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Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DOUZIEME

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Masques de Venise
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MessageSujet: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DOUZIEME   Lun 1 Jan - 18:50

XII


DECRIT UNE ACTION TRES IMPORTANTE DE MR PICKWICK,
DESTINEE A FAIRE EPOQUE TOUT AUTANT DANS SA VIE QUE DANS NOTRE RECIT



Le logement de Mr Pickwick, à Goswell Street, tout en étant de dimensions limitées, était non seulement très bien tenu et confortable, mais encore particulièrement propre à servir de résidence à un homme aussi génial et aussi observateur. Son salon était en façade au premier étage et sa chambre à coucher en façade au second ; ainsi, qu'il fût assis à son bureau dans le salon, ou debout devant la glace dans son lieu de repos, il avait pareillement la possibilité de contempler la nature humaine sous tous les aspects qu'elle exhibe en cette artère non moins populeuse que populaire. Sa logeuse, Mrs Bardell, veuve et légataire universelle d'un défunt officier des Douanes, était une femme avenante, aux façons affairées et d'aspect agréable, qui possédait un don naturel pour la cuisine, transformé par l'étude et par une longue pratique en un talent raffiné. Il n'y avait là ni enfants en bas âge, ni domestiques, ni volatiles. Les seuls autres occupants de la maison étaient un gros homme et un petit garçon ; le premier était un locataire, l'autre la progéniture de Mrs Bardell. Le gros homme rentrait toujours à dix heures du soir exactement, et se restreignait alors aux dimensions d'un minuscule lit à la française dans le petit salon sur cour ; quant aux divertissements enfantins et aux exercices gymnastiques du jeune Mr Bardell, ils avaient pour unique théâtre les trottoirs et les caniveaux du voisinage. La propreté et la tranquillité régnaient dans toute la maison, où la volonté de Mr Pickwick faisait loi.

Pour quiconque connaissait ces détails sur l'organisation domestique de l'établissement et était au fait de l'admirable ordonnance de l'esprit de Mr Pickwick, son apparence et son attitude au matin de la veille du jour fixé pour le voyage à Eatanswill eussent été mystérieuses et inexplicables au plus haut degré. Il allait de long en large dans la pièce à pas pressés, passait brusquement la tête à la fenêtre toutes les trois minutes environ, regardait constamment sa montre, et se livrait à mainte autre manifestation d'une impatience fort rare chez lui. Il était évident que quelque chose de très important se préparait, mais Mrs Bardell elle-même n'avait pu découvrir ce dont il s'agissait.

- "Madame Bardell," finit par dire Mr Pickwick au moment où cette aimable personne arrivait presque au terme d'un époussetage prolongé de la pièce.

- "Monsieur ?" dit Mrs Bardell.

- "Il y a bien longtemps que votre petit garçon est parti.

- Mais c'est qu'il y a pas mal de chemin d'ici au Borough, Monsieur," dit Mrs Bardell, sur un ton de protestation.

- "Oui," dit Mr Pickwick, "c'est vrai ; il en est ainsi."

Mr Pickwick retomba dans le silence, et Mrs Bardell reprit son époussetage.

- "Madame Bardell,"
dit Mr Pickwick au bout de quelques minutes.

- "Monsieur ?" fit de nouveau Mrs Bardell.

- "Croyez-vous qu'il soit beaucoup plus onéreux de subvenir aux besoins de deux personnes que d'une seule ?

- Mon Dieu, Monsieur Pickwick," dit Mrs Bardell, rougissant jusqu'au bord de son bonnet car elle crut découvrir dans les yeux de son locataire une sorte de lueur matrimoniale ; "mon Dieu, Monsieur Pickwick, quelle question !

- Oui, mais qu'en pensez-vous ?" demanda Mr Pickwick.

- "Ça dépend," dit Mrs Bardell en frôlant de son plumeau le coude de Mr Pickwick, qui était planté sur la table, "ça dépend pas mal de la personne, comprenez-vous, Monsieur Pickwick ; et si ça serait une personne économe et soigneuse, Monsieur.

- C'est très juste," dit Mr Pickwick, "mais la personne que j'ai en vue (et de dévisager fixement Mrs Bardell) possède, je crois, ces qualités ; de plus, cette personne a de l'humanité une connaissance approfondie, et aussi une bonne dose de finesse, Madame Bardell, ce qui peut m'être fort utile.

- Mon Dieu, Monsieur Pickwick !"
dit Mrs Bardell, cependant qu'une teinte rouge vif montait derechef à son bonnet.

- "Je le crois," dit Mr Pickwick, en prenant un ton de plus en plus énergique, comme il le faisait habituellement quand il parlait d'un sujet qui l'intéressait, "je le crois, je vous assure ; et, pour vous dire la vérité, Madame Bardell, ma décision est prise.

- Juste ciel, Monsieur !"
s'écria Mrs Bardell.

- "Et vous allez trouver très drôle," dit l'aimable Mr Pickwick en jetant à sa compagne un regard de bonhomie, "que je ne vous aie jamais consultée sur cette question, et que j'y ai même jamais fait allusion jusqu'au moment où j'ai envoyé votre petit garçon faire une course ce matin ... n'est-ce pas ?"

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DOUZIEME   Mar 2 Jan - 14:40

Mrs Bardell ne put répondre que par un regard. Il y avait longtemps qu'elle vénérait Mr Pickwick de loin, mais voici qu'elle était, tout à coup, élevée sur un pinacle auxquelles ses espérances les plus folles et les plus insensées n'avaient jamais osé aspirer. Mr Pickwick allait la demander en mariage ... et c'était un plan organisé, encore ... il avait envoyé le petit garçon dans le Borough, pour ne pas être gêné par sa présence ... que d'attention, que de délicatesse !

- "Alors," dit Mr Pickwick, "qu'en pensez-vous ?

- Oh, Monsieur Pickwick," dit Mrs Bardell en tremblant d'émotion, "vous êtes trop bon, Monsieur.

- Cela vous épargnera bien du mal, n'est-ce pas ?" dit Mr Pickwick.

- "Oh, je n'ai jamais pensé au mal que je me donnais, Monsieur," répondit Mrs Bardell, "et naturellement, je me donnerais encore plus de mal que jamais, dans ce cas, pour vous faire plaisir ; mais vous êtes tellement bon, Monsieur Pickwick, de vous soucier à ce point de ma solitude.

- Ah, c'est vrai," dit Mr Pickwick. "Je n'y avais pas pensé. Quand je serai à Londres, vous aurez toujours quelqu'un pour vous tenir compagnie le soir. C'est vrai, bien sûr.

- Assurément, je devrais être la plus heureuse des femmes," dit Mrs Bardell.

- "Et votre petit garçon ..." dit Mr Pickwick.

- "Le cher cœur !" dit Mrs Bardell en l'interrompant par un sanglot d'émotion maternelle.

- "Lui aussi, il va avoir un compagnon," reprit Mr Pickwick, "et quelqu'un de très enjoué qui lui apprendra, je le parierais, plus de tours en une semaine qu'il n'en connaîtrait sans cela en un an."

Et Mr Pickwick sourit d'un air placide.

- "Ah, cher homme ..." dit Mrs Bardell.

Mr Pickwick sursauta.

- "Ah ! le bon, l'excellent et l'amusant cher homme," dit Mrs Bardell.

Et sans plus de cérémonies, elle quitta son siège, et vint se jeter au cou de Mr Pickwick, avec une cataracte de larmes, et un chœur de sanglots.

- "Juste ciel !" s'écria Mr Pickwick dans sa stupeur ; "Madame Bardell ... ma bonne Dame ... mon Dieu, quelle situation ... réfléchissez, s'il vous plaît ... Madame Bardell, je vous en prie ... si quelqu'un venait ...

- Ah, qu'on vienne !"
s'écria Mrs Bardell, sur un ton frénétique ; "je ne vous quitterai jamais ... mon cher, mon brave, mon bon ami."

Et, disant ses mots, Mrs Bardell resserra son étreinte.

- "Bonté divine !" dit Mr Pickwick en se débattant violemment, "j'entends quelqu'un qui monte. Je vous en prie, je vous en prie, soyez raisonnable, arrêtez !"

Mais supplications et protestations restèrent également vaines ; car Mrs Bardell s'était évanouie dans les bras de Mr Pickwick ; et avant qu'il eût trouvé le temps de la déposer dans un fauteuil, le jeune Mr Bardell entra dans la pièce, où il fit pénétrer MM. Tupman, Winkle et Snodgrass.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DOUZIEME   Mar 2 Jan - 15:51

Mr Pickwick en resta immobile et muet. Il demeura avec son adorable fardeau dans les bras, à regarder le visage de ses amis d'un air lointain, sans faire le moindre effort pour les accueillir ou pour s'expliquer. De leur côté, ils ouvrirent de grands yeux ; et de son côté à lui, le jeune Mr Bardell dévisageait tout le monde.

La stupeur des Pickwickiens fut si totale, et la perplexité de Mr. Pickwick si grande qu'ils auraient pu rester exactement dans la même position relative jusqu'à ce que la dame eût repris ses esprits, sans la belle et touchante preuve d'affection filiale que lui donna son juvénile rejeton. Vêtu d'un costume collant de velours côtelé, pailleté de boutons de cuivre d'une dimension considérable, il resta d'abord près de la porte dans une attitude de stupeur et de doute ; mais petit à petit son esprit imparfaitement développé fut envahi par l'impression que sa mère avait dû subir quelque dommage corporel ; considérant Mr Pickwick comme l'agresseur, il poussa une sorte de hurlement, épouvantable et presque inhumain, puis, fonçant, tête baissée, il se mit à attaquer l'homme immortel dans le dos et dans les jambes, usant de tous les coups et pincements que lui permettaient la force de ses bras et la véhémence de son émotion.

- "Ecartez donc ce petit scélérat !" dit Mr Pickwick, à la torture, "il est fou.

- Mais que se passe-t-il donc ?" demandèrent les trois Pickwickiens qui étaient restés muets de surprise.

- "Je n'en sais rien," répondit sèchement Mr Pickwick. "Eloignez donc ce gamin (là-dessus Mr Winkle emporta l'intéressant jeune garçon, malgré ses cris et sa résistance, à l'autre bout de la pièce). Et maintenant, aidez-moi à conduire cette femme au rez-de-chaussée.

- Ah, je me sens mieux maintenant," dit d'une voix faible Mrs Bardell.

- "Permettez-moi de vous aider à descendre," dit Mr Tupman, galant homme comme toujours.

- "Merci, Monsieur, merci," s'écria Mrs Bardell sur un ton hystérique.

Et elle fut conduite au rez-de-chaussée, escortée de son tendre fils.

- "Je ne parviens pas à comprendre," dit Mr Pickwick quand son ami fut de retour, "je ne parviens pas à comprendre ce qui a pu arriver à cette femme. Je venais tout simplement de lui annoncer mon intention d'engager un domestique, quand elle a été prise de l'accès extraordinaire dans lequel vous l'avez trouvée. C'est une chose tout-à-fait extraordinaire.

- Tout-à-fait,"
dirent ses trois amis.

- "Et elle m'a placé dans une situation extrêmement gênante," poursuivit Mr Pickwick.

- "Tout-à-fait," lui fut-il répliqué par ses disciples, qui toussotèrent légèrement en se regardant d'un air inquiet.

Cette attitude n'échappa pas à Mr Pickwick. Il prit note de leur incrédulité. Il était évident qu'ils le soupçonnaient.

- "Il y a quelqu'un dans le couloir en ce moment," dit Mr Tupman.

- "C'est l'homme dont je vous ai parlé," dit Mr Pickwick ; "je l'ai envoyé chercher ce matin dans le Borough. Ayez la bonté de lui dire de monter, Snodgrass."

Mr Snodgrass s'exécuta ; et Mr Samuel Weller fit aussitôt son apparition.

- "Ah - vous vous souvenez de moi, j'imagine ?" dit Mr Pickwick.

- "Je vous crois," répondit Sam, avec un clin d'œil condescendant. "C'était une drôle d'affaire, l'autre jour, mais il était trop malin pour vous, pas vrai ? Il connaissait la chanson, et toute la musique avec, hein ?

- Ne vous inquiétez pas de cette affaire pour le moment," s'empressa de dire Mr Pickwick. "Je désire vous parler d'autre chose. Asseyez-vous.

- Merci, Monsieur," dit Sam.

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MessageSujet: Re: Les Papiers Posthumes du Pickwick Club ou Les Aventures de Mr Pickwick - CHARLES DICKENS - CHAPITRE DOUZIEME   Mar 2 Jan - 16:28

Et de s'asseoir sans se faire répéter l'invitation, après avoir déposé au préalable son vieux chapeau blanc sur le palier derrière la porte.

- "Il est pas bien fameux à regarder," dit-il, "mais il est formidable à l'usage ; et, avant que le bord, il s'en aille, c'était un très beau galure. Mais quand même, il est moins lourd sans, c'est déjà un avantage, et puis tous les trous laissent passer un peu l'air, ça en fait un autre : un tulle à ventilation, que je l'appelle."

Et après avoir ainsi exprimé ses vues, Mr Weller promena sur l'assemblée des Pickwickiens un aimable regard.

- "Venons-en maintenant à la question au sujet de laquelle, d'accord avec ces messieurs, je vous ai fait venir," dit Mr Pickwick.

- "C'est ce qu'il faut," dit Sam, intervenant ; "sors-moi ça tout de suite, comme disait le père à son fils qu'avait avalé une pièce d'un farthing.

- Nous voudrions savoir en premier lieu," dit Mr Pickwick, "si vous avez des raisons d'être mécontent de votre situation actuelle.

- Avant que je réponde à cette question-là, Messieurs," répliqua Mr Weller, "j'aimerais bien savoir, moi, en premier lieu, si vous allez m'en procurer une meilleure."

Une lueur de bienveillance paisible  éclaira les traits de Mr Pickwick quand il répondit :

- "J'ai à peu près décidé de vous prendre moi-même à mon service.

- C'est-il possible ?" dit Sam.

Mr Pickwick fit un signe de tête affirmatif.

- "Comme gages ?" demanda Sam.

- "Douze livres par an," répondit Mr Pickwick.

- Comme vêtements ?

- Deux costumes.

- Comme travail ?

- Vous occuper de moi, et voyager avec moi, et avec ces messieurs.

- Enlevez la pancarte," dit Sam sur un ton énergique. "Je suis loué à un monsieur célibataire, et pour les conditions, c'est d'accord.

- Vous acceptez cet emploi ?" demanda Mr Pickwick.

- "Sans hésiter," répliqua Sam "Si les habits, ils me vont aussi bien que la place, ils feront bien mon affaire.

- Naturellement, vous pouvez vous procurer un certificat ?" dit Mr Pickwick.

- Pour ça, vous avez qu'à demander à la patronne du Cerf-Blanc, Monsieur," répondit Sam.

- "Pouvez-vous venir ce soir ?

- Je peux enfiler les habits tout de suite, s'ils sont là," dit Sam avec beaucoup d'empressement.

- "Venez à huit heures ce soir," dit Mr Pickwick, "et si les renseignements obtenus sont bons, on vous procurera les vêtements."

A l'unique exception d'une aimable défaillance, à laquelle avait participé également une femme de chambre auxiliaire, la conduite passée de Mr Weller était tellement irréprochable que Mr Pickwick se sentit pleinement autorisé à conclure l'engagement dès le soir même. Avec la promptitude et l'énergie qui caractérisaient, non seulement les gestes publics, mais aussi toutes les actions privées de cet homme extraordinaire, il conduisit aussitôt son nouveau serviteur dans l'un de ces commodes entrepôts où l'on trouve des vêtements neufs et d'occasion pour hommes, sans avoir à subir les formalités importantes et gênantes des mesures ; et avant que tombât la nuit, Mr Weller se trouva pourvu d'un habit gris orné du bouton P. C., d'un chapeau noir à cocarde et d'un gilet rose à rayures, d'un pantalon et de guêtres de couleur claire, ainsi que de divers autres accessoires trop nombreux pour être énumérés.

- "Eh bien," se dit ce personnage si soudainement métamorphosé, en prenant place sur l'impériale de la diligence d'Eatanswill le lendemain matin, "je me demande si je suis destiné à être valet de pied ou d'écurie, ou garde-chasse ou grainetier. J'ai l'air d'une sorte de composé de tous ces gens-là. Tant pis : y a du changement d'air, des tas de choses à voir et pas grand chose à faire ; et tout ça, c'est excellent pour mes malaises ; alors longue vie aux Pickwick, que je dis !"

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