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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI

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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Mar 5 Déc - 14:53

XI

Le Bal



Colar laissa ses deux acolytes encore stupéfaits de son exclamation, se jeta dans un fiacre, et dit au cocher :

- "Cent sous de pourboire si tu vas rue Saint-Lazare, numéro 75, en une demi-heure."

L'automédon à livrée crasseuse enveloppa ses deux rosses d'un homérique coup de fouet, et partit avec la rapidité de l'éclair.

- "Pourvu que je trouve le capitaine ..." pensait Colar.

Et l'émotion du lieutenant était si grande, qu'il parlait tout haut dans son fiacre, mêlant les noms de Williams, d'Armand et de Cerise aux mots d'héritage et de séduction.

Si on eût entendu et vu gesticuler le digne vaurien, on eût juré qu'il était fou. Le cocher fit merveille, et ne mit guère que trente-cinq à quarante minutes pour franchir les six kilomètres qui séparent la barrière de Belleville de la rue Saint-Lazare.

Au moment où le fiacre s'arrêtait devant l'hôtel occupé par le capitaine Williams, celui-ci se faisait ouvrir la porte cochère et sortait en tilbury. 

Mais Colar se montra, sortit précipitamment du fiacre et lui dit :

- "Capitaine, il faut rentrer.


- Plaît-il ?" fit Andrea, un peu contrarié.

- "Il le faut," dit Colar du ton convaincu de l'homme qui sait l'importance de la nouvelle qu'il apporte.

Le capitaine comprit, au visage bouleversé de Colar, qu'il s'agissait des intérêts les plus graves, et, jetant la bride à son groom, il lui ordonna de ranger le tilbury devant la porte, une roue dans le ruisseau, et d'attendre. 

- "Viens," dit-il à Colar. 

Colar
jeta cinq francs à son cocher et suivit Andrea, qui traversa rapidement la cour et le jardin, ouvrit la porte du pavillon et fit entrer son lieutenant dans un petit salon du rez-de-chaussée. 

- "De quoi s'agit-il ?" lui dit-il alors.

- "Il s'agit," répondit Colar, "d'un événement qui peut tout compromettre.

- Qu'entends-tu par tout ?" demanda froidement le capitaine.

- "L'héritage,"
répondit laconiquement Colar.

Andrea fit un mouvement d'étonnement mêlé d'effroi. Colar poursuivit :

- "Armand est sur la trace

- Sang Dieu !" s'écria le capitaine, qui devint livide de colère et frappa du poing sur une table. "Il veut donc que je l'assassine."

Et dans l'œil de celui qui s'était nommé Andrea brilla alors un de ces regards terribles qui eussent fait frissonner quiconque aurait porté le plus banal intérêt à M. de Kergaz.

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
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La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Mer 6 Déc - 11:41

- "Voyons, capitaine," dit froidement Colar, "ne cassez rien et écoutez-moi."

Colar raconta alors la scène de Belleville succinctement, mais dans tous ses détails, puis il ajouta :

- "Vous comprenez très bien que Léon Rolland et Cerise connaissent Fernand Rocher et Armand en même temps. Il faut un rien, un mot échappé, un mot jeté au vent pour mettre cet homme du Diable, qui fait le Bien avec autant de génie qu'il en faut pour faire le Mal, sur la trace de l'héritage. Alors nous sommes perdus.

- C'est mon avis,
" dit froidement Andrea.

- "Comment ! c'est ainsi que vous le prenez ? ..."

Le capitaine Williams avait reconquis tout son sang-froid et sa merveilleuse lucidité d'esprit habituelle était accourue à l'aide de son infernal génie.

- "Mon cher lieutenant," dit-il avec calme, et laissant glisser sur ses lèvres un dédaigneux sourire, "je vous croyais plus fort que vous n'êtes.

- Moi ?" balbutia Colar, ahuri de cette tranquillité.

- "Sans doute. Vous perdez la tête dès le début ... Armand est l'exécuteur testamentaire du bonhomme Kermarouet ; nous, nous sommes les loups qui flairent la proie et veulent se l'approprier. Donc, nous aurions dû prévoir la lutte presque inévitable entre le dragon qui garde et les voleurs qui veulent dérober le trésor.

- C'est vrai," murmura Colar.

- "Ceci posé," dit froidement Williams, "il faut accepter la lutte et envisager la situation avec le sang-froid d'un général du génie, faire des levées de terrain et étudier le champ où se livrera la bataille.

- Eh bien ?" demanda Colar qui retrouva son calme en présence du calme superbe de son chef.

- "Voici," dit le capitaine ; "tu dis qu'Armand a fait connaissance avec Léon Rolland ?

- Oui.

- Lequel Rolland connaît Fernand Rocher ?

- Oui.

- Mais Fernand et Armand ne se connaissent pas encore ?

- C'est probable.

- Eh bien ! nous allons supprimer l'intermédiaire," dit froidement le capitaine.

- "Comment ?

- Bah ! j'aurai trouvé le moyen d'ici à ce soir.


- Mais Cerise," observa Colar, "si Léon disparaît ... elle ira trouver Armand.

- On supprimera Cerise.

- Oh ! oh !"
s'écria Colar, "y songez-vous ?

- C'est-à-dire qu'on priera M. de Beaupréau de veiller sur elle.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Mer 6 Déc - 12:00

- Et après ?

- Après," dit tranquillement Williams, "si tu as toujours du goût pour cette petite ... on verra.

- Mais Fernand ? Fernand, que connaissent peut-être les amis de Léon Rolland, et à qui ils s'adresseront, par la raison toute simple qu'il est employé au ministère, ce qui, aux yeux des ouvriers, est une haute position ? ...

- Oh !" répondit Williams avec l'indifférence d'un juge corrompu qui prononce une sentence arbitraire, "celui-là ne nous gênera plus demain soir ... Sois tranquille.

- Ma foi, capitaine," murmura Colar avec admiration, "vous êtes un homme de génie."

Williams ne daigna point répondre au compliment de son acolyte, et il ajouta :

- "T'es-tu occupé de mon hôtel ?

- Oui, j'ai presque retenu, rue Beaujon, à deux pas des Champs-Elysées, un petit hôtel charmant, un rez-de-chaussée et un premier étage ... une écurie pour cinq chevaux.

- Je verrai cela demain matin ; car," ajouta Williams, "mon futur beau-père, dont je dois faire la connaissance ce soir, au bal du ministère des Affaires étrangères, ne doit point me voir logé dans ce taudis.

- Ah !" demanda Colar, "vous verrez le Beaupréau ce soir ?

- Oui, lui, sa femme et sa fille."

Williams se leva et congédia Colar.

- "Je vais chez Baccarat," dit-il. "Tu reviendras ici dans la soirée et tu m'attendras, à quelque heure de la nuit que je puisse rentrer."

Le capitaine remonta dans son tilbury, aussi calme, aussi tranquille qu'il était tout à l'heure lorsqu'il avait rencontré Colar, et il gravit la rue Blanche au grand trot de son cheval anglais.

A la vue du tilbury, la femme de chambre de la courtisane, qui se trouvait par hasard dans la cour, rentra précipitamment.

- "Madame ! madame !" dit-elle à Baccarat, "encore l'Anglais ! Est-ce que vous allez le recevoir deux fois par jour maintenant ? ... Il me fait peur.

- Fanny,
" répondit Baccarat d'un ton sec, "vous êtes une sotte ! ... Faites entrer le baronnet sir Williams au salon."

Au moment où Fanny lui apportait la nouvelle de la brusque arrivée de sir Williams, Baccarat s'habillait.

Le mystérieux entretien qu'elle avait eu avec Willams avait rendu à Baccarat ce calme superbe qui fera éternellement le triomphe et la force de la courtisane.

Maîtresse d'elle-même, la sœur de Cerise redevenait la femme de marbre qui se laissait désirer toujours sans se livrer jamais entièrement
, et procédait à sa toilette avec le tact d'un général ordonnant un plan de bataille.

Williams
attendit au moins dix minutes au salon, et cette attente fut loin de lui déplaire.

- "Elle est redevenue forte,"
pensa-t-il, "c'est bon signe."

Baccarat
lui apparut dans une toilette charmante d'intérieur, - en robe de chambre de velours bleu de ciel décolletée, les bras demi-nus et entourés de manches en dentelle noire, - ses beaux cheveux blonds emmêlés de bleuets pour toute parure.

Elle salua Williams d'un "Bonjour, cher !" prononcé du bout des lèvres, qui sentait son aristocratie du vice, et elle lui indiqua une place auprès d'elle sur un canapé, avec un geste de duchesse à paniers, poudrée à la maréchale.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Mer 6 Déc - 12:13

- "Ma belle amie," dit sir Williams, "assez de pose comme cela, et causons.

- Je ne pose pas," répondit Baccarat, "je reviens à mon naturel.

- Soit, causons.

- De quoi s'agit-il encore ?

- Voici," répondit Williams. "Ce matin, vous étiez pâle, agitée ; ce soir, vous êtes calme et superbe ...

- Après ?" fit Baccarat avec impatience.

- Ce matin, vous aimiez Fernand avec le désespoir de la femme qui voit lui échapper l'homme que son cœur a rêvé et choisi ; ce soir, vous l'aimez avec la tranquillité d'âme de la femme assurée d'être aimée tôt ou tard.

- Peut-être ..." murmura Baccarat.

- "Vous comptez," reprit sir Williams, "sur la visite de M. de Beaupréau pour demain ?

- Sans doute," fit Baccarat inquiète ; "est-ce qu'il ne viendrait pas ?

- Il viendra.

- Eh bien ! alors ?

- Alors, ma chère, je vous apporte le meilleur des prétextes à lui fournir pour éconduire Fernand de chez lui, et le perdre sans retour dans l'esprit de mademoiselle Hermine de Beaupréau."

Un éclair de joie infernale brilla dans les yeux de la courtisane.

- "Vrai ?" s'écria-t-elle.

- "Mais," dit froidement Williams, "il sera ici à vos genoux, tenant vos mains dans les siennes, dans quarante-huit heures ..."

Williams n'acheva pas ; Baccarat était déjà à demi folle de joie.

- "Que faut-il donc faire ?" demanda-t-elle.

- "Mettez-vous devant cette table, prenez une plume et écrivez sous ma dictée."

Baccarat obéit, et le capitaine dicta.

"Mon Fernand bien-aimé,

"Voici quatre jours, grands comme quatre siècles, que ta petite Nini t'attend ..."

- "Mais," dit Baccarat, s'interrompant brusquement, "que me faites-vous donc écrire là ?

- Ecrivez, chère amie," répondit le capitaine d'un ton sec.

- "Mais je ne comprends pas ...

- C'est inutile, écrivez toujours."
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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Jeu 7 Déc - 12:08

Baccarat courba le front sous cette volonté calme et froide, et reprit la plume.

"Quatre siècles, mon ange adoré," continua le baronnet, dictant toujours ; "car, tu le sais bien, ta petite Baccarat ne vit que pour toi, comme vous ne viviez que pour elle, méchant ! avant d'avoir des projets ... sérieux. Voilà bien les hommes ! Ils doivent vous aimer toujours, - toujours ne leur paraît même pas assez long, - et puis, un soir, ils rencontrent une poupée de fille honnête, comme ils disent, une petite chipie à bras rouges et à sourire niais, dont les épaules ont des salières, et parce qu'elle a deux-cent-mille francs de dot, les voilà qui s'embarquent sur le sentiment et veulent se marier ...

"Dis donc, Fernand, je suppose que, lorsque tu auras fait le grand saut, tu trouveras bien un petit moyen pour me présenter chez ta femme ; d'autant que d'O ... veut m'épouser ... un de plus, par avance ! et je serai une femme honnête, moi aussi.

"Parole d'honneur, mon chéri, je vais m'amuser, à ton mariage ; car j'irai, sois-en bien sûr ... Ça sera drôle de voir mon fol amant, avec son habit noir et une cravate blanche, donner le bras à madame Rocher déguisée en oranger.

"Ah ! çà, vilain monstre, vous n'êtes pas marié encore j'imagine, et il me semble que vous me négligez un peu ... D'ailleurs, vous m'avez juré que votre légitime, que vous n'aimiez pas, ne vous empêcherait point d'aller voir, et tous les jours encore, votre vraie petite femme, la Baccarat de votre cœur, qui t'aime toujours et t'aimera longtemps, chéri ...

"Je suis jalouse, vois-tu, et si, ce soir-même, tu n'es pas ici, à mes genoux, je vais faire une scène à ta future.

"Mes lèvres sur tes lèvres, et ma main dans les tiennes.

"Baccarat."

Quand elle eut écrit cette lettre étrange, la courtisane regarda le baronnet avec la stupéfaction de ceux qui servent d'instrument et accomplissent une besogne mystérieuse qu'ils ne comprennent pas.

- "Comment ?" dit Williams en souriant, "vous ne devinez pas, ma chère ?

- Mais non,
" répondit franchement Baccarat, "et je commence à me croire bête ...

- Hum !" murmura le baronnet avec impertinence. "Ce serait le cas de dire : On ne sait pas ... On n'a jamais pu savoir. Mettez l'adresse," ajouta-t-il.

A M. Fernand Rocher, rue des Marais.

Baccarat écrivit l'adresse, et Williams lui fit ajouter ce post-scriptum :

"Fanny te porte ma lettre. Tâche d'être sage, et ne lui fais pas, je te prie, des yeux en coulisse. Je ne veux pas croire encore, bien qu'on me l'ait affirmé, que vous soupiriez pour ma femme de chambre. Oh ! les hommes !"

- "Maintenant, ma chère," reprit sir Williams, "vous ne comprenez pas qu'un soir, demain, par exemple, cette lettre puisse tomber dans les mains de mademoiselle Hermine de Beaupréau ?

- Ah !" exclama Baccarat, dont l'œil étincela soudain, "je comprends. Mais ... cette lettre ... comment l'envoyer ? ...

- M. de Beaupréau s'en chargera.


- Lui ? ... Tiens, c'est une idée.

- Parbleu !" dit froidement Williams, "on ne va pas lui donner Cerise gratis, à cet homme en lunettes bleues.

- C'est vrai," murmura Baccarat, à qui un dernier remords fit baisser la tête.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Jeu 7 Déc - 12:19

- "Or," poursuivit Williams, "il peut se faire que M. Fernand Rocher dîne demain soir  chez son chef de bureau. M. Rocher parti, la lettre se trouve par hasard sur un meuble ou sur un tapis ; on l'ouvre, on la lit ... 

- Je devine,"
interrompit Baccarat.

- Et," acheva Williams, "Fernand Rocher est un homme à jamais perdu dans l'esprit de mademoiselle Hermine et de sa mère.

- Ah !" s'écria Baccarat, "voilà qui est bien trouvé. Mais le Beaupréau consentira-t-il ?

- Parbleu ! puisqu'il aime Cerise !

- C'est juste," murmura la courtisane qui, une fois encore, baissa humblement le front. 

Williams se leva.

- "Ma chère amie," dit-il, "je vais dans le monde ce soir, et il faut que je rentre chez moi pour m'habiller. 

- Où allez-vous, sans indiscrétion ?

- Au bal du ministère des Affaires étrangères
, où je rencontrerai inévitablement notre chef de bureau. 

- Je ne le verrai donc pas ce soir ?

- Non, très probablement ; mais je donnerai ma tête à couper que vous aurez sa visite dès demain matin.

- Alors, que ferai-je ?" demanda Baccarat.

- Vous lui montrerez la lettre que vous venez d'écrire.


- Bien ; et après ?

- Après, vous lui direz que vous aimez Fernand, et que si Fernand épouse sa fille, lui, Beaupréau, peut renoncer à revoir jamais votre sœur Cerise. Puis vous lui remettrez cette lettre, en lui disant : "Arrangez-vous pour que votre fille la lise, qu'elle écrive deux lignes de rupture à son fiancé, et rapportez-les-moi. Je vous dirai alors où vous pourrez trouver ma sœur."

- Et vous croyez qu'il consentira ? ...

- A tout, j'en suis sûr. Je vous verrai demain, et nous aviserons alors. Au revoir !"

Sir Williams se leva, baisa galamment la main de Baccarat et sortit. 

Deux heures plus tard, parmi les nombreux invités que le ministre des Affaires étrangères réunissait à son bal, on remarquait un jeune gentleman du nom de sir Williams, baronnet, originaire d'Irlande, disait la chronique, et habitant ordinairement Venise.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI   Jeu 7 Déc - 12:26

Le baronnet était un homme d'une élégance parfaite, de manières chevaleresques ; il avait cette beauté un peu triste et rêveuse des fils d'Albion qui courent le monde, poussés par l'ennui.

Le baronnet, présenté par l'Ambassadeur d'Angleterre, fut à la mode au bout d'une heure dans les salons du ministère ; mille légendes fabuleuses coururent bientôt sur sa fortune, ses excentricités ; le bruit même se répandit qu'il voulait se marier, ce qui encouragea beaucoup de mères à l'accueillir avec un sourire ; mais sir Williams dansa peu : il se mit à la recherche de M. de Beaupréau, se fit présenter à lui par un attaché d'ambassade, puis à la femme et à la fille du chef de bureau, qui prit peu d'attention à lui.

Cependant, il obtint d'Hermine la faveur d'une contredanse, lui conta quelques banalités et s'esquiva peu après.

- "Je n'ai plus rien à faire ici,"
se dit-il. "On m'a vu ; je ne suis plus un inconnu pour le Beaupréau, cela suffit. Plus tard, je ferai connaissance plus ample avec ma future femme."

Et sir Williams regagna son pavillon de la rue Saint-Lazare, vers minuit, en se disant :

- "La petite est jolie ; avec une dot de douze millions, c'est un parti très convenable"

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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XI

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