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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXIX

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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXIX   Ven 5 Jan - 16:20

XIX


Le Duel



Faisons un pas en arrière, et laissons mademoiselle de Balder lire et relire avec étonnement l'étrange lettre trouvée sur le guéridon de la chambre inconnue.

Armand, on s'en souvient, emmena Bastien rue Culture-Sainte-Catherine.

- "Mon vieil ami," lui dit-il, "les gens qui aiment sont égoïstes, partant oublieux. Si je t'avais laissé rue Meslay, nous aurions passé la soirée chez mademoiselle de Balder, et les heures se fussent écoulées si vite, que nous eussions, comme hier, entendu sonner minuit. Or, quand il faut être au bois de Boulogne à sept heures du matin le lendemain, afin d'y défendre sa vie, une nuit de sommeil est nécessaire.

- Bah ! monsieur Armand," répondit Bastien, "cela me connaît, ça. De mon temps, dans la Vieille Garde, on se battait tous les matins, ce qui n'empêchait pas de joyeusement souper vers minuit, chaque soir, lorsque les eaux n'étaient pas trop basses.

- Mais il y a trente ans de cela !

- Peut-être bien trente-cinq même.

- Tu étais un jeune homme, alors.

- Bon ! je suis solide encore, allez !"

Armand secoua la tête et dit avec mélancolie :

- "Tirais-tu passablement l'épée ?

- Pas trop pour dire vrai.
Du temps de l'Empereur, voyez-vous, on se battait tous les jours sur le champ de bataille, et on n'avait pas le temps d'aller à la salle d'armes ; mais quand on tient son épée avec son cœur ...

- Tarare !" murmura Armand tout pensif.

Et il ajouta presque mentalement :

- "Les Anglais, en général, se battent peu. Ils exècrent, ils méprisent le duel ; mais ceux qui font exception à cette règle, et toute exception devient une originalité, doivent professer pour lui un culte excentrique, précisément parce que leurs compatriotes n'en font aucun cas et l'abhorrent. Et cela doit être ainsi chez ce sir Williams, puisqu'il veut absolument aller sur le terrain pour une semblable misère.

- Eh bien," dit Bastien, qui avait surpris l'aparté de M. de Kergaz, "puisqu'il le veut absolument, je tâcherai de lui donner une leçon."

Armand conduisit Bastien au second étage de l'hôtel, où il avait disposé une vaste pièce en salle d'armes, car il aimait passionnément l'escrime jadis, et il y prit des fleurets et des masques, disant au vieux soldat :

- "Refais-toi un peu la main, c'est toujours une bonne précaution à prendre."


Le comte et son vieil ami, ferraillèrent à peu près une heure.

- "La méthode est bonne," dit enfin le premier, "le poignet est ferme et assez léger, mais le jarret manque de souplesse. Il faudra tuer ton homme à la première passe, ou toi-même tu es un homme mort.

- On tâchera,"
répondit tranquillement Bastien, qui dîna d'un excellent appétit, se coucha avec le calme d'un vieux brave devant lequel la Mort a toujours reculé, et dormit d'une seule traite jusqu'au matin.

Armand, qui avait passé la nuit sur un canapé, l'éveilla à six heures, et lui dit :

- "Allons ! il y a une grande heure d'ici au Bois, et il nous faut cependant arriver les premiers. La France ne peut pas être en retard."

Bastien s'habilla lestement, mais il mit à sa toilette ce soin minutieux des officiers d'autrefois, qui se faisaient poudrer et demandaient leur habit de gala pour monter à l'assaut.

Il se mit un gilet de piqué blanc sur une fine chemise de batiste qu'attachait une grosse épingle en diamant, souvenir de l'infortunée mère d'Armand.

Il boutonna par-dessus son gilet une redingote bleue, à la boutonnière de laquelle brillait sa rosette ; puis il chaussa des bottes vernies et un pantalon de casimir noir un peu large et à la hussarde, ce qui acheva de lui donner une tournure militaire.

Armand
était entièrement vêtu de noir, et, comme Bastien, il portait sa décoration.

Le roi Louis-Philippe
avait daigné décorer le sculpteur Armand, Prix de Rome, et le comte de Kergaz était loin de renier l'artiste.

Une paire d'épées de combat, rapportées d'Italie et dont la trempe était merveilleuse, furent placées dans le caisson de la voiture, et l'on partit. L'équipage du comte de Kergaz monta l'avenue des Champs-Elysées au grand trot sans rencontrer aucune autre voiture, tant à cette heure matinale le plus élégante quartier de Paris est désert ; mais, à la barrière, il fut rejoint par une américaine attelée d'un seul cheval et qu'un jeune homme conduisait.

- "Voilà sir Williams," dit Bastien en montrant le jeune homme à côté de qui était assis Ralph O ..., tandis qu'Arthur G ... était placé sur le siège de derrière.

Armand
regarda avec curiosité cet homme que Bastien avait pris pour Andrea, et, à son tour, il tressaillit et dit vivement :

- "Es-tu bien certain que ce ne soit pas lui ?

- Oh ! certes, oui," dit Bastien, "j'en ai la conviction. Mais cette ressemblance est étrange."

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

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