Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilPortailCalendrierÉvènementsGalerieFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

 

Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Masques de Venise

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65657
Age : 59
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Vide
MessageSujet: Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle   Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Icon_minitimeLun 27 Nov - 16:55

Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Beachc10

Etoiles Notabénistes : ******


The Vessel Of Wrath (parfois "The Beachcomber : The Vessel Of Wrath")
Traduction : Joseph Dobrinsky pour Omnibus


ISBN : Inconnu pour la jaquette indiquée mais 9782258055834 pour "Nouvelles Complètes" chez Omnibus



Extraits
Personnages


"Le Fléau de Dieu" est un titre bien de notre époque, n'est-ce pas ?  Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Cafeion2 Mais il ne faut pas oublier que "fléau" peut aussi symboliser la partie indispensable pour assurer l'équilibre des plateaux d'une balance. Ou encore représenter un outil bien utile pour l'agriculture. Ce sera à vous, lecteurs, de décider à quelle définition le traducteur a songé pour cette nouvelle dont le titre original signifierait plutôt : "Le Vaisseau de la Colère" - référence sans doute, et pour nous obscure, à quelque citation biblique. preach

Il y a beaucoup d'hommes de Dieu - ou prétendus tels - dans les nouvelles de W. Somerset Maugham, certains à l'état de simples silhouettes, d'autres bien plus consistants et redoutables comme le sinistre héros de "Pluie." Certains sont célibataires, d'autres mariés mais, très souvent, ils exercent sous les Tropiques avec leur sœur.

Tel est le cas du révérend Owen Jones, personnage, je le précise d'emblée, infiniment plus sympathique que l'horrible pasteur de "Rain" mais qui, forcément, n'a qu'un seul souci : gagner des ouailles au Seigneur parmi les Polynésiens et autres indigènes des îles Hélas - oui, c'est leur nom. Comme il est dévoué, sait se faire respecter sans s'imposer par la terreur ou le chantage, comme il n'hésite pas à faire des kilomètres et des kilomètres entre les différents archipels pour soigner accouchements difficiles et épidémies bien plus dangereuses, comme il n'est pas un obsédé résolument anti-sexuel et sait bien qu'on ne peut bâillonner tout le temps la Nature, il est plutôt bien perçu par la communauté des îles Hélas, qu'il s'agisse des Néerlandais, dont Mynheer Gruyter, en sa qualité de Gouverneur, représente l'autorité civile suprême, ou des Indigènes.

Pour l'aider dans son apostolat
, car enfin, fût-on au service de Dieu, on ne peut être à la fois à la foire et au moulin Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle 1326686558 , le pasteur Jones s'appuie sur sa sœur, Martha. Grande, osseuse, sèche, avec un nez un peu rouge, la malheureuse n'a rien d'une beauté. Mais elle est certainement bien plus douée question bonté et compassion que la Mrs Davidson de "Pluie". Avec cela, très efficace, assistant son frère en tout et capable, s'il le faut, elle va nous le prouver dans cette nouvelle, d'affronter un océan plus que troublé pour vaincre le choléra en plein délire dans une île voisine.

Bon, bien sûr, comme toutes celles qu'on appelait à cette époque "les vieilles filles", Miss Jones est très attachée à ses "Enfants de Marie" indigènes - ou à ce qui en tient lieu dans la confession protestante - et elle a un faible prononcé pour l'ordre et la bienséance. Enfin, nul n'est parfait. Comme elle est la première à l'admettre, nous pouvons bien lui passer aussi ce défaut général de l'Humanité, non ? Wink

Or, sur l'île principale, le Désordre dans toute sa gloire s'est incarné un jour, il y a quelques années, descendant, avec des papiers parfaitement en règle, d'un navire hollandais. De son nom officiel, le Désordre s'appelait - et s'appelle toujours - Edward Wilson. Mynheer Gruyter, qui s'est lié de sympathie, et même d'amitié avec lui, n'a pas tardé à se rendre compte que, en dépit de tous ses efforts pour le dissimuler, le Désordre incarné avait reçu une excellente éducation et une tout aussi bonne instruction. Néanmoins, grâce à des efforts qu'on ne saurait trop qualifier de méritoires, Edward Wilson est devenu, très vite et pour tous, Ted le Rouquin, qui vit paisiblement des deux livres qu'on lui envoie mystérieusement d'Angleterre chaque mois et de petits travaux divers, le tout largement et régulièrement arrosé de bière, de whisky, d'arak - enfin d'alcool. Ajoutez à cela que Ted, outre sa chevelure rousse, est plutôt une force de la Nature et qu'il aime bien se bagarrer lorsque l'occasion s'en présente - et elle se présente presque toujours quand il a bu.

Au début de la nouvelle justement, une rixe de trop,
dans un bar tenu par un honorable Asiatique, l'envoie devant le TribunalMynheer Gruyter, pour une fois décidé à faire un geste à la requête du pasteur, venu se plaindre d'un énième et trop voyant excès érotique de Ted, le condamne à six mois de travaux forcés. Après avoir hurlé sur tous les tons qu'il aurait la tête du Gouverneur, Ted le Rouquin se calme et file accomplir sa peine dans une île voisine où, comme il le dira plus tard en rentrant, il y avait plein de jolies filles et tout l'alcool dont un homme normal a besoin. Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Elephant

Seulement, quand sonne l'heure du retour, les circonstances sont telles que voilà notre Ted obligé de voyager, dans une pirogue locale, avec Miss Jones, laquelle avait été déléguée par son frère, alors accablé par les fièvres, pour aller superviser la mise en quarantaine, dans une autre île, d'indigènes atteints du choléra. Du côté opposé, on imagine sans peine l'horreur de Miss Jones lorsqu'elle voit Ted, toujours aussi à l'aise - et toujours aussi repoussant car elle le trouve repoussant, et c'est bien normal - se diriger vers le canot et y prendre place (non sans l'avoir saluée mais c'est elle qui détourne la tête). Las ! cette horreur n'est rien - mais alors rien du tout - lorsque, suite à une avarie, les deux passagers (Miss Jones et Ted) et l'équipage (un vieil Indigène borgne mais sympathique et son adjoint), sont contraints de faire relâche  pour la nuit sur une toute petite île déserte afin de pouvoir réparer.

Assaillie par ces détestables visions que la Bible introduit dans la tête des personnes influençables, Miss Jones comprend tout de suite le plan - évidemment infâme - de ces individus libidineux. Ces trois hommes se sont mis en tête de lui prendre sa virginité, ni plus, ni moins. Et c'est Ted le Rouquin qui pousse les Indigènes à la violer. Ceux-ci auraient bien trop peur de la femme blanche qu'elle est ! Tandis que, évidemment, avec Ted pour montrer l'exemple ... Ah ! Seigneur ! Dieu Tout Puissant ! Assiste ta servante dans cet endroit perdu ! Esseulée, sans le moindre soutien de la part d'un Européen, livrée aux pensées impures de ces ... de ces ... hommes - tous les hommes ont des pensées impures, c'est plus fort qu'eux, surtout quand ils boivent et, bien entendu, Ted le Rouquin n'a pas quitté son "bagne" sans une bonne provision d'alcool ! ... Oui, Seigneur, que va devenir ton humble servante, Martha Jones ?

Et Miss Jones de courir se trouver un coin isolé - mais pas trop, parce qu'il y a aussi des risques avec les animaux sauvages qui traînent dans cette région inconnue - de refuser sèchement la nourriture aimablement proposée par Ted en personne, de prier, et de prier encore, résistant du mieux qu'elle peut au sommeil ... lequel finit tout de même par s'imposer à elle.

Et le matin, quand elle se réveille - en sursaut, quelle femme, parmi vous, fidèles lectrices, ne l'eût point deviné ?  Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Ohlala- elle constate que quelqu'un est passé pour la recouvrir de deux sacs vides de coprah afin qu'elle ne prît pas froid dans l'air nocturne. Aurait-on ? ... affraid Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Faint Mais Miss Jones revient à la raison et s'avoue que, s'il s'était passé quoi que ce soit d'autre, elle l'aurait ... hum ... disons, senti ... Surtout que, comme elle le dira plus tard, "ces rouquins sont de telles forces de la Nature ..."

La pirogue ayant été réparée, tout le monde remonte à bord et l'on arrive bientôt aux îles Hélas. Non sans que, à sa profonde stupéfaction à lui, Ted le Rouquin, l'Indigne et l'Infâme de service, l'Obsédé sexuel doublé d'un Ivrogne invétéré, Miss Jones se soit montrée beaucoup plus gracieuse avec lui. C'est bien simple : la veille, il avait embarqué avec une espèce de Méduse et aujourd'hui, on dirait pratiquement la déesse de l'Amabilité.

En fait, il faudra à Ted, en dépit de toute son intelligence et de toute son éducation, bien du temps pour s'en rendre compte (ou pour l'admettre peut-être ?), le regard que pose désormais sur lui Miss Martha Jones est désormais bien différent.

Du tout au tout. Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Angemoqu


Mynheer Gruyter, qui comprend bien plus vite, aurait pu le prévenir. Mieux, le pasteur aurait pu prévenir Mynheer Gruyter avant même que celui-ci eût réalisé la situation mais ...

L'une des nouvelles les plus malicieuses de l'auteur britannique, et qui se termine bien en plus.
Si "Pluie" laissait le lecteur sur une fin méritée mais somme toute affreuse, "Le Fléau de Dieu" lui donne bien du plaisir et lui révèle un Somerset Mauham bien moins amer et sarcastique que d'habitude. Même la fin de la nouvelle n'a rien du coup de griffe habituel. La chute se fait avec la douceur de la patte de velours d'un chat heureux de lui-même et des autres - et qui trouve que, parfois, la Vie n'est pas si mal que ça. Oh ! on a tout de même un petit sourire ... mais c'est peut-être pour mieux cacher son émotion.

A lire et à relire. Ce "Fléau de Dieu"-là, croyez-moi, on en redemande ! Maugham - Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle Chapeau2

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

Le Fléau de Dieu - William Somerset Maugham (Grande-Bretagne) - XXème siècle

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: MODESTE PANORAMA DE LA LITTERATURE :: Feuille Par Feuille, La Nouvelle & Le Conte De Tous Les Horizons -