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La Maison d'Ilse - Alison Lurie (USA) - XXème Siècle

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Maison d'Ilse - Alison Lurie (USA) - XXème Siècle   Dim 29 Oct - 11:19



Etoiles Notabénistes : ******

Ilse's House
Traduction : Céline Schwaller pour Rivages  - Bibliothèque Etrangère


ISBN : Inconnu mais 9782743600372 pour "Femmes & Fantômes" dont est tirée cette nouvelle

Extraits
Personnages


Alison Lurie
, qui commença à se tourner vers l'écriture dans les années cinquante et, malgré de très nombreux refus d'éditeurs, se cramponna à son désir jusqu'à percer enfin dans le métier et même y obtenir le Prix Pulitzer en 1984, est surtout connue pour ses romans. Le plus célèbre d'entre eux, en France, reste "La Vérité sur Lorin Jones", Prix Fémina étranger 1988. Et vous trouverez certainement des fiches relatives à au moins deux des ses essais sur la littérature enfantine dans notre rubrique "Biographies et Documents sur La Littérature et les Arts."

Par ailleurs, Lurie nous a également concocté quelques recueils de nouvelles dont "Femmes et Fantômes", qui ne traite que de l'intrusion de l'Au-Delà dans la Réalité. Vous en trouverez ici une fiche globale, l'une des plus ancienne de ce Forum-Bibliothèque, si mes souvenirs sont bons.

C'est d'ailleurs "La Maison d'Ilse" qui ouvre ce recueil dans lequel, je tiens à le rappeler, je n'ai lu que des textes de très haute tenue pour le genre abordé. On retiendra avant tout de cette première nouvelle une impression marquante de froid et de solitude car l'action se situe dans une grande ville américaine de l'Est, en hiver, alors que la neige rôde ou s'étale, avec son éblouissante et trompeuse insouciance, sur les trottoirs, les pelouses, les voitures ... Et pourtant, le climat intérieur est chaud, brûlant même. Nous tombons en effet en pleine idylle, une idylle quasi parfaite, à fort peu de détails près, entre Gregor Spiegelman, professeur d'Histoire économique des Balkans à l'Université du lieu et par ailleurs Directeur d'Etudes à ladite Université pour on ne sait trop combien de projets, et Dinah, une courtière d'un nombre conséquent d'années sa cadette (Greg, comme elle l'appelle, a cinquante-quatre ans), qui a, de son côté, tout aussi brillamment réussi dans la finance.

Leur liaison dure depuis déjà pas mal de temps et Dinah passe de plus en plus de nuits et de week-ends dans la grande et fort belle maison que son amant - fortune et statut social obligent - possède en banlieue. Le lieu est à l'image de leur relation : idyllique quoique un peu isolé. Mais enfin, comme cela, il n'y a pas d'intrus pour venir les embêter, n'est-ce pas ?

Cependant, un dimanche matin que Dinah, s'étant levée un peu plus tôt pour préparer à son Bien-Aimé un authentique petit-déjeuner à l'Américaine - il prétend en effet n'en avoir jamais goûté qui mérite ce nom - pénètre dans la cuisine encore plongée dans une demi pénombre et bien close, elle distingue, dépassant d'une anfractuosité située entre un réfrigérateur et l'évier (ou entre deux meubles, je ne me rappelle plus très bien), une paire de jambes emprisonnées dans un gros collant de laine grise et s'enfonçant dans deux ballerines de toile noire, toutes usées. Sous le choc, la jeune femme fait un bond en arrière, allume le plafonnier et se précipite. Trop tard, bien sûr : en supposant qu'il y ait eu quelqu'un, la personne, en tout cas, s'est envolée.

Dinah, qui a accepté depuis peu la demande en mariage que lui a adressée fort solennellement son prétendant quinquagénaire, préfère ne pas évoquer l'incident. Mais cet événement inquiétant, le visage aux traits fripés et malheureux de la toute petite bonne femme assise par terre et comme coincée dans ce trou entre deux éléments de cuisine, continuent à la hanter. Elle en arrive à la conclusion qu'il s'agit du spectre de la première épouse de Grégor, Ilse, une Tchèque qu'il avait eue jadis pour élève et qui, ne pouvant s'habituer ni au rythme ni aux coutumes de la civilisation américaine, avait préféré divorcer pour rejoindre sa Tchécoslovaquie natale. La seule et unique fois où Gregor avait évoqué Ilse, il l'avait fait avec tristesse, déplorant que, malgré tous les efforts de la jeune femme et malgré tous ceux, éreintants, qu'il avait faits de son côté pour l'aider, malgré tout son amour et malgré toute sa détermination, il n'était pas parvenu à rétablir la situation et à la dissuader de divorcer. Evidemment, Ilse était étonnamment têtue et quand elle avait une idée dans la tête ... Mais quel gâchis tout de même - bien que, à bien y regarder, ce fût elle qui, bien plus lourdement que Greg, en portât la responsabilité ...

Bien entendu, vous vous en doutez, l'apparition remet ça, non pas une mais plusieurs fois. Jamais, notez-le bien cependant, lorsque Dinah est sur ses gardes : toujours lorsqu'elle s'y attend le moins. A bout de nerfs, Dinah demande alors à Greg de vendre la maison. Celui-ci, qui n'y comprend goutte, s'y refuse. Après tout, depuis le temps, il a tiré une croix sur son lointain premier mariage et, dans cette maison par ailleurs si pratique, il a aussi connu de bien bons moments. En dernier recours, Dinah se résout à lui demander de faire construire un petit placard dans la cuisine, là où apparaît toujours la femme en ballerines noires. On ne sait trop d'ailleurs pourquoi Dinah s'imagine à tout prix qu'elle a affaire d'une part à la première épouse de Greg, d'autre part pourquoi elle est persuadée de sa mort. Certes, on entre bien dans l'esprit de Dinah mais, pour songer à ce qu'il lui arrive, elle parle de jalousie éprouvée par Ilse si elle est morte (on vit si mal, de l'autre côté du Rideau de Fer) et, si elle est vivante, de la possibilité pour elle, toujours sous l'effet de la jalousie à l'approche du remariage de Greg, d'expédier aux USA, pour dissuader la future seconde épouse de se lancer dans l'aventure, une espèce de corps astral. Nul n'ignore que certaines personnes en sont capables. Pourquoi pas Ilse ?

Deux points sont à remarquer sur les cogitations pour le moins curieuses de Dinah : d'abord, elle ne s'interroge pas sur la manière dont Ilse serait morte et encore moins, si elle est toujours en vie, sur la façon dont elle aurait pu apprendre le remariage de son ex-époux ! Enfin, il ne me semble pas avoir lu quoi que ce soit sur des pratiques shamaniques ou extra-sensorielles dont Ilse aurait eu l'habitude et que Greg aurait rapportées à Dinah ...

Pour apaiser sa future, Greg consent à faire construire le fameux placard. Provisoirement satisfaite et pour bien marquer son territoire, Dinah y range immédiatement une foule de choses. Mais, quand elle en ouvre la porte pour en reprendre certaines, que voit-elle ? Bingo ! La petite bonne femme aux ballerines noires et aux collants gris, aux traits si tristes et tout chiffonnés, mais plus petite que d'habitude, comme si elle avait adapté sa taille à ce que lui laissaient de place les montants et les étagères du placard ...

Sonne alors pour Dinah l'heure de tout expliquer à Greg. Et alors, là ...

Alors là, mes amis, je préfère ne pas vous raconter.
Permettez-moi de clore cette modeste fiche par le pendant au fameux proverbe (parfait d'ailleurs pour Greg) "Tout ce qui brille n'est pas or", à savoir "Tout spectre n'est pas forcément animé de mauvaises intentions ..."

Méditez là-dessus et, si "La Maison d'Ilse" vous plaît, sachez que nous reparlerons fatalement, un jour ou l'autre, de "La Commode", autre nouvelle fantastique due à la plume d'Alison Lurie. D'ici là, bonne lecture et cogitez bien - allez jusqu'au bout de vos pensées, ce que n'a pas osé faire la pauvre Dinah.

_________________
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