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Louise - Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle

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Masques de Venise
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MessageSujet: Louise - Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle   Sam 28 Oct - 12:08



Etoiles Notabénistes : ******

Louise
Traduction : Jacky Martin


ISBN : Inconnu mais 9782258055834 pour l'Intégrale parue chez Omnibus et dont est extrait ce texte

Extraits
Personnages


Ah ! mes amis, mais, si j'omettais de vous parler de Louise, je n'hésiterais pas à me couvrir la tête de cendres et à me rendre, ainsi barbouillée et en voiles noirs, poussant des lamentations dignes d'une pleureuse professionnelle, sur la tombe de celui qui lui prêta vie, probablement en s'inspirant de quelque modèle croisé dans la société qu'il fréquentait ! Non, vraiment, je ne saurais faire autrement ! Car, par l'intermédiaire de cette nouvelle, véritable petit chef-d'œuvre de cruauté sociale, c'est proprement l'Immortalité que Somerset Maugham a offerte à l'une de ses héroïnes certes les moins sympathiques mais qui, dans le fond, avait bien des raisons d'agir comme elle le fit. Permettez-moi de vous expliquer l'affaire en peu de mots et vous jugerez ensuite par vous-même  - enfin, "peu de mots", chez moi, vous savez ce que cela veut dire  Wink et je vous remercie par avance de votre indulgence envers ce gracieux euphémisme d'autant que la vie de cette pauvre Louise déborde elle-même d'euphémismes en tout genre pour qualifier l'infirmité qui la tenaillait. lol!

Cette pauvre Louise, donc, avait été, non pas dès la naissance mais alors qu'elle n'était que la plus innocente des enfants, frappée par une maladie qui était à l'époque capable de faire des ravages, et ceci dans toutes les classes sociales : la terrible scarlatine. Ses parents, au comble du désespoir, car ils chérissaient leur fille unique avec toute la passion qu'éprouvent d'ordinaire les parents d'enfants uniques, crurent bien que la petite malheureuse les abandonnerait plus tôt que prévu à leur solitude sur cette terre d'amertume. Mais le Ciel se montra miséricordieux. Il sauva Louise mais, tel la troisième marraine de "La Belle au Bois-Dormant", il ne put rompre tout à fait la malédiction et, si la pauvre petite retrouva certes toutes ses couleurs et une respiration régulière, elle était désormais pourvue d'un souffle au cœur qui exigeait, vous vous en doutez, les plus grands ménagements.

Et, pour la ménager, on la ménagea, cette chère Louise !
Ses parents étaient même persuadés que la délicate et fragile jeune fille aux grands yeux mélancoliques qu'elle était devenue ne parviendrait jamais à se soumettre aux rigueurs du mariage. Ne nous étendons pas sur un sujet aussi bassement trivial mais enfin, il est vrai, nul ne le niera, que le mariage nécessite des forces, tant physiques que morales et même mentales dont ce pauvre petit cœur malade, qui maintenait vaille que vaille en vie un corps des plus charmants, ne serait assurément pas capable. Pourtant, par une nouvelle ironie sinistre du Destin, la chère Louise ne manquait pas de soupirants ... Et, finalement, peut-être par goût personnel, peut-être parce que ses parents, peu fortunés, s'inquiétaient de ce qu'elle deviendrait après leur décès, Louise se résolut - on imagine avec quelle appréhension !   - à confier son cœur si fragile au  beau, athlétique et riche Tom Maitland. Doté pour sa part d'un cœur aussi solide que compatissant, Tom ne défaillit pas quand on lui apprit qu'il était désormais le dépositaire officiel de la santé, aussi délicate qu'une porcelaine de Saxe, répétons-le et répétons-le encore, de notre malheureuse héroïne. Mais le brave et vigoureux garçon se promit bien de tout faire pour que la pauvre enfant vécût en paix les années à venir, lesquelles seraient assurément peu nombreuses, ainsi qu'elle le lui déclara elle-même avant la cérémonie, avec cette touchante résignation qui n'appartenait qu'à elle. Il renonça donc, de son propre choix, à pratiquer les sports qu'il aimait et dans lesquels il excellait et modela son existence sur les désirs de la jeune femme qui avait, on ne sait par quel miracle de volonté et d'amour, réussi à lui donner une fille, la petite Iris. Et il ne cessa jamais d'affirmer haut et clair, à toutes les mauvaises langues (comme ce Somerset Maugham entre autres, que Louise s'entêtait à fréquenter sous prétexte qu'il appartenait au monde de ces artistes qui la fascinaient tant), que les crises cardiaques qui, au début de leur union, affligeaient périodiquement son épouse dès qu'il s'apprêtait à partir pour le golf ou la chasse, ou encore à la quitter pour la plus simple des promenades, n'étaient strictement pour rien dans sa décision de vivre avec Louise et comme Louise - cette Louise si maltraitée par la Vie et qu'on ne pouvait tout simplement pas s'empêcher d'adorer pourvu, bien entendu, qu'on ne fût pas un monstre d'égoïsme.

Le Destin, décidément aussi ironique et grinçant que Maugham en personne, se chargea de rendre Louise veuve après une promenade en bateau où elle avait entraîné son fidèle compagnon, lequel avait continué à ramer énergiquement sans se soucier d'un chaud-froid éventuel, tout heureux de voir sa Louise adorée à demi-ensevelie mais toute souriante sous l'amas de couvertures qu'ils avaient pris la précaution d'emporter justement en prévision des changements de température éventuels. Il faut le dire tout net : on ne sait par quel miracle Louise survécut à ce décès aussi brutal qu'inattendu. Non seulement elle était veuve, mais sa fille se retrouvait sans père. Certes, Tom leur avait laissé une fortune confortable mais comment concevoir que l'argent, cette chose si grossière, fût à même de remplacer les attentions pleines de tendresse d'un homme et d'un père aussi aimant ?

Bien sûr, les amis de cette chère Louise se relayaient à son chevet, la laissaient à peine étendre un doigt pour s'emparer languissamment d'un livre qu'elle fermait presque aussitôt avec un soupir désabusé et, dans le salon où elle ne pouvait percevoir leurs angoisses, tournaient en rond, se cognant parfois les uns dans les autres, dans la quête de LA solution qui permettrait à Louise de sortir de l'horrible situation où l'avait menée la mort de Tom. Ce Tom, un mari aussi charmant, aussi attentionné, aussi aimant, comment avait-il pu mourir ainsi, sans tambour ni trompette, sans se soucier un seul instant du tort qu'il causerait ainsi à sa fragile épouse ? Car, c'était aussi net que le nez au milieu du visage, si cela continuait ainsi, elle le suivrait bientôt dans la tombe ...

Ce fut alors que le Ciel - pardon, la troisième des marraines-fées - intervint là encore et insuffla à cette petite merveille de courage qu'était Louise la force inouïe de se remarier, dans l'intérêt primordial, ainsi qu'elle ne manqua pas de le faire remarquer à son entourage d'une voix ... euh ... quasi mourante et toujours aussi résignée et douce, de sa chère Iris. Le nouvel élu était jeune, était beau, était riche lui aussi, et littéralement enivré à l'idée de consacrer sa vie à combler les quelques années qu'il restait à la malheureuse infirme qu'était Louise - enfin, c'est ainsi qu'elle avait pris, peu à peu, l'habitude de se considérer. "Je ne vous dérangerai pas bien longtemps," prévint-elle d'ailleurs son fiancé, avec une tendre tristesse. Si peu que ce militaire ambitieux, qui rêvait de faire carrière, préféra abandonner l'Armée de Sa Très Gracieuse Majesté, ainsi que Tom Maitland avait en son temps laissé choir les sports qu'il aimait tant pour privilégier la santé de sa bien-aimée Louise, et passa désormais le reste de ses jours à Monte-Carlo pendant l'hiver et à Deauville pendant l'été - deux villes dont le climat convenait à merveille à la maladie de Louise.

Vous conviendrez avec moi que, alors qu'Iris arrivait sur ses vingt ans, le Destin se montra tout bonnement diabolique en arrachant de force son second mari à la pauvre infirme. Louise, à se stade, ne savait plus quoi faire. Ses amis, qui avaient vieilli tout comme elle, recommencèrent à se faire du souci et à tourner en rond, à la poursuite de l'Eternelle Solution. Louise avait beau leur affirmer qu'il ne fallait pas se préoccuper d'une vieille femme comme elle, qui, d'ailleurs, ne saurait tarder à rendre son âme au Seigneur, rien n'y faisait. Heureusement qu'Iris s'attaqua au problème et décida à son tour de se dévouer à sa pauvre infirme de mère. Au point - oui, mesdames et messieurs et avouez que vous en restez cois  - de refuser les plus brillants partis - un en particulier pour lequel elle avait vraiment un très grand faible.

Mais que voulez-vous ! Pour la digne descendante de Tom Maitland, le mot "devoir" avait un sens.

Fort heureusement,
le Ciel ... Non, la Méchante Fée Carabosse, estimant qu'elle observait toute cette honteuse comédie depuis trop longtemps, bouscula brutalement la troisième marraine-fée, qui, les larmes aux yeux, baignait dans le bonheur d'avoir réussi à convaincre Iris de vouer l'intégralité de sa jeunesse et de sa vie même à veiller sur sa mère, et, perdant patience et maudissant, en force termes imagés, les imbéciles qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, accepta, la rage au cœur, de se livrer à un acte de bonté - ce qu'elle faisait très rarement mais que voulez-vous, quand il faut aller au charbon, même les Fées Carabosse se retroussent les manches et y vont carrément ... Ajoutons que, dans ce cas précis, Carabosse y alla tout de même assez joyeusement, en sifflotant l'allègre petite chanson imaginée par Disney pour les Sept Nains - puisque je vous le certifie !

Je vous confierais bien le tour - atroce - qu'elle joua alors à notre pauvre Louise, toujours aussi triste, aussi douce, aussi résignée qu'en sa jeunesse, mais comme se serait, sans doute aucun, vous priver de lire une chute tout bonnement délicieuse de méchanceté et d'humour noir, je ne me le permettrai pas. A vous, donc, de vous procurer "Louise" et de la découvrir dans tout son éclat. Cela ne m'étonnerait point si ladite fin vous mettait en joie - d'autant que beaucoup d'entre nous ont eu (et ont peut-être encore) une jumelle de Louise, dans leur famille ou leur entourage. Si tel est le cas, alors, vous jubilerez, j'en suis sûre. Et je vous avouerai, pour finir, que "Louise" reste à jamais pour moi l'une de mes nouvelles préférées de son auteur. Ça ne devrait pas vous étonner beaucoup : vous connaissez tous mon mauvais fond ...

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
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