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La Femme d'Un Sage - Arthur Schnitzler (Autriche) - XIXème / XXème siècles

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MessageSujet: La Femme d'Un Sage - Arthur Schnitzler (Autriche) - XIXème / XXème siècles   Jeu 9 Nov - 11:36



Etoiles Notabénistes : ******

Die Frau des Weisen
Traduction : Brigitte Vergne-Cain & Gérard Rudent pour le premier tome des "Romans & Nouvelles" à La Pochothèque

ISBN : inconnu mais 9782253063148 pour l'exemplaire de la Pochothèque

Extraits
Personnages


Ambitieuse et subtile nouvelle que cette "Femme d'Un Sage" imaginée (ou transcrite sur un modèle de jeunesse) par l'écrivain et dramaturge Arthur Schnitzler dont tout le monde connaît la pièce "La Ronde" ne serait-ce que grâce au génie de Max Ophüls. Ajoutons que la pièce, plus longue, est également bien plus grinçante et terriblement plus noire encore - si la chose est possible. C'est elle qui ouvre d'ailleurs le tome I des "Romans et Nouvelles" de l'auteur à "La Pochothèque."

Schnitzler,
qui était aussi docteur en médecine, ouvrit son premier cabinet médical à la mort de son père. Lors de ses études, il s'était passionné pour diverses branches dont on retiendra surtout la neurologie, la chirurgie et l'étude des maladies vénériennes. Enfin, il avait dévoré la traduction de Charcot, faite en allemand par Freud, dont les théories l'intéressaient énormément - tout comme Stefan Zweig, et avec qui il entretint une correspondance. Cependant, si elle la souligne, l'influence freudienne n'explique pas l'incroyable complexité des personnages imaginés par Schnitzler. Non sans malice, Freud lui écrivit un jour qu'il voyait en lui son "double" personnel. Et il est certain que, dans l'œuvre de l'auteur autrichien, la psychanalyse, qui ne porte pas encore de nom, s'affiche sans complexes dans les non-dits, les sous-entendus, l'attitude souvent incompréhensible et improductive pour eux-mêmes des personnages et l'art qu'ils possèdent pour se fourrer dans d'incroyables situations affectives et émotionnelles.

Leur créateur, c'est vrai, bien qu'il se mariât sur le tard pour finir d'ailleurs par divorcer, était ce que nous appellerions "un homme à femmes." Mais leur physique n'était pas le seul à l'attirer et il aimait aussi l'intelligence chez une femme. Comme on le voit, s'il pouvait, comme tout homme de son temps, avoir des réflexes misogynes, ses connaissances médicales lui évitaient peut-être d'imputer le comportement parfois étrange de certaines représentantes de la gent féminine à la seule hystérie, cette "maladie" fourre-tout qui permit à tant d'hommes de se débarrasser à cette époque d'une compagne devenue dérangeante.

"La Femme d'Un Sage",
titre évocateur en lui-même, est une nouvelle dont on soulignera l'extrême finesse. A la première lecture et si l'on s'y connaît peu dans l'œuvre de Schnitzler, on a l'impression de n'en avoir pas saisi grand chose - ou très peu. Encore n'est-on pas bien sûr de ce que l'on est censé y avoir compris. Mais, avec un petit effort, on se rend compte que l'"aventure" vécue par le narrateur a été montée de toutes pièces par Friederike, l'épouse de l'un de ses professeurs de l'époque, chez qui il avait pris pension pour un an alors qu'il débutait ses études de médecine, et qu'elle n'a pas plus de réalité qu'un spectre en plein soleil.

Les questions qu'il nous reste à nous poser sont les suivantes :

1) Friederike était-elle consciente de ce qu'elle faisait ?

2) Si oui, le faisait-elle a) pour tuer le temps, par pur ennui et recherche du plaisir sexuel ? ; b) par besoin mental plutôt que physique ? ; c) pour torturer un mari qu'elle aimait peut-être sans que cela l'empêchât de le tenir pour une femmelette ? d) par haine générale des hommes ?

3) S'était-elle déjà livrée à ce petit jeu sans que personne - hormis son mari - ne remarquât rien ou ne voulût rien remarquer pour ne pas être mêlé à un scandale, avec toutes les conséquences que cela risque d'impliquer dans une petite ville de province ?

4) Enfin, si le narrateur, retrouvé par hasard sept ans plus tard, alors que la jeune femme est elle aussi en vacances avec le petit garçon qu'elle a eu entretemps, avait accepté, à l'instar de n'importe quel mufle de bas-étage, de jouer le jeu en se rendant au rendez-vous nocturne qu'elle lui avait fixé, se serait-elle enfin abandonnée physiquement ou aurait-elle rejoué, avec quelques variantes dues au changement de décor et de situation, la partition du passé, dans le genre : "Oh ! mon ami, j'ai peur ... On pourrait nous voir ... Regardez ces ombres, par là-bas ... Non, non ... Nous reviendrons demain ... etc, etc ..." ?

Le narrateur, lui, préfère ne prendre aucun risque et l'on devine, bien qu'il ne les formule pas, les réponses qu'il a données à ces questions. A nouveau, il fuit et il ne le regrette pas, semble-t-il. Mais a-t-il eu raison de conclure que Friederike n'était qu'une simple coquette manipulatrice, à la façon de Mme Juzeur qui, dans l'inénarrable et terrifiant "Pot-Bouille" de Zola, veut bien abandonner sa main à n'importe quel homme mais ... pas plus ?

Le titre de la nouvelle paraît en tous cas parler en sa faveur et surtout définir cet époux inconnu, qu'on n'entrevoit, résigné, qu'à travers l'entrebâillement d'une porte et qui ne reparaîtra que bien plus tard, après le départ de son locataire, comme un "sage." Un sage qui est au courant de tout (ce qui impliquerait que l'"incident" ne se produit pas pour la première fois) et préfère, lui aussi, détourner le regard. Ce "sage" prend-il sa femme pour une malade incurable ou tout simplement pour une femme qui, comme n'importe quel homme après tout, a du tempérament même si les mœurs de l'époque et la morale sociale lui interdisent d'en faire état ?

Sur cela, aucune raison, aucun piste. A vous de vous faire, là encore, votre opinion en découvrant au passage l'art délicat et la technique elliptique d'un écrivain qu'on limite trop souvent à la célébrissime "Ronde" ...

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