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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI

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Masques de Venise
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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI   Dim 21 Jan - 16:09

XXXVI


Révélations



Tandis que sir Williams s'insinuait dans l'esprit et la confiance de la vieille baronne de Kermandec et de madame de Beaupréau, le comte Armand de Kergaz mettait tout en œuvre pour retrouver Jeanne et Cerise, aidé en cela par Léon Rolland et Bastien. Mais depuis trois jours que duraient les recherches, et que cette police secrète, dont disposait le comte, fouillait Paris en tous sens, on n'avait obtenu encore aucun résultat. Le matin du quatrième jour, Armand, qui avait passé la nuit à courir lui-même aux environs de la rue Meslay, se trouvait assis dans son cabinet de travail, la tête dans ses mains, dans la douloureuse attitude d'un homme qui croit à jamais perdue pour lui la femme aimée.

Une larme roulait lentement sur sa joue.

- "Mon Dieu !" murmurait-il, "c'est à devenir fou ... je l'aimais tant !"

Léon Rolland entra.

Le malheur de l'ouvrier, qui avait perdu Cerise, était exactement le malheur d'Armand. On leur avait pris leur fiancée à tous deux ... et cette communauté d'infortune les avait réunis.

Léon était d'ailleurs un homme intelligent, actif, courageux, et le comte, devinant tout cela, n'avait point hésité à en faire son auxiliaire et son ami. 

Léon était non moins triste, non moins abattu que M. de Kergaz, car Cerise était aussi introuvable que Jeanne. L'ouvrier tenait à la main une lettre qu'il tendait à Armand :

- "Tenez, monsieur le comte," dit-il, "je crois décidément que le malheur est tombé sur tous ceux que je connaissais.

- Qu'est-ce ?" demanda M. de Kergaz avec vivacité ; "que vas-tu m'apprendre encore ?

- J'avais un ami," dit Léon ; "quand je dis un ami, je vais loin peut-être, car c'était un homme comme il faut ; mais enfin je l'aimais comme un frère, et lui il m'aimait un peu. 

- Eh bien, que lui est-il arrivé ?

- Lisez, monsieur le comte."

Armand déplia la lettre et lut :

"Mon cher Léon,

"Vous êtes la seule personne à qui je puisse m'adresser désormais, et demander aide et consolation.

"La dernière fois que je vous ai serré la main, c'était il y a huit jours ; vous avez vu un homme heureux et prêt à devenir l'époux de la femme qu'il aimait.

"Cet homme portait alors la tête haute ; il était fier, il était honnête, et tout le monde l'estimait tel.

"Aujourd'hui, mon cher Léon, l'homme qui vous écrit a été congédié, chassé par sa fiancée ; il est accusé de vol, il est en prison en attendant qu'il aille au bagne.

"Venez me voir une seule, une dernière fois, car je crois que je mourrai de douleur avant mon jugement.

"A vous,

"Fernand Rocher."

- "Qu'est-ce que Fernand Rocher ?" demanda Armand.

- "C'était un employé au ministère.

- Il était votre ami ?

- A peu près. Il connaissait aussi Cerise.

- Est-il en prison ?

- Depuis trois ou quatre jours.
- Mais quel crime a-t-il commis ?

- Oh ! pour cela, monsieur le comte," s'écria Léon Rolland, "je suis bien sûr qu'il n'en a commis aucun. C'est un honnête homme, allez ! je répondrais de lui sur ma tête.

- Où demeurait-il ?


- Rue des Fossés-du-Temple.
De ses croisées on voyait la fenêtre de Cerise.

- Connaissait-il Jeanne ?

- Il avait dû la voir souvent avec Cerise."

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI   Dim 21 Jan - 17:26

Le comte de Kergaz garda un moment un sombre silence.

- "Tout cela est bien extraordinaire, bien étrange," murmura-t-il. "Voilà quatre personnes qui disparaissent presque en même temps, et ces quatre personnes se connaissaient entre elles, et nous touchaient nous-mêmes de près ou de loin.

- C'est vrai," dit Léon, dont l'attention fut attirée par ce raisonnement.

- Il est évident," murmura Armand, "que la même personne doit avoir contribué à tous ces événements. Mais pourquoi ? dans quel but ? et quelle est-elle ? Où est Fernand Rocher ?" acheva-t-il.

- A la Conciergerie, je crois.

- Il faut le voir," dit Armand.

Et il demanda ses chevaux, monta en voiture avec Léon Rolland, et se fit conduire à la Préfecture de police.

La haute situation du comte, sa réputation de bienfaisance et sa grande fortune étaient des titres plus que suffisants pour lui faire avoir accès partout et lui ouvrir toutes les portes.

Armand obtint donc sans peine l'autorisation de pénétrer dans la prison de Fernand, lequel, du reste, n'était plus au secret, car l'instruction de son affaire était terminée.

Le malheureux jeune homme avait passé par toutes les phases de la prostration, du désespoir et de la folie.

Le comte et son compagnon le trouvèrent assis sur son lit, la tête appuyée dans ses mains, le regard fiévreux, l'œil fixe et dans un état voisin de l'idiotisme.

Léon fut obligé de le secouer et de prononcer son propre nom pour l'arracher à sa sombre rêverie.

- "Monsieur," lui dit Armand, "vous ne me connaissez point, il est vrai, cependant je vous porte un intérêt très grand, et dont je ne puis encore vous révéler la cause ; mais il est impossible que vous ne soyez point innocent du crime dont on vous accuse, et, dans ce cas, toutes mes relations, tous mes efforts seront employés à faire reconnaître votre innocence. Mais il faut que vous me disiez de quoi et comment on vous accuse, et comment encore vous êtes ici ?

- Monsieur," répondit Fernand, "on m'accuse d'avoir volé trente mille francs.

- En quel lieu ?

- Au ministère, dans une caisse dont les clefs m'ont été confiées une heure."

Fernand raconta alors à Armand les circonstances qui avaient précédé sa sortie du ministère, cette lettre fatale d'Hermine que Colar lui avait apportée, puis son évanouissement dans la rue, son réveil chez Baccarat qu'il ne connaissait point, et enfin son arrestation.

M. de Kergaz écoutait attentivement le récit du prisonnier. Quand il eut fini, il regarda Léon.

- "Tout cela," dit-il, "est plus étrange, plus terriblement embrouillé qu'un mélodrame de boulevard ; mais il est évident pour moi maintenant, que tous ces malheurs réunis, l'accusation de vol qui pèse sur ce jeune homme, la disparition de Jeanne et de Cerise sont l'œuvre de la même main. Il faudrait voir Baccarat.

- Hélas !" dit Léon Rolland, "où la trouver ? ... Elle aussi a disparu.

- Mais," murmura Fernand, "ce qu'il y a de plus incompréhensible, c'est ce portefeuille auquel je n'ai jamais touché et qu'on retrouve dans ma poche, le lendemain.

- Monsieur," continua M. de Kergaz, "je vous jure qu'avec le temps nous arriverons à la vérité, car j'ai besoin autant que vous de démasquer cette odieuse et terrible intrigue, de sonder cet abominable mystère ; seulement il faut que je vous questionne et que vous m'appreniez bien des choses. - Mademoiselle de Beaupréau, votre fiancée, est-elle belle ?

- Je ne sais pas," murmura naïvement le prisonnier, "mais je l'aime ...

- Est-elle riche ?

- Non ; et même lorsque M. de Beaupréau a consenti à m'accorder sa main, c'était à la condition qu'elle se marierait sans dot, bien que la fortune vînt de sa mère, et que M. de Beaupréau ne fût point le père d'Hermine.

- Comment !" dit M. de Kergaz, brusquement assailli par un souvenir, "madame de Beaupréau a donc épousé son mari en secondes noces ?

- Je ne sais trop,"
balbutia Fernand en rougissant, "je crois qu'elle avait ... commis une faute ..."

Armand se souvenait de la note qui lui avait été transmise sur la jeune femme du nom de Thérèse, qui vivait autrefois à Marlotte avec sa tante et une petite fille, et qui, dit-on, avait épousé, en retournant à Paris, un employé de ministère.

- "Mon Dieu !" pensa-t-il, "si c'était elle !"

Et il reprit tout haut, interrogeant toujours Fernand :

- "Savez-vous le prénom de madame de Beaupréau ?

- Je crois qu'elle se nomme Thérèse."

A ce nom, Armand jeta un cri.

- "Thérèse !" dit-il, "elle se nomme Thérèse ?

- Oui, monsieur ; la connaîtriez-vous ?"

Mais Armand ne répondit pas.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI   Dim 21 Jan - 18:13

- "Tout cela," pensait-il, "est étrange et semble se rapporter tout-à-fait aux renseignements qui m'ont été transmis. Mademoiselle Hermine de Beaupréau serait-elle donc la fille du baron Kermor de Kermarouet ? Il faut que je voie Madame de Beaupréau. Peut-être aurons-nous ainsi la clef de tous ces mystères."

Et M. de Kergaz ne voulut point parler à Fernand de cet immense héritage qui peut-être appartenait à Hermine ; il se contenta de lui promettre qu'il reviendrait le voir le lendemain, et il partit, laissant quelques mots d'espoir au prisonnier.

Armand rentra chez lui avec Léon Rolland, et s'y munit de ce médaillon que le baron Kermor de Kermarouet lui avait donné, à son lit de mort, comme un signe de reconnaissance.

Cependant, avant de courir rue Saint-Louis, où, lui avait dit Fernand, demeurait M. de Beaupréau, Armand se prit à réfléchir.

- "Dans ce dédale de mystères,"
pensa-t-il, "le moindre faux pas, la moindre démarche hasardée pourrait nous perdre ... Depuis trois jours ma police est en défaut et n'arrive à aucun résultat ; donc, nous avons affaire à forte partie et il faut jouer aussi serré qu'elle."

Et le comte de Kergaz, qui s'apprêtait à ressortir et voulait aller droit à Madame de Beauprréau, son médaillon à la main, obéissant à une seconde inspiration, replaça ce médaillon dans un tiroir. 

- "Non," dit-il, "cette démarche serait dangereuse."

Alors cet homme, qui avait pour le Bien cette intelligence que sir Williams appliquait au Mal, exposa à Léon Rolland la situation où ils se trouvaient avec une lucidité qui tenait de la divination.

- "Il est évident," dit-il, "que si Fernand Rocher est innocent du crime dont on l'accuse, - et c'est ma conviction, - cette accusation ne peut être le résultat fortuit des circonstances ; il est évidemment la victime d'une odieuse machination, d'une intrigue infernale dans les replis de laquelle il a été habilement enveloppé.

"Or, si les faits sont tels qu'il les expose, un seul homme aurait volé ce portefeuille, et cet homme serait M. de Beaupréau. Mais quel intérêt aurait-il eu à cela ? Fernand allait devenir son gendre, il épousait sa fille sans réclamer la dot ; jusque là, il s'était montré son protecteur ... d'où proviendrait ce revirement subit ?

- C'est à n'y rien comprendre," murmura Léon Rolland.

- "Ou bien alors," poursuivit Armand, "cette accusation, ce portefeuille retrouvé chez Baccarat sont l'œuvre d'un rival, d'un homme qui aimait et qui voulait épouser Hermine ... Mais, en ce cas, il y avait mille autres moyens de le perdre aux yeux de la jeune fille ... Et puis, par quel conflit de circonstances ce jeune homme qui s'évanouit dans la rue se retrouve-t-il chez Baccarat, qui est précisément la sœur de Cerise ? Or, Cerise disparaît presque en même temps, Baccarat et Jeanne disparaissent ... Evidemment, si tout cela est l'œuvre d'un seul homme, cet homme doit avoir plus qu'un intérêt amoureux à se conduire ainsi.

- C'est incontestable," dit l'ouvrier.

- "Or," reprit Armand, "l'intérêt est peut-être immense. Si madame de Beaupréau est la femme que je cherche, sa fille est riche, sans le savoir, de douze millions. Ces douze millions, qui sont entre mes mains, une seule personne en sait la destination et la source, c'est moi. Le baron Kermor de Kermarouet m'a confié son testament, un testament olographe, dont nul, si ce n'est moi, n'a eu connaissance. Est-il vraisemblable que celui ou ceux qui ont voulu perdre Fernand et l'empêcher d'épouser Hermine sachent tout cela ? Comment l'auraient-ils appris ? Comment sauraient-ils que précisément cette femme que je cherche est mademoiselle de Beaupréau ?

- Mystère !" fit Rolland.

- "Mais," poursuivit Armand de Kergaz, "admettons tout cela : admettons que mademoiselle de Beaupréau est la fille du baron Kermor, que l'ennemi occulte de Fernand le sait et convoite les douze millions, comment expliquerons-nous ce triple enlèvement de Cerise, de Jeanne et de Baccarat ?

- Oh !" murmura Léon, "c'est Baccarat qui doit avoir fait le coup !

- Dans quel but ?

- Elle aimait Fernand.

- Si elle l'aimait, elle ne pouvait vouloir le perdre.

- C'est juste," soupira l'ouvrier.

- "Il y a donc," continua M. de Kergaz, "un fil de cette intrigue qui est insaisissable pour nous, et il est certain que Baccarat n'a été qu'un instrument, le bras qui exécute, mais non la tête qui pense. Où est cette tête ? Baccarat seule nous le pourrait dire, et il faut la retrouver à tout prix.

- Monsieur le comte," dit Léon qui avait suivi avec une scrupuleuse attention le raisonnement de M. de Kergaz et en saisissait parfaitement toutes les faces, "il me vient une idée.

- Voyons, je t'écoute," dit Armand.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI   Lun 22 Jan - 15:59

- "Si vous admettez que mademoiselle de Beaupréau n'est autre que l'héritière des douze millions ; que celui ou ceux qui ont perdu M. Fernand n'ignorent point cette circonstance, et que, même, elle a été le mobile de leur conduite, il faut bien admettre aussi qu'ils savent parfaitement entre les mains de qui se trouvent les douze millions.

- Ceci est très juste," dit Armand.

- "Or, s'ils le savent, peut-être ont-ils un intérêt direct à ce que mademoiselle de Beaupréau l'ignore, provisoirement du moins.

- Ceci est probable, en effet.

- Ainsi, mademoiselle de Beaupréau, riche de six-cent-mille livres de rente, peut très bien ne vouloir qu'un époux de son choix ; et si elle apprend sa nouvelle situation ...

- Tout cela est vrai, logique, raisonnable," dit Armand ; "mais pourquoi Cerise et Jeanne auraient-elles disparu ?

- Ah ! dame !" répondit l'ouvrier, "c'est bien facile à comprendre : Cerise et Jeanne connaissent Fernand comme Fernand connaît M. de Beaupréau ; c'est une chaîne dont il faut briser les anneaux ..."

Armand tressaillit.

- "Et," acheva Léon Rolland, "vous connaissiez Jeanne et Cerise."

M. de Kergaz
jeta un cri : il avait deviné enfin.

- "Oui," dit-il, "là est la vérité. Mais la vérité est plus sombre encore que le doute, car elle ne nous apprend rien et nous laisse plongés dans les ténèbres.

- Cerise, qu'ont-ils fait de Cerise ?" murmura Léon Rolland avec un soupir.

- "Jeanne ..." pensait Armand dont le cœur était brisé, "ma Jeanne adorée ..."

Et un nom vint aux lèvres de M. de Kergaz, un nom exécré et fatal.

- "Andrea !"


Et il sonna violemment.

- "Appelez Bastien," dit-il.

Le vieux Bastien parut.

- "Ecoute," dit Armand. "Es-tu plus que jamais convaincu que sir Williams et Andrea sont deux êtres différents ?

- Oh ! pour cela, oui," dit Bastien.

- Moi je jurerais le contraire. 

- Ecoutez, monsieur le comte," dit le vieux soldat, "la meilleure preuve que je vous en puisse donner, c'est qu'Andrea m'eût tué comme un chien, sans sourciller, comme son père tua votre père."

Armand haussa les épaules.

- "Ce n'est pas une preuve," dit-il. "Andrea aurait intérêt à n'être point reconnu.

- Raison de plus pour me tuer.

- N'importe !"
dit le comte, "il faut le revoir encore, l'examiner attentivement.

- Je l'ai dévisagé, monsieur le comte. Ma conviction est inébranlable.

- J'ai le pressentiment du contraire, moi. Il n'y a qu'Andrea qui soit capable d'avoir ourdi cette vaste et ténébreuse intrigue."

Et le comte ajouta :

- "Sir Williams t'a envoyé sa carte, le soir même de la rencontre, n'est-ce pas ?

- Oui, c'est l'usage.

- Donc, tu lui dois une visite ?"

Bastien hocha affirmativement la tête.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI   Lun 22 Jan - 16:21

- "Eh bien ! il faut la lui faire.

- Quand ?

- Sur-le-champ. Demande mon tilbury. Il est midi ; c'est une heure convenable pour aller chez un garçon.

- Soit. Que lui dirai-je ?

- Rien que de banal ;
mais tu l'examineras encore, tu épieras ses moindres gestes, tu l'écouteras parler avec une scrupuleuse attention. S'il se départit une seconde de son accent anglais, c'est Andrea."

Bastien partit.

- "Maintenant," pensa M. de Kergaz, "admettons qu'Andrea et sir Williams ne font qu'un : cela prouve-t-il que le persécuteur de Fernand, le ravisseur de Cerise et de Jeanne ... Oh ! non," s'interrompit-il tout haut ; "si, c'est bien Andrea : je sens aux pulsations de mon cœur que c'est lui, lui seul !"

Bastien revint.

- "Sir Williams," dit-il, "était absent.

- Tu y retourneras.

- Il a quitté Paris."

Armand frémit.

- "Mon Dieu !" pensa-t-il, "aurait-il emmené Jeanne ?"

Et il ajouta avec vivacité :

- "Où est-il allé ? Quand est-il parti ? Que t'a-t-on dit ?

- Il est parti avant-hier. Son valet de chambre l'a conduit à la diligence du Havre ; il va, dit-on, en Irlande, où il a des terres.

- Sait-on s'il reviendra ?

- Dans quinze jours.

- Etrange ! étrange !" murmura M. de Kergaz.

Léon Rolland
revint à son tour.

- "Madame de Beaupréau est partie," dit-il.

- "Partie !" s'écria Armand.

- "Avec sa fille.


- Mais quand ? Pour quel pays ?

- La veille de l'arrestation de Fernand Rocher. Elles allaient en Bretagne."

M. de Kergaz se frappa le front.

- "Tout cela s'enchaîne et coïncide," murmura-t-il ; "c'est la main d'Andrea, je le jurerais."

Mais, en ce moment, un valet de chambre entr'ouvrit la porte du cabinet d'Armand :

- "Une dame," dit-il, "demande à voir M. le comte."

M. de Kergaz
tressaillit.

- "Son nom ?" demanda-t-il vivement.

- "Monsieur ne la connaît pas.

- Faites entrer alors."


Une femme enveloppée dans un grand châle parut sur le seuil, et Léon Rolland jeta un cri de joie.

- "Baccarat !" dit-il, "c'est Baccarat !"

C'était la vierge folle, en effet, non plus la femme élégante au sourire calme et moqueur, mais Baccarat pâle et frémissante, les vêtements en désordre, et qui voulait sauver Fernand !

D'où venait-elle ?

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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XXXVI

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