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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL

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MessageSujet: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL   Mar 13 Fév - 15:40

XL


Le Préfet de Police




Le nom du baron d'O ... avait un crédit assez grand pour ouvrir toutes les portes à Baccarat.

La jeune femme pénétra donc jusqu'au grave magistrat chargé de veiller sur la sécurité des Parisiens. Malgré l'heure matinale, le préfet de Police s'habilla à la hâte en voyant la carte de Baccarat, et ordonna qu'on l'introduisît dans son cabinet.

Depuis deux jours, la police de Paris s'était fort occupée de Baccarat, et il n'avait fallu rien moins que l'amitié du Préfet pour M. d'O ... pour empêcher qu'un mandat d'arrêt ne fût décerné contre elle, tant elle paraissait compromise dans l'affaire Fernand Rocher.

Donc, en apprenant que Baccarat désirait le voir, le Préfet éprouva un grand soulagement et se dit :

- "Si elle était coupable, elle n'oserait venir ici."


Et il passa dans son cabinet, où la pécheresse l'attendait.

- "Madame," lui dit-il, "le parquet me presse de vous faire arrêter ..."

Baccarat tressaillit.


- "Mais je vois, à la démarche que vous faites auprès de moi," poursuivit-il, "que je n'aurai point cette douleur, et je suis persuadé que vous m'apportez des explications.

- Oui, monsieur," dit Baccarat, "et je crois qu'elles vous suffiront.

- J'en étais tellement convaincu d'avance, que je n'ai pas même averti M. d'O ... D'ailleurs," ajouta le grave magistrat avec un sourire, "il est des choses que la Police doit voir, mais non savoir, et il eût été difficile d'expliquer à M. d'O ... comment M. Fernand Rocher ... vous comprenez ? 

- Oui, monsieur," dit Baccarat qui rougit légèrement.

- Cependant, madame, si vous n'étiez venue aujourd'hui, j'aurais été obligé ...

- Monsieur le Préfet," dit Baccarat avec calme, "regardez-moi bien en face, entre les deux yeux, comme vous regardez les criminels, ai-je l'air d'une voleuse ?

- Non, assurément, je suis persuadé que vous ignoriez à quel homme vous donniez l'hospitalité.

- Il y a mieux, monsieur le Préfet," dit Baccarat avec un accent de conviction qui étonna le magistrat, "le jeune homme dont vous parlez est aussi innocent que moi du vol dont on l'accuse.

- Mais, c'est impossible !

- C'est vrai, monsieur.

- Mais il y a des preuves !

- Je le sais. Qu'importe ?

- Des preuves authentiques, matérielles, écrasantes !

- Qu'importe encore !
si vous voulez m'écouter, peut-être cette affaire changera-t-elle d'aspect dans votre esprit.

- Voyons,"
dit le magistrat, " je vous écoute."

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL   Mar 13 Fév - 16:04

Baccarat raconta alors de point en point, quoique succinctement, tout ce qui lui était arrivé depuis huit jours, sa folle passion pour Fernand, l'arrivée chez elle de sir Williams, sa domination étrange et subite ; elle n'omit ni son infamie envers sa sœur Cerise, ni cette lettre ambiguë dictée par le baronnet, adressée à Fernand Rocher et remise à M. de Beaupréau.

- "Enfin," dit-elle en terminant, "je suis persuadée, j'ai la conviction profonde que tout cela est l'œuvre de sir Williams.

- Madame," dit le Préfet demeuré pensif un moment, "savez-vous que tout cela est excessivement grave, et que, en admettant que vous disiez vrai et que vous ne vous trompiez pas, un chef de bureau au ministère, un homme ayant une haute situation, se trouverait sérieusement compromis ?

- J'ai la certitude de ce que j'avance, monsieur le Préfet," dit Baccarat. "Maintenant, est-il possible que je voie Fernand Rocher ?

- Avec une permission du parquet, oui," dit le préfet. "L'instruction de son affaire est terminée.

- On y reviendra," murmura Baccarat avec un accent de vérité qui impressionna vivement le préfet.

Ce magistrat écrivit quelques lignes, les mit sous enveloppe avec la lettre de M. d'O ... au juge d'instruction, et dit à Baccarat :

- "Attendez quelques minutes, on va vous conduire."

L'huissier revint peu après, muni de la permission, et le préfet lui dit :

- "Conduisez madame."


Ensuite il ajouta, s'adressant à Baccarat :

- "Vous reviendrez ici, madame ; il faut que je réfléchisse au parti à prendre à votre égard."

Baccarat
était trop émue à la pensée qu'elle allait revoir Fernand, pour s'inquiéter d'elle-même.

Elle suivit donc l'huissier à travers ce dédale de corridors sombres, de salles humides et froides qu'on appelle la Conciergerie. Elle entendit, en frissonnant, grincer les verrous et les serrures, crier les gonds, retentir les pas des gardiens et des sentinelles ; et ce fut avec un profond sentiment d'horreur qu'elle entra dans une chambre de la pistole où Fernand avait été transféré.

Au moment où Baccarat entrait, Léon Rolland et M. de Kergaz venaient de quitter le prisonnier, lui laissant un vague espoir de délivrance et de réhabilitation. Depuis qu'il était en prison, le pauvre jeune homme était en proie à une sorte de torpeur morale qui le rendait presque insensible aux bruits extérieurs.

La jeune femme put donc entrer dans sa cellule sans lui faire même lever la tête, et elle eut le temps de le contempler à son aise pendant quelques secondes, en embrassant d'un coup d'œil tous les détails de sa cellule.

Il était assis, le coude appuyé sur son lit et la tête dans ses deux mains. Ses cheveux en désordre, son attitude abattue, cet air désespéré et souffrant qui était en toute sa personne, émurent la pécheresse jusqu'aux larmes. Et comme le guichetier se retirait, fermant la porte derrière lui, elle fit quelques pas vers Fernand et lui jeta ses bras autour du cou. 

A cette étreinte inattendue, le jeune homme tressaillit, sortit de sa léthargie, leva la tête, reconnut Baccarat, poussa un cri. D'abord ce fut un cri de joie, celui que laisse échapper le prisonnier à la vue d'un visage ami.

Et puis, à ce premier élan succéda un autre sentiment, tout de haine et d'aversion ; et Fernand ne vit plus dans cette femme que celle qui l'avait perdu, déshonoré et chez laquelle on était venu l'arrêter.

Et il la repoussa et lui dit avec amertume :

- "Venez-vous donc me poursuivre jusqu'ici ?"

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL   Sam 17 Mar - 12:34

La pécheresse comprit la répulsion qu'elle lui inspirait ; mais elle était forte et avait pour ainsi dire prévu cette réception du jeune homme.
En effet, pour Fernand qui ne pouvait deviner l'horrible intrigue dans laquelle il était enveloppé, Baccarat devait nécessairement être au nombre de ses persécuteurs.

- "Monsieur," dit-elle avec émotion, en essayant de lui prendre la main, "vous avez peut-être le droit de me mépriser ; mais vous m'écouterez. J'en suis sûre, car je vous apporte les moyens de prouver votre innocence.

- Ah !" murmura Fernand d'une voix sourde, "vous convenez donc que je ne suis pas coupable ?

- Je sais mieux, monsieur," répondit Baccarat, "je sais le nom de ceux qui le sont.

- Vous ... peut-être ? ..." dit-il avec cruauté.

Baccarat
cacha sa tête dans ses mains et étouffa un sanglot.

- "Mon Dieu ! mon Dieu !", dit-elle, "il me croit leur complice !"

Il y avait tant de douleur et de franchise dans l'accent de ces paroles que Fernand tressaillit et lui dit avec plus de douceur :

- "Ce n'est donc pas vous qui m'avez perdu ?

- Ah !" fit-elle avec un élan de tendresse désespérée, "perd-on ceux qu'on aime ?"

Et elle se mit à genoux devant lui et le contempla, les yeux pleins de larmes, murmurant :

- "Tu ne sais donc pas que j'aurais voulu te donner un trône ?"

Il y avait tant d'amour, d'abnégation, de tendresse idolâtre dans ces paroles, que le jeune homme en fut touché et la releva.

- "Je le sens bien," dit-il, "il est impossible  que vous ayez voulu me perdre, puisque vous prétendez m'aimer ... Mais alors expliquez-moi ... Parlez ...

- Fernand, Fernand !" dit-elle en lui prenant les mains, "voulez-vous m'écouter ?

- Oui, je vous écoute.

- Pardonnez-moi," continua-t-elle humblement, "pardonnez-moi si je vous dis que je vous aime, moi qui suis indigne d'être aimée de vous, moi qui ne suis qu'une pauvre fille perdue ; mais, pour que vous compreniez ma conduite, il faut bien que je vous l'avoue."

Fernand regardait Baccarat ; il la trouvait si belle, qu'il songeait involontairement à ces quelques heures enivrantes qu'il avait passées dans le petit hôtel de la rue Moncey, oubliant Hermine auprès de la belle pécheresse.

- "Ecoutez, écoutez," dit-elle avec une voix brisée, "je suis une indigne femme ; mais on dit que l'amour vrai purifie, qu'il rend meilleurs les méchants, et que Dieu pardonne leurs fautes à ceux qui l'éprouvent ...

- C'est vrai," murmura Fernand, ému.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL   Sam 17 Mar - 13:07

- "Eh bien," dit-elle, "moi, la Baccarat, cette femme sans cœur aux yeux de tous, je sens que je suis devenue meilleure depuis que je vous aime, et je crois que, si vous m'aimiez, je deviendrais une honnête fille."

Fernand courba le front et ne répondit pas.

- "Mais," continua la pécheresse, "il ne s'agit point de cela ; il s'agit de vous ... il faut vous sauver ... écoutez-moi donc."

Baccarat
raffermit sa voix, émue jusqu'aux larmes et reprit :

- "La première fois que je vous ai vu, monsieur Fernand, j'étais à la fenêtre de ma sœur ; vous, à la vôtre ... Vous ne m'avez pas parlé, vous ne m'avez pas regardée, peut-être même ne m'avez-vous pas vue, mais ça ne m'a point empêchée de vous aimer ... de vous aimer sur le champ ... dès la première heure ... aussi ardemment qu'on peut aimer ... et, depuis lors, cet amour-là a pris mon cœur, mon esprit, ma vie tout entière ... Quand une femme pense comme moi, voyez-vous, une femme qui a fait poser des millionnaires, et pour laquelle des niais se sont cassé la tête d'un coup de pistolet, quand cette femme-là se prend à aimer ! ... eh bien, elle est folle, elle est furieuse ! ..."

Et Baccarat s'était remise à genoux ;
et Fernand écoutait et la regardait, obéissant en cela à l'orgueil de l'homme qui lui fait aimer les flatteries de l'amour, alors même qu'elles viennent de la femme qu'il n'aime pas.

- "Pauvre femme !" murmura-t-il.

- "Oh ! ne me plaignez pas," dit-elle avec vivacité, "ne me plaignez pas, je ne l'ai point mérité ; j'ai droit à votre mépris, au contraire.

- Si cela est, je vous pardonne, madame.

- Ecoutez, écoutez," reprit-elle. "Un jour, ma sœur me dit que vous alliez vous marier ..."

Fernand tressaillit.

- "Est-ce vous ? ..." dit-il avec hésitation, "est-ce vous qui ...

- Non, pas moi seule,"
fit-elle. "Moi et lui.

- Qui, lui ?" demanda Fernand.

- Un misérable, un monstre ! ...  sir Williams ! ...

- Je ne le connais pas," dit le jeune homme étonné d'entendre prononcer ce nom.

- "Vous allez voir," poursuivit Baccarat avec animation. "Le jour où j'appris que vous deviez vous marier, j'étais chez ma sœur ... Vous savez, nous vous saluâmes. Vous sortîtes ; j'avais ma voiture, je vous suivis."

Fernand
fit un geste de surprise.

- "Je vous suivis jusqu'à la rue Saint-Louis, et là, j'appris que la jeune fille que vous deviez épouser s'appelait Hermine, et son père, M. de Beaupréau ...

"Je rentrai chez moi, livrée à mille pensées confuses, mais n'ayant point encore eu celle d'empêcher votre mariage.

"Je passai une nuit sans sommeil, me tordant convulsivement sur mon lit, et prononçant tout bas votre nom.

"Le lendemain, quand je m'éveillai, un homme m'apparut, un démon ! On le nommait sir Williams !

- Mais je ne connais point cet homme,"
murmura Fernand Rocher.

- "Attendez ! ... Cet homme me dit : 'Vous aimez Fernand ; moi, j'aime mademoiselle de Beaupréau.'"

A cette révélation de Baccarat, le jeune homme pâlit et se mit à trembler.

- "Et derrière sir Williams," continua-t-elle, "un autre homme arriva : c'était M. de Beaupréau.

- Lui !"
s'écria Fernand dont la voix tremblait d'émotion.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL   Sam 17 Mar - 13:33

- "M. de Beaupréau était amoureux de ma sœur," acheva Baccarat, dont le front rougissait de honte ; "alors, je ne sais pas quel langage empoisonné il me tint, ce démon qu'on nomme sir Williams ; je ne sais pas ce qu'il me dit, comment ses paroles vertigineuses arrivèrent à me tourner la tête ; mais, une heure plus tard, j'avais vendu ma sœur Cerise à cet homme dont vous deviez épouser la fille, à la condition qu'il vous refuserait sa main."

Baccarat s'interrompit et se laissa aller à sangloter.

Fernand lui prit la main.

- "Je vous pardonne," dit-il.

- "Ah !" s'écria la pécheresse, "ne me pardonnez point encore, je ne vous ai pas tout dit. Sir Williams me dicta une lettre, - une lettre à votre adresse, - dans laquelle je vous tutoyais comme si vous aviez été mon amant depuis longtemps et où je me moquais de votre femme future, vous rappelant que vous aviez promis de ne point me quitter, même marié ...

- Vous avez écrit cela ?" murmura Fernand, dans l'esprit duquel la lumière commençait à se faire.

- "Oui, et j'ai remis cette lettre à M. de Beaupréau, et M. de Beaupréau l'a laissée tomber chez lui sur le tapis, le soir où vous y avez dîné ; et cette lettre a été retrouvée après votre départ, et Melle Hermine l'a lue ... "

Cette révélation foudroya Fernand. Il comprit la froide lettre de congé écrite par Hermine.

Mais ce qui demeurait toujours un mystère pour lui, aussi bien que pour Baccarat, c'était ce vol des trente-mille francs et ce portefeuille retrouvé dans la poche du paletot.

Evidemment, tout cela était l'œuvre de sir Williams, mais de sir Williams complice de M. de Beaupréau, et si Baccarat n'avait aucune preuve de cette complicité, elle en avait la conviction la plus profonde.

- "Je vous sauverai," dit-elle à Fernand, "je confondrai ces deux misérables.

- Ah !" dit-il, "l'un est le père d'Hermine !"

A ces mots, Baccarat courba le front, et deux larmes brûlantes tombèrent de ses joues sur les mains de Fernand.

- "C'est vrai ..." murmura-t-elle, "c'est elle que vous aimez !"

Elle étouffa un nouveau soupir et reprit :

- "C'est égal, je vous sauverai ! Je réparerai ma faute ... Et si vous êtes heureux ... eh bien, je souffrirai moins ..."

Fernand se souvint alors de la visite du comte de Kergaz et de ces paroles qu'il avait répétées plusieurs fois :

- "Il faudrait voir cette Baccarat."


- "Ecoutez," dit-il, "il y a un homme qui m'a promis de me sauver, lui aussi, et cet homme voudrait vous voir ... Il est venu ici avec Léon Rolland, le fiancé de votre sœur Cerise, il sortait au moment où vous êtes entrée.

- Son nom ?" demanda Baccarat.

- "Le comte de Kergaz.

- Où puis-je le voir ?

- Rue Culture-Sainte-Catherine, à son hôtel."


Baccarat
prit dans ses mains la tête du jeune prisonnier et la baisa avec effusion. 

- "Dussé-je m'accuser moi-même du vol,"
dit-elle, "je prouverai votre innocence. A nous deux, sir Williams !"

Et, après ces mots, elle sortit la tête haute, le cœur palpitant d'une noble émotion ; on eût dit que son amour la purifiait à ses propres yeux.

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MessageSujet: Re: Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL   Mar 20 Mar - 13:07

Les révélations faites par Baccarat, jointes à celles de Fernand, jetaient sur toute cette affaire un nouveau jour ; du moins, ce fut l'opinion du Préfet de Police, lorsque la pécheresse fut de retour dans son cabinet. Un magistrat habitué à voir, à interroger de grands coupables, se trompe rarement dans ses investigations morales, et possède en général le grand secret des physionomies. Le Préfet n'avait pas eu besoin d'examiner longtemps avec attention Baccarat, pour se convaincre de sa complète innocence, et bien qu'il n'eût point interrogé et vu l'accusé, il n'était pas éloigné de le croire également étranger au vol du portefeuille , en dépit des preuves accablantes qui s'élevaient contre lui. 

Il n'y avait donc pas lieu, dans son esprit, à faire arrêter la jeune femme, et il se contenta de lui dire :

- "Madame, tout ceci est très embrouillé, et je veux bien croire, puisque vous en êtes si convaincue, à l'innocence de votre protégé, comme je crois à la vôtre, en cette affaire ; j'admets même qu'il est la victime d'une horrible intrigue, dont les fils mystérieux échappent à nos investigations ... Il n'en est pas moins vrai que, jusqu'à preuve contraire aux yeux de la loi, il est coupable, qu'on ne peut pas le mettre en liberté, et qu'il serait presque de mon devoir de vous faire arrêter.

- Eh bien !" dit Baccarat avec insouciance, "laissez-moi voir le comte de Kergaz, puisque Fernand a foi en lui, laissez-moi lui raconter ce que je sais, et je reviens me constituer prisonnière.

- Non," dit le Préfet, "c'est inutile. Seulement, ne quittez point Paris, ne vous cachez pas. Il faut vivre au grand soleil quand on est innocent."

Et le Préfet congédia Baccarat, qui se fit conduire au grand trot rue Culture-Sainte-Catherine, où nous l'avons vue arriver au moment où M. de Kergaz disait à Léon Rolland :

- "Nous n'aurons la clef de cette horrible intrique qu'après avoir vu Baccarat."


Or, Baccarat entrait comme à point nommé, et arrachait un cri à Léon Rolland, qui courait à elle et lui disait :

- "Cerise !  où est Cerise ? qu'avez-vous fait de Cerise ?"

Au nom de sa sœur, la pécheresse, qui avait oublié Cerise pour ne songer qu'à Fernand, pâlit et balbutia :

- "Elle n'est donc pas chez elle ?" demanda-t-elle en tremblant.

- Non, depuis trois jours.

- Ah ! les misérables !" murmura-t-elle, "ils l'ont enlevée !

- Mais, quels sont-ils ? De quels misérable parlez-vous, madame ?" interrogea Armand de Kergaz en avançant un siège à Baccarat.

- "Sir Williams et Beaupréau," répondit-elle à demi brisée.

Au nom de sir Williams, Bastien et Armand se regardèrent, et M. de Kergaz murmura en pâlissant :

- "Tu vois bien, j'avais deviné ! c'est Andrea !"


Et M. de Kergaz imposa silence à Léon Rolland, qui accablait la jeune femme de questions. Il lui prit la main et lui dit :

- "Expliquez-vous, madame, et voyez en nous des amis ...

- Monsieur le comte," répondit Baccarat, "j'aime à en mourir un homme qui est prisonnier et que je veux sauver ... Je vais donc tout vous dire."

Et elle fit alors à M. de Kergaz le même récit qu'elle avait déjà fait au Préfet de Police, et quand elle eut fini, Armand, après avoir longuement réfléchi, regarda Bastien :

- "Tout ceci," dit-il, "devient clair comme le jour. Andrea, car c'est lui - lui seul est capable de pareilles machinations, - Andrea sait que Mademoiselle de Beaupréau est la fille de Kermor. Il y a eu un pacte entre lui et le chef de bureau ; tous deux sont complices du vol, s'ils ne l'ont commis eux-mêmes.

- Ma pauvre Cerise ! ..." murmurait Léon en sanglotant.

- "Jeanne !" pensait Armand, dans le cœur duquel s'élevait un ouragan de colère.

Mais M. de Kergaz ressemblait à ces volcans qui cachent leur lave enflammée sous une couche de neige.


Il avait la Mort au cœur, mais pas un muscle de son visage ne tressaillit.

- "A nous deux donc, cher frère,"
murmura-t-il, "à nous deux ! c'est désormais une lutte sans trêve, une lutte à mort entre nous !"

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Rocambole - Tome Premier : L'Héritage Mystérieux - Alexis, vicomte Ponson du Terrail - Chapitre XL

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