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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXX

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Masques de Venise
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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXX   Dim 7 Jan - 14:16

XXX


Promesses



Nous avons laissé Cerise tombant à la renverse sur le parquet de la salle basse, dans cette petite maison du parc où l'avait entraînée la veuve Fipart.

La révélation de l'horrible vieille était la cause de cet évanouissement.

Lorsqu'elle revint à elle, la veuve Fipart l'avait transportée au premier étage de la maisonnette, et l'y avait laissée seule. Cerise enveloppa d'un regard tous les détails de cette chambre, le carreau ciré, les rideaux de coutil rayé, la pendule à colonnes entre deux vases de fleurs, le lit et la commode en noyer.

C'était la chambrette d'une ouvrière parisienne.

Cerise ne se trouva point dans cette situation assez vulgaire des gens qui, sortant d'un long évanouissement, cherchent à rassembler leurs souvenirs et à relier au moment présent celui qui a précédé leur syncope.

Cerise se souvint de tout ;
en se trouvant seule dans cette chambre où elle n'était jamais entrée, elle se rappela la veuve Fipart et son odieuse révélation.

Son premier mouvement, sa première pensée
furent de courir à la porte. La porte était fermée.

Dans un premier accès de désespoir, elle tâcha de l'ébranler, elle cria, appela.

Nul ne répondit.


Alors la pauvre enfant se prit à fondre en larmes, et demeura pendant plusieurs heures la tête dans ses mains, dans l'attitude de la douleur.

Vers midi, la porte s'ouvrit, et la veuve Fipart entra.

- "Allons, ma mignonne," dit-elle, "venez dîner, au lieu de pleurer."

Cerise répondit par un geste négatif. La veuve Fipart se retira et ferma la porte.

Elle ne revint que le soir.


La pauvre Cerise s'était endormie. La vieille l'éveilla et réitéra son offre de prendre quelques aliments.

Cerise refusa encore, et dormit toute vêtue et vaincue par la fatigue. Le lendemain, Cerise était plus calme. Le besoin la pressait, elle accepta quelque nourriture, mais elle ne voulut pas sortir de sa chambre.

Alors la vieille se mit à l'injurier et la maltraita.

Cerise appelait au secours et voulait mourir.


La veuve Fipart l'enferma de nouveau et ne revint que le soir, toujours irritée, toujours railleuse et lui prédisant la visite prochaine du maître.

Trois jours s'écoulèrent ainsi ; Cerise sentait sa raison chanceler, et traduisait son désespoir par des larmes.

Enfin, le matin du troisième jour, comme elle était accoudée à se fenêtre et dans un état d'horrible prostration, une clef tourna dans la serrure.

La pauvre enfant frissonna et crut qu'elle allait revoir son tyran.

Mais la porte s'ouvrit et un homme entra.

C'était le baronnet sir Williams.

Alors Cerise perdit tout-à-fait la tête
, laissa échapper un cri d'épouvante et se réfugia tremblante et pâle à l'autre extrémité de la petite chambre.

On eût dit que le baronnet était entré une arme à la main.

Mais sir Williams était calme, souriant, et sa physionomie, à laquelle il savait donner une rare expression de franchise, ne pouvait épouvanter la jeune fille.

- "Mademoiselle," lui dit-il en la saluant avec une politesse exquise, "rassurez-vous, je suis un galant homme."

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron


Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. 
Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. 
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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXX   Dim 7 Jan - 14:47

Cerise, immobile, s'appuyait au mur, dans l'angle le plus obscur de la chambre, et continuait à regarder avec un sentiment de défiance qui, cependant, n'était point de la terreur.

- "Voulez-vous m'écouter ?" reprit-il d'une voix caressante, et se tenant toujours debout devant elle avec un respect qui toucha beaucoup la jeune fille, "je vous expliquerai bien des choses, mademoiselle.

- Ah ! monsieur," murmura Cerise, à qui revint le sentiment de toutes ses douleurs, "il est impossible que tout le mal qu'on m'a fait ait été ordonné par vous, n'est-ce pas ?

- On vous a fait du mal ?"
exclama sir Williams avec une feinte colère ; "qui donc a osé ...

- Cette affreuse femme dont je suis prisonnière me tyrannise, monsieur. On m'a amenée ici violemment, on m'a dit ...

- Tout ce qu'on vous a dit est faux, mon enfant," répondit le baronnet avec douceur, "et si on vous a maltraitée, je vous vengerai ...

- Monsieur, monsieur," supplia la jeune fille avec des larmes dans la voix, "il y a trois jours que je suis ici, sans savoir où, sans nouvelles de ceux que j'aime, de mes amis, de ..."

Cerise hésita.

- "De Léon Rolland, votre fiancé, n'est-ce pas ?" dit sir Williams, toujours affectueux dans son accent et son geste. "Léon est un brave garçon qui mérite tout votre amour, et je vous doterai, mon enfant, afin que vous soyez heureux tous deux. 

- Ah !" s'écria Cerise avec un élan de joie, "je savais bien, monsieur ... je ne pouvais pas croire ... ce que cette vilaine femme me disait ...

- Que vous disait-elle, mon enfant ?


- Que c'était par vos ordres que j'étais ici ... Que parce que vous étiez riche, et que je ne suis qu'une pauvre fille ...

- Ah !" interrompit le baronnet, jouant une vive indignation, "la misérable ! Comment ! moi, le comte Armand de Kergaz ?

- Vous êtes le comte de Kergaz ?" demanda vivement la jeune fille.

- "Oui, mon enfant, et vous allez voir que nous sommes en pays de connaissance, tous deux. Je connais Léon ... par Bastien ... vous savez ? cet ouvrier qui a dîné avec vous dimanche dernier, et qui a indiqué mon hôtel pour sa demeure.

- Oui ... oui ..." dit Cerise. "Je me souviens.

- Eh bien, écoutez-moi, et ne craignez rien surtout, ma chère enfant. Sans doute vous êtes belle et vertueuse, ma petite, et l'homme que vous aimez est digne d'envie ... Mais j'aime ailleurs, moi ... et je veux être votre ami, votre père ... rien de plus."

Sir Williams
prit alors la main de Cerise dans les siennes, et elle ne la lui retira point.

Il la regarda avec une bonté pleine de compassion et murmura à mi-voix :

- "Pauvre enfant ! ... qu'eût-on fait de vous sans moi ?"


Et comme Cerise, encore tout émue, regardait cet homme qui, une fois déjà, lui était apparu comme un sauveur, et qu'elle se sentait gagner par une douce confiance, sir Williams poursuivit :

- "La femme Fipart, qui n'est autre que la veuve de mon jardinier, vous a dit une moitié de la vérité, mon enfant. Colar vous a conduite ici par mon ordre, mais non point pour que j'y pusse attenter à votre honneur. Il fallait sauver Léon, votre fiancé, il fallait sauver Jeanne.

- Jeanne ?
" fit Cerise stupéfaite.

- "Oui, Jeanne de Balder, que j'aime, et dont je veux faire ma femme ... Jeanne, qui a failli devenir comme vous la victime du plus odieux des attentats.

- C'est à devenir folle, mon Dieu !" murmurait la fleuriste, qui ne comprenait rien aux étranges paroles de sir Williams.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXX   Mar 9 Jan - 15:43

- "Ecoutez-moi avec attention ... et parlons de vous d'abord, nous causerons ensuite de Jeanne, car vos deux destinées ont subi des chances à peu près semblables ... Vous aimez un honnête ouvrier, Léon Rolland, et il vous aime ... Vous devez être mariés dans un mois, n'est-ce pas ?

- Oui," répondit Cerise.

- "Mais vous avez une sœur, ma pauvre enfant ! une sœur aussi dépravée que vous êtes vertueuse vous-même ; une sœur depuis longtemps entrée dans la vie par la porte du vice, et dans le cœur de qui tout sentiment de pudeur s'est promptement éteint ...

"Eh bien ! cette sœur, cette ... Baccarat, a vendu par avance l'honneur de sa sœur à un homme assez riche pour jeter l'or par les fenêtres, assez haut placé pour espérer l'impunité, assez puissant pour tout oser ...

"Cet homme, à qui je vous ai arrachée une première fois déjà, et qui s'est pris d'une belle passion pour vous, d'une de ces passions brûlantes qui poursuivent leur but jusqu'au pied de l'échafaud ; cet homme, capable de tous les crimes, s'est juré que nul autre que lui ne vous posséderait jamais, et il a payé des bandits ...

- Mon Dieu !" s'écria Cerise éperdue.

- "Heureusement, mon enfant, je veillais sur Léon et sur vous ... J'ai éloigné celui-ci de Paris, et je vous ai fait enfermer ici, où, sans doute, M. de Beaupréau ne viendra jamais vous chercher. Comprenez-vous maintenant ? ...

- Oui," murmura Cerise. "Mais, monsieur, qu'avons-nous donc fait pour vous, pour que vous soyez ainsi noble et bon ?

- Mon enfant," répondit sir Williams d'un ton pénétré, "j'ai une grande fortune que je dépense à faire le Bien et à empêcher le Mal ... une police à mes ordres, par laquelle je sais tout ... Averti du danger qui vous menaçait, je suis accouru ... Là est tout le secret de ma conduite.

- Monsieur," murmura la jeune fille en prenant la main du baronnet et la portant à ses lèvres, "vous êtes bon comme le Bon Dieu, et je mourrais pour vous s'il le fallait."

Sir Williams ne répondit pas ; il se disait avec un sourire infernal :

- "Décidément, je suis un Armand de Kergaz accompli, et j'ai tout imité, jusqu'à ses phrases philanthropiques."

Puis le baronnet reprit tout haut en pressant la main de Cerise :

- "Maintenant, parlons de Jeanne. 

- Vous la connaissez donc aussi ?

- Je l'aime ..."
murmura sir Williams, appuyant la main sur son cœur avec le geste passionné d'un jeune premier ; "je l'aime ! ..."

Et il ajouta :

- "Comme vous, Cerise, ma Jeanne bien-aimée a couru le plus grand des dangers ; et c'est une étrange histoire que celle que je vais vous dire. Figurez-vous qu'il y a un homme assez hardi pour avoir osé prendre mon nom ... cet homme, c'est Bastien !

- Bastien !"
fit Cerise, "celui que nous avons vu à Belleville ?

- Oui, celui-là même. Vous avez cru, pauvre enfant, que le Hasard seul l'avait amené là, assez à temps pour porter secours à Léon ? ... Eh bien ! non, tout était prévu, calculé. Les deux hommes à mauvaise mine qui ont querellé Léon étaient les complices de Bastien ...

- Que dites-vous ?" s'écria Cerise au comble de l'étonnement.

- "La vérité, mon enfant. Bastien avait suivi Jeanne plusieurs fois ; il s'était épris d'amour pour elle, et il a arrangé avec ses amis cette petite comédie que vous avez sue. De cette façon, vous l'avez engagé, Léon et vous, à partager votre dîner, et il a reconduit mademoiselle de Balder.

- Ah !" murmura Cerise, "je commence à comprendre ...

- Vous ne comprenez rien encore, cher enfant. Attendez ..."

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXX   Mar 9 Jan - 16:39

Cerise regarda sir Williams, qui avait décidément pris l'attitude et la bonhomie de l'homme qui raconte la vérité pure et simple avec l'éloquence qui vient du cœur.

- "Bastien," reprit sir Williams, "est un garçon de quelque esprit, et il est doué d'une physionomie distinguée. Effronté comme un laquais qu'il était, car il était mon valet de chambre, il a osé se flatter d'être aimé de Jeanne ; et faisant prendre son nom et la qualité de capitaine à un vieux drôle de ses amis, il s'est affublé lui-même de mon titre et de mon nom.

"Le prétendu capitaine est venu se loger dans la maison de Jeanne ; il s'est présenté chez elle comme un ancien ami de son père, il lui a parlé de Bastien, lui donnant mon nom, et l'effronté a été bientôt introduit chez elle comme le comte de Kergaz. Alors Jeanne a reconnu l'homme de Belleville, et comme les jeunes filles ont la tête romanesque, elle a vu dans mon Bastien un héros de roman, elle s'est prise à l'aimer.

- Ah !" s'écria Cerise indignée, "un valet de chambre aimé par mademoiselle de Balder, jamais !

- Le Hasard, ou plutôt ma police, m'a révélé tout cela, ma chère Cerise. J'ai voulu voir alors mademoiselle de Balder, et je l'ai vue à son insu, comme déjà je savais sa touchante histoire. Et moi aussi, je l'ai aimée.

"Mais je l'ai aimée loyalement, la tête haute, comme on doit aimer celle à qui l'on rêve de donner son nom. Seulement, le mal était avancé : Jeanne aimait un imposteur ... Il fallait continuer l'œuvre de cet imposteur, avant de le démasquer.

"J'ai fait enlever la jeune fille hier soir, après lui avoir écrit, et on l'a transportée, pendant son sommeil, dans le petit château que vous voyez au fond du parc.

- Elle est là !" s'écria Cerise avec joie.

- "Venez, vous allez la voir," dit sir Williams en prenant la jeune fille par la main.

Au rez-de-chaussée, le baronnet trouva la veuve Fipart ; il la regarda d'un œil sévère, et lui dit :

- "Votre mari était un honnête homme, et je le plains d'avoir passé sa vie avec une méchante femme comme vous. Je vous avais donné la mission de garder cette jeune fille, et je sais de quelle honteuse façon vous avez rempli votre tâche. Sortez ! Je vous chasse !"

Cerise vit alors le baronnet indiquer du doigt la porte à la vieille ; mais elle ne vit point un signe imperceptible qu'il lui fit en même temps, et qui voulait dire :

- "Ceci est encore de ton rôle. Comédie, pure comédie !"


Sir Williams traversa le parc avec Cerise, et la conduisit dans cette chambre à coucher où Jeanne dormait encore.

- "Mon Dieu, comme tout cela est beau," murmura la fleuriste, émerveillée et s'agenouillant devant Jeanne endormie.

- "Tout cela est à Jeanne,"
dit sir Williams, "à la future comtesse de Kergaz.

"Maintenant, chère petite Cerise, écoutez-moi bien. Jeanne dort, et lorsqu'elle s'éveillera, je serai parti ; il faut que je m'éloigne huit jours. Vous allez rester au château ; Mariette, sa femme de chambre, la préparera à vous revoir, et pendant les quelques jours où je dois vous cacher pour vous soustraire à votre sœur et à l'infâme Beaupréau, vous habiterez avec elle, vous serez sa sœur, son amie ... sa confidente.

- Oui, monsieur le comte," dit Cerise.

- "Chaque jour je lui écrirai. Elle vous lira sans doute mes lettres. Vous ne chercherez point à lui faire comprendre que le vrai comte de Kergaz , celui qu'elle aime, n'est pas ce drôle de Bastien ... Laissons agir mes lettres, et le temps ..."

Cerise regarda sir Williams avec enthousiasme et lui dit :

- "Ah ! comment ne vous aimerait-elle pas, rien qu'à vous voir ?

- Adieu, Cerise," dit sir Williams ; "il faut que je parte, et je ne veux pas que Jeanne me voie.

- Monsieur," demanda Cerise, "quand reverrai-je Léon ? 

- Je ne sais au juste ... mais espérez et ayez foi en moi.
Je vous jure que vous serez sa femme dans quinze jours !"

Et sir Williams, laissant Cerise tranquillement sur cette promesse, regagna son tilbury, et dit à Colar qui tenait les rênes :

- "Je crois, Dieu me pardonne ! que le tour est joué ... J'ai fait mieux que de voler sa femme à Armand, je lui ai pris son nom ! A présent, occupons-nous des millions du bonhomme Kermarouet, puisque ma vengeance est en bonne voie.

- Les millions !"
dit Colar avec un accent de convoitise, "voilà l'essentiel !

- C'est mon avis, et je pars ce soir pour la Bretagne, où je vais épouser mademoiselle Hermine de Beaupréau."

... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... 

Ainsi donc l'infâme Andrea triomphait sur tous les points :

Fernand était prisonnier.

Cerise et Jeanne séquestrées.

Baccarat, enfermée comme folle.

Et le comte Armand de Kergaz ne pourrait désormais trouver la trace des héritiers de feu M. le baron Kermor de Kermaouet.

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