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Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME

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Masques de Venise
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MessageSujet: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Lun 20 Nov - 13:01

La Première Journée De Voyage Et Les Aventures de la Première Soirée, Ainsi Que Leurs Conséquences





Ce serviteur ponctuel de tout labeur, le soleil, venait de se lever et d'allumer sa lampe au matin du treize mai mil-huit-cent-vingt-sept, quand Mr Samuel Pickwick surgit de son sommeil comme un second luminaire, ouvrit toute grande la fenêtre de sa chambre, et jeta un regard sur le monde au-dessus de lui. Goswell Street était à ses pieds, Goswell Street était à sa droite, aussi loin que la vue pouvait s'étendre ; Goswell Street se poursuivait à sa gauche ; et le côté opposé de Goswell Street était en face de lui. Telles sont, se dit Mr Pickwick, les perspectives bornées des philosophes qui, se contentant d'examiner ce qu'ils ont devant eux, ne portent pas leur regard vers les vérités cachées plus loin. De même pourrais-je me contenter de contempler Goswell Street à tout jamais, sans faire un seul effort pour pénétrer jusqu'aux contrées invisibles qui entourent cette rue de tous côtés. Et après avoir donné libre cours à cette noble pensée, Mr Pickwick se mit en devoir de s'introduire dans ses habits et d'introduire ses habits dans sa valise. Il est rare que les grands hommes pèchent par excès de scrupules dans leurs dispositions vestimentaires ; les gestes nécessaires pour se raser, s'habiller et absorber son café, furent bientôt accomplis ; et moins d'une heure plus tard, Mr Pickwick, sa valise à la main, son télescope dans la poche de son pardessus et son calepin dans son gilet, prêt à accueillir toutes les découvertes dignes d'être notées, était arrivé à la station de voitures de St-Martin-le-Grand.

- "Fiacre !" dit Mr Pickwick.

- "Voilà, Monsieur," cria un curieux échantillon de l'espèce humaine, vêtu d'un habit en toile à sac et d'un tablier de même matière, qui, portant au cou une plaque de cuivre numérotée, avait l'air d'avoir été catalogué dans une collection d'objets rares. C'était le servant de place. "Voilà, Monsieur. Holà, le premier fiacre !" Et quand ce premier fiacre eût été extrait du café où il fumait sa première pipe, Mr Pickwick et sa valise furent jetés dans le véhicule.

- "A la Croix-d'Or," dit Mr Pickwick.

- "C'est qu'une course d'un shilling, Tommy," s'écria le cocher avec mauvaise humeur, à l'intention de son ami le servant de place, tandis que le fiacre s'éloignait.

- "Quel âge a ce cheval, mon ami ?" demanda Mr Pickwick, en se frottant le nez avec le shilling destiné à payer la course.

- "Quarante-deux ans," répondit le cocher, en le regardant de travers.

- "Comment !" s'exclama Mr Pickwick, en se saisissant de son calepin. Le cocher répéta sa déclaration première. Mr Pickwick scruta très attentivement le visage de l'homme, mais comme sa physionomie restait imperturbable, il nota le fait tout aussitôt.

- "Et combien de temps faites-vous durer chacune de ses sorties ?" demanda Mr Pickwick, en quête de renseignements complémentaires.

- "Deux ou trois semaines," répondit l'homme.

- "Plusieurs semaines !" dit Mr Pickwick, stupéfait, et le calepin de surgir à nouveau.

- "Il habite à Pentonville quand il sort pas," déclara froidement le cocher, "mais c'est rare qu'on le fasse rentrer chez lui, rapport à sa faiblesse.

- A sa faiblesse !" répéta Mr Pickwick intrigué.

- "Il tombe toujours quand c'est qu'on le dételle du fiacre," poursuivit le cocher, "mais quand il y est, on l'attache très serré sur les côtés, et on l'attelle très court alors comme ça il peut pas facilement tomber ; et puis comme la voiture a des roues fameusement grands, alors quand il a réussi à se mettre en route, elles lui courent après et il est bien forcé de continuer à avancer, il peut pas faire autrement."

Mr. Pickwick nota mot à mot cette déclaration sur son calepin, dans l'intention d'en faire part au Club comme exemple singulier de l'endurance chez les chevaux, dans des conditions pénibles. Il avait à peine achevé de rédiger ses notes quand ils arrivèrent à l'Hôtel de la Crois-D'Or. Le cocher sauta à terre, et Mr Pickwick descendit. MM. Tupman, Snodgrass et Winkle, qui attendaient impatiemment l'arrivée de leur illustre chef, se pressèrent pour l'accueillir.

- "Voici ce que je vous dois," dit Mr Pickwick, en tendant son shilling au cocher.

Quelle ne fut pas la stupeur du savant personnage, quand cet individu déconcertant jeta l'argent sur le trottoir, et demanda en termes imagés la permission et le privilège d'engager avec lui (Mr Pickwick) un combat dont cette somme serait l'enjeu.

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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Lun 20 Nov - 13:23

- "Vous êtes fou," dit Mr Snodgrass.

- "Ou ivre," dit Mr Winkle.

- "Ou les deux," dit Mr Tupman.

- "Venez-y voir !" dit le cocher de fiacre, lançant des coups de poing de tous côtés, comme mû par un mouvement d'horlogerie. "Venez-y voir ... tous les quatre.

- On va rire un brin !" s'écrièrent cinq ou six cochers de voitures de louage. "Rentre-leur dedans !"

Et ils s'attroupèrent allègrement autour du petit groupe.

- "Que signifie ce raffut, Sam ?" demanda un homme qui portait des manches de calicot noir.

- "Ce raffut !" répondit le cocher du fiacre. "Pourquoi qu'il voulait savoir mon numéro ?

- Je ne voulais pas avoir votre numéro," dit Mr Pickwick avec surprise.

- "Alors pourquoi que vous l'avez noté ?" demanda le cocher.

- "Je ne l'ai pas noté," dit Mr Pickwick avec indignation.

- "Qui pourrait croire," poursuivit le cocher à l'adresse de la foule, "qui pourrait croire qu'un mouchard irait se promener dans votre fiacre, et noterait, pas seulement votre numéro, mais toutes les paroles que vous dites, par dessus le marché ?" (En un éclair, la lumière se fit dans l'esprit de Mr Pickwick : c'était le calepin.)

- "C'est-il possible ?" demanda un autre cocher de fiacre.

- "Et comment, que c'est possible," répondit le premier "et ensuite, après m'avoir exaspéré pour que je lui saute dessus, voilà qu'il a réuni trois témoins ici pour le constat. Mais il va voir ce qu'il va voir, même si ça doit me faire écoper six mois. Allons-y !"

Sur quoi le cocher précipita son chapeau sur le sol avec une dédaigneuse indifférence envers ses biens personnels, et fit sauter les lunettes de Mr Pickwick, et fit suivre cette attaque d'un coup sur le nez de Mr Pickwick, d'un autre dans la poitrine de Mr Pickwick, d'un troisième dans l'œil de Mr Snodgrass, et d'un quatrième, pour changer, dans le gilet de Mr Tupman ; puis il descendit en sautillant sur la chaussée, en sautillant remonta sur le trottoir et pour finir vida le corps de Mr Winkle de tout le souffle qu'il pouvait contenir à cet instant précis ; le tout en quelques six secondes.

- "Où y a-t-il un agent de police ?" demanda Mr Snodgrass.

- "Mettez-les sous la pompe," proposa un marchand de petits pâtés chauds.

- "Vous vous en repentirez," dit Mr Pickwick, haletant.

- "Mouchards !" hurla la foule.


- "Venez-y voir," s'écria le cocher de fiacre, qui n'avait pas cessé un instant de lancer des coups de poing de tous les côtés.

Les badauds
s'étaient jusqu'alors comportés en spectateurs passifs de cette scène, mais quand l'annonce que les Pickwickiens étaient des mouchards se répandit parmi eux, ils commencèrent à débattre avec beaucoup de vivacité la question de savoir s'il convenait de mettre à exécution le projet du vendeur de pâtés chauds ; et nul ne saurait dire à quels actes d'agression corporelle ils auraient pu se livrer, si l'intervention d'un nouvel arrivant n'avait à l'improviste mis fin à l'échauffourée.

- "Quelle est la chanson ?"
demanda un jeune homme assez grand et mince, en habit vert, qui sortit soudain de la cour des diligences.

- "Des mouchards !"
cria de nouveau la foule.

- "Ce n'est pas vrai," hurla Mr Pickwick, sur un ton propre à emporter la conviction de tout observateur impartial.

- "Vous n'en êtes pas, c'est bien vrai, vous n'en êtes pas ?" dit le jeune homme, s'adressant à Mr Pickwick et se frayant un chemin à travers la foule par le procédé infaillible qui consiste à jouer du coude dans la physionomie des personnes qui la composent.

Le savant personnage expliqua en quelques mots rapides la véritable nature de l'affaire.

- "Alors, venez avec moi," dit l'homme à l'habit vert, en traînant de force Mr Pickwick derrière lui et en parlant sans cesse. "Vous, le numéro 924, prenez votre argent et la peine de disparaître - un homme respectable - que je connais bien - assez de bêtises - par ici, Monsieur - où sont vos amis - simple erreur, à ce que je vois - ne vous en faites pas - il arrive des accidents - dans les familles les mieux réglées - jamais désespérer - pas de chance - laver la tête au bonhomme - qu'il mette ça dans sa poche - que ça lui plaise ou non - tous des gredins."

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Mar 21 Nov - 13:05

Et, tout en débitant un long chapelet de ces phrases hachées, qu'il prononçait avec une volubilité extraordinaire, l'inconnu montra le chemin de la salle d'attente des voyageurs, où il fut suivi de près par Mr Pickwick et ses disciples.

- "Garçon, ici !" hurla l'inconnu
en tirant la sonnette avec une violence effrayante, "des verres pour tout le monde - grog à l'eau de vie chaud et fort, et sucré, et beaucoup - mal à l'œil, Monsieur ? Garçon, un beefsteak cru pour l'œil de Monsieur - rien de tel que le beefsteak cru pour les contusions, Monsieur ; un réverbère froid très efficace aussi, mais moins commode - bigrement bizarre de rester pendant une demi-heure sur la voie publique, l'œil collé contre un réverbère - très drôle - ah ! ah !"

Puis l'inconnu, sans prendre le temps de respirer, avala d'un trait une bonne demi-pinte du grog à l'eau de vie fumant et se jeta sur une chaise avec autant d'aisance que s'il ne s'était rien produit d'extraordinaire.

Pendant que ses trois compagnons s'empressaient d'offrir leurs remerciements à leur nouvelle relation, Mr Pickwick eut le loisir d'examiner son costume et son apparence.

Sa taille n'était guère au-dessus de la moyenne, mais la maigreur de son corps et la longueur de ses jambes lui donnaient l'air d'être beaucoup plus grand. L'habit vert avait été un élégant vêtement d'apparat au temps des queues de morue, mais il était clair qu'il avait dû à cette époque parer un homme beaucoup plus petit que l'inconnu, car les manches salies et décolorées avaient grand peine à lui arriver aux poignets. Il le portait boutonné avec soin jusqu'au menton, au risque imminent de le faire éclater par derrière, et il avait le cou orné d'un vieux col-cravate, sans la moindre trace de col de chemise. Son maigre pantalon noir laissait voir çà et là ces plaques luisantes qui révèlent de longs services ; il était tiré très serré par des sous-pieds sur une paire de chaussures raccommodées et rapiécées, comme pour cacher les bas blancs sales, qu'on apercevait néanmoins distinctement. Ses longs cheveux noirs s'échappaient en vaguelettes négligentes des deux côtés de son vieux chapeau étriqué ; et l'on pouvait obtenir quelques aperçus de ses poignets nus entre le haut de ses gants et le revers des manches de son habit. Il avait le visage maigre et défait ; mais toute sa personne exhalait un air indéfinissable d'alerte impudence et de parfaite maîtrise de soi.

Tel était le personnage que Mr Pickwick contempla à travers ses lunettes (opportunément recouvrées), et auquel il se mit en devoir, lorsque ses amis eurent épuisé leurs ressources, d'offrir en termes choisis ses remerciements les plus chaleureux pour les services qu'il venait de leur rendre.

- "N'en parlons plus," dit l'inconnu, coupant court à son allocution, "vous en avez assez dit - suffit - habile gaillard que ce cocher - sait se servir de ses cinq doigts - mais si j'avais été à la place de votre ami au paletot vert - morbleu - je l'aurais assommé - parbleu, oui - en deux temps, trois mouvements - et le marchand de pâtés aussi - pas d'histoires."

Ce discours ordonné fut interrompu par l'entrée du cocher de la diligence de Rochester qui venait annoncer que "Le Commodore" était sur le point de partir.

- "Commodore !" dit l'inconnu en se levant d'un bond, "ma diligence - place retenue - impériale - je vous laisse payer le grog - pas de monnaie - billet de cinq livres - des pièces fausses - monnaie de signe - inutilisables - rien à faire - hein ?"

Et de hocher la tête d'un air fort entendu.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Mar 21 Nov - 13:48

Or il se trouvait que Mr Pickwick et ses trois compagnons avaient résolu, eux aussi, de faire de Rochester leur première étape ; ils informèrent leur nouvelle relation qu'ils se rendaient dans la même ville que lui et ils se mirent d'accord pour occuper la banquette de l'arrière de la voiture où ils pouvaient tenir tous ensemble.

- "Oh hisse !" dit l'inconnu, qui aida Mr Pickwick à grimper sur l'impériale avec tant de précipitation que l'habituelle gravité de manières de celui-ci s'en trouva sérieusement compromise.

- "Bagages, Monsieur ?" demanda le cocher.

- "Qui donc - moi ? Ce paquet dans du papier gris, c'est tout - le reste des bagages parti par bateau - caisses clouées - grandes comme des maisons - lourdes, lourdes, diablement lourdes," répliqua l'inconnu tout en faisant disparaître dans sa poche la plus grande partie possible de son paquet de papier gris, qui, à en juger par certaines apparences fort révélatrices, semblait contenir une chemise et un mouchoir.

- "Têtes, têtes - attention à vos têtes !" s'écria le loquace inconnu, tandis que la diligence s'engageait pour sortir sous la voûte basse qui formait à cette époque l'entrée de la cour de départ. "Un endroit terrible - gros danger - l'autre jour - cinq enfants - et leur mère - dame de haute taille - qui mangeait des sandwiches - elle oublie la voûte - craquement - bruit de choc - les enfants se retournent - la mère n'a plus de tête - le sandwich a la main - plus de bouche pour le mettre - une famille qui a perdu sa tête - affreux, affreux ! Vous regardez Whitehall, Monsieur ? - beau monument - la petite fenêtre - quelqu'un d'autre a perdu la tête ici, pas vrai, Monsieur [= il s'agit bien sûr du roi Charles Ier] ? - lui non plus ne s'était pas suffisamment tenu sur ses gardes - pas vrai, Monsieur, hein ?

- Je méditais," dit Mr Pickwick, "sur la mystérieuse inconstance des destinées humaines.

- "Oui ! Je vois - on entre un jour par la porte du palais, on en ressort le lendemain par la fenêtre. Êtes-vous philosophe, Monsieur ?

- J'observe la nature humaine, Monsieur," dit Mr Pickwick.

- "Ah, moi aussi. C'est ce que font la plupart des gens quand ils n'ont pas grand chose à faire et moins encore à gagner. Vous êtes poète, Monsieur ?

- Mon ami Mr Snodgrass a de grands dons poétiques," dit Mr Pickwick.

- "Moi aussi," dit l'inconnu. "Un poème épique - dix mille vers - la Révolution de Juillet [= rappelons au lecteur que l'action est censée se situer en mai 1827 et que la Révolution de Juillet n'éclata en France qu'en ... 1830. Aux nombreuses qualités que vous découvrirez donc à Mr Jingle, puisque tel est le nom de notre inconnu, on peut donc ajouter celle de visionnaire - à moins qu'il ne se fût agi d'une étourderie ou d'une malice volontaire de l'auteur.] - je l'ai composé sur place - Mars le jour, et Apollon la nuit - de la pièce d'artillerie à la pièce de vers.

- Avez-vous assisté à ces scènes glorieuses, Monsieur ?" demanda Mr Snodgrass.

- "Assisté ? Un peu ! Mon mousquet fait feu - le feu de l'inspiration me saisit l'esprit - je me précipite dans un cabaret - je note mon idée - je reviens - vrrt, pan ! - une autre idée - au cabaret de nouveau - une plume et de l'encre - je reviens encore - d'estoc et de taille - belle époque, Monsieur - Vous chassez, Monsieur ?"

Et de se tourner à brûle-pourpoint vers Mr Winkle.

- "Un peu, Monsieur," répondit ce dernier.

- "Noble occupation, Monsieur - noble occupation - avez-vous des chiens, Monsieur ?

- Pas en ce moment," dit Mr Winkle.

- Ah ! Vous devriez en avoir - de nobles animaux - des êtres sagaces - j'ai eu un chien à moi jadis - un chien d'arrêt - des instincts étonnants - un jour, partie de chasse - j'entre dans un enclos - je siffle - le chien s'arrête - je siffle encore - Ponto - rien à faire ; reste planté là - je l'appelle - Ponto, Ponto - refuse de bouger - chien cloué au sol - regarde une pancarte - je lève les yeux, inscription : "Le garde-chasse a l'ordre de tirer sur tout chien trouvé dans la propriété" - voulait pas avancer - un chien extraordinaire - de grande valeur - vraiment.

- Voilà un cas singulier," dit Mr Pickwick. "Me permettrez-vous d'en prendre note ?

- Certainement, Monsieur, certainement - une centaine d'autres anecdotes sur ce même animal.
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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Mer 22 Nov - 13:08

- Belle fille, Monsieur, (ceci, à l'adresse de Mr Tracy Tupman qui venait de lancer plusieurs regards fort peu pickwickiens à une jeune personne sur le bord de la route).

- "Très belle !" dit Mr Tupman.

- "Les Anglaises moins jolies que les Espagnoles - superbes créatures - yeux noirs - formes adorables - créatures exquises - des beautés.

- Êtes-vous allé en Espagne, Monsieur ?" demanda Mr Tracy Tupman.

- J'y ai vécu - une éternité.

- Y avez-vous fait beaucoup de conquêtes, Monsieur ?" s'enquit Mr Tupman.

- "Des conquêtes ! Par milliers. Don Bolero Fizzgig - Grand du royaume - fille unique - doña Cristina - créature splendide - m'aimait à la folie - le père, jaloux - la fille au cœur fier - le bel Anglais - doña Cristina réduite au désespoir - acide prussique - une pompe stomacale dans ma valise - j'effectue l'opération - le vieux Bolero est aux anges - donne son consentement à notre union - mains jointes et torrents de larmes - une histoire romantique - vraiment.

- Cette personne est-elle en Angleterre en ce moment, Monsieur ?" demanda Mr Tupman, sur qui la description de ses charmes avait produit une vive impression.

- Morte, Monsieur - morte," dit l'inconnu en plaçant sur son œil droit les restes sommaires d'un très vieux mouchoir de batiste. "Ne s'est jamais remise de la pompe stomacale - constitution ruinée - a succombé.

- Et son père ?" demanda Snodgrass le poète.

- "Remords et souffrance," répliqua l'inconnu. "Disparition soudaine - toute la ville en parle - on cherche partout - sans succès - la fontaine publique de la Grand-Place cesse tout-à-coup de fonctionner - les semaines passent - toujours bouchée - on fait venir des ouvriers pour nettoyer la fontaine - ils retirent l'eau - on retrouve le beau-père planté tête la première dans le gros tuyau, avec des aveux complets dans son soulier droit - on le tire de là, et la fontaine se remet à fonctionner tout comme auparavant.

- Me permettrez-vous de prendre note de ce petit récit, Monsieur ?" demanda Mr Snodgrass, vivement ému.

- Certainement, Monsieur, certainement - et cinquante autres encore si cela vous fait plaisir de les entendre - curieuse vie que la mienne - passé assez curieux - pas extraordinaire, mais singulier."

L'inconnu poursuivit sur le même ton en prenant de temps à autre un verre de bière, en guise de parenthèse, chaque fois que la diligence changeait de chevaux, jusqu'à l'arrivée au pont de Rochester ; à présent le calepin de Mr Snodgrass, aussi bien que celui de Mr Pickwick, était entièrement rempli d'extraits choisis de ses aventures.

- "Quelles ruines magnifiques !" dit Mr August Snodgrass avec toute la ferveur poétique qui le caractérisait, lorsqu'ils arrivèrent en vue du beau vieux château.

- "Quel sujet d'étude pour un amateur d'antiquités !"

Telles furent les paroles exactes qui s'échappèrent des lèvres de Mr Pickwick tandis qu'il appliquait son télescope contre son œil.

- "Oui ! bel endroit,"
dit l'inconnu, "édifice superbe - des murs sévères - des voûtes branlantes - des recoins obscurs - des escaliers croulants - La vieille cathédrale aussi - avec son odeur de terre - ses degrés usés par les pas des pèlerins - ses petites portes en style saxon - ses confessionnaux qui ressemblent aux guichets des caissiers de théâtre - drôles de pistolets que ces moines - et des Papes - et des Grands Trésoriers, et toutes sortes de vieux bonshommes, avec leurs grosses figures rougeaudes et leurs nez cassés, on en découvre tous les jours - et les pourpoints de buffle par-dessus le marché - et leurs fusils à mèche - et le Sarcophage - oui, bel endroit - et plein de vieille légendes - de curieuses histoires : quelque chose de fameux."

Et l'inconnu poursuivi son soliloque jusqu'à l'Auberge du Taureau dans la Grand-Rue, où la diligence s'arrêta.

- "Descendez-vous ici, Monsieur ?" demanda Mr Nathanel Winkle.

- "Ici - moi, non - mais vous, vous devriez - c'est une bonne maison - des lits confortables - l'Hôtel Wright à côté cher - très cher - ajoutent une demi-couronne à l'addition si l'on regarde le garçon - vous comptent plus cher si vous dînez chez un ami que si vous dîniez dans la salle de l'hôtel - drôles de gens - vraiment."

Mr Winkle se tourna vers Mr Pickwick et il lui dit quelques mots à voix basse ; ces mots furent transmis, à voix basse, par Mr Pickwick, à Mr Snodgrass et par Mr Snodgrass à Mr Tupman, et tous échangèrent des signes de tête qui marquaient leur acquiescement. Alors Mr Pickwick s'adressa à l'inconnu :

- "Vous nous avez rendu un très important service ce matin, Monsieur," lui dit-il, "et peut-être nous permettrez-vous de vous offrir une modeste preuve de notre gratitude en vous priant de nous faire le plaisir de dîner en notre compagnie ?

- Grand plaisir - pas de conseils à vous donner, mais la grillade de volailles aux champignons - rien de meilleur ! A quelle heure ?

- Voyons," répondit Mr Pickwick, en consultant sa montre, "il est près de trois heures. Que diriez-vous de cinq heures ?

- Me convient parfaitement," dit l'inconnu, "cinq heures précises - et d'ici là - je vous laisse."

Il souleva son chapeau étriqué de quelques pouces au-dessus de sa tête et le replaça négligemment de travers dans une position très inclinée ; puis, avec son paquet de papier gris dépassant à moitié de sa poche, l'inconnu traversa la cour d'un pas rapide et sortit dans la Grand-Rue.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Mer 22 Nov - 14:43

- "C'est là évidemment quelqu'un qui a voyagé dans de nombreux pays, et qui a observé de très près les hommes et les choses," dit Mr Pickwick.

- "J'aurais aimé voir son poème," dit Mr Snodgrass.

- "J'aurais aimé voir ce fameux chien," dit Mr Winkle.

Mr Tupman ne dit rien ; mais il pensa à doña Cristina, à la pompe stomacale, et à la fontaine ; et ses yeux se remplirent de larmes.

Après avoir retenu un salon particulier, examiné les chambres et commandé le dîner, les amis sortirent en groupe pour contempler la ville et ses environs immédiats.

Il ne nous paraît pas, à la lumière d'une lecture attentive des notes de Mr Pickwick sur les quatre villes-sœurs, Stroud, Rochester, Chatham et Brompton, que ses impressions sur leur aspect diffèrent sur aucun point important de celles des autres voyageurs qui ont parcouru les mêmes lieux. Il est facile de résumer sa description d'ensemble.

"Les principaux produits de ces villes," dit Mr Pickwick, "paraissent être les soldats, les marins, les Juifs, la craie, les crevettes, les officiers, et les employés de l'arsenal maritime. Les marchandises mises en vente dans les artères publiques consistent surtout en articles de marine, en nougat, en pommes, en poissons plats et en huîtres. Les rues ont un air de vie et d'animation, dû surtout à l'humeur sociable des militaires. C'est un vrai plaisir pour l'esprit du philanthrope de voir ces braves s'avancer en chancelant, sous l'effet d'un débordement de vie et d'eau-de-vie tout ensemble ; surtout si nous nous souvenons que les jeunes garçons de la ville trouvent l'occasion de se divertir innocemment et à bon compte en les suivant dans les rues et en plaisantant avec eux. Rien (ajoute Mr Pickwick) ne saurait surpasser leur bonhomie. Pas plus tard que la veille de mon arrivée, l'un d'eux s'était vu fort grossièrement insulter chez un cafetier. La fille de comptoir avait catégoriquement refusé de lui verser un verre de plus ; ce pourquoi (et par pure gaminerie), il avait tiré sa baïonnette et blessé la jeune fille à l'épaule. Et pourtant, cet excellent garçon avait été tout le premier à revenir dans ce café le lendemain matin, à se déclarer prêt à passer l'éponge sur cet incident, et à oublier ce qui s'était produit.

"La consommation de tabac (poursuit Mr Pickwick) doit être très forte dans ces villes ; et l'odeur qui en imprègne les rues doit être une source de joies infinies pour tous ceux qui ont la passion de fumer. Un voyageur à l'esprit superficiel pourrait se formaliser de la saleté qui est ici la caractéristique dominante ; mais pour ceux qui savent y voir le signe d'une intense circulation et d'un commerce prospère, elle a de quoi réjouir le cœur."

L'inconnu revint ponctuellement à cinq heures, suivi de peu par le dîner. Il s'était défait de son paquet de papier gris, mais n'avait apporté aucune modification à sa mise ; et il était, s'il se pouvait, plus loquace que jamais.

-"Qu'est-ce là ?" demanda-t-il, quand le garçon souleva le couvercle d'un plat.

- "Des soles, Monsieur.

- Des soles - Très bien ! - fameux poisson - vient toujours de Londres - les propriétaires de diligences offrent des banquets aux politiciens - le transport des soles - par douzaines de paniers - ce sont de rusés gaillards. Un verre de vin, Monsieur.

- Avec plaisir," dit Mr Pickwick.

Et l'inconnu but d'abord à sa santé, puis à celle de Mr Snodgrass, puis à celle de Mr Tupman, puis à celle de Mr Winkle, puis à celle de tous les convives réunis, presque aussi vite qu'il parlait.

- "Beau gâchis dans l'escalier, garçon," dit l'inconnu, "des bancs qui montent - des menuisiers qui descendent - des lampes, des verres, des harpes. Que se passe-t-il ?

- Un bal, Monsieur,"
dit le garçon.

- "Municipal, alors ?

- Non, Monsieur, pas municipal, Monsieur. Bal au profit d'une œuvre de charité, Monsieur.

- Savez-vous s'il y a beaucoup de belles femmes dans cette ville, Monsieur ?" demanda Mr Tupman, vivement intéressé.

- "Femmes splendides - de premier ordre. Le comté de Kent, Monsieur - tout le monde connaît le Kent - ses pommes, ses cerises, son houblon, et ses jolies femmes. Un verre de vin, Monsieur ?

- Avec grand plaisir,"
répliqua Mr Tupman.

Et l'inconnu de remplir les verres, et de vider le sien.

- "J'aimerais beaucoup y aller," dit Mr Tupman en remettant le bal sur le tapis, "beaucoup, vraiment.

- Les billets sont en vente au bar, Monsieur," dit le garçon, intervenant ; "une demi-guinée par personne, Monsieur."

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Jeu 23 Nov - 13:41

Mr Tupman réitéra l'expression de son vif désir d'assister à ces réjouissances ; mais il ne trouva nul écho dans le regard assombri de Mr Snodgrass, ni dans le regard lointain de Mr. Pickwick, et il s'intéressa avec beaucoup d'application au porto et au dessert qui venaient d'être posés sur la table. Le garçon se retira ; et les convives, restés seuls, s'apprêtèrent à passer les deux heures de bien-être qui suivent un dîner.

- "Demande pardon, Monsieur," dit l'inconnu, "la bouteille ne bouge pas - faites-la circuler - dans le sens des aiguilles d'une montre - derrière la cravate - jusqu'à la dernière goutte."

Il vida son verre, qu'il avait empli quelques deux minutes plus tôt et s'en versa un autre, de l'air d'un homme qui en avait l'habitude.

Le vin circula, et il en fut commandé d'autre en renfort. L'invité parlait, les Pickwickiens écoutaient. Mr Tupman se sentait d'instant en instant plus enclin à aller au bal. Le visage de Mr Pickwick arborait une expression lumineuse de philanthropie généralisée ; et MM. Winkle et Snodgrass s'endormirent profondément.

- "Ça commence là-haut," dit l'inconnu, - "vous entendez les gens qui arrivent - les violons qui s'accordent - et maintenant la harpe - les voilà qui commencent."

Les bruits divers qui trouvaient le moyen de se faire entendre jusqu'au rez-de-chaussée annonçaient le début du premier quadrille.

- "Que j'aimerais y aller !" dit encore une fois Mr Tupman.

- "Et moi donc," dit l'inconnu. "Ah ! ces diables de bagages - ces bateaux lents - rien à me mettre pour y aller - c'est bête, hein ?"

Or il se trouvait que la pratique d'une générosité totale était l'un des éléments essentiels de la théorie pickwickienne et nul ne brillait plus que Mr Tracy Tupman par le zèle avec lequel il mettait en application cet estimable principe. On est étonné de voir le nombre de cas, enregistrés dans les procès-verbaux de la Société, où ce brave cœur envoya des personnes à secourir chercher de vieux vêtements ou une aide pécuniaire chez les autres membres du Club.

- "Je serais très heureux de vous prêter de quoi vous changer pour la circonstance," dit Mr Tracy Tupman, "mais vous êtes assez mince ... et moi ...

- Assez gros - Bacchus monté en graine - sans sa couronne de feuilles - descendu de son tonneau, et qui aurait adopté les vêtements du carisel, hein ? - ce n'est plus la deuxième distillation mais le deuxième foulage - ha ! ha ! Passez-moi le vin."

Mr Tupman
éprouva-t-il quelque indignation du ton péremptoire sur lequel il lui était demandé de passer le vin que l'inconnu faisait si promptement passer par son gosier ; ou bien se sentit-il fort justement scandalisé qu'un membre influent du Pickwick Club fût ignominieusement comparé à un Bacchus désarçonné ; la chose n'a pas pu encore être exactement déterminée. Il passa le vin, toussa deux fois, et regarda l'inconnu pendant plusieurs secondes avec une intense austérité ; mais comme cet individu paraissait parfaitement maître de lui, et fort calme sous son regard inquisiteur, il se détendit peu à peu, et en revint au sujet du bal.

- "J'allais vous dire, Monsieur," déclara-t-il, "que si mes habits sont trop grands, un costume de mon ami Mr Winkle vous irait peut-être mieux."

L'inconnu prit la mesure de Mr Winkle d'un coup d'œil ; et cet organe brilla de plaisir quand il dit : "Exactement ce qu'il me faut."

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Jeu 23 Nov - 14:24

Mr Tupman regarda autour de lui. Le vin, qui avait exercé son influence somnifère sur Mr Snodgrass et Mr Winkle, avait graduellement envahi la conscience de Mr Pickwick. Ce dernier était passé peu à peu dans les diverses phases qui précèdent la léthargie née d'un dîner et de ses conséquences. Il avait connu les transitions habituelles qui font passer du comble de la sociabilité au fin fond de la détresse, et du fin fond de la détresse au comble de la sociabilité. Comme un bec de gaz dans la rue quand le vent souffle dans les conduites, il avait un instant fait preuve d'un éclat anormal ; puis il avait décliné au point de devenir à peine perceptible ; après un bref intervalle, il avait jailli de nouveau, pendant quelques instants d'illumination, puis il avait papilloté, ne donnant plus qu'une lueur incertaine et vacillante avant de s'éteindre pour tout de bon. Sa tête s'était affaissée sur sa poitrine : seuls un ronflement continu et, de temps à autre, un bruit d'étouffement partiel révélaient à l'ouïe la présence du grand homme.

La tentation d'assister au bal et de se faire une première idée de la beauté des dames du Kent tenaillait Mr Tupman. La tentation d'y amener l'inconnu n'était pas moins forte. Il ignorait tout des lieux et des habitants, alors que l'inconnu paraissait connaître les uns et les autres comme s'il avait vécu là depuis sa première enfance. Mr Winkle dormait et Mr Tupman l'avait assez souvent vu en de semblables circonstances pour savoir que, dès son réveil, il irait normalement se coucher comme une masse. Mr Tupman hésita.

- "Remplissez votre verre et passez-moi le vin," lui dit l'infatigable invité.

Mr Tupman obéit ; et l'excitation supplémentaire de ce dernier verre emporta sa résolution.

- "Il faut passer par ma chambre pour atteindre celle de Winkle," dit Mr. Tupman. "Il est hors d'état de comprendre ce que je désire, si je le réveille maintenant. Mais je sais qu'il a un habit de soirée dans son sac de voyage, et, à supposer que vous le mettiez pour aller au bal et que vous l'enleviez à notre retour, je pourrais le remettre en place sans déranger Winkle le moins du monde à ce sujet.

- Parfait," dit l'inconnu, "plan excellent - situation bigrement ennuyeuse - quatorze habits dans mes caisses, et me voilà obligé d'en porter un d'emprunt - pas banal - vraiment.

- Il faut que nous achetions nos billets," dit Mr. Tupman.

- "Pas la peine de partager une guinée en deux," dit l'inconnu, " tirons à  pile ou face celui qui paiera pour nous deux - c'est moi qui annonce - vous qui faites tourner - au premier coup - femme - femme - femme enchanteresse," et la pièce de vingt shillings retomba avec l'image du dragon (qualifiée de femme par courtoisie) sur le dessus.

Mr Tupman sonna, acheta les billets et demanda des bougeoirs pour gagner les chambres. Un quart d'heure plus tard, l'inconnu était entièrement habillé d'une tenue complète appartenant à Mr Nathanael Winkle.

- "C'est un habit neuf," dit Mr Tupman, tandis que l'inconnu s'examinait avec beaucoup de complaisance dans une psyché ; "c'est le premier qu'on ait fait faire avec le bouton de notre Club."

Et il attira l'attention de son compagnon sur le grand bouton doré qui exhibait dans sa partie centrale le buste de Mr Pickwick, et de part et d'autre, les lettres : "P. C."

- "P. C.," dit l'inconnu, "- drôle d'affaire - le portrait du petit vieux, et "P.C." - Ça représente quoi, "P. C." - Pas-comme-tout-le-monde, hein ?"

Mr Tupman, avec un début d'indignation, et un air fort important, lui expliqua l'emblème mystérieux.

- "Un peu court à la taille, pas vrai ?" dit l'inconnu en se tortillant pour apercevoir dans la glace les boutons de derrière qui lui arrivaient au milieu du dos. "Comme un habit de facteur des postes - drôles d'habit que ceux-là - fabriqués à forfait - pas de mesures - dispositions mystérieuses de la Providence - tous les petits facteurs reçoivent les grands habits - et tous les grands facteurs, les petits."

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Ven 24 Nov - 15:07

Parlant de la sorte sans discontinuer, le nouvel ami de Mr Tupman ajusta sa tenue, ou plus exactement la tenue de Mr Winkle ; puis, accompagné de Mr Tupman, monta l'escalier qui menait à la salle de bal.

- "Qui dois-je annoncer, Monsieur ?" demanda le valet à l'entrée. Mr Tupman s'avançait pour décliner ses titres personnels, quand l'inconnu l'arrêta.

- "N'annoncez personne ;"
puis il dit à l'oreille de Mr Tupman : "Nos noms ne valent rien - pas assez connus - très bons noms dans leur genre, mais pas des grands noms - excellents pour une petite réunion, mais ne feraient aucune impression dans une réunion publique - c'est l'incognito qu'il nous faut - Deux messieurs de Londres - d'éminents étrangers - n'importe quoi."

La porte s'ouvrit toute grande ; et Mr Tracy Tupman et l'inconnu entrèrent dans la salle de bal.

C'était une longue salle, ornée de banquettes rouges et de bougies dans des lustres de verre. Les musiciens étaient parqués en toute sécurité dans un refuge surélevé, et deux ou trois couples de danseurs exécutaient consciencieusement des quadrilles. Deux tables de jeu avaient été installées dans la salle de jeu attenante, et quatre vieille dames, avec un nombre correspondant de messieurs corpulents, y accomplissaient une partie de whist.

Le finale s'acheva, les danseurs parcoururent la salle, et Mr Tupman et son compagnon se postèrent dans un coin pour observer la société.

- "Attendez une minute," dit l'inconnu "- c'est bientôt qu'on va s'amuser - les gens huppés pas encore arrivés - drôle de ville - les gens haut placés de l'Arsenal ignorent l'existence de la haute bourgeoisie - la haute bourgeoisie celle des négociants - et le Haut-Commissaire celle de tout le monde.

- Quel est ce jeune garçon aux cheveux blonds et aux yeux roses, en travesti ?" demanda Mr Tupman.

- "Chut, voyons - des yeux roses - un travesti - un jeune garçon - vous voulez rire ! - Enseigne au 97ème - l'Honorable Wilmot Snipe - grande famille, les Snipe - vraiment.

- Sir Thomas Clubber, Lady Clubber, et Misses Clubber !" s'écria le valet de l'entrée, d'une voix de stentor.

Et dans toute la salle une vive émotion fut suscitée par l'entrée d'un homme de haute taille en habit bleu à boutons brillants, d'une grosse dame en satin bleu, et de deux jeunes personnes, bâties sur la même échelle, vêtues de robes de même teinte au goût du jour.

- "Le Haut-Commissaire - chef de l'Arsenal - un grand homme - un homme de grande valeur,"
murmura l'inconnu à l'oreille de Mr Tupman, tandis que les membres du comité de l'œuvre de charité conduisaient Sir Thomas Clubber et les siens au haut bout de la salle.

L'Honorable Wilmot Snipe et d'autres personnages se pressèrent pour rendre hommage aux demoiselles Clubber ; et Sir Thmas Clubber se planta debout, droit comme un I, contemplant majestueusement l'assemblée du haut de sa cravate noire.

- "Mr Smithie, Mrs Smithie et Misses Smithie," fut-il ensuite annoncé.

- "Qui est Mr Smithie ?" demanda Mr Tracy Tupman.

- "Quelque chose à l'Arsenal,
" répliqua l'inconnu.

Mr Smithie s'inclina avec déférence devant Sir Thomas Clubber ; et Sir Thomas Clubber accueillit son salut avec une condescendance visible. Lady Clubber jeta un regard télescopique sur Mrs Smithie et ses enfants à travers son lorgnon, et Mrs Smithie, à son tour, dévisagea Mrs Quelqu'un-d'Autre, dont le mari n'appartenait pas du tout à l'Arsenal.

"Le colonel Bulder, la colonelle Bulder, et Miss Bulder" arrivèrent ensuite.

- "Le chef de la garnison," dit l'inconnu, en réponse au regad interrogateur de Mr Tupman.

Miss Bulder fut chaleureusement accueillie par les demoiselles Clubber ; les salutations échangées par la colonelle Bulder et Lady Clubber furent des plus affectueuses ; le colonel Bulder et Sir Thomas Clubber s'offrirent mutuellement une prise de tabac, et eurent nettement l'air de deux nouveaux Alexandre Selkirk : "Monarques de tout ce qu'embrassait leur regard."

Cependant que l'aristocratie de la ville (les Bulder, les Clubber et les Snipe) maintenaient de la sorte leur dignité au haut bout de la salle, les autres classes de la société imitaient cet exemple à d'autres emplacements. Les officiers les moins distingués du 97ème s'attachaient aux familles des fonctionnaires les moins importants de l'Arsenal. Les femmes d'avoués, et la femme du négociant en vins, avaient pris la tête d'une autre catégorie (la femme du brasseur était en relations de visites avec les Bulder) ; et Mrs Tomlinson, la receveuse du bureau de poste, semblait avoir té désignée par un accord général pour diriger le parti du commerce.

Dans cette assemblée, l'un des personnages les plus populaires parmi ses relations personnelles était un petit homme replet, qui avait une couronne de cheveux noirs dressés autour de la tête et une vaste plaine de calvitie sur le dessus : le docteur Slammer, médecin-major du 97ème. Ce docteur échangeait des prises avec tout le monde, bavardait avec tout le monde, riait, dansait, plaisantait, jouait au whist, faisait tout, était partout. A ces activités, pour diverses qu'elles fussent, le petit docteur en ajoutait encore une autre, plus importante que tout le reste : il ne se lassait pas d'offrir ses soins les plus constants et les plus dévoués à une petite veuve âgée, dont les vêtements opulents et la parure abondante indiquaient qu'on pouvait voir en elle un enviable complément de revenu pour bourse modeste.

Les yeux de Mr Tupman et de son compagnon s'étaient fixés depuis quelques instants sur le docteur et la veuve, quand l'inconnu rompit le silence.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Ven 24 Nov - 15:45

- "Un argent fou - une bonne vieille - un docteur plein de son importance - ce ne serait pas si bête - on rirait un brin," telles furent les phrases hautement intelligibles qui tombèrent de ses lèvres.

Mr Tupman leva vers lui un regard interrogateur.

- "Je vais danser avec la veuve,"
dit l'inconnu.

- "Qui est-ce ?" demanda Mr Tupman.

- "Sais pas - première fois que je la vois - couper l'herbe sous le pied du docteur - allons-y !"


Et l'inconnu de traverser la salle aussitôt ; puis, s'appuyant contre une cheminée, il commença à contempler la grasse figure de la petite vieille avec un air d'admiration respectueuse et mélancolique. Mr Tupman le regarda faire, muet de stupeur. L'inconnu alla vite en besogne ; le docteur dansa avec une autre personne ; la veuve laissa tomber son éventail, l'inconnu le ramassa et le lui remit : sourire, courbette, révérence, quelques mots de conversation. L'inconnu s'en fut tout droit, effrontément, trouver le maître des cérémonies, avec lequel il revint ; petite pantomime des présentations ; et l'inconnu prit place avec Mrs Budger dans un quadrille.

Quelque grande que fût la surprise de Mr Tupman devant cette procédure sommaire, elle fut incomparablement surpassée par la stupeur du docteur. L'inconnu était jeune, et la veuve flattée. La veuve ne se souciait plus des attentions du docteur ; et cet imperturbable rival restait parfaitement insensible à l'indignation de ce dernier. Le docteur Slammer en était paralysé. Comment, lui, le docteur Slammer, du 97ème, se voir éclipsé en un instant par un homme que personne n'avait jamais vu, que personne, même, ne connaissait encore à cette heure ! Le docteur Slammer - le docteur Slammer du 97ème éconduit ! Impossible ! Ce n'était pas vrai ! Si, pourtant ; ils sont bien là. Comment ! Il présente son ami ! Puis-je en croire mes yeux ? Le docteur regarda de nouveau et se trouva dans la pénible obligation de reconnaître que ses organes oculaires disaient vrai ; Mrs Budger dansait avec Mr Tracy Tupman, il n'y avait pas à s'y tromper. C'était bien la veuve qu'il avait devant lui, en chair et en os, sautillant de-ci, de-là avec une vigueur inaccoutumée ; et Mr Tracy Tupman faisant de petits bonds en tous sens, le visage empreint de la gravité la plus intense, et dansant (ce qui est une manière de faire très répandue) comme si un quadrille n'était pas un sujet de plaisanterie, mais une rude épreuve pour la sensibilité, demandant à être abordée avec une résolution inflexible.

C'est dans un silence patient que le docteur supporta tout cela, ainsi que ce qui s'ensuivit : offres de boissons chaudes, efforts pour trouver des verres, empressement à aller chercher des biscuits, et autres coquetteries ; mais, quelques secondes après que l'inconnu eut disparu pour conduire Mrs Budger à sa voiture, il s'élança promptement hors de la salle et chaque parcelle de son indignation jusque là contenue entra en effervescence sur toutes les parties de son visage, sous forme d'une transpiration coléreuse.

L'inconnu
revenait, et Mr Tupman était auprès de lui. Il parlait à voix basse, et il riait. Le petit docteur était assoiffé de son sang. L'inconnu exultait. Il avait triomphé.

- "Monsieur !" dit le docteur d'une voix terrible en exhibant une carte de visite et en se postant dans un angle du couloir, "je m'appelle Slammer, Docteur Slammer, Monsieur - du 97ème régiment - caserne de Chatham - voici ma carte, Monsieur, voici ma carte."

Il aurait voulu en dire davantage, mais son indignation l'étouffait.

- "Tiens !" répondit froidement l'inconnu, "Slammer - très obligé - bien aimable à vous - je me porte bien pour le moment, Slammer - mais si je tombe malade - frapperai à votre porte.

- Vous êtes un - un fourbe ! Monsieur," dit le docteur furieux dans un halètement, "un poltron - un lâche - un menteur - un - un - est-ce que rien ne vous incitera à me donner votre carte, Monsieur ?

- Ah ! Je vois ce que c'est," dit l'inconnu comme en aparté, "ils font le vin chaud trop fort ici - le patron est trop généreux - c'est trop bête - vraiment - la limonade serait bien préférable - salle surchauffée - les gens d'un certain âge - il en sera malade demain matin - c'est bien triste - bien triste."

Et il avança d'un pas ou deux.

- "Vous logez dans cet hôtel, Monsieur," dit le petit homme indigné ; "vous êtes ivre en ce moment, Monsieur ; vous aurez de mes nouvelles demain matin, Monsieur. Je saurai bien vous trouver, Monsieur ; je saurai bien vous trouver.

- Sorti plutôt que chez moi, j'espère,"
répliqua l'inconnu, impassible.

Le docteur Slammer
prit un air d'inexprimable férocité, en assujettissant son chapeau sur sa tête d'un coup de poing indigné ; et l'inconnu et Mr Tupman montèrent à la chambre de ce dernier pour restituer le plumage emprunté à l'inconscient Winkle.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Sam 25 Nov - 15:15

Ce dernier dormait profondément ; la restitution s'opéra sans tarder. L'inconnu était d'excellente humeur ; quant à Mr Tracy Tupman, tout embrouillé par le vin, les boissons chaudes, les lumières, et les femmes, il ne voyait dans toute cette affaire qu'une délectable plaisanterie. Son nouvel ami le quitta ; puis, après avoir éprouvé quelque difficulté à trouver dans son bonnet de nuit l'orifice primitivement destiné à accueillir sa tête, et après avoir fin par renverser son bougeoir au cours de ses efforts pour se coiffer de ce couvre-chef, Mr Tracy Tupman parvint à se mettre au lit par une série de manœuvres compliquées et sombra presque aussitôt dans le sommeil.

Le dernier coup de sept heures venait à peine de sonner le lendemain matin quand l'esprit puissant de Mr Pickwick fut tiré de l'état d'inconscience où l'avait plongé l'assoupissement par les coups violents qu'on frappait à la porte de sa chambre.

- "Qui est là ?" demanda Mr Pickwick, se dressant dans son lit en sursaut.

- "Le garçon d'étage, Monsieur.


- Que désirez-vous ?

- Si Monsieur veut bien m'excuser, est-ce que Monsieur pourrait me dire comment s'appelle l'ami de Monsieur qui porte un habit de soirée bleu vif, avec un bouton doré marqué "P.C." ?"

On l'aura donné à brosser, se dit Mr Pickwick, et ce garçon a oublié à qui appartient l'habit.

- "C'est Mr Winkle," cria-t-il, "troisième chambre à droite.

- Merci, Monsieur," dit le garçon ; et de s'en aller.

- "Que se passe-t-il ?" s'écria Mr Tupman, quand ce fut son tour d'être tiré de l'inconscience du sommeil par des coups violents frappés à sa porte.

- "Pourrais-je parler à Mr Winkle, Monsieur ?" répondit le garçon, de l'extérieur.

- Winkle - Winkle !"
hurla Mr Tupman dans la direction de la chambre qui donnait sur la sienne.

- "Holà !" répliqua une voix faible qui sortait des couvertures.

- "On vous demande - quelqu'un à la porte ..."

Après avoir fait l'effort d'articuler tant de paroles, Mr Tracy Tupman se retourna et se rendormit profondément.

- "On me demande !" dit Mr Winkle en sautant précipitamment à bas du lit et en enfilant quelques vêtements ; "on me demande ! à une pareille distance de Londres - qui diable peut me demander ?

- Un monsieur dans la salle à manger, Monsieur," répondit le garçon, quand Mr Winkle ouvrit la porte et se trouva devant lui ; "ce monsieur dit qu'il ne retiendra Monsieur qu'un instant, mais qu'il faut absolument qu'il voie Monsieur.

- Très étrange !"
dit Mr Winkle ; "je descends tout de suite."

Il s'enveloppa en hâte d'un châle de voyage et d'une robe de chambre, et se mit en devoir de descendre l'escalier. Une vieille femme et deux garçons nettoyaient la salle et un officier en petite tenue regardait au-dehors par la fenêtre. Il se retourna à l'entrée de Mr Winkle, et le salua avec raideur d'un signe de tête. Après avoir fait sortir les domestiques et refermé très soigneusement la porte, il dit :

- "Mr Winkle, je pense ?

- Tel est bien mon nom, Monsieur.


- Vous ne serez pas surpris d'apprendre, Monsieur, que je vous rends visite ce matin de la part de mon ami, le docteur Slammer, du Quatre-vingt-dix-septième.

- Du docteur Slammer !" dit Mr Winkle.

- Du docteur Slammer. Il m'a prié de vous faire connaître son opinion sur votre conduite d'hier soir : à savoir, qu'elle n'est pas de celles qu'un honnête homme puisse supporter ; ni (a-t-il ajouté) de celles qu'un honnête homme puisse adopter envers un autre."

La surprise de Mr Winkle était trop sincère et trop manifeste pour ne pas être remarquée par l'ami du docteur Slammer, qui poursuivit donc :

- "Mon ami le docteur Slammer m'a prié d'ajouter qu'il était pleinement convaincu que vous étiez ivre pendant une partie de la soirée, et que vous ne vous étiez peur-être pas rendu compte de la gravité de l'affront dont vous vous êtes rendu coupable. Il m'a chargé de vous dire que, si vous alléguiez cette explication de votre attitude, il consentirait à accepter des excuses écrites, rédigées de votre main, sous ma dictée.

- Des excuses écrites !" répéta Mr Winkle sur le ton de la stupeur la plus énergique qui se pût.

- "Naturellement, vous n'ignorez pas quelle est la seule autre solution," répliqua son visiteur avec froideur.

- "Avez-vous été chargé de ce message pour moi, nommément ?" demanda Mr Winkle, dont les facultés intellectuelles se trouvaient réduites par cette conversation extraordinaire à un état de confusion sans remède.

- "Je n'ai pas assisté moi-même à l'incident," répondit le visiteur, "et comme vous aviez catégoriquement refusé de donner votre carte au docteur Slammer, mon ami m'a demandé d'identifier le porteur d'un habit fort singulier - un habit de soirée bleu vif, dont le bouton doré porte un buste et les lettres "P.C."

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Sam 25 Nov - 16:02

Mr Winkle chancela littéralement de stupeur en entendant décrire si minutieusement son propre costume. L'ami du docteur Slammer poursuivit :

- "Après avoir obtenu quelques renseignements au bar, il y a un instant, j'avais acquis la conviction que le propriétaire de l'habit en question était arrivé ici, avec trois autres messieurs, hier après-midi. J'ai aussitôt envoyé le garçon auprès de celui qu'on m'avait présenté comme paraissant être le chef du groupe, et il m'a tout de suite adressé à vous."

Si la tour principale du château de Rochester avait soudain quitté ses fondations pour venir se placer en face de la fenêtre de l'hôtel, la surprise de Mr Winkle n'eût rien été en comparaison de la stupeur profonde avec laquelle il écouta cette déclaration. Sa première impression fut qu'on lui avait volé son habit.

- "Puis-je vous demander de m'attendre un instant ?" demanda-t-il.

- Certainement," répondit le malencontreux visiteur.

Mr Winkle se hâta de monter à sa chambre, et ouvrit son sac d'une main tremblante. L'habit s'y trouvait à sa place habituelle mais un examen attentif lui révéla des traces prouvant nettement qu'il avait été porté la veille au soir.

- "Ce doit être vrai," se dit Mr. Winkle, l'habit lui échappant des mains. "J'ai bu trop de vin après le dîner, et j'ai comme un vague souvenir de m'être promené dans les rues et d'avoir fumé un cigare ensuite. Le fait est que j'étais fort gris ; j'ai dû changer d'habit - m'en aller quelque part - et insulter quelqu'un - je n'en puis douter ; d'où ce terrible message."

Ce disant, Mr Winkle revint sur ses pas en direction de la salle-à-manger, plein de la sinistre et redoutable résolution d'accepter le défi du belliqueux docteur Slammer, et de se résigner aux pires conséquences qui en pourraient résulter.

Mr Winkle était poussé à prendre cette décision par diverses considérations dont la première était sa réputation au Club. Il avait toujours été considéré comme une autorité éminente pour tout ce qui touchait aux exercices physiques et aux jeux d'adresse, qu'ils fussent d'ordre offensif, défensif , ou inoffensif ; et si en la circonstance, la première où il fût mis à l'épreuve, il se dérobait à cette expérience sous le regard de son chef, il perdrait à tout jamais sa position et sa renommée. En outre, il se rappelait avoir souvent entendu les profanes en ces matières supputer qu'en vertu d'un accord tacite entre les témoins, les pistolets étaient rarement chargés à balle ; et de plus il réfléchit que s'il demandait à Mr Snodgrass de lui servir de témoin et lui peignait le danger en termes enflammés, ce dernier irait peut-être communiquer la nouvelle à Mr Pickwick, qui la transmettrait assurément sans perdre un instant aux autorités locales, et empêcherait ainsi son disciple d'être mis à mort ou estropié.

Telles étaient ses pensées quand il revint dans la salle-à-manger et qu'il annonça son intention d'accepter le défi du docteur.

- "Voulez-vous me désigner un de vos amis, avec qui je déciderai de l'heure et du lieu de la rencontre ?" demanda l'officier.

- "C'est tout-à-fait inutile," répliqua Mr Winkle ; "vous n'avez qu'à me les indiquer, et je pourrai ensuite m'assurer les services d'un ami.

- Voulez-vous que nous disions ... ce soir, au crépuscule ?" demanda l'officier, d'un ton indifférent.

- "Fort bien," répondit Mr Winkle, tout en se disant en son for intérieur que c'était fort mal.

- "Vous connaissez le Fort Pitt ?

- Oui ; je l'ai vu hier.

- Si vous voulez bien prendre la peine d'entrer dans le champ qui borde la tranchée, de prendre le sentier à gauche en arrivant à l'angle de la fortification, et d'aller ensuite droit devant vous jusqu'à ce que vous m'aperceviez, je vous précéderai dans un endroit écarté, où l'affaire pourra être menée à bien sans crainte d'interruption."

Sans crainte d'interruption ! songea Mr Winkle.

- "Il n'y a pas d'autres dispositions à prendre, je pense," dit l'officier.

- "Pas que je sache," répondit Mr Winkle. "Au revoir.

- Au revoir."

Et l'officier s'éloigna à grands pas en sifflotant un air enjoué.

Le petit-déjeuner se déroula péniblement ce matin-là. Mr Tupman n'était pas en état de se lever, après les dissipations inaccoutumées de la veille au soir ; Mr Snodgrass paraissait souffrir des effets d'une poétique dépression mentale ; et Mr Pickwick lui-même manifestait une affection inusitée pour le silence et l'eau de Seltz. Mr Winkle se tint impatiemment à l'affût d'une occasion favorable : elle ne se fit guère attendre. Mr Snodgrass proposa une visite au château, et comme Mr Winkle était le seul autre membre du groupe qui fût enclin à se promener, ils sortirent ensemble.

- "Snodgrass," dit Mr Winkle, dès qu'ils eurent quitté la rue principale, "Snodgrass, mon cher ami, puis-je compter sur votre discrétion ?"

Ce disant, il souhaitait avec une ferveur passionnée n'y pas pouvoir compter.

- "Oui," répliqua Mr Snodgrass. "Je suis prêt à jurer ...

- "Non, non," dit en l'interrompant Winkle, terrifié à  l'idée que son compagnon pourrait s'engager inconsciemment à ne pas le dénoncer ; "ne jurez rien, ne jurez rien ; c'est tout-à-fait superflu."

Mr Snodgrass laissa retomber la main que son humeur poétique lui avait fait lever vers les nuages tandis qu'il lançait l'invocation rapportée plus haut, et prit une attitude attentive.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Dim 26 Nov - 16:38

- "J'ai besoin de votre aide, mon cher, dans une affaire d'honneur," dit Mr Winkle.

- Elle vous est acquise," répondit Mr Snodgrass en étreignant la main de son ami.

- "Il s'agit d'un docteur - le docteur Slammer, du Quatre-vingt-dix-septième," dit Mr Winkle, qui souhaitait donner à l'incident une allure aussi solennelle que possible ; "c'est un duel avec un officier, secondé par un autre officier, ce soir, au crépuscule, dans un champ solitaire au-delà du Fort Pitt.

- Je vous accompagnerai,"
dit Mr Snodgrass.

Il était surpris mais nullement consterné. On ne se doute pas du sang-froid que peuvent montrer en de telles circonstances tous les intéressés sauf le principal. C'est ce qu'avait oublié Mr Winkle. Il avait jugé des sentiments probables de son ami d'après les siens propres.

- "Les conséquences seront peut-être terribles," dit Mr Winkle.

- "Espérons que non," dit Mr Snodgrass.

- "Le docteur est, je crois, excellent tireur," dit Mr Winkle.

- "Comme la plupart des militaires,"
déclara calmement Mr Snodgrass ; "mais c'est aussi votre cas, n'est-ce pas ?"

Mr Winkle répondit par l'affirmative ; puis, s'apercevant qu'il n'avait pas suffisamment inquiété son ami, il passa à l'attaque sur un autre front.

- "Snodgrass," lui dit-il d'une voix que l'émotion faisait trembler, "si je suis abattu, vous trouverez dans un petit paquet que je remettrai entre vos mains une lettre pour mon ... pour mon père."

Cette nouvelle offensive échoua encore. Mr Snodgrass fut touché, mais il se chargea de distribuer la lettre aussi simplement que s'il avait été facteur de profession.

- "Si je succombe," dit Mr Winkle, "ou si c'est le docteur qui succombe, vous serez arrêté, vous, mon cher ami, et accusé de complicité dans la préméditation. Ai-je le droit de faire encourir à mon ami la déportation - peut-être à vie ?"

Cette idée fit un peu sourciller Mr Snodgrass, mais son héroïsme resta inébranlable :

- "Pour la cause de l'amitié,"
s'écria-t-il avec ferveur, "je braverais tous les dangers."

Combien Mr Winkle maudit intérieurement l'amical dévouement de son compagnon,
tandis qu'ils poursuivaient leur chemin en silence, côte à côte, chacun d'eux restant plongé pendant quelques minutes dans ses méditations personnelles ! La matinée s'écoulait ; Mr Winkle était aux abois.

- "Snodgrass," dit-il en s'arrêtant soudain, "je vous demande de ne pas me contrecarrer dans cette affaire - de ne pas nous dénoncer aux autorités locales - de ne pas chercher à obtenir l'aide de plusieurs agents de police pour nous faire arrêter, soit moi-même, soit le docteur Slammer, du Quatre-vingt-dix-septième, actuellement logé à la caserne de Chatham ; ce qui empêcherait ce duel d'avoir lieu ; - vous me comprenez, n'en faites rien."

Mr Snodgrass saisit chaleureusement la main de son ami en répondant avec enthousiasme :

- "Pas pour un empire !"


Un frisson parcourut le corps de Mr Winkle quand la conviction qu'il n'avait rien à espérer des craintes de son ami, et qu'il était destiné à devenir une cible vivante, s'empara de lui irrésistiblement.

Les circonstances de l'affaire ayant été formellement expliquées à Mr Snodgrass, les deux amis allèrent louer chez un fabricant de Rochester un étui contenant deux pistolets réglementaires, avec tous les accessoires les plus réconfortants : poudre, balles et capsules, puis ils revinrent à leur hôtel ; Mr Winkle, pour y méditer sur le prochain combat, Mr Snodgrass, pour préparer les armes meurtrières et les mettre dans un état approprié à leur utilisation immédiate.

Le soir était gris et lourd quand ils ressortirent pour leur course sinistre. Mr Winkle s'était emmitouflé dans une immense cape afin de ne pas attirer l'attention, et Mr Snodgrass portait sous la sienne les instruments de mort.

- "Avez-vous bien tout ?" demanda Mr. Winkle d'un ton ému.

- "Tout," répondit Mr Snodgrass ; "j'ai une bonne réserve de munitions, pour le cas où les premiers coups seraient échangés sans résultat. Il y a un quart de livre de poudre dans la boîte et j'ai deux journaux dans ma poche pour servir de bourre."

C'étaient là des preuves d'amitié dont n'importe qui aurait pu raisonnablement éprouver une vive reconnaissance. Il y a tout lieu de présumer que la gratitude de Mr Winkle fut trop forte pour pouvoir s'exprimer, car il ne dit rien et continua à marcher - assez lentement.

- "Nous sommes parfaitement à l'heure," dit Mr Snodgrass, quand ils franchirent la haie du premier champ ; "le soleil commence tout juste à descendre."

Mr Winkle
leva les yeux vers le globe en voie de disparition, et songea avec douleur qu'il risquait fort d'être "descendu" lui-même à brève échéance.

- "Voilà l'officier," s'écria Mr Winkle après quelques minutes de marche.

- "Où cela ?" dit Mr Snodgrass.

- Là - c'est l'homme en cape bleue."

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Dim 26 Nov - 17:30

Mr Snodgrass regarda dans la direction que lui désignait l'index de son ami, et aperçut une silhouette emmitouflée, répondant à cette description. L'officier montra qu'il s'était aperçu de leur présence en leur faisant un petit signe de la main : et les deux amis le suivirent à faible distance quand il s'éloigna.

La soirée devenait sans cesse plus sombre, et un vent mélancolique se faisait entendre à travers les champs déserts, comme un géant qui aurait sifflé son chien de garde. La tristesse de ce décor donna une coloration lugubre aux sentiments de Mr Winkle. Il sursauta en passant devant le coin de la tranchée : elle avait l'air d'un colossal tombeau.

L'officier se détacha soudain du chemin, et après avoir escaladé une palissade et franchi une haie, entra dans un champ isolé. Deux hommes l'y attendaient ; l'un était un petit gros à cheveux noirs ; et l'autre, personnage corpulent en pardessus à brandebourgs, était assis avec une parfaite équanimité sur un pliant.

- "Votre adversaire, et un médecin, j'imagine," dit Mr Snodgrass ; "prenez une goutte d'eau-de-vie."

Mr Winkle saisit la gourde d'osier que lui présentait son ami et prit une rasade prolongée de ce breuvage exaltant.

- "Mon ami, Monsieur, Mr Snodgrass," dit Mr Winkle quand l'officier s'approcha d'eux.

L'ami du docteur Slammer s'inclina
et exhiba un étui identique à celui que portait Mr Snodgrass.

- "Nous n'avons plus rien à nous dire, Monsieur, je pense," déclara-t-il en ouvrant l'étui ; "des excuses nous ont été formellement refusées.

- Rien, Monsieur," dit Mr Snodgrass, qui commençait à se sentir assez mal à l'aise lui-même.


- "Voulez-vous avancer ?" demanda l'officier.

- "Certainement,"
répondit Mr Snodgrass.

Ils mesurèrent le terrain et prirent les dispositions préliminaires.

- "Vous pouvez constater qu'ils sont meilleurs que les vôtres," dit le témoin de l'adversaire en exhibant ses pistolets. "Vous me les avez vu charger. Acceptez-vous de vous en servir ?

- Assurément,"
répliqua Mr Snodgrass.

Cette offre le tirait d'un embarras considérable, car ses notions sur l'art de charger un pistolet avaient été jusqu'à ce jour assez vagues et indéfinies.

- "Nous pouvons placer nos hommes, je pense," déclara l'officier avec autant d'indifférence que si leurs clients avaient été des pièces du jeu d'échecs, et les témoins des joueurs.

- C'est ce qu'il me semble," répondit Mr Snodgrass, qui aurait acquiescé à toute proposition, car il ne connaissait rien à l'affaire.

L'officier se rendit auprès du docteur Slammer, et Mr Snodgrass auprès de Mr Winkle.

- "Tout est prêt,"
dit-il en lui tendant le pistolet. "Donnez-moi votre cape.

- Vous avez bien mon paquet, cher ami," dit le pauvre Winkle.

- Ne vous inquiétez pas,"
dit Mr Snodgrass. "De la fermeté, et mettez-lui du plomb dans l'aile.

L'idée vint à l'esprit de Mr Winkle que ces conseils ressemblaient fort à ceux que les spectateurs donnent invariablement au plus petit des deux gamins qui se battent dans la rue : "Vas-y et gagne !" Excellente recommandation, si seulement on savait comment s'y prendre pour la mettre en pratique. Il ôta toutefois sa cape en silence - elle était toujours très longue à ôter, cette cape - et prit le pistolet. Les témoins se retirèrent, l'homme au pliant de même, et les belligérants s'approchèrent l'un de l'autre.

Mr Winkle
s'était toujours fait remarquer par son extrême humanité. On suppose que sa répugnance à nuire volontairement à l'un de ses semblables fut la raison pour laquelle il ferma les yeux en arrivant à l'endroit fatidique ; et que le fait d'avoir les yeux fermés l'empêcha de remarquer le comportement fort extraordinaire et inexplicable du docteur Slammer. Ce dernier sursauta, ouvrit de grands yeux, recula, se frotta les yeux, les rouvrit tout grands ; et finit par s'écrier : "Arrêtez ! Arrêtez !"

- "Qu'est-ce que cela signifie ?" dit le docteur Slammer, quand son ami et Mr Snodgrass accoururent. "Ce n'est pas notre homme.

- Ce n'est pas notre homme !"
dit le témoin du docteur Slammer.

- "Ce n'est pas votre homme !" dit Mr Snodgrass.

- "Ce n'est pas notre homme !" dit l'homme au pliant, pliant en main.

- "Assurément non,"
répondit le petit docteur. "Cette personne n'est pas celle qui m'a insulté hier soir.

- C'est fort extraordinaire !" s'exclama l'officier.

- "En vérité, oui,"
dit l'homme au pliant. "La seule question qui se pose est de savoir si ce monsieur, puisqu'il se trouve sur le terrain, ne doit pas être considéré pour la forme comme étant l'individu qui a insulté notre ami, le docteur Slammer, hier soir, qu'il le soit ou non réellement."

Après avoir présenté cette suggestion, d'un air de grande sagacité et de profond mystère, l'homme au pliant s'administra une forte prise de tabac, et regarda autour de lui, comme pour montrer qu'il faisait autorité en la matière.

Mais Mr Winkle avait ouvert les yeux, et les oreilles aussi, en entendant son adversaire demander bruyamment la cessation des hostilités ; et comprenant d'après ce qui avait été dit ensuite que l'affaire reposait sans le moindre doute sur une erreur, il vit aussitôt quel surcroît de réputation il allait immanquablement gagner en cachant le véritable motif de sa venue sur le terrain ; il s'avança donc résolument et dit :

- "Je ne suis pas la personne en question. Je le sais.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME   Lun 27 Nov - 12:44

- En ce cas," dit l'homme au pliant, "cette attitude est un affront au docteur Slammer, et une raison suffisante pour poursuivre les opérations sans délai.

- Tenez-vous tranquille, Payne, je vous en prie," dit le témoin du docteur. "Pourquoi ne m'avez-vous pas mis au courant du fait ce matin, Monsieur ?

- Naturellement - naturellement," dit avec indignation l'homme au pliant.

- "Je vous conjure de vous tenir tranquille, Payne," dit l'autre. "Me permettez-vous de répéter ma question, Monsieur ?

- Eh bien, Monsieur, "répondit Mr Winkle, qui avait eu le temps de méditer sa réponse, "c'est que, Monsieur, vous avez décrit un homme ivre et de mauvais ton comme portant un habit que j'ai l'honneur non seulement de porter moi-même, mais d'avoir inventé : l'habit destiné à être, Monsieur, l'uniforme du Pickwick Club de Londres. Je me sens tenu de défendre l'honneur de cet uniforme, et j'ai donc relevé sans poser de questions le défi que vous m'avez présenté.

- Cher Monsieur," dit sur un ton jovial le petit docteur en s'avançant, la main tendue, "je rends hommage à votre courage. Permettez-moi de vous dire, Monsieur, que j'admire votre conduite, et que je regrette infiniment de vous avoir dérangé pour cette rencontre en pure perte.

- Laissons cela, je vous prie.

- Je serai fier de faire plus ample connaissance avec vous," dit le petit docteur.

- C'est avec le plus grand plaisir que j'entrerai en relation avec vous, Monsieur," répondit Mr Winkle.

Là-dessus le docteur et Mr Winkle échangèrent une poignée de mains, puis ce fut le tour de Mr Winkle et du lieutenant Tappelton (le témoin du docteur), puis de Mr Winkle et de l'homme au pliant et, finalement, de Mr Winkle et de Mr Snodgrass - ce dernier emporté par son admiration pour la conduite généreuse de son héroïque ami.

- "Je crois que nous pouvons nous retirer," dit le lieutenant Tappleton.

- "Assurément," ajouta le docteur.

- "A moins," dit l'homme au pliant, intervenant, "à moins que Mr. Winkle ne se sente lésé par le défi ; auquel cas je ferai observer qu'il a le droit de demander réparation."


Avec beaucoup d'abnégation, M. Winkle déclara qu'à ses yeux tout était déjà réparé.

- "Ou peut-être," dit l'homme au pliant, "le témoin de Monsieur a-t-il pu se sentir blessé par quelques remarques qui m'ont échappé dans une phase antérieure de cette rencontre ; s'il en est ainsi, je serai heureux de lui accorder personnellement réparation sur le champ."

Mr Snodgrass s'empressa de se proclamer très obligé par l'offre généreuse du dernier orateur, offre que seule sa complète satisfaction à l'égard de toute l'affaire le poussait à décliner. Les deux témoins remirent les étuis en ordre, et tous quittèrent le terrain avec beaucoup plus d'animation qu'à l'aller.

- "Resterez-vous longtemps ici ?" demanda le docteur Slammer à Mr Winkle, tandis qu'ils cheminaient fort amicalement de conserve.

- "Je crois que nous repartirons d'ici après-demain," lui fut-il répondu.

- "J'ose espérer que j'aurai le plaisir de vous voir chez moi avec votre ami, et de passer une agréable soirée en votre compagnie après cette malencontreuse erreur," dit le petit docteur ; "êtes-vous libre ce soir ?

- Nous sommes ici avec des amis," répondit Mr Winkle, "et je ne voudrais pas les laisser seuls ce soir. Peut-être votre ami et vous-même pourriez-vous nous retrouver à l'Hôtel du Taureau.

- Avec grand plaisir,"
dit le petit docteur ; "ne sera-t-il pas trop tard à dix heures, pour faire une petite apparition ?

- Ma foi, non," dit Mr Winkle. "Je serai fort heureux de vous présenter à mes amis, Mr Pickwick et Mr Tupman.

- Cela me fera grand plaisir, je vous assure," répondit le docteur Slammer, bien loin de pressentir qui était Mr Tupman.

- "Vous viendrez sans faute ?" demanda Mr Snodgrass.

- "Mais bien sûr."

Ils avaient regagné la route. Des adieux cordiaux furent échangés, et le groupe se disloqua. Le docteur Slammer et ses amis se rendirent à la caserne, et Mr Winkle, accompagné de son ami, Mr Snodgrass, regagna l'hôtel.

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
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Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DEUXIEME

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