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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVII

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Masques de Venise
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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVII   Jeu 4 Jan - 17:22

XXVII

L'Ombre de Sir Williams



Cependant Jeanne ne vit pas Armand de la journée.

Armand se devait à sa mission : il lui fallait retrouver les héritiers du baron Kermor de Kermaouet, et il employa sa journée à rechercher les noms des employés des différents ministères qui avaient pu se marier à  l'époque indiquée par la note qu'on lui avait transmise. Mais, le soir, il revint et se présenta chez Jeanne vers neuf heures.

L'intimité va grand train entre deux cœurs qui s'aiment. Ce soir-là, Armand risqua un aveu, et Jeanne rougit bien fort ...


Et le temps passa si vite, que minuit sonnait au moment où Armand se levait pour se retirer.

Quand il fut parti, Jeanne se jeta dans les bras de Gertrude, et murmura :

- "Mon Dieu ! mon Dieu ! que je suis heureuse ! ..."

La nuit s'écoula pour elle en rêves de bonheur ardent ; elle entrevit une toute longue existence passée auprès de celui qui, déjà, était le bien-aimé de son âme, sa main dans la sienne, ses yeux attachés sur les siens, leurs deux cœurs n'ayant plus qu'une seule pulsation.

Elle s'éveilla souriant à son bonheur futur, et elle compta les heures durant la journée, qui lui parut horriblement longue.

Mais, vers quatre heures, un pas qui retentit dans l'escalier la fit tressaillir, et son cœur se prit à battre, car elle entendit la voix d'Armand chez Bastien.

C'était le jour où M. de Kergaz avait reçu les témoins de sir Williams, et il venait chercher Bastien pour l'emmener rue Culture-Sainte-Catherine, où celui-ci devait coucher ce soir-là, afin d'être prêt à partir le lendemain.

Armand aimait Bastien avec la tendresse d'un fils, et la pensée qu'il allait jouer sa vie le lendemain avait répandu sur son visage une teinte de mélancolie profonde. Sa voix était triste, et Jeanne eut le pressentiment d'un malheur ...

Cependant le comte avait parlé si bas à Bastien, que la jeune fille ne put rien saisir de leur conversation pendant un moment.

Armand n'éleva la voix que lorsqu'il eut raconté à Bastien son entrevue avec les témoins de sir Williams.

Mais voici ce que Jeanne entendit :

- "Mon bon Bastien," disait Armand, "tu vois bien comme moi qu'elle m'aime, et je sais, moi, que je l'aime ardemment. Pourquoi hésiterais-je ?"

Et comme Jeanne frémissait et sentait ses genoux se dérober sous elle, Armand poursuivait :

- "Nous n'irons pas ce soir : puisque cette mauvaise affaire de demain nous forcera à nous coucher de bonne heure ..."

Jeanne eut un frisson par tout le corps. De quelle mauvaise affaire parlait-il donc ?

- "Mais demain," poursuivit Armand, "au retour, tu te présenteras chez elle et tu lui feras officiellement la demande de sa main."

Jeanne, éperdue, se laissa tomber sur un siège, et elle crut que son cœur s'en allait avec Armand, qu'elle entendit sortir et descendre l'escalier en compagnie de Bastien.

Pendant une heure, la jeune fille demeura repliée sur elle-même et absorbée en son rêve.

Un coup de sonnette l'arracha à sa méditation, et elle vit entrer Gertrude tenant une lettre à la main.

- "Un homme que je ne connais pas," dit-elle, "vient d'apporter cette lettre, et il s'est retiré sur le champ."

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVII   Jeu 4 Jan - 17:54

Jeanne, étonnée, prit la lettre, cachetée avec des armoiries, l'ouvrit et lut :

"Pardonnez-moi, mademoiselle, d'oser vous écrire ..."

Mademoiselle de Balder
crut que cette lettre venait d'Armand, et elle courut à la signature, mais la lettre n'était point signée.

Elle poursuivit :

"Je vous aime, mademoiselle, et la première fois que je vous vis, je sentis que ma vie était désormais liée à la vôtre et que de vous dépendait le bonheur de mon avenir."

Jeanne appuya sa main sur son cœur.

- "C'est lui ... c'est lui ..."
murmura-t-elle.

"Savez-vous," continuait le correspondant anonyme, "que si jamais homme a éprouvé un frisson de joie et d'orgueil en songeant qu'il était riche, cet homme c'est moi. Je rêve pour vous un joli petit hôtel entre cour et jardin, dans un quartier neuf, un palais de fée dont vous seriez la reine et où je passerais ma vie à vos genoux.

"Jeanne, ma bien-aimée, la demeure que je vous destine et où nous cacherons notre amour est entourée de grands arbres qui abritent des regards importuns ; il y a pour vous une jolie chambre à coucher bleu et blanc avec des tentures gris-perle : un nid de colombe, cher ange du ciel ..."

Jeanne s'interrompit ; elle trouvait que M. de Kergaz, - car quel autre aurait osé écrire ainsi, - s'arrêtait à de bien futiles détails.

"Jeanne, ma bien-aimée," lut-elle encore, "j'ose vous écrire aujourd'hui et vous avouer mon amour parce que demain je vais courir un grand danger. Je me bats à sept heures du matin ..."

La lettre échappa aux mains de Jeanne, elle poussa un cri et tomba évanouie sur le parquet.


... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ..


Lorsqu'elle revint à elle, la nuit était venue ; elle se trouvait couchée sur son lit et Gertrude lui prodiguait ses soins.

Auprès de Gertrude, Jeanne aperçut un visage inconnu ; c'était une femme, jeune encore, mais dont les traits fatigués décelaient une longue lutte avec la misère et les plaisirs factices dans lesquels l'ouvrière parisienne essaie d'oublier le labeur et les angoisses du lendemain.

C'était cette jeune femme qui demeurait à l'étage supérieur et chez laquelle Colar était entré la veille.

L'ouvrière avait entendu le cri poussé par Jeanne, puis la chute du corps sur le parquet, puis les lamentations de Gertrude ; et, poussée par Colar, elle était descendue et avait offert ses services que la servante avait acceptés.

La jeune fille, en relevant à elle, jeta autour d'elle un regard plein d'étonnement ; puis elle se souvint de cette lettre fatale qu'elle croyait être d'Armand, et où celui qui écrivait disait : "Je me bats demain matin."

Et Jeanne, maîtresse d'elle-même et retrouvant ses forces, voulut se lever, courir rue Culture-Sainte-Catherine et empêcher à tout prix ce combat dont elle ignorait les motifs.

Mais alors une ombre se dressa devant elle, une ombre pâle et triste qui semblait lui dire : "Les femmes ne doivent point empêcher l'homme qu'elles aiment de venger son honneur outragé."

Cette ombre, c'était celle de son père, de feu le colonel de Balder, le loyal soldat mort devant l'ennemi, le gentilhomme qui avait eu pour linceul le drapeau lacéré de son régiment.

Et la jeune fille se souvint qu'autrefois - il y avait bien longtemps et elle était alors toute petite - son père était rentré, un soir, triste et pensif, comme le sont les vrais braves à la veille d'un duel : tristes parce qu'ils savent que c'est toujours une navrante chose aux yeux de Dieu de jouer sa vie contre une autre vie ; pensifs, parce que, si détaché qu'on soit des affaires de ce monde, on y laissera toujours des êtres qu'on aime et qui vous aiment, et que ceux que le trépas sépare ne se réunissent plus.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVII   Jeu 4 Jan - 18:22

Or, le père de Jeanne avait passé une heure à écrire quelques lettres, à mettre un ordre rigoureux dans ses affaires, il avait achevé la soirée entre sa femme qui baissait le front et contenait ses larmes, et son enfant qui ne comprenait point encore, et qui, cependant, était triste à la vue de cette tristesse.

Après quoi le soldat s'était couché et s'était endormi, calme comme les preux d'autrefois. Mais la mère de Jeanne, elle, ne s'était point mise au lit, elle avait pris sa fille par la main et lui avait dit, en la conduisant devant un crucifix :

- "Mets-toi à genoux, mon enfant, et prions pour ton père."

La mère et l'enfant avaient prié toute la nuit ; puis, au matin, alors qu'à peine glissaient à l'horizon les premières clartés de l'aube, sa mère s'était levée, elle s'était approchée lentement du lit où dormait le colonel, et elle l'avait éveillé en lui disant d'une voix où couvaient des sanglots, mais calme et ferme cependant :

- "Il est temps. - Allez, mon ami."

Le père s'était habillé, et il était parti, posant une caresse sur le front de la petite fille qui pleurait, et serrant dans ses bras sa femme, forte comme celle de l'Ecriture, qui l'éveillait à l'heure du combat.

Alors la mère et la petite fille s'étaient remises à genoux, et elles avaient encore prié. Une heure s'était écoulée, puis le soldat avait reparu, arrachant un cri de joie à sa femme et à son enfant.

Mais il les avait pressées sur son cœur toutes deux, silencieusement, sans se réjouir, laissant rouler sur sa joue une larme longtemps contenue, et il s'était agenouillé à son tour devant le crucifix, en leur disant :

- "Prions ensemble pour le trépassé, prions pour celui qui, comme moi, était époux et père et que pleurent à cette heure une femme et un enfant." Le colonel avait eu le malheur de tuer son adversaire.

Ce lointain souvenir s'empara de la pensée de Jeanne et la retint. Elle se dit qu'un homme aussi noble, aussi calme que M. de Kergaz, ne pouvait sérieusement aller jouer sa vie que forcé par des circonstances de la dernière gravité.

Et, comme sa mère s'était agenouillée autrefois, elle s'agenouilla et pria. La bonne Gertrude eut toutes les peines du monde à la contraindre de prendre quelques aliments, tant la douleur de la jeune fille était profonde. Cependant Jeanne consentit à tremper ses lèvres dans un bouillon, et la servante l'imita.

Mais dix minutes à peine après ce léger repas, Jeanne fut prise subitement d'une somnolence invincible ; en vain se cramponna-t-elle à cette pensée que, le lendemain, Armand aurait l'épée au poing ; en vain voulut-elle prier, sa tête retomba lourdement sur sa poitrine, son corps s'affaissa sur le parquet, et Gertrude, cette fois, n'accourut point pour la relever.

Gertrude elle-même s'était endormie sur une chaise, à deux pas de sa jeune maîtresse.

Une heure plus tard, un homme ouvrait, à l'aide d'une fausse clef, la porte de mademoiselle de Balder, et entrait d'un pas hardi dans la pièce où Jeanne dormait  d'un léthargique sommeil.

Cet homme c'était Colar, qui murmurait en souriant :

- "Décidément la petite - il parlait de l'ouvrière qui avait donné ses soins hypocrites à Jeanne - décidément la petite a bien rempli sa mission, et le narcotique était dans le potage. Le canon du Palais-Royal ne réveillerait pas maintenant la future maîtresse du capitaine sir Williams."

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