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Maman, je vous écris ... Montali & Marnhac

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Masques de Venise
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MessageSujet: Maman, je vous écris ... Montali & Marnhac   Mer 30 Juil - 15:00





"Maman" est, paraît-il, le mot auquel nous revenons tous lorsque vient notre dernière heure. Il n'est pas pourtant, peu s'en faut, le premier qu'un bébé prononce (en général, c'est "Non"' et puis "Papa", plus simples dans leur consonance). En tous cas, quand on est dans les ennuis jusqu'au cou et si on a eu la chance d'avoir une mère digne de ce nom, c'est en général vers celle-ci que l'on se tourne, dans l'espoir d'être consolé, pardonné, soutenu, aimé. Tous les psys du monde n'y pourront rien : eux-mêmes, au plus profond de leur intimité, sont tributaires de ce sentiment qui nous ramène à cette heure chaude et douce où, flottant dans une piscine privée et idéale, nous n'avions nul autre souci que de prêter notre oreille alors naissante à certains bruits bien mystérieux qui nous parvenaient de l'extérieur, cet Extérieur si lointain où, nous le pressentions déjà, plus jamais nous ne connaîtrions la sécurité.

Ce sont ces sentiments qui ont inspiré ce très beau livre de Jean-Marie Montali et Anne de Marnhac, publié chez La Martinière.

S'y trouvent rassemblées plus d'une centaine de lettres émanant de personnalités de la littérature (Flaubert, Cocteau, Léautaud, Faulkner, Proust, etc ...), de l'Art (Van Gogh, Mozart, Berlioz, etc ...), de la politique (De Gaulle, Bonaparte, Staline, etc ...) et enfin du quotidien (de nombreux anonymes des dernières guerres ...). Toutes adressées à leur mère. Leur mère réelle ou leur mère rêvée (pour Léautaud ou pour Simenon par exemple).


Comment résumer de tels textes ? La chose est impossible. Certains sont vifs et alertes, d'autres tendres et attentionnés. Dans beaucoup d'entre eux, se dessine le profil du petit garçon qui roulait des mécaniques devant sa mère et qui éprouve toujours et encore le besoin de l'éblouir par ses prouesses tout en lui faisant comprendre que, sous la brillante armure, survit - encore et toujours - le petit enfant qui avait peur dans le noir et qui aimait que sa mère le câline pour le consoler. La lettre, assez courte, que Staline signe pour sa mère de son diminutif, "Sosso", en est un exemple typique.

Parmi toutes ces lettres et extraits de lettres, les documents les plus émouvants (pour moi en tous cas) restent les lettres de Paul Léautaud à sa mère où l'écrivain révèle une soif d'amour telle qu'il serait prêt à tout endurer de la part de celle à qui il s'adresse pour en obtenir la plus minuscule des miettes ; celle - sublime de tendresse et de lucidité - de Georges Simenon à sa mère décédée ; celles, bourrées de tendresse, de timidité et du désir presque insoutenable de bien faire à tous prix, de Colette de Jouvenel à la grande Colette ; et bien sûr celles de tous ces hommes, de tous bords, de toutes époques, qui sont partis se faire tuer en suppliant leur mère de ne pas avoir de peine quand elle l'apprendrait.

Seul bémol : il y a très peu de lettres de femmes dans ce livre : Mme de Staël, George Sand, quelques autres ... Mais les femmes n'ont pas, c'est vrai, le même rapport avec la Mère. Les auteurs ont par contre exposé les réponses de Colette à sa fille et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles sont édifiantes ... (!!)

Un livre rare, fort beau de surcroît, dont on peut déguster les innombrables friandises dont il déborde soit de manière chronologique, soit en les picorant de-ci, de-là, au gré de l'humeur du jour.
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MessageSujet: Re: Maman, je vous écris ... Montali & Marnhac   Mer 30 Juil - 23:58

Pourtant, dans mes souvenirs du Petit ami et surtout des entretiens avec Robert Mallet, il a eu des mots très durs envers sa mère (faut dire que les quelques fois où il la vit, l'attitude de cette femme fut pour le moins éprouvante pour Léautaud... D'après ce qu'il en dit)
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MessageSujet: Re: Maman, je vous écris ... Montali & Marnhac   Jeu 31 Juil - 14:46

Je pense que cette lettre, Léautaud ne l'a jamais expédiée. Voulait-il qu'elle survive dans ses papiers et qu'on l'y trouve ? ... En tous cas, on l'a trouvée.

Je pense que "Le Petit Ami" par exemple, dans l'esprit de l'écrivain, c'était le côté "fiction" (même si cela restait en prise directe sur sa vie personnelle) et c'est là que peut s'exprimer toute notre haine et notre ressentiment envers la Mère qui nous a abandonnés ou maltraités.

Mais dans une lettre qu'on écrit uniquement pour soi-même, je ne dis pas que le Surmoi prend le dessus, non, mais on assume pleinement ses contradictions. On peut haïr sa mère (ou son père) et, en parallèle, continuer à espérer qu'elle nous regarde, qu'elle nous aime, qu'elle nous reconnaisse comme l'enfant qu'elle a porté ... La souffrance d'ailleurs vient de là : cette schizophrénie du sentiment, qu'on est bien obligé d'assumer sous peine de devenir fou. Les artistes ont au moins la chance de pouvoir exprimer tout cela en créant. Pour les autres, ça finit souvent très mal, c'est sûr ...

Dans un genre différent, il y a aussi les lettres que Sade écrivit à sa grand-mère disparue. Je ne sais plus si c'est Lély ou Barthes qui les évoque : mais à les lire, on en reste sur le ... postérieur tant l'image que Sade donne de lui et de ses sentiments les plus profonds est radicalement opposée à tout ce que l'on peut conclure de ses écrits. Il va jusqu'à évoquer le jour où il "reverra" la disparue, en parfaite opposition avec les théories d'athée qu'on lui connaît.
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MessageSujet: Re: Maman, je vous écris ... Montali & Marnhac   Sam 2 Aoû - 20:25

Oui, je pense que tu as bien raison en parlant de cette sorte de dialectique des sentiments. D'ailleurs, en y repensant, cette sorte d'attraction/répulsion est davantage présente dans le Petit ami que je ne le diasais plus haut.
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