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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVIII

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Masques de Venise
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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVIII    Ven 5 Jan - 14:57

XXVIIII


La Maison des Champs




Jeanne s'était endormie en priant.

Lorsqu'elle s'éveilla, un rayon de soleil levant glissait sur sa chevelure en désordre, et elle jeta autour d'elle un regard étonné.

La jeune fille n'était plus auprès de son prie-Dieu dans le petit salon de la rue Meslay, où elle s'était endormie, vaincue par un sommeil étrange. Elle était couchée toute vêtue sur un canapé, dans une chambre inconnue, par les fenêtres de laquelle on apercevait de grands arbres que l'hiver avait dépouillés.

Au milieu de cette chambre et vis-à-vis des croisées,
adossé au mur par le fronton, Jeanne remarqua d'abord un grand lit de palissandre, à colonnes torses, supportant un baldaquin de velours gris-perle à bordures d'un bleu tendre. Ce lit était non foulé, et par conséquent il était impossible d'admettre que la jeune fille y eût sommeillé, ne fût-ce que quelques minutes.

Rien de plus charmant, de plus coquet et de meilleur goût à la fois que cette chambre à coucher où un architecte mystérieux semblait avoir réuni tout ce qu'il y a de luxueux et d'élégant dans les magasins à la mode de Paris : garniture de cheminée rocaille, tableaux de maîtres, meubles de Boulle et bahuts en bois de rose, glaces de Venise à biseaux dans leurs cadres à incrustations merveilleusement sculptées, placées en trumeaux entre les croisées.

Jeanne crut faire un rêve en embrassant d'un coup d'œil cette jolie retraite, ou plutôt le continuer, car, la veille, elle avait lu dans cette lettre mystérieuse qu'elle attribuait à Armand la description d'une chambre à coucher semblable.

Il se passa alors pour elle un phénomène assez bizarre : son esprit retrouva toute sa lucidité ; sa mémoire, tous ses souvenirs mais avec la conviction qu'elle rêvait, et que c'était là la suite de son rêve : que tandis qu'elle dormait et croyait se promener dans cette chambre dont Armand lui parlait et qu'il lui destinait, ce dernier était sur le point d'aller se battre, et Jeanne, la sueur au front, murmurait :

- "Je voudrais pourtant bien m'éveiller."


Elle se leva, s'approcha d'une croisée et l'ouvrit.

L'air frais du matin, lui fouettant le visage, vint lui prouver qu'elle ne rêvait point.


- "Je suis bien éveillée !" se dit-elle avec stupeur.

Et elle jeta un nouveau regard autour d'elle sur chacun de ces objets inconnus, à l'intérieur, puis elle se pencha au dehors. Elle avait sous les yeux, à l 'extérieur, un jardin planté de grands arbres, et à l'extrémité de ce parc borné en tous sens par des murs élevés, on apercevait les murailles blanches et les volets verts d'une maisonnette.

La jeune fille sentait bien qu'elle ne dormait plus ; mais son étonnement était si grand qu'elle ne trouvait ni un cri ni un geste et paraissait pétrifiée.

Au-delà des murs du parc, elle entrevoyait une colline nue, aride, sans trace d'habitation.

Dans le jardin, nul être humain.

Autour de la maison où Jeanne se trouvait, aucun bruit. 

Où était-elle ? Comment était-elle venue en ce lieu ?

C'était là pour elle un incompréhensible mystère.

- "Non, non," murmura-t-elle, "tout cela est trop étrange, je continue à rêver !"

Mais l'air du matin qui baignait son front brûlant, le soleil qui montait radieux à l'horizon sans nuages, arrachant mille étincelles au givre qui couvrait les branches dépouillées des arbres ; le chant des oiseaux dans les haies, et ce murmure confus qui s'élève dès l'aube des guérets et des bois, venaient démentir cette croyance.

Jeanne ne dormait point.


Une feuille de papier, étendue tout ouverte sur un guéridon au milieu de la chambre, attira son attention.

Jeanne s'approcha vivement.

C'était une lettre, une lettre tout ouverte.

La jeune fille y jeta les yeux et poussa un cri.

Elle avait reconnu l'écriture. Cette écriture était la même que celle de la lettre reçue la veille et qui lui annonçait - elle le croyait du moins - qu'Armand devait se battre.

Mademoiselle de Balder s'en empara et lut avidement ces quelques lignes :

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron


Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. 
Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. 
Pierre Desproges

https://www.notabeneculturelitteraire.com/



Dernière édition par Masques de Venise le Ven 5 Jan - 15:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXVIII    Ven 5 Jan - 15:38

"Neuf heures du matin.

"Je me suis battu à sept heures, et je suis sain et sauf ..."

Jeanne
poussa un cri étouffé, un cri de joie suprême et chancela sous le poids de son bonheur.

Que lui importaient, à présent, et le lieu où elle se trouvait et le mystère qui semblait l'envelopper d'une manière impénétrable.


Il était vivant !


Cependant, elle continua :

"Je viens d'entrer dans votre chambre, ma Jeanne bien-aimée, mais vous dormiez et je n'ai point voulu vous éveiller ; j'ai mis un baiser sur votre front, comme un frère embrasserait sa sœur, et je me suis retiré sur la pointe du pied.

"Ange mille fois aimé, je me figure votre réveil, votre étonnement, votre stupeur, en vous retrouvant loin de chez vous, dans un lieu inconnu, sans savoir comment vous y êtes venue, et quel génie tout-puissant a profité de votre sommeil pour vous transporter dans ce petit palais qui fut bâti tout exprès pour vous.

"Mais rassurez-vous, ma Jeanne adorée, ce génie n'a rien de malfaisant, et il n'est fier de sa force et de sa toute-puissance que pour les mettre à vos pieds.

"Ce génie se nomme l'Amour ..."


Jeanne tressaillit et jeta autour d'elle un nouveau regard, mais, cette fois, plein de défiance et de terreur.

Comment celui qui, la veille, disait à Bastien : "Tu  iras lui demander officiellement sa main," avait-il pu agir ainsi ?

Et Jeanne frissonna à la pensée que M. de Kergaz avait peut-être voulu faire d'elle simplement sa maîtresse, et que durant cette nuit ...

Elle n'osa compléter sa pensée
et continua sa lecture :

"Jeanne," poursuivait le correspondant anonyme, "je suis un galant homme et veux rester digne de votre amour, si tant il est vrai que vous deviez m'aimer jamais ..."

La jeune fille soupira et lut encore.

"Quand vous vous éveillerez, vous vous retrouverez aussi chaste et aussi pure que vous l'étiez la veille ... Et pourtant, pardonnez-le moi, je vous ai enlevée ...

"Oui, ma Jeanne bien-aimée, celui qui vous aime n'a pu supporter plus longtemps la pensée que celle qui était faite pour habiter un palais demeurait dans un bouge affreux d'un quartier populaire ; et alors il a usé de ruse et de violence, corrompant vos voisins, se servant d'un narcotique et, grâce à lui, vous transportant endormie dans une voiture qui a roulé toute la nuit et vous a amenée ici ...

"Mais rassurez-vous encore, vous êtes chez vous ... et dans peu vous serez ma femme ..."

Mademoiselle de Balder appuya sa main sur sa poitrine et tâcha de comprimer les battements de son cœur.

"Jeanne," continua-t-elle à lire, "il y a dans la vie des événements bizarres qui l'enveloppent parfois d'impénétrables mystères. Je me suis battu ce matin, et je suis sain et sauf cependant ; mais je cours, à cette heure encore, un nouveau, un plus grand péril. Vous seule le pouvez conjurer et voici ce que j'attends de vous ..."

L'étonnement de la jeune fille était à son comble ; mais elle poursuivit avidement, à la pensée que d'elle pouvait défendre le sort de celui qu'elle aimait :

"Mon secret ne m'appartient pas, Jeanne, ma bien-aimée, et je ne puis, par conséquent, vous le confier. Plusieurs jours s'écouleront peut-être avant que vous ne m'ayez vu ; mais ayez confiance en moi, je vous aime.

"Si vous ne cherchez point à savoir où vous êtes, et à quitter par conséquent cette maison ; si vous ne faites aucune question aux domestiques que je mets à votre service, dès aujourd'hui, je ne courrai aucun danger ; mais une indiscrétion de vous peut me perdre ... songez-y ...

"Chaque jour, du reste, vous recevrez une lettre de moi.
Ne vous inquiétez point de Gertrude. Elle est dans la confidence de mon amour, et je l'emmène avec moi. Encore un mystère que je ne puis vous expliquer. Adieu ; je vous aime ..."

Cette lettre, pas plus que la première, n'était signée.

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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