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La Porte Condamnée - Julio Cortázar (Argentine) - XXème siècle

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Porte Condamnée - Julio Cortázar (Argentine) - XXème siècle   Mer 15 Nov - 12:07




Etoiles Notabénistes : ******


La Puerta Condanada
Traduction : Laure Bataillon pour Gallimard


ISBN Inconnu pour la nouvelle mais 9782070358649 pour l'édition "La Porte Condamnée et Autres Nouvelles Fantastiques" chez Gallimard/Folio

Extraits
Personnages




Julio Cortázar, c'est un personnage. Né à Bruxelles, où son père occupait les fonctions d'ambassadeur d'Argentine, le 26 août 1914, il est de ces écrivains du Nouveau-Monde qui n'ont jamais renié ce qu'ils devaient à l'Ancien. Si vous voulez en savoir un petit peu plus sur cet auteur qui, trois ans avant sa mort et en guise de protestation contre la dictature argentine, se fit naturaliser français, voyez ici. Mais c'est très sommaire et l'homme, comme l'écrivain, méritent mieux que cette microbiographie.

Si ce fut un roman, "Marelles", qui lui apporta la célébrité, Cortázar reste, sur le plan littéraire mondial, un maître de la nouvelle. Si son style se réfère en droite ligne aux grands écrivains européens et nord-américains comme Edgar Poe, pour ne citer que celui dont le nom revenait souvent dans ses préférences, sa technique, en tout cas dans la nouvelle fantastique, rappelle indéniablement Richard Matheson dont vous trouverez d'ailleurs sur cette rubrique la nouvelle sans doute la plus célèbre, "Born of Man and Woman", que les traducteurs français ont eu l'idiotie de rebaptiser "Journal d'Un Monstre.."

En tous cas, au cœur de l'œuvre de Cortázar, l'onirisme est roi, qu'il fasse son entrée en scène dès le début ou s'installe peu à peu dans le texte. C'est dire que nous sommes loin du gothique très réaliste et, de façon générale, du genre fantastique qui, sauf peut-être chez les Symbolistes à la Jean Lorrain, dominèrent le XIXème siècle. (Et cela explique en partie la prédilection de l'Argentin pour Poe à qui sa nature de poète alcoolique, qui ne dédaignait pas d'autres drogues de temps à autre, ouvrit très tôt cette "Porte de l'Enfer" que le grand Rodin imagina pour l'Enfer de Dante.)

Très souvent, Cortázar part d'un fait tout ce qu'il y a de plus banal pour nous développer une nouvelle souvent brève et qui, à la première lecture, risque de laisser beaucoup sur leur faim. Avec cet auteur atypique, il faut chercher, il faut plonger dans son rêve, l'y suivre et s'y abandonner. Il faut avant tout en imaginer la nature en ne perdant pas de vue que nos propres rêves ou, à tout le moins, des bribes personnelles peuvent s'y mêler. Il en est ainsi avec cette "Porte Condamnée" qui, au premier abord, ne débouche sur rien.

Plus exactement, elle peut déboucher sur ce que vous voulez - ou sur ce que vous rêvez, vous.

Au point de départ, un homme d'affaires qui descend à Buenos Aires, dans un hôtel correct mais qui n'est pas un palace. On apprendra par la suite que la tradition immobilière de la ville veut que beaucoup de vieille maisons familiales, devenues trop chères à entretenir, ont été transformées en hôtels. Et cet hôtel-là, le narrateur-héros ne s'en rend pas compte sur le champ, mais uniquement le second soir qu'il passe dans sa chambre, appartient à cette catégorie. Ce qui, d'ailleurs, ne le dérange en rien.

Ce même soir,
il constate également que sa chambre est séparée d'une pièce voisine par une porte condamnée, dissimulée plus ou moins par une vieille armoire-à-glace. Rien de mystérieux ni dans le mur, ni dans la porte, qui dépasse encore le toit de l'armoire, ni dans le meuble lui-même. Rien de mystérieux dans la chambre d'ailleurs. Avant de se coucher, le narrateur s'observe un bref moment dans la glace, songe distraitement à cette porte, désormais condamnée et qui a peut-être conservé dans son bois vieilli la vie que les habitants du passé - un passé peut-être proche après tout, pourquoi pas ? - lui conféraient en l'ouvrant, la refermant, la claquant parfois, etc ... Et puis, il se couche. Et il s'endort. Pourtant, il n'est pas fatigué. Mais le silence de l'hôtel et celui d'une rue qui n'est guère passante la nuit encouragent à l'assoupissement.

Au milieu de la nuit, un sentiment bizarre, celui qu'il s'est passé dans son sommeil quelque chose de désagréable, le pousse à se réveiller. Il tend l'oreille et l'impression qu'il avait eue le matin précédent, lorsque, sortant du sommeil, il s'était vaguement rappelé avoir rêvé des pleurs d'un bébé, se confirme. Oui, dans la pièce voisine, très faible et pourtant bien audible, derrière l'armoire et la porte condamnée, il y a bel et bien un enfant, assez jeune, pense notre héros et probablement un garçon - pourquoi un garçon ? Rappelons que le père de l'écrivain abandonna sa famille et voulut s'opposer par la suite, lui qui se prénommait aussi Julio, à ce que son fils signât ses livres de son nom : la réponse est peut-être là, ou pas très loin - qui pleure. Malade sans doute ou victime d'un cauchemar.

Sur le moment, notre héros est assez satisfait de constater que, la nuit précédente, il n'avait pas rêvé. Puis, bien sûr, il s'agace un peu. D'autant qu'il entend la mère de l'enfant se déplacer tout doucement pour venir calmer l'enfant. Or, le gérant de l'hôtel lui avait assuré que l'occupante de la chambre voisine, qui vivait en cet hôtel depuis longtemps, était célibataire. Le lendemain-matin d'ailleurs, après avoir été réveillé deux fois dans la nuit, le narrateur - j'ai oublié de vous préciser qu'il se nomme Petrone - ne se gêne pas pour faire la réflexion qui s'impose au gérant. Mais celui-ci s'étonne et jure ses grands dieux que la voisine de la chambre de Petrone n'a pas d'enfant.

La journée se passe en rendez-vous d'affaires et, évidemment, le troisième soir, à nouveau le réveil dans les ténèbres, les pleurs de l'enfant et la voix anxieuse, que Pétrone juge "théâtrale", de la mère cherchant à le consoler. Un moment, Petrone est tenté de faire constater la chose par le veilleur de nuit et puis, il abandonne cette idée qu'il juge finalement aussi inutile que peu flatteuse pour son amour propre, et se laisse aller à un sommeil périodiquement interrompu.

Le lendemain, c'est un gérant un peu étonné - cela faisait tout de même vraiment longtemps que la dame vivait à l'hôtel - qui lui annonce que, la nuit suivante, il n'aura plus de problème de sommeil. Et il montre du doigt la grosse malle et les deux grandes valises déposées dans le hall : la voisine de Petrone, cette célibataire sans enfant qui en a pourtant un - sinon comment expliquer ces pleurs puérils dans la nuit ? - s'en va à midi. Comme ça. Elle n'a donné aucun motif et s'est contentée de payer sa note ...

La quatrième nuit, et la dernière que l'homme d'affaires doit passer à l'hôtel, arrive donc. Dans la chambre voisine, plus personne. Petrone est certes plutôt satisfait mais sa satisfaction a un goût quelque peu amer. Il se sent un peu lâche de s'être plaint ainsi ... Après tout, il eût été plus simple, et beaucoup plus logique, que ce fût lui, et non cette cliente installée depuis longtemps dans la place, qui quittât l'hôtel ...

Maintenant, allez-y et dites ce que vous pensez qu'il se passa cette dernière nuit ...

Je le répète, plusieurs explications logiques aux faits sont à votre disposition, face à une seule qui relève vraiment du fantastique. Laquelle choisirez-vous ?

C'est tout l'art de Cortázar de mêler ainsi, à une réalité bien solide, qu'on ne peut contester, un fantastique tout aussi fortement campé sur ses pattes et prêt à résister à tous les assauts de la Raison. Ajoutons que la solution fantastique, tout aussi valable, celle qui ne fasse basculer ni Petrone, ni le lecteur, dans l'incohérence, voire la folie, est tout aussi vraisemblable que les solutions matérialistes.

A moins, bien sûr, que, dès le départ, Petrone ne soit fou ? ...

Lisez "La Porte Condamnée" et réfléchissez bien à toutes les hypothèses éventuelles. Cela vous introduira dans le monde étrange et labyrinthique de Julio Cortázar et de savoir si, réellement, vous vous sentez l'envie - et le courage - d'aborder le prochain tournant que vous apercevez au loin, dans la nouvelle qui suit. Ce tournant vous mènera-t-il  à une autre porte condamnée ? Ou à ...

A quoi, ma foi ? ...
 

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