le conditionnel du verbe "aimer" et qu'elle aime - au présent, mais oui, réjouissez-vous, bonnes gens ! - qu'elle aime à la folie cette canaille de Chapelier. Tout le monde pourrait enfin respirer n'était un petit détail ... c'est que l'heure est venue pour le Chapelier d'hésiter à se déclarer. On ne le dirait pas comme ça, à le voir, mais c'est un grand timide - si, si ! Dire à Alice qu'il veut coucher avec elle, ça ne le gêne pas. Lui affirmer par contre la vérité : c'est que, pour une fois, le désir, chez lui, est inextricablement lié au sentiment, ça, ça oui, par contre, ça le plonge dans l'embarras.

D'autant qu'Alice, qui le soupçonne tout de même d'être sincèrement amoureux d'elle, ne le rejoindra que s'il lui fait sa déclaration en bonne et due forme. Na !

Elle envisage d'ailleurs déjà la situation future - on en conclut donc qu'elle ne doute pas un seul instant d'amener le Chef Suprême de la Mafia de Wonderland à se déclarer, même si elle exigeait qu'il le fît en public - et se demande, non sans inquiétude, comment va réagir Vivaldi, sur le territoire de laquelle elle vit désormais. Si Alice devient officiellement la compagne du Chapelier, elle passe du coup à l'ennemi pour Vivaldi - sauf dans ce territoire sacré que reste, tant pour Vivaldi que pour Blood Dupré, lesquels sont frère et sœur, ne l'oublions pas, la fameuse Roseraie ...

Alice, vous l'avez peut-être remarqué, veut faire les choses "bien." Toujours. En la circonstance, cela implique avant tout de prévenir Peter White dont elle trouve au passage qu'il l'évite un peu trop depuis quelque temps. Elle se rend donc dans son bureau où il l'invite fort aimablement à prendre le thé. Là, elle lui dit tout à trac - ou presque - qu'elle a chois et qu'elle Aime - avec une majuscule - le Chapelier. C'est seulement après l'avoir dit que cette impulsive se rend compte que, sans le Lapin Blanc, qui n'a jamais cessé de lui témoigner sa flamme personnelle, jamais elle n'aurait fait la connaissance de Blood Dupré puisqu'elle n'aurait jamais su qu'existait Wonderland ...

Je vous laisse découvrir la fin de ce tome V d'"Alice au Royaume de Joker", fin qui vaut son pesant d'or puisqu'elle est le témoin de l'un des rares moments de violence de Peter White envers Alice ...

Et rendez-vous, je l'espère ce mois-ci, pour la fiche du sixième tome ... Bonne lecture - et faites attention à tous les détails si vous voulez comprendre un maximum à cet hommage remarquable rendu, par les éditions Quin Rose, au monde merveilleux de Lewis Carroll

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome VI   Mar 6 Fév - 17:52



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Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355928826

Extraits
Personnages





Il suffit souvent que les femmes s'y mettent pour faire progresser une affaire pour le moins compliquée, surtout si celle-ci a été compliquée presque à plaisir par les désirs masculins. Ce tome VI d'"Alice au Royaume de Joker" en est l'exemple quasi parfait et permet de faire avancer l'action, de façon à vrai dire surprenante, par l'intermédiaire de Vivaldi, la Reine de Cœur, non sans que celle-ci soit allée au passage tirer l'oreille de son petit frère, le Chapelier.

Comme nous l'avions vu au tome précédent, Alice s'était enfin résolue à avouer ses sentiments à Blood. Celui-ci en était resté coi. (Plus précisément, il avait pensé : "Oh là là !" tandis que, en parallèle, ayant lâché son aveu, Alice se disait elle-même : "Oh là là !" )  De plus, la jeune fille estimait de son côté que, tant que lui-même ne confessait pas qu'il éprouvait envers elle un sentiment autre que physique, elle n'irait pas plus loin. Nous l'avions quittée au moment où, toujours impulsive et plus ou moins inconsciente du mal qu'elle s'apprêtait à faire, elle allait annoncer la nouvelle au Lapin Blanc, nouvelle, qui, on s'en doute et bien qu'il s'y attendît plus ou moins, avait plutôt secoué Peter White.

Ce qui explique en partie la violence, tout-à-fait exceptionnelle chez cet être qui aime Alice plus qu'il ne s'aime lui-même, avec laquelle il réagit, frôlant même, sous sa forme évidemment humaine, le viol pur et simple. Qui pourrait d'ailleurs s'accomplir dès les premières pages de ce tome VI si Peter, ne retrouvant la raison et usant de son intelligence habituelle, ne choisissait le meilleur moyen pour renvoyer Alice saine et sauve droit dans les bras du Chapelier : faire mine de la frapper, la menacer carrément de "ne pas lui donner sa bénédiction" ... et la laisser s'échapper sans tenter de la rattraper. Notre héroïne ne mettra pas d'ailleurs longtemps à comprendre la tactique utilisée par le Lapin Blanc qui, après tout, n'a pas été nommé Premier ministre sans raison.

Un gros, un énorme problème
reste néanmoins sur les bras d'Alice : comment annoncer à Vivaldi qu'elle veut quitter le Château de Cœur ? (D'autant que, dans les premières pages en couleur de l'ouvrage, l'auteur fait une allusion très nette à la possibilité d'un amour lesbien ressenti par la Reine envers la jeune fille.) Signalons aussi que, dans cette version de l'histoire, qui est tout de même la troisième, Alice ignore encore que Vivaldi et Blood sont frère et sœur et ont l'habitude de se retrouver en tant que tels dans la fameuse Roseraie, jardin secret du Chapelier, que celui-ci a rendu invisible pour tout autre que certains initiés. Ce qui l'amène parfois, dans son ignorance, à suspecter Blood de jouer avec ses sentiments et de la tromper avec une autre femme.

Il n'en est rien, bien sûr, puisque cette femme, c'est Vivaldi. Ajoutons, pour finir, que, sortis de la Roseraie, l'un et l'autre redeviennent ennemis et sont capables de se battre sauvagement pour la possession de tel ou tel territoire.

Autre rôle ô combien intéressant de cette Roseraie : c'est là que Vivaldi - sans que le lecteur le sache - va convaincre son frère de monter, envers Alice, un complot il est vrai dangereux mais qui forcera la jeune fille à choisir sa voie sans possibilité pour elle de revenir en arrière. Si le moyen est périlleux, il devrait toutefois lui permettre d'échapper à la fois aux Jokers et au Bourreau. En tous cas, jusqu'à la prochaine Saison d'Avril ...

Il faut dire que, bien qu'ayant clamé au Lapin Blanc, jusqu'à la provocation pure et simple, qu'elle aimait pour de bon Blood Dupré, des irrésolutions, ou plutôt des spectres d'irrésolutions, flottent encore tout au fond du petit cœur d'Alice. Ainsi, ayant croisé dans la Forêt aux flèches et aux portes un Ace "en voyage" - lisez égaré - elle lui fait part, à lui aussi, de ses intentions toutes neuves et cette fois-ci bien déterminées envers le Chapelier. Le résultat est pour le moins inattendu : la voilà transportée une nouvelle fois dans la prison des Jokers.

C'est là que le Joker-Directeur de Cirque lui annonce ironiquement qu'Ace n'est autre que le Bourreau. Révélation qui ne déstabilise pas pour un sou la jeune fille. Le changement d'uniforme du Chevalier de Cœur, désormais habillé lui aussi d'une vareuse semblable à celle du Joker-Gardien mais un peu plus sobre, ne l'étonne absolument pas et, comme elle le fait remarquer, non sans quelque aigreur, aux deux hommes : "Je ne suis pas idiote ..." - ce que, d'ailleurs, aucun des deux ne se permet de contester.

Si Alice vient d'échouer une fois encore dans l'éternelle et atypique prison des Jokers, et si Ace lui apparaît dans l'uniforme qu'il arbore dans son rôle de Bourreau, la jeune fille n'en a pas moins conscience de douter encore - à la fois de ses torts envers sa sœur aînée et de ses sentiments envers le Chapelier. Quant à Ace, son changement d'uniforme ne l'a pas placé non plus à l'abri de ses errances personnelles. Tout bourreau officiel qu'il soit à Wonderland, il reste lui aussi dans le doute : doit-il se décider (enfin !!!) à exécuter le Chapelier et le Lièvre de Mars, lesquels sont, tous deux, tombés depuis déjà un temps considérable "sous sa juridiction" ? Et puis, lequel exécuter en premier ? Blood, qui fut la "clef" de l'évasion, ou Eliott, qui accepta la liberté proposée ? Un seul coupable suffirait peut-être ? Mais, s'il les exécute tous les deux, doit-il faire souffrir l'un plus que l'autre ? Et si oui, lequel ? ...

Je vous laisse imaginer la tête du Joker-Directeur de Cirque en entendant de tels ratiocinages dans la bouche du Bourreau ... Ce qui est tolérable chez un Ace toujours un peu dans les nuages devient carrément insupportable chez le Bourreau officiel de Wonderland ! 

Pour se remettre les idées à l'endroit, du moins peut-on le supposer, le Joker s'en va donc appuyer un pistolet sur la tempe de la Lorina-Fantasme, toujours enfermée dans sa cellule, en demandant à Alice si elle a vraiment fait son choix. Ce à quoi l'interpellée lui répond, dans un long cri et avec cette rage dont elle sait faire montre, que oui, elle veut rester avec Blood ! Coup de feu. Mais le lecteur ne voit que des taches de sang sur le sol ... C'est évidemment le moment que choisit le Chapelier pour apparaître. Comme il l'explique, avec son exquise urbanité, à Ace et au Joker, il vient chercher Alice et, au passage, peut-il leur faire remarquer qu'il est vraiment scandaleux de s'acharner comme ils le font sur une jeune fille aussi bien élevée qu'Alice Liddell ? 

Deuxième coup de feu et là, on en est certain parce que, même ombrée, on sait qu'il s'agit de sa silhouette, le Joker s'effondre ...

Puis, avec cette brusquerie virevoltante à laquelle nous a depuis longtemps habitués la série, c'est dans la prairie du Cirque, face à un Joker qui, bien qu'ayant endossé le costume du Directeur de Cirque, provisoirement indisponible en raison de blessures à soigner, n'est autre que le Joker-Gardien, que se retrouve Alice. Bien que furieux contre la jeune fille, ce Joker-là, plus bougon mais moins dissimulé que le Directeur de Cirque, et qu'Alice décide - bien que ce ne soit pas vraiment le moment - de baptiser "Joker Noir" en lui expliquant que, entre lui et son compère, elle finit par s'y perdre, lui donne un indice précieux : il lui déclare que, de tous les acteurs, lui et son double sont ceux qui ont le moins de personnalité. "Nous te reflétons, Alice ..." lui dit-il "et tant que tu auras des remords, nous ne disparaîtrons pas." Mais quand il lui propose la partie de black jack traditionnelle, "puisque c'est le jeu", ainsi qu'il le soupire, résigné, elle refuse et lui déclare qu'elle préfère rester en cette saison. En fait, elle veut savoir ce que sont devenus Blood et Ace.

Du reste de ce tome particulièrement agité, il faut retenir la rupture violente entre Vivaldi et Alice. La Reine s'est en effet persuadée que la jeune fille avait comploté sa mort et la condamne à être guillotinée. A partir de là, Alice constate, non sans amertume, que les gens de Wonderland, qu'elle aimait tant et dont elle croyait qu'ils l'aimaient aussi, surtout les acteurs, paraissent se détourner d'elle. Le Chapelier lui-même est présent à l'exécution, tranquillement assis parmi les notables et d'un calme comme toujours olympien. (Il est vrai que, même avec le canon du pistolet du Lapin Blanc sur le front, il est toujours d'un calme jupitérien.)

Alors, tout est-il bien fini pour Alice ? Tout va-t-il s'arrêter là, alors qu'elle a le cou emprisonné dans les branches de l'impressionnante guillotine toute noire et si haute, si haute ? ...

... Non, bien sûr ! Ne me dites pas que vous avez cru un instant que la mangaka avait consacré le septième et dernier tome à la description de ses funérailles !  

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Dernière édition par Masques de Venise le Mer 21 Fév - 19:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome VII & Dernier   Mar 6 Fév - 19:58



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Joker No Kuni No Alice - Circus To Usotsuki Game
Traduction : Géraldine Oudin
Adaptation Graphique : Clair Obscur


ISBN : 9782355929014

Extraits
Personnages





Il n'est, hélas, en ce monde, si bonne compagnie qui ne se quitte. Mais le monde des livres a ceci de particulier qu'il nous permet de la retrouver, cette bonne compagnie, chaque fois qu'on en éprouve la nostalgie. C'est donc à vous, et à vous seuls, lecteurs, en fonction de votre âge et de ce que vous aurez perçu, au travers des fiches que nous leur avons consacrées, des trois cycles japonais, hommages rendus sous forme de mangas, à Lewis Carroll et à son personnage-fétiche et immortel d'Alice, qu'il appartiendra ou non de choisir d'y retourner ou pas. 

De deux choses l'une : ou bien - comme je l'ai lu dans maintes critiques sur Babelio - vous n'y verrez que longueurs et histoire qui se traîne (ce qui n'est pas toujours faux, surtout dans le "Cycle de Trèfle") sans oublier l'aspect "romance à l'eau de rose", avec de timides scènes teintées d'érotisme qui ne valent pas le détour, ou bien vous chercherez, l'âge et l'expérience venant à votre rencontre, à toucher du bout de votre esprit la profondeur cachée (et parfois maladroitement ou incomplètement traitée) de cette histoire. Je vous souhaite de tout cœur de finir par déboucher sur la seconde voie, allégorique et profonde à plus d'un titre.  lol!

Pour en revenir à ce qui vous préoccupe dans l'instant, comment Alice, que nous avions abandonnée sous la guillotine de la Reine de Cœur, est-elle parvenue non à s'échapper (ce qui conserverait un aspect nettement matérialiste et, disons-le, rassurant, même à Wonderland) mais bel et bien à s'évaporer comme un souvenir ou un rêve au demeurant délicieux bien qu'en fâcheuse posture ? Car, sur la guillotine, il ne reste en effet plus rien : ni tête, ni corps, ni barrette en forme de nœud - ni sang. Impassible et hautaine, la guillotine elle-même, si élégante dans les formes imaginées pour elle par la mangaka ainsi que dans sa noirceur profonde, s'arc-boute solidement pour ne pas nous révéler le secret qu'elle détient - et qui n'est ni double-fond ni jeu de miroirs.

Curieusement
, la seule à ne pas paraître franchement étonnée, et qui sourit d'un air à la fois énigmatique et presque heureux, c'est Vivaldi. Sinon, autour d'elle, c'est la panique. On ne sait trop où est le Lapin Blanc. Le Chapelier s'est esquivé des rangs des notables conviés au spectacle. Le Chat du Chester n'est pas là, les Bloody Twins non plus et pas un seul poil de l'oreille du Lièvre de Mars n'est visible à l'horizon. Merry-go-round est absent. Julius Monrey doit être devant ses chères montres. Le Bourreau a dû s'égarer sur le chemin de l'exécution. Et, de façon générale, l'atmosphère est à l'affolement et à l'incompréhension les plus manifestes.

En effet, personne ne comprend. Au bout de quelques pages cependant, un Sans-Visage nous donnera la solution : en fait, à Wonderland, la Reine de Cœur elle-même ne peut s'opposer à la volonté du condamné si celui-ci, fût-ce à la dernière seconde, décide de descendre au royaume des Ombres, soit à la prison des Jokers. C'est la règle, c'est la Loi. Personne ne songerait à s'y opposer. Répétons-le : personne ne le pourrait.

De fait, c'est bien à la prison que nous retrouvons une fois de plus Alice. Fort absorbée dans ses pensées, la jeune fille déambule de long en large sans prêter, semble-t-il, la moindre attention aux deux Jokers, pour une fois réunis et déjà tout heureux à l'idée qu'elle va ouvrir la cellule de Lorina et y prendre la place de ce fantasme. Enfin, enfin, ils vont la compter parmi leurs prisonniers ! Et ce sera, aucun n'en doute, une captive qu'ils prendront plaisir à choyer ... Le Bourreau aussi d'ailleurs. Ace comme le Joker-Gardien n'ont-ils pas fait tous deux, chacun à son tour, une déclaration d'amour fracassante - et sincère - à cette Alice qui s'entête à vénérer le Chapelier, Chef de la Mafia et dont les mains sont aussi rouges et la personnalité aussi tordue que les leurs ?

Evidemment, Alice ayant la désagréable attitude de ne jamais faire ce qu'on attend d'elle au moment où cela réjouirait tout le monde, elle annonce froidement, comme cela, aux Jokers bouche-bée - et là, le Joker-Gardien la prend carrément à la gorge tant sa colère à lui est grande devant cet entêtement qui lui démontre, une fois de plus, qu'elle aime Dupré et rien que lui - qu'elle ne libérera Lorina qu'après avoir vu le Chapelier et lui avoir demandé pourquoi il n'a pas cherché à la sauver de la guillotine.

Non seulement elle le dit mais, sous la poigne du Joker-Gardien, elle trouve même le moyen de le hurler, réveillant tous les échos de la prison. 

Ce qui fait se matérialiser immédiatement un Chapelier toujours aussi élégant et désinvolte, qui se contente simplement de gronder sa chère petite Alice parce qu'elle tient "toujours à régler les choses toute seule" - en d'autres termes, sans lui demander secours à lui, l'homme responsable.

L'affrontement entre les Jokers et le Chapelier devient alors particulièrement sanglant. Nous ne vous en conterons pas les détails car la situation est des plus folles - une fois de plus - et vient en outre s'y intercaler un second coup de feu qui, lui, n'a pas été tiré par le Chapelier et a mis fin - provisoirement - à la vie du Joker-Gardien. Ce n'est qu'après s'être enfuie avec Blood pour gagner la Roseraie qu'Alice prend d'ailleurs conscience de cette bizarrerie : qui a tiré ?

Il y a, dans un extrait que nous avons donné du tome V, une courte scène entre le Chapelier et le Lapin Blanc qui pourrait vous mettre sur la voie, au fait ... D'autant que, vous le savez, Alice peut aussi compter sur Nightmare. Mais chut ! ... Wink

Dans la Roseraie, oh ! surprise , sur qui tombons-nous ? Mais sur Vivaldi, voyons, et, peu à peu, le lecteur comprend ce que le frère et la sœur ont risqué ensemble pour sauver Alice, en tout cas pour cette Saison d'Avril. Une Saison d'Avril qui revient régulièrement - le Joker-Directeur de Cirque, réapparaît pour l'annoncer à Alice et pour donner la représentation d'adieux d'usage.

Lui et son double - remis sur pieds - laissent derrière eux une Alice qui s'est enfin officiellement mise en ménage avec le Chapelier et que les membres du clan mafieux s'amusent à surnommer "Patronne" parce que ça l'énerve. Oh ! Tout ne s'est pas calmé pour autant. Devenue la deuxième personne la plus importante dans le Clan du Chapelier, Alice entend bien ne pas rester sur la touche et, si elle se refuse à régler certaines affaires qui font couler trop de sang, elle n'aura de cesse de devenir négociatrice pour son époux - car, vous l'avez deviné, ce couple terrible finit par s'unir très officiellement.

Cet épisode est un peu plus court que les précédents mais le bonus, où Alice se voit projetée, lors d'un déménagement, au Royaume de Carreau, là où les protagonistes que nous connaissons ont tous quelques années en moins, est des plus intéressants. Enfin, à notre humble avis.

Alice y croise tout d'abord un Chapelier qui n'est pas "le sien" - du moins l'affirme-t-elle et l'assure-t-il lui aussi de son côté - un Joker-Gardien contrôleur de train et un Ace toujours aussi ... perdu et sympathique. Mais cet épilogue a pour effet de nous rappeler la théorie des mondes spatio-temporels contigus largement utilisée dans le Cycle de Trèfle, et d'achever la série sur une note très ambiguë. Dans deux cases - rien que deux - alors que le Lièvre de Mars et le Chapelier de ce Royaume de Carreau discutent, le lecteur a tout-à-coup l'impression très nette d'être en présence des personnages du Royaume de Cœur.

Par la force des choses, on pense alors à l'anneau de Moebius sur la conformation du Temps.
 Se greffe là-dessus la conclusion donnée par Alice : "Ne brisez pas ce temps", sur l'image fameuse de la tea-party habituelle du Chapelier. Conclusion qui serait susceptible de nous indiquer que, en un sens, la Mort n'existe pas justement parce que les temps et les espaces se mêlent. Le Passé est-il vraiment le Passé après avoir été le Présent ? Et le Futur n'est-il qu'un Passé en devenir ? ...

En résumé, si, d'une part, on a suivi l'histoire depuis le premier Cycle, et si, d'autre part, on se passionne pour les univers spatio-temporels, leur réalité - évoquée jusque par Eisntein lui-même - leur négation par les sceptiques, et si, surtout, l'on demeure persuadé que l'Artiste, quel qu'il soit, peut atteindre, dans sa création, à des dimensions dont lui-même n'a pas toujours pleinement conscience, ce septième et dernier tome du dernier cycle d'"Alice" chez l'éditeur Quin Rose, non seulement se place dans la continuation parfaite du premier cycle mais prouve, s'il le fallait, que, en partant d'un jeu-vidéo qui, lui-même, se basait sur une œuvre littéraire du XIXème siècle britannique, laquelle œuvre était née d'un rêve (c'est ce que Lewis Carroll n'a cessé d'affirmer tout au long de son existence), on peut faire faire peau neuve à un mythe, bien sûr, mais aussi, et surtout, créer, pour ce mythe, une dimension toute nouvelle - qui, d'ailleurs, existait peut-être avant que nous nous en apercevions ...

Voici pourquoi, en dépit de ses imperfections, cette série d'"Alice à Wonderland" en trois cycles mérite d'être lue et relue et d'être étudiée aussi bien par le prisme du manga - pourquoi bouder son plaisir ? - que par tout un assemblage de prismes aussi divers que nombreux, voire insoupçonnés ... et que vous découvrirez en vous.

Tout ce qui brille n'est pas or, dit un proverbe. Mais il a certainement son contraire qui le complète. Songez à la clef qu'Alice prendra si longtemps pour celle qui doit ouvrir la porte de la cellule de Lorina et à l'autre clef, celle-là invisible et bien plus complexe, qui a permis la libération du Lièvre de Mars : tout un symbole.

A chacun de l'interpréter. 

Bonne chance à vous et merci d'avoir suivi toutes ces fiches !

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MessageSujet: Alice Au Royaume de Joker - Tome VII & Dernier   Mar 6 Fév - 19:58



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Il n'est, hélas, en ce monde, si bonne compagnie qui ne se quitte. Mais le monde des livres a ceci de particulier qu'il nous permet de la retrouver, cette bonne compagnie, chaque fois qu'on en éprouve la nostalgie. C'est donc à vous, et à vous seuls, lecteurs, en fonction de votre âge et de ce que vous aurez perçu, au travers des fiches que nous leur avons consacrées, des trois cycles japonais, hommages rendus sous forme de mangas, à Lewis Carroll et à son personnage-fétiche et immortel d'Alice, qu'il appartiendra ou non de choisir d'y retourner ou pas. 

De deux choses l'une : ou bien - comme je l'ai lu dans maintes critiques sur Babelio - vous n'y verrez que longueurs et histoire qui se traîne (ce qui n'est pas toujours faux, surtout dans le "Cycle de Trèfle") sans oublier l'aspect "romance à l'eau de rose", avec de timides scènes teintées d'érotisme qui ne valent pas le détour, ou bien vous chercherez, l'âge et l'expérience venant à votre rencontre, à toucher du bout de votre esprit la profondeur cachée (et parfois maladroitement ou incomplètement traitée) de cette histoire. Je vous souhaite de tout cœur de finir par déboucher sur la seconde voie, allégorique et profonde à plus d'un titre.  lol!

Pour en revenir à ce qui vous préoccupe dans l'instant, comment Alice, que nous avions abandonnée sous la guillotine de la Reine de Cœur, est-elle parvenue non à s'échapper (ce qui conserverait un aspect nettement matérialiste et, disons-le, rassurant, même à Wonderland) mais bel et bien à s'évaporer comme un souvenir ou un rêve au demeurant délicieux bien qu'en fâcheuse posture ? Car, sur la guillotine, il ne reste en effet plus rien : ni tête, ni corps, ni barrette en forme de nœud - ni sang. Impassible et hautaine, la guillotine elle-même, si élégante dans les formes imaginées pour elle par la mangaka ainsi que dans sa noirceur profonde, s'arc-boute solidement pour ne pas nous révéler le secret qu'elle détient - et qui n'est ni double-fond ni jeu de miroirs.

Curieusement
, la seule à ne pas paraître franchement étonnée, et qui sourit d'un air à la fois énigmatique et presque heureux, c'est Vivaldi. Sinon, autour d'elle, c'est la panique. On ne sait trop où est le Lapin Blanc. Le Chapelier s'est esquivé des rangs des notables conviés au spectacle. Le Chat du Chester n'est pas là, les Bloody Twins non plus et pas un seul poil de l'oreille du Lièvre de Mars n'est visible à l'horizon. Merry-go-round est absent. Julius Monrey doit être devant ses chères montres. Le Bourreau a dû s'égarer sur le chemin de l'exécution. Et, de façon générale, l'atmosphère est à l'affolement et à l'incompréhension les plus manifestes.

En effet, personne ne comprend. Au bout de quelques pages cependant, un Sans-Visage nous donnera la solution : en fait, à Wonderland, la Reine de Cœur elle-même ne peut s'opposer à la volonté du condamné si celui-ci, fût-ce à la dernière seconde, décide de descendre au royaume des Ombres, soit à la prison des Jokers. C'est la règle, c'est la Loi. Personne ne songerait à s'y opposer. Répétons-le : personne ne le pourrait.

De fait, c'est bien à la prison que nous retrouvons une fois de plus Alice. Fort absorbée dans ses pensées, la jeune fille déambule de long en large sans prêter, semble-t-il, la moindre attention aux deux Jokers, pour une fois réunis et déjà tout heureux à l'idée qu'elle va ouvrir la cellule de Lorina et y prendre la place de ce fantasme qui ne leur est plus utile. Enfin, enfin, ils vont compter Alice l'Incomparable, la Si Désirée, parmi leurs prisonniers ! Et ce sera, aucun n'en doute, une captive qu'ils prendront plaisir à choyer ... Le Bourreau aussi d'ailleurs. Ace comme le Joker-Gardien n'ont-ils pas fait tous deux, chacun à son tour, une déclaration d'amour fracassante - et sincère - à cette Alice qui s'entête à vénérer le Chapelier, Chef de la Mafia et dont les mains sont aussi rouges et la personnalité aussi tordue que les leurs ?

Evidemment, Alice ayant la désagréable habitude de ne jamais faire ce qu'on attend d'elle au moment où cela réjouirait tout le monde, elle annonce froidement, comme cela, aux Jokers bouche-bée - et là, le Joker-Gardien la prend carrément à la gorge tant sa colère à lui est grande devant cet entêtement qui lui démontre, une fois de plus, qu'elle aime Dupré et rien que lui - qu'elle ne libérera Lorina qu'après avoir vu le Chapelier et lui avoir demandé pourquoi il n'a pas cherché à la sauver de la guillotine.

Non seulement elle le dit mais, sous la poigne du Joker-Gardien, elle trouve même le moyen de le hurler, réveillant tous les échos de la prison. 

Ce qui fait se matérialiser immédiatement un Chapelier toujours aussi élégant et désinvolte, qui se contente simplement de gronder sa chère petite Alice parce qu'elle tient "toujours à régler les choses toute seule" - en d'autres termes, sans lui demander secours à lui, l'homme responsable.

L'affrontement entre les Jokers et le Chapelier devient alors particulièrement sanglant. Nous ne vous en conterons pas les détails car la situation est des plus folles - une fois de plus - et vient en outre s'y intercaler un second coup de feu qui, lui, n'a pas été tiré par le Chapelier et a mis fin - provisoirement - à la vie du Joker-Gardien. Ce n'est qu'après s'être enfuie avec Blood pour gagner la Roseraie qu'Alice prend d'ailleurs conscience de cette bizarrerie : qui a tiré ?

Il y a, dans un extrait que nous avons donné du tome V, une courte scène entre le Chapelier et le Lapin Blanc qui pourrait vous mettre sur la voie, au fait ... D'autant que, vous le savez, Alice peut aussi compter sur Nightmare. Mais chut ! ... Wink

Dans la Roseraie, oh ! surprise , sur qui tombons-nous ? Mais sur Vivaldi, voyons, et, peu à peu, le lecteur comprend ce que le frère et la sœur ont risqué ensemble pour sauver Alice, en tout cas pour cette Saison d'Avril. Une Saison d'Avril qui revient régulièrement - le Joker-Directeur de Cirque, réapparaît pour l'annoncer à Alice et pour donner la représentation d'adieux d'usage.

Lui et son double - remis sur pieds - laissent derrière eux une Alice qui s'est enfin officiellement mise en ménage avec le Chapelier et que les membres du clan mafieux s'amusent à surnommer "Patronne" parce que ça l'énerve. Oh ! Tout ne s'est pas calmé pour autant. Devenue la deuxième personne la plus importante dans le Clan du Chapelier, Alice entend bien ne pas rester sur la touche et, si elle se refuse à régler certaines affaires qui font couler trop de sang, elle n'aura de cesse de devenir négociatrice pour son époux - car, vous l'avez deviné, ce couple terrible finit par s'unir très officiellement.

Cet épisode est un peu plus court que les précédents mais le bonus, où Alice se voit projetée, lors d'un déménagement, au Royaume de Carreau, là où les protagonistes que nous connaissons ont tous quelques années en moins, est des plus intéressants. Enfin, à notre humble avis.

Alice y croise tout d'abord un Chapelier qui n'est pas "le sien" - du moins l'affirme-t-elle et l'assure-t-il lui aussi de son côté - un Joker-Gardien contrôleur de train et un Ace toujours aussi ... perdu et sympathique. Mais cet épilogue a pour effet de nous rappeler la théorie des mondes spatio-temporels contigus largement utilisée dans le Cycle de Trèfle, et d'achever la série sur une note très ambiguë. Dans deux cases - rien que deux - alors que le Lièvre de Mars et le Chapelier de ce Royaume de Carreau discutent, le lecteur a tout-à-coup l'impression très nette d'être en présence des personnages du Royaume de Cœur.

Par la force des choses, on pense alors à l'anneau de Moebius sur la conformation du Temps.
 Se greffe là-dessus la conclusion donnée par Alice : "Ne brisez pas ce temps", sur l'image fameuse de la tea-party habituelle du Chapelier. Conclusion qui serait susceptible de nous indiquer que, en un sens, la Mort n'existe pas justement parce que les temps et les espaces se mêlent. Le Passé est-il vraiment le Passé après avoir été le Présent ? Et le Futur n'est-il qu'un Passé en devenir ? ...

En résumé, si, d'une part, on a suivi l'histoire depuis le premier Cycle, et si, d'autre part, on se passionne pour les univers spatio-temporels, leur réalité - évoquée jusque par Einsntein lui-même - leur négation par les sceptiques, et si, surtout, l'on demeure persuadé que l'Artiste, quel qu'il soit, peut atteindre, dans sa création, à des dimensions dont lui-même n'a pas toujours pleinement conscience, ce septième et dernier tome du dernier cycle d'"Alice" chez l'éditeur Quin Rose, non seulement se place dans la continuation parfaite du premier cycle mais prouve, s'il le fallait, que, en partant d'un jeu-vidéo qui, lui-même, se basait sur une œuvre littéraire du XIXème siècle britannique, laquelle œuvre était née d'un rêve (c'est ce que Lewis Carroll n'a cessé d'affirmer tout au long de son existence), on peut faire faire peau neuve à un mythe, bien sûr, mais aussi, et surtout, créer, pour ce mythe, une dimension toute nouvelle - qui, d'ailleurs, existait peut-être avant que nous nous en apercevions ...

Voici pourquoi, en dépit de ses imperfections, cette série d'"Alice à Wonderland" en trois cycles mérite d'être lue et relue et d'être étudiée aussi bien par le prisme du manga - pourquoi bouder son plaisir ? - que par tout un assemblage de prismes aussi divers que nombreux, voire insoupçonnés ... et que vous découvrirez en vous.

Tout ce qui brille n'est pas or, dit un proverbe. Mais il a certainement son contraire qui le complète. Songez à la clef qu'Alice prendra si longtemps pour celle qui doit ouvrir la porte de la cellule de Lorina et à l'autre clef, celle-là invisible et bien plus complexe, qui a permis la libération du Lièvre de Mars : tout un symbole.

A chacun de l'interpréter. 

Bonne chance à vous et merci d'avoir suivi toutes ces fiches !

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Alice Au Royaume de Joker - Fujimaru Mamenosuke

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