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Un philanthrope méconnu : La Rchefoucauld-Liancourt.

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charpentier hélène
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MessageSujet: Un philanthrope méconnu : La Rchefoucauld-Liancourt.   Lun 28 Mai - 20:45

François XII, Alexandre, Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt (1747-1827)
Conférence donnée par M. René Doucet,                                                                                                                         ancien directeur honoraire du Centre de Châlons-en Champagne de l’E.N.S.A.M, le 15 mai 2018                                   au lycée Oehmichen de Châlons-en-Champagne.

Injustement méconnu,  François de La Rochefoucauld -Liancourt, demeure une référence pour les élèves ingénieurs. Le bicentenaire en 2006 de la fondation de l’E.N.S.A.M de Châlons-en-Champagne a été l’occasion de  mesurer l’ampleur de la dette que La France doit à cet homme d’honneur. Noble éclairé de l’Ancien Régime demeuré philanthrope malgré les bouleversements politiques de son époque, il a consacré sa vie à améliorer les conditions de vie de la population sous la Monarchie, la République, le Consulat, le Premier Empire et la Restauration.

Un noble éclairé de l’Ancien Régime.  
Né en 1747 à La Roche-Guyon- dans l’actuel département du Val-D’oise - La Rochefoucauld-Liancourt est le fils  de François Armand de La Rochefoucauld duc d’Estissac occupant les fonctions de grand-maître de la garde- robe du roi Louis XV. Selon la coutume le jeune François hérite à l’âge de 21 ans de la charge de son père mais il se montre peu courtisan et ne consentira pas à paraître chez Madame Du Barry. Il débute comme militaire en 1763 dans le corps des carabiniers et est préservé des déviances de la Cour de Louis XV en raison des valeurs toujours défendues par sa famille appartenant à l’ancienne noblesse fortunée, férue de sciences et de littérature. Esprit curieux et universel, il fréquente les salons  et rencontre les encyclopédistes et les intellectuels de son temps (Diderot, Condorcet, D’Alembert …) s’intéressant plus particulièrement à l’économie et à la vie sociale.                                                                                                                                                                               Ses voyages en Italie puis en Angleterre vont compléter sa soif de connaissances en divers domaines  comme la physiocratie ou gouvernement de la nature, doctrine économique et politique accordant une place essentielle à l’agriculture et prônant la liberté du commerce et de l’industrie - les courants  philosophiques nouveaux, les découvertes scientifiques, le travail manuel des artisans ou celui des machines. Il consigne les observations  de ses voyages dans deux ouvrages, l’un consacré à la législation des chemins  et l’autre à l’extinction de la mendicité mais il les met également  en application dans l’administration de son domaine : les prairies artificielles remplacent la jachère et la culture de la pomme de terre y est pratiquée. Sa ferme située sur la montagne de Liancourt dans l’Oise, est transformée en une «  Ecole d’instruction dans les arts et métiers pour les fils pauvres des militaires  »  où les enfants apprennent à lire, écrire et calculer mais sont  également formés aux métiers utiles dans les régiments comme tailleur, cordonnier, armurier. Cette école  d’abord appelée Ecole des Enfants de l’armée en 1780, devient l’Ecole des Enfants de la Patrie en 1788 et deviendra en 1806 la première Ecole des arts et métiers à Châlons-sur-Marne. Plus présent dans cette école qu’à la Cour où il aide son père et reste fidèle au duc de Choiseul, le duc y encourage ses élèves par cette phrase : «  Souviens-toi mon enfant, que, lorsque tu sauras ton métier, ta fortune sera faite. » La réussite de cette école accueillant une centaine d’élèves en 1786, sert de modèle aux Anglais .Plus tard, en 1790, il fera construire de vastes ateliers à Liancourt : filature mécanique de coton d’après les procédés irlandais, et tuilerie.

L’épreuve de la Révolution.
Lié aux ministres du roi Louis XVI à qui il voue une amitié fidèle, il est déchiré de constater que le roi n’applique pas les idées nouvelles. La reine ne l’aime pas. Il participe aux Etats Généraux du 25 juin 1789, fait réveiller le roi dans la nuit du 14 au 15 juillet qui lui demande s’il s’agit d’une révolte et le duc lui répond : «  Non, Sire, c’est une révolution. » Le 15 juillet il convainc le roi de se rendre à l’Assemblée et il est élu Président de l’Assemblée nationale le 18 juillet. Favorable à une monarchie constitutionnelle, il tente de concilier les idées nouvelles et la préservation de la monarchie. Membre  du club de la Société patriotique de 1789 à laquelle appartiennent également Condorcet, La Fayette, Mirabeau … il est satisfait de la nuit du 4 août 1789. Il présente ses travaux de politique financière et sociale (plan de travail du comité pour l’extinction de la mendicité) et va s’exprimer sur de nombreux sujets : opposition à la loi contre les émigrés, revendication de la liberté de conscience et de la liberté individuelle, reconnaissance des Juifs comme citoyens, abolition du supplice de la corde…                                                                                                                                                                                 La dissolution de l’Assemblée nationale constituante le conduit à reprendre ses fonctions militaires. Il conseille au roi de  se retirer sur Rouen pour faciliter une retraite en Angleterre en cas de danger mais la Cour rejette sa proposition et les événements du 10 août 1792 le contraignent à assurer sa propre sécurité sans pour autant avoir l’état d’esprit d’émigré. Un bateau de pêche le transporte du Crotoy en Angleterre où l’accueille Arthur Young, agriculteur et agronome à Bury-Saint-Edmunds. D’Angleterre il  se rend aux Etats Unis puis au Canada (1796 et1797) en voyageur observateur sérieux et les notes de son voyage seront publiées en 1800. Durant ces années d’exil il poursuit l’objectif de toute sa vie : améliorer  les conditions de vie de la population.                                                                                                                               Dès 1799, il revient se cacher à Paris, avant qu’une loi autorise le retour des émigrés, sous la protection de Talleyrand qui reconnaît ses qualités mais le surveillera jusqu’en 1802. Il revient pour importer en France le procédé de la vaccination mis au point quelques années plus tôt par l’anglais Jenner qui avait découvert que des trayeuses ayant contracté la vaccine, appelée «  variole de la vache » maladie bénigne des bovidés, étaient protégées de la variole maladie mortelle exerçant ses ravages parmi la population. L’injection de la vaccine conférant l’immunité contre la variole, La Rochefoucauld-Liancourt propage avec succès  le procédé - 16 millions d’individus seront vaccinés- en empruntant les fonds nécessaires car il n’est pas encore rentré en possession de la partie de ses biens pouvant lui être restituée et mettre à la tête d’un comité de souscription dont il est le président perpétuel. Il crée en même temps l’institution des dispensaires qui consiste à soigner à domicile les indigents malades par des médecins attachés à chaque établissement.

De Bonaparte à la Restauration : le philanthrope tenu à distance.
Rayé de la liste des émigrés en 1800, il revient à Liancourt pour y gérer ses affaires et ses œuvres. Napoléon Bonaparte le traite avec distance et dignité. Partisan d’une monarchie constitutionnelle il se tiendra à l’écart de la Cour impériale. Sous le Consulat, Bonaparte visite plusieurs fois l’Ecole de la Montagne qui sera transférée en 1803 au collège de Compiègne dans le but d’y former des ouvriers qualifiés et des chefs d’atelier utiles à leur pays car les enfants de militaires ne deviennent pas tous militaires. L’établissement placé sous l’autorité du ministre de l’intérieur prendra ultérieurement le titre d’Ecole d’arts et métiers et en 1806.  Cette première école est transférée à Châlons-sur-Marne. Les élèves se rendent à pied en plein hiver de Compiègne à Châlons-sur-Marne et logent chez l’habitant durant ce déménagement comme des militaires. On dénombre 28 morts durant ce voyage. L’école s’installe dans les bâtiments religieux devenus biens nationaux. L’enseignement est assuré par 25 professeurs dans 7 ateliers dont celui d’ébénisterie ayant fournis les meubles de l’Empire et de la Restauration et  dont certains sont toujours à l’Elysée au ministère de l’intérieur ou au Sénat par exemple.  L’école vit en autosubsistance : elle vend ce qu’elle produit. Un atelier de faïencerie est ajouté.
                                                                                                                                                                                                         Une seconde école sera créée à Angers en 1813. La Rochefoucauld-Liancourt reçoit le titre d’inspecteur général sans traitement.
Sous la première Restauration, la période des cent jours puis la seconde Restauration, son engagement  pour l’amélioration des conditions de vie de la population se manifeste dans plusieurs sociétés et comités où il exerce des responsabilités : Société pour l’instruction élémentaire qu’il défend dans plusieurs discours, Société de morale chrétienne où figurent Guizot, Lamartine et Benjamin Constant, Conservatoire des arts et métiers, Conseil général des prisons, Conseil d’agriculture, Conseil général de l’Oise, Comité pour la propagation de la vaccine, développement des caisses d’épargne et de prévoyance…                                                                                                             S’il reçoit des distinctions diverses - Napoléon lui avait attribué la Légion d’honneur - il est cependant la cible des ultra royalistes. Le 15 juillet 1823, le roi Charles X lui retire par ordonnance la plupart de ses fonctions car il siégeait dans l’opposition et s’était opposé à la restauration du droit d’aînesse. Il réagit  avec humour en répondant  que ses fonctions de président du Comité pour la propagation de la vaccine ont échappé à la bienveillance de sa majesté et qu’il se fait un devoir de les lui rappeler.  Le comité est donc supprimé. Néanmoins il est reçu à l’Académie des sciences et l’Académie de médecine le nomme membre de la commission qui remplace le Comité de la vaccine.
En mars 1827, alors qu’il siège à la Chambre des pairs il est pris d’un malaise qui l’emportera quelques jours plus tard. Le jour de ses funérailles,  huit élèves portent le cercueil de leur bienfaiteur sur leurs épaules. Au motif que les règlements de police prescrivent le transport sur des chars, la troupe charge et frappe les porteurs. Le cercueil tombe dans la boue et se brise. Les insignes de la pairie sont souillés et foulés aux pieds. Une enquête commencée par la Chambre des pairs est étouffée presque aussitôt. Le roi Charles X recevant la famille attribue l’agitation des funérailles à « l’étourderie des jeunes gens. » Le corps de La Rochefoucauld-Liancourt est inhumé à Liancourt où une statue est élevée à au philanthrope et à l’éducateur.
Cet homme des Lumières, en avance sur son temps laisse au public toute une série d’ouvrages sur l’agronomie, la politique, la fiscalité, la géographie, la sociologie, l’abolition  de la peine de mort… Sa très riche bibliothèque comportant plusieurs milliers d’ouvrages a été transférée dans une salle du château de La Rochefoucauld en Charente. Il reste le fondateur d’une institution qui a valorisé l’enseignement technique et donné naissance à aux écoles d’arts et métiers.
                                                                            Compte rendu d’Hélène Charpentier.
Questions au conférencier.
- Peut-on ajouter dans ce compte rendu l’épitaphe :

« l’homme heureux est celui qui fait le bonheur d’un plus grand nombre d’autres. » ?

- En relisant mes notes, j’ai songé à quelques ouvrages : le conte de Jeannot et Colin de Voltaire mais aussi à Histoire d’un paysan avant et après la Révolution d’Erckmann et Chatrian où est évoquée la culture de la pomme de terre accusée d’être dangereuse par un moine capucin si ma mémoire est bonne.
- Je me demande si Chateaubriand parle du duc de La Rochefoucauld dans ses Mémoires d’Outre- Tombe.
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