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La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle

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Masques de Venise
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Matheson - La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle Vide
MessageSujet: La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle   Matheson - La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle Icon_minitimeVen 15 Déc - 19:24

Matheson - La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle Mathes12

Etoiles Notabénistes : ******

Dress of White Silk
Traduction : Hélène Collon & Jacques Chambon pour J'Ai Lu


ISBN : inconnu pour la nouvelle sortie en 1951 mais 9782290328439 pour "Nouvelles - 1950/1953 - Tome I" dont la nouvelle est extraite

Extraits
Personnages



Encore une nouvelle dont le narrateur est un enfant. Une petite fille, cette fois et une petite fille "dans les normes" - en tous cas selon toutes les apparences. Matheson n'a-t-il donc écrit que des nouvelles où les enfants étaient rois ? Non, bien sûr. Il suffit de songer au glaçant "Mamour, quand je suis près de toi" ou encore au non moins implacable "Appel A Longue Distance", pour ne citer que ces deux petits chefs-d'œuvre du maître américain. Quant à son mythique roman, "Je Suis Une Légende", je ne me rappelle plus si l'on y voit passer des enfants qui, eux, ne sont pas des légendes, malheureusement pour eux et pour la "légende" en question ... Wink

Simplement, le livre dans lequel je cherchais une nouvelle s'est ouvert tout naturellement à cette page-là et, comme "La Robe de Soie Blanche" est l'une de mes histoires préférées parmi celles que je connais de l'auteur, eh ! bien, je l'ai relue pour ... la ééééééééééééééééééééééééééééééééééééénième fois afin de vous la présenter dans toute sa splendeur. Ce que je préfère dans cette nouvelle - comme souvent dans un livre ou un film à thème horrifique - c'est qu'il existe là-dedans plus d'un niveau de lecture. Bref, une fois passé le premier niveau, le lecteur reste, tout songeur, à imaginer le deuxième, puis le troisième ... et s'il a beaucoup d'imagination, des niveaux auxquels l'auteur lui-même n'avait peut-être pas songé. Matheson - La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle J_aipast

En principe, "La Robe de Soie Blanche" raconte tout bêtement l'histoire d'une bagarre, sanglante certes (mais vous savez, la femelle de l'espèce est de loin la plus dangereuse ... Matheson - La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle Langueti ) entre deux petites filles (je dirais onze-douze ans, à peu près), dans les années cinquante, alors que la grand-mère de l'une fait la sieste et qu'elles se retrouvent livrées à elles-mêmes. La petite héroïne-narratrice est orpheline. De père, semble-t-il (à vrai dire, on ne sait rien au sujet de ce monsieur et elle ne nous donne aucune indication à son sujet) mais aussi de mère. Et là, c'est une tout autre affaire car sa maman est une véritable déesse pour la petite. D'abord, elle était belle - le portrait d'elle accroché au mur de sa chambre est là pour le rappeler - elle aimait les belles choses (ah ! sa coiffeuse et ses flacons de parfum !) et puis la courtepointe en soie blanche sur son lit, toute douce, si douce ... et sa robe, cette fameuse robe, elle aussi en soie blanche, et qu'elle portait toujours quand, bravant ainsi les interdictions affolées de sa mère, elle sortait le soir - cette robe qu'elle appelait sa robe "magique" ...

Souvent, très souvent, en cachette de sa mamie, bien sûr, la narratrice se glisse dans la chambre de sa maman et elle s'assied sur la courtepointe si douce, elle ouvre la coiffeuse si jolie, elle se perd dans la contemplations des flacons de parfum tout bosselés, elle se brosse les cheveux avec la brosse qu'elle a apportée de sa propre chambre (car jamais, non, jamais, elle ne profanerait cet objet sacré que reste la brosse personnelle de sa maman adorée), elle ouvre la boîte qui contient la belle robe en soie blanche, elle plaque sur elle le vêtement si soyeux, si élégant, si pur, elle se regarde dans la glace et fait comme si elle portait la robe ... bref, elle joue à être sa maman.

Vous comprenez, n'est-ce pas ? 

Alors, vous comprenez aussi que, quand l'autre petite fille, Mary-Jane, qui vient d'ailleurs régulièrement déjeuner chez sa camarade de classe (enfin, rien n'est sûr non plus là-dessus : on ne sait pas très bien comment ces deux-là sont devenues "amies"), accuse la narratrice de n'être qu'une menteuse qui n'a jamais eu de mère et qui ne fait qu'inventer tout plein de choses à son sujet, l'affaire prend une vilaine tournure ? "Puisque c'est comme ça et même si mamie l'a interdit je vais te faire voir la chambre de ma maman. Et tu verras combien elle est belle. Et tu verras aussi le portrait de ma maman. Et comme il est beau. Et comme ma maman était belle. Et tu verras comme ça sent bon dans la chambre de ma maman. Je suis pas une menteuse. J'ai une maman. Elle est morte mais c'est ma maman."

En gros, c'est ça que dit l'héroïne à la suspicieuse - et envieuse - Mary-Jane. Un petit discours coléreux, qu'on peut imaginer tout en chuchotements furieux - après tout, il ne faut pas réveiller mamie - et qui place l'accusatrice au pied du mur. Ayant vérifié que sa grand-mère dormait tranquillement, la petite fille si fière de sa maman redescend et fait signe à Mary-Jane de la suivre. Là, on sent bien que la jeune visiteuse est plutôt embêtée mais ... comment reculer après tout ce qu'elle a raconté ? Lentement, traînant presque les pieds et se heurtant dès le couloir de l'étage à une petite table qu'elle n'avait pas vue - "il fait si noir ici ! Chez moi, il ne fait pas aussi noir qu'ici !" trouve-t-elle encore le moyen d'affirmer, cette morveuse - la voilà donc bien obligée d'entrer dans la fameuse chambre de la maman décédée.

Les jalousies sont
soigneusement baissées et peut-être, si antipathique qu'elle nous paraisse, Mary-Jane n'a-t-elle pas tout à fait tort quant à l'obscurité qui empêche de bien voir tout ce qui pourrait se révéler intéressant puisque la narratrice admet avoir alors relevé un peu les stores. Pour sa part, elle connaît évidemment la pièce sur le bout des doigts et est déjà entrée en extase. Toujours méfiante et surprise - on ne sait pas trop bien par quoi au début mais, peu à peu, outre l'obscurité qui l'a saisie, on comprend que s'ajoute à cela une odeur qu'elle n'apprécie pas - Mary Jane reste tout d'abord sur le seuil. Et c'est là encore à contre-cœur que, à l'instigation de sa petite camarade (qui jubile d'ailleurs de la voir si décontenancée et se moque d'elle en la traitant de "trouillarde"), elle entre vraiment dans la chambre de la morte.

A partir de ce moment, nous n'avons que le récit de la narratrice pour nous faire comprendre ce qui se passe réellement. Nous ne disposons par conséquent que d'un seul point de vue (notons d'ailleurs que, dès le début du texte, la narratrice reconnaissait avoir été "très méchante" avec Mary-Jane), rédigé en un style très simple mais aussi très franc et débordant de naturel. Ce que la narratrice elle-même ne comprend pas parfaitement, elle nous le dit : à nous de traduire et de reconstituer. La phrase finale devrait nous y aider mais, curieusement - enfin, selon moi - elle ne fait qu'accroître le nombre des scenarii possibles - tant sur la nature de la maman disparue que sur celle de sa fille et aussi sur le phénomène dont Mary-Jane a été la victime et que redoutait tant la malheureuse grand-mère.

Magistral, volant très haut au-dessus de son histoire et de ses personnages, choisissant ses mots et les assemblant dans un ordre aussi intrigant que possible pour former des phrases qui disent tout et sous-entendent encore plus - mais quoi exactement, sur ce plan, chacun aura sa, voire ses interprétations - Richard Matheson
nous offre ici l'une des ses plus grandes nouvelles. Plus subtile que "Born of Man and Woman" - que voulez-vous, le métier rentre Jelisavecplaisir - et pourtant presque aussi "brute de décoffrage."

Un excellent millésime, lui aussi très souvent repris dans les anthologies d'histoires fantastiques. A découvrir absolument si vous n'en avez jamais entendu parler
- et je me permets de rappeler aux fanatiques de "Twilight Zone", surtout à ceux qui jugent les génériques de peu d'importance, en dehors des noms des acteurs et réalisateurs, que Matheson participa plusieurs fois, en tant que scénariste, à cette série unique dans toute l'histoire de la télévision : le scénario de l'épisode où le passager d'un avion est persuadé de voir un petit monstre s'attaquer aux ailes de l'appareil en plein vol, c'est Matheson qui le conçut, eh ! oui ! - et, bien sûr, à lire, à relire et à faire découvrir à notre époque où les effets spéciaux, si extraordinaires et si beaux qu'ils puissent être, finissent par gaver un public qui voudrait croire qu'il y a encore quelque chose ... après !

Un nouveau Matheson, peut-être ? Il a ouvert la voie à Stephen King, ne l'oublions pas. Alors, un mélange des deux avec une pointe de Lovecraft et de quelques maîtres asiatiques (écrivains et mangaka) et aussi de ...

Bon, j'arrête de vous faire rêver Laughing . Le prochain (ou la prochaine) est déjà programmé, de toutes façons. En attendant, lisez ceux qui sont déjà dans nos bibliothèques et, s'il n'est pas dans la vôtre, courez y faire une place au Grand, à l'Inoubliable, à l'Inégalable Richard Matheson.  
 
Nota Bene : Pour ceux qui ne verraient, dans "La Robe de Soie Blanche", qu'un seul niveau de lecture, qu'ils m'envoient un MP et je leur parlerai des autres. Il y a au moins trois solutions possibles. Matheson - La Robe de Soie Blanche - Richard Matheson (USA) - XXème siècle Chapeau2

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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