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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XVI

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Masques de Venise
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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XVI    Lun 11 Déc - 17:53

XVI

Le Caissier


Le lendemain, M. de Beaupréau, remis de ses terribles émotions de la nuit, arriva à son bureau vers dix heures.

Williams lui avait promis Cerise
en lui disant :

- "Beau-père, le soir de mes noces, vous trouverez à votre porte une chaise de poste attelée ; dans cette chaise, un sac de louis, et à côté de ce sac de louis, mademoiselle Cerise, ce qui vous permettra d'aller passer une lune de miel convenable quelque part, à cent lieues de Paris."

Williams tenait M. de Beaupréau par un double appât : Cerise et les missions du mystérieux héritage.

Donc, vers dix heures, M. de Beaupréau arriva à son bureau en habit bleu, rasé de frais, souriant et bonhomme derrière ses conserves comme un philanthrope ou un négrophile.

Mais à peine était-il installé dans son fauteuil de cuir vert, à peine plaçait-il auprès de lui sa tabatière et son mouchoir à carreaux bleus - il était voué au bleu - que Fernand Rocher entra.

Fernand n'avait point encore reçu cette terrible lettre de congé
, écrite par Hermine et tombée aux mains de sir Williams.

Le jeune homme
était donc calme et souriant, comme tous ceux qui aiment et croient toucher à l'heure suprême du bonheur.

- "Ah ! vous voilà, cher ami," dit M. de Beaupréau en lui tendant la main.

Fernand salua le chef de bureau.

- "Je viens vous rendre compte de ma petite mission," dit-il.

- "Ah ! ah !" fit M. de Beaupréau, "je gage que vous vous êtes fort ennuyé.

- Hélas !
" soupira Fernand, qui songea que, pour complaire à son beau-père futur, il avait consenti à se priver d'une longue et bonne soirée passée auprès d'Hermine. 

- "Vous a-t-on parlé de moi ? 

- Oui ; j'ai dit que vous étiez souffrant et n'aviez pu sortir. 

- Très bien. Maintenant, cher enfant," poursuivit M. de Beaupréau, "puisque vous êtes devenu mon confident, soyez-le jusqu'au bout."

Et M. de Beaupréau prit un petit air mystérieux, et son œil gris pétilla derrière ses lunettes bleues avec une expression de joie malicieuse.

- "Je vous écoute, monsieur," répondit Fernand.

- "Cette petite," poursuivit tout bas le chef de bureau, "me prend, en réalité, beaucoup de temps ... Tenez, il va falloir que je sorte ... elle m'attend ... et m'a fait un peu son esclave."

Fernand
sourit avec complaisance car, au fond du cœur, il éprouvait un violent dégoût de ce vieillard amoureux.

- "Or," continua Beaupréau, "vous allez vous installer ici en mon absence, et jetterez un coup d'œil à mon travail du jour. Je serai de retour dans une heure au plus. S'il survient quelque bon à payer, vous le paierez ... Je vous laisse les clefs de ma caisse."

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XVI    Jeu 14 Déc - 12:34

M. de Beaupréau avait, en effet, une caisse et la disposition de certains fonds secrets au ministère. Cette caisse renfermait parfois jusqu'à quinze et vingt-mille francs, partie en or, partie en billets. On appelait cela, au ministère la caisse des secours mystérieux. 

Le bureau occupé par M. de Beaupréau était un grand salon précédé par une antichambre dans laquelle se tenaient deux garçons de bureau, et qui reliait cette pièce au bureau occupé par les commis. A droite de la cheminée se trouvait un vaste pupitre garni de casiers et de cartons verts, devant lequel s'asseyait M. de Beaupréau. 

A gauche de la cheminée était la caisse : un coffre-fort modèle garni de trois serrures, chacune munie de deux clefs ; l'une de ces clefs était dans les mains du caissier général du ministère, l'autre dans celles de M. de Beaupréau, de façon que ce dernier était soumis à un contrôle constant.

- "Allez fermer votre bureau," dit Beaupréau à Fernand, "et revenez vite vous installer ici."

Fernand
sortit.

Rapide comme l'éclair, M. de Beaupréau se leva, ouvrit sa caisse, en retira un portefeuille qu'il fit disparaître dans les vastes poches de son pardessus d'alpaga, referma la caisse ensuite et vint se rasseoir dans son fauteuil.

Deux minutes après, Fernand reparut.

M. de Beaupréau se leva avec calme, mit son pardessus, le boutonna et dit au jeune homme, en lui tendant un trousseau de clefs :

- "Voilà, mon cher enfant, une belle marque de confiance que je vous donne ... il y a, par exception, trente-deux mille francs en caisse. 

- Monsieur ..." fit Fernand blessé.

- "Bon !" répondit le chef de bureau en souriant, "n'allez-vous pas vous fâcher ? Vous savez bien qu'un beau-père est toujours un peu défiant à l'endroit d'un gendre."

Et M. de Beaupréau donna sur la joue du jeune homme une tape amicale, l'installa dans son fauteuil et gagna l'antichambre, d'où il passa dans ses bureaux : 

- "Messieurs," dit-il aux employés, "je sors pour une heure et laisse ma besogne à M. Rocher. Vous vous adresserez à lui si besoin est."

Cela dit, M. de Beaupréau descendit le grand escalier du ministère avec un calme parfait, tourna l'angle du boulevard et monta dans une voiture de place, criant au cocher :

- "Rue Saint-Lazare, et au galop !"

Cependant, Fernand, installé au bureau de M. de Beaupréau, dépouillait la correspondance de son chef depuis environ dix minutes, lorsqu'un commissionnaire de coin de rue pénétra dans l'antichambre, une lettre à la main, et, s'adressant à un huissier, demanda à voir M. Rocher. L'huissier ouvrit la porte du salon et fit entrer le commissionnaire.

- "Monsieur," dit ce dernier, qui n'était autre que Colar et qui avait sa leçon faite, "je viens du coin de la rue Saint-Louis. Deux dames, une âgée et une dame qui descendaient vers le boulevard, m'ont remis cette lettre avec ordre de vous l'apporter ici sur le champ. Ma course est payée."

Et Colar tendit la lettre d'Hermine qu'il tenait de Williams, salua et sortit sur le champ.

Fernand reconnut l'écriture de sa fiancée et tressaillit de joie en rompant le cachet, mais à peine eut-il jeté les yeux sur les premières lignes, qu'il pâlit, chancela et éprouva comme un éblouissement.

Que signifiait ce congé, empli d'un froid dédain ? et comment celle qui lui souriait la veille encore avec amour pouvait-elle lui écrire ainsi ?

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XVI    Jeu 14 Déc - 12:47

Pendant quelques secondes, Fernand demeura stupide d'étonnement et d'épouvante, tournoyant sur lui-même comme foudroyé, puis une réaction se fit en lui ; il lut et relut cette lettre fatale, et s'élançant hors du bureau, oubliant l'absence de M. de Beaupréau et son devoir, il sortit, sans même prendre son chapeau, et, tête nue, il se précipita vers la rue Saint-Louis, voulant à tout prix voir Hermine sur l'heure. Les deux huissiers qui le virent sortir s'imaginèrent qu'il montait à l'étage supérieur pour affaires de service, surtout le voyant sans chapeau et sans pardessus. 

Fernand n'emportait qu'une seule chose, les clefs de la caisse de M. de Beaupréau, qu'il avait mises dans sa poche au moment même où le chef de bureau les lui confiait. 

Un quart d'heure, puis une demi-heure s'écoulèrent, Fernand ne reparut pas. 


- "M. Rocher vient de sortir," disaient les huissiers aux employés qui voulaient pénétrer dans le bureau de M. de Baupréau. 

Et les employés rebroussaient chemin. 

Tout à coup, M. de Beaupréau rentra. 

- "M. Rocher est sorti," répéta l'huissier.

- "Sorti ?" fit le chef de bureau d'un ton surpris.

- "Oui.

- Sorti en mon absence ?

- Mais il est dans l'hôtel, sans doute, car il est sorti sans son chapeau. 

- C'est bizarre," murmura M. de Beaupréau entrant dans son bureau et s'y installant.

Puis il parut se mettre au travail et comme si Fernand, selon lui, eût dû rentrer tout de suite.

Dix minutes après, un monsieur vêtu de noir et dont la visite avait été annoncée au chef de bureau par un billet du ministre, un monsieur vêtu de noir et cravaté de blanc, grand et maigre, portant des cheveux longs et gras, et pourvu d'un nez pointu et presque diaphane, un musicien allemand, en un mot, se présenta et salua jusqu'à terre. 

Le musicien présenta à M. de Beaupréau un bon à payer de quinze cents francs.

A quel titre et pourquoi ce musicien touchait-il l'argent du ministère des Affaires étrangères ? c'était ce que nul n'aurait pu dire, pas même M. de Beaupréau. 

- "Diable !" murmura M. de Beaupréau, "votre visite est intempestive, monsieur ; je n'ai pas les clefs de ma caisse ..."

Une vive déception sur peignit sur le visage maigre et bleuâtre du compositeur. 

- "Mais," reprit M. de Beaupréau, "je vais les avoir dans un instant, j'imagine ; veuillez vous asseoir."


Le musicien s'assit sur le bord d'une chaise avec la timidité d'un solliciteur et les yeux tournés vers cette bienheureuse caisse dont on attendait les clefs.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XVI    Jeu 14 Déc - 13:01

M. de Beaupréau se remit à la besogne. 

Une heure s'écoula. Fernand ne reparaissait point. 


Le chef de bureau laissa échapper une exclamation d'impatience et sonna violemment : 

- "Comment !"
dit-il à l'huissier, "M. Rocher n'est pas encore rentré ?

- Non, monsieur.

- Cherchez-le, montez à l'étage supérieur ... Il doit être dans l'hôtel puisque son chapeau est là."

Et M. de Beaupréau indiqua du doigt le chapeau que Fernand avait laissé sur une chaise.

L'huissier sortit. M. de Beaupréau se remit au travail.

Le musicien ne bougea point.


Dix minutes après, l'huissier revint :

- "M. Rocher est sorti du ministère," dit-il.

- "Sorti sans chapeau ?

- Oui, monsieur.

- C'est impossible !" exclama le chef de bureau qui jouait admirablement la surprise.

- Le concierge et les deux plantons en sentinelles l'ont vu passer et sortir de l'hôtel," répliqua l'huissier.

M. de Beaupréau
se leva vivement.

- "Mais où donc est-il allé ?"
s'écria-t-il.

- Le concierge,"
ajouta l'huissier, "a remarqué chez lui une certaine agitation ... Il s'est mis à courir et l'un des plantons l'a vu prendre le boulevard dans la direction de la Bastille."

Cette fois, M. de Beaupréau eut le talent de pâlir et donner à son visage toutes les apparences d'une violente émotion.

- "Non, non," murmura-t-il comme se parlant à lui-même ... "C'est impossible ... c'est étrange ... Fernand est un honnête homme ... 

- Monsieur," dit l'huissier stupéfait de ce monologue à haute voix, "j'oubliais de vous dire qu'un commissionnaire était venu et avait remis une lettre à M. Rocher, et que c'était avec cette lettre à la main que M. Rocher était sorti. 

- Oh ! alors, il aura reçu quelque mauvaise nouvelle ... il aura été forcé de sortir ... oui, j'aime mieux croire cela," murmura tout haut le chef de bureau avec un soupir de soulagement. 

Puis il regarda le musicien.

- "Cependant," dit-il, "je ne puis faire attendre éternellement monsieur ..."

Et s'adressant à l'huissier :

- "Descendez à la caisse et priez monsieur le caissier général de se donner la peine de monter chez moi tout de suite."

L'huissier obéit. M. de Beaupréau se mit à arpenter son cabinet de long en large, d'un pas inégal et brusque, laissant échapper des mots inarticulés et manifestant une extrême agitation. 

Peu après, le caissier arriva. 

- "Monsieur," dit le chef de bureau, qui parut dominer son émotion, "j'ai oublié les clefs de ma caisse ; pourriez-vous me prêter les vôtres ?

- J'ai pensé que c'était pour cela que vous me faisiez appeler et je vous les apporte."

Et il tendit les clefs à M. de Beaupréau, qui courut au coffre-fort et l'ouvrit. Mais soudain le chef de bureau poussa un cri et recula, pâle, défait, chancelant, et comme si, au fond de cette caisse, il eût vu surgir quelque sinistre apparition.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XVI    Sam 16 Déc - 13:39

- "Mon Dieu !" s'écria-t-il d'une voix étouffée.

- "Qu'avez-vous, monsieur ?" s'exclama le caissier, qui, le voyant chanceler, courut à lui et le soutint.

Pendant quelques secondes, M. de Beaupréau parut être en proie à une sorte de vertige ; puis il se remit peu à peu et dit au caissier :

- "Monsieur, nous avons fait ma caisse ensemble, hier soir, n'est-ce pas ?

- Oui," répondit le caissier. "Elle contenait trente-deux-mille-cinq-cent-trente-trois francs et soixante-dix centimes, dont trente-mille francs en billets de banque, contenus dans un portefeuille de maroquin vert.

- Eh bien !" dit le chef de bureau d'une voix éteinte, "le portefeuille a disparu.

- "Vous êtes volé !" s'écria le caissier d'une voix retentissante qui fit accourir les huissiers et alla se répercuter jusque dans les bureaux des commis.

M. de Beaupréau
se laissa tomber sur un siège comme un homme anéanti.

- "J'ai confié les clefs de ma caisse," dit-il, "il y a une heure ... à M. Rocher."

Et M. de Beaupréau cacha son front dans ses mains, comme si la honte d'avoir accordé sa fille à un voleur y eût apposé déjà un stigmate indélébile.

Cependant, les exclamations du caissier général, les cris du chef de bureau, les chuchotements des huissiers avaient ameuté en un clin d'œil tout le personnel du ministère. Fernand Rocher était aimé et jouissait de l'estime universelle.

Il y eut un cri d'incrédulité unanime en sa faveur ; puis les charges s'élevèrent contre lui avec une logique désespérante.

Il avait eu les clefs de la caisse en sa possession pendant dix minutes.

On l'avait vu sortir pâle et troublé. Il avait laissé son chapeau pour faire croire à une absence momentanée, et n'éveiller aucun soupçon sur sa fuite.

Fernand
, on le savait, n'était pas riche ; il avait pu être tenté par une somme aussi ronde que celle de trente-mille francs.

Enfin les heures s'écoulaient et il ne revenait pas.

Fernand Rocher était perdu ! ...

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