Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  ÉvènementsÉvènements  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  
Autopassion.net le site dédié à l'automobile créé par ses utilisateurs
 

Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXI

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65583
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXI   Mar 9 Jan - 17:14

XXXI


Inquiétudes, Enigmes & Decouvertes



Le jour où Cerise, guidée par la traîtreuse lettre de Baccarat, s'était rendue rue Serpente, et de là avait été conduite par Colar dans la maisonnette de Bougival, la jeune fille avait passé, vers quatre heures de l'après-midi, dans la rue Chapon, et s'était arrêtée à la porte de M. Gros, l'ébéniste.

Tout aussitôt Léon Rolland était sorti et venu à elle, son bon et amoureux sourire aux lèvres :

- "Bonjour, Cerise," lui avait-il dit en lui prenant la main.

- "Bonjour, Léon," avait répondu Cerise.

- "Ma bonne petite Cerise," continua l'ouvrier après avoir serré la main de sa fiancée, "j'ai le cœur tout gros.

- Vous ?" dit Cerise, "vous avez du chagrin ?

- Oh !" dit-il en souriant, "il ne m'arrive pourtant pas malheur ... mais j'ai si bien pris l'habitude de vous voir quelques minutes tous les jours, que je pense avec épouvante que je ne pourrai pas demain ...

- Et pourquoi ?" demanda-t-elle avec émotion.

- "Le patron m'envoie à Montmorency livrer des meubles et les placer. Il y a un tas de bricoles à faire qui me prendront la journée et la matinée du jour suivant.

- Ah !" dit Cerise, "c'est bien ennuyeux !

- J'avais bonne envie de prier le patron d'y aller lui-même ... mais je n'ai pas osé ... Il faut se tenir bien dans l'esprit de ceux qui vous font travailler.

- Vous avez raison, Léon.

- Tout de même ça me coûte, allez.

- Et vous reviendrez après-demain soir ?

- Oui.

- Eh bien," dit Cerise en souriant, "vous viendrez à la maison, nous passerons un bout de soirée ensemble ; de cette façon, nous regagnerons le temps perdu.'

Et Cerise envoya son meilleur sourire, montra ses dents blanches à son fiancé, et lui serra la main en le quittant.

- "A après-demain,"
dit-elle.

Le lendemain, en effet, Léon Rolland alla à Montmorency, y passa la journée et y coucha ; puis, le jour suivant, il fut de retour vers midi et se rendit à son atelier, attendant avec impatience que l'heure d'aller chez Cerise arrivât. Vers huit heures, il grimpait lestement les six étages de la fleuriste et frappait à la porte de la petite chambre, bien qu'il n'eût vu filtrer aucun rai de lumière à travers ses ais mal joints.

Cerise ne répondit pas.

Léon frappa de nouveau.

Même silence.


Il pensa que la jeune fille était descendue pour chercher quelque chose, du bois ou de la lumière, et il attendit sur la dernière marche de l'escalier.

Mais une heure s'écoula ... Cerise ne revenait point.

Alors, perdant patience, l'ouvrier descendit et passa sa tête dans le carreau de la loge.

- "Mademoiselle Cerise n'est donc point chez elle ?" demanda-t-il.

- "Mademoiselle Cerise ?" fit la concierge. "... Ah ! c'est vous, monsieur Léon ?

- Oui, madame.

- Eh bien, voilà deux jours que je ne l'ai vue, mam'selle Cerise.

- Comment, deux jours !"
s'écria Léon. "Que voulez-vous dire, la mère ?

- Dame ! monsieur Léon, je dis la vraie vérité. Avant-hier j'ai vu Fanny ... Vous savez, la bonne de madame Baccarat ?

- Eh bien ?" fit l'ouvrier, devenant soucieux à ce seul nom car il redoutait la perverse influence de la vierge folle sur sa jeune sœur.

- "Faut croire," poursuivit la portière, tout-à-fait au courant des affaires de la famille de Cerise, "faut croire qu'il est arrivé quelque chose à la belle dame ou à sa mère, que l'une ou l'autre était bien malade, car la bonne avait un air tout drôle, et mademoiselle Cerise est sortie tout-de-suite avec une figure chagrinée. Depuis avant-hier, je ne l'ai pas revue."

Léon n'en entendit pas davantage ; il prit ses jambes à son cou et courut rue Moncey, à l'hôtel de Baccarat. Mais là, une nouvelle surprise l'attendait.

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65583
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXI   Mer 10 Jan - 17:42

La grille de l'hôtel, les fenêtres, les portes, tout était hermétiquement clos. Il sonna à plusieurs reprises ... on ne vint point lui ouvrir.

Enfin, au coin de la rue Blanche, un commissionnaire couché sur son crochet et fatigué de voir le jeune homme sonner inutilement se leva et vint à lui.

- "Il n'y a personne,"
dit-il.

- "Comment, personne !

- Non ; cette dame qui demeurait là, je la connaissais bien, moi, et je lui ai souvent fait des courses ...

- Eh bien ?

- Eh bien, elle est partie.

- Partie !"
s'écria Léon.

- Oui, d'hier matin. Et la mère, les domestiques, tout a filé d'aujourd'hui.

- Mais c'est impossible !" s'écria Léon hors de lui. "Et où est-elle allée ?

- Je ne sais pas," dit le commissionnaire.

Léon perdit la tête, et s'imagina que Baccarat avait enlevé sa sœur pour la livrer à quelque débauché.

Il poussa un rugissement de bête fauve, et, ne sachant ce qu'il faisait, n'ayant plus conscience de ses actions, il regagna machinalement la rue Bourbon-Villeneuve, espérant que sa mère lui pourrait donner des nouvelles de Cerise.

La paysanne n'avait point vu Cerise depuis deux jours.

De chez sa mère, Léon retourna rue du Faubourg-du-Temple.

Cerise n'avait point reparu.


Alors il courut à son atelier et s'adressa à son patron, qui venait de se mettre au lit, et lui demanda conseil.

L'ébéniste était un homme sage et froid ; il calma le désespoir de son ouvrier, lui persuada que sa fiancée était sans doute à la campagne avec sa sœur et lui promit, au surplus, de l'accompagner le lendemain au commissariat de police du quartier, où il témoignerait avec lui de la disparition de la jeune fille, si, d'ici là, elle n'était point rentrée.

Léon Rolland se coucha tout vêtu, et passa une nuit d'agitation et d'angoisses.

Au petit jour, il retourna faubourg du Temple.

On n'y avait encore aucune nouvelle de Cerise.

Alors, il courut chez son patron.

Celui-ci l'accompagna chez le commissaire.

Ce magistrat accueillit la déposition des deux ouvriers, puis ajouta :

- "Les jeunes filles qu'on enlève, à Paris, sont généralement enlevées de leur plein gré ; cependant, je vais transmettre une note à la Préfecture. Revenez dans deux jours.

- Deux jours !"

C'était à mourir d'anxiété d'ici là. Alors, ne sachant plus où donner la tête, Léon eut la pensée de courir chez mademoiselle de Balder et de lui demander des nouvelles de Cerise, espérant qu'elle saurait, peut-être, ce qu'elle était devenue. Or, c'était précisément à l'heure même où sir Williams quittait Armand et Bastien à la porte Maillot, et courait à Bougival où l'attendait Jeanne endormie.

Léon ne fit qu'une enjambée du commissariat à la rue Meslay,une autre scène de désolation avait lieu.

Il trouva Gertrude sanglotant
. Gertrude s'était endormie, la veille au soir, sur une chaise et elle se trouvait couchée sur son lit sans pouvoir se rendre compte de ce qui s'était passé.

Elle se leva et frappa à la porte de Jeanne.

Jeanne ne répondit pas.


Alors elle entra, pensant que la jeune fille dormait.

La chambre était vide et le lit non foulé.

Jeanne avait disparu.

Sur le petit pupitre où Jeanne écrivait, se trouvait une lettre tout ouverte ; Gertrude la lut en tremblant et poussa un cri :

- "Jésus Dieu !" murmura-t-elle en chancelant et joignant les mains, "mon enfant est perdue !"

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65583
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXI   Mer 10 Jan - 18:17

Or, voici ce que contenait cette lettre qui était signée Jeanne, et dont l'écriture, tant elle était merveilleusement contrefaite, semblait être celle de la jeune fille :

"Ma bonne Gertrude,

"Quand tu t'éveilleras, tu ne trouveras plus ta petite Jeanne auprès de toi. Je serai partie.

"Partie pour un temps que je ne peux préciser et pour un lieu que je ne puis te dire.

"Or, sais-tu pourquoi je pars ? Je pars pour fuir un homme que j'ai cru aimer et que je n'aime pas : M. le comte de Kergaz ; je pars pour suivre l'homme que j'aime et que je ne puis nommer.

"Pardonne à ta petite Jeanne qui t'aime et s'éloigne, le cœur bien gros."

A la lecture de cet étrange billet, la vieille servante avait eu le vertige, et s'était demandé si elle ne rêvait pas, si elle n'était pas folle ...

Mais c'était bien l'écriture de Jeanne ; et comment supposer que la jeune fille avait été enlevée, et que, cette lettre, elle ne l'avait point écrite ?

Gertrude n'avait pas même songé à analyser la conduite de sa jeune maîtresse ; elle ne s'était pas demandé s'il n'était pas plus qu'invraisemblable que mademoiselle de Balder prétendît en aimer un autre que M. de Kergaz, alors que, la veille au soir, elle s'était mise à genoux pour prier pour lui.

La vieille servante n'avait vu, n'avait compris qu'une chose : c'est que Jeanne était partie, qu'elle ne la reverrait plus peut-être.

Et comme Jeanne était son enfant, qu'elle n'aimait qu'elle au monde, Gertrude fondait en larmes et s'arrachait les cheveux, lorsque Léon Rolland arriva tout bouleversé lui-même.

La douleur de la servante, qu'il trouvait seule, força le jeune homme à imposer un moment de silence à sa propre douleur.

- "Mon Dieu !" lui dit-il, "qu'avez-vous, madame Gertrude, et où est mademoiselle Jeanne ?

- Elle est partie !" répondit Gertrude en pleurant.

- "Partie pour où ? ... quand ? ... avec qui ? 

- Je ne sais pas," dit Gertrude qui tendit à Léon le billet trouvé sur la table.

L'ouvrier lut ces quelques lignes avec stupéfaction et la lettre lui échappa des mains.

- "Tout cela est à rendre fou !" murmura-t-il avec un accent d'hébétement profond. "Cerise aussi est partie !

- Cerise est partie ?" demanda Gertrude.

- Oui, avec sa sœur," répondit Léon, qui chancelait et tournait sur lui-même, semblable à un homme ivre.

Et comme il achevait, des pas montaient rapidement l'escalier, et sur le seuil de la porte demeurée ouverte, Gertrude et Léon virent apparaître un vieillard et un jeune homme, et tous deux jetèrent un cri.

- "Monsieur de Kergaz !
" exclama Gertrude.

- "L'ouvrier de Belleville !" s'écria Léon, qui reculait tout étourdi de reconnaître, en celui qu'on appelait le comte de Kergaz, l'homme qui l'avait secouru dans le cabaret des Vendanges-de-Bourgogne et qu'il avait appelé camarade.

... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... 


C'étaient en effet Bastien et Armand qui revenaient , et que nous avons laissés à la porte Maillot avec les témoins de sir Williams. 

Ce dernier, au moment où il s'éloignait, avait envoyé au comte un éclat de rire si strident et si railleur, que M. de Kergaz avait cru reconnaître Andrea tout entier ; et il avait songé à Jeanne ... Jeanne qu'il aimait et que le baronnet lui conseillait de garder avec la vigilance d'un dragon.

Armand était remonté en voiture tout pensif, ordonnant au cocher de marcher ventre à terre ; il avait laissé les deux jeunes gens sur le boulevard, et, toujours poursuivi par ce strident éclat de rire qui retentissait lugubrement au fond de son cœur, il avait dit à Bastien :

- "J'ai un horrible pressentiment ... allons rue Meslay !"

A la vue de Léon consterné, de Gertrude fondant en larmes, M. de Kergaz devina qu'un malheur était arrivé. 

- "Jeanne !" dit-il, "où est Jeanne ?"

Léon lui tendit silencieusement la lettre. Armand la lut, la relut en chancelant, et s'appuya au mur pour ne point tomber.

- "Andrea !" murmura-t-il, "tout cela est bien l'œuvre d'Andrea !"

C'était Andrea.

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXI   

Revenir en haut Aller en bas

Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXI

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: LE COIN DU FEUILLETON :: Feuilletons Français & d'Expression Francophone -