Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  ÉvènementsÉvènements  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

La Musique Sur La Colline - Saki - Grande-Bretagne (XXème siècle)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65549
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: La Musique Sur La Colline - Saki - Grande-Bretagne (XXème siècle)   Lun 16 Juil - 15:36



Etoiles Notabénistes : ******

The Music On The Hill
Traduction et présentation : Gérard Joulié


ISBN : 9782825117453


Extraits

Personnages


De Saki, nous avons déjà consacré une fiche à sa nouvelle en quelque sorte fétiche pour tous les amateurs de fantastique, "Sredni Vasthar". Précisons, si nous ne l'avons déjà fait, que la majeure partie des nouvelles de l'écrivain britannique, mort trop tôt durant la Grande guerre, sont plutôt d'essence comique, avec cette incomparable touche d'humour anglais qui caractérise, dans un genre plus long, les romans de ce dialoguiste de génie que fut son compatriote, P. G. Wodehouse.

Oui, avec Hugh Munro, dit Saki, on rit en général beaucoup car il fut un observateur impitoyable des faiblesses de l'establishment anglais. Le rire est parfois grinçant mais il est toujours accordé de bon cœur. Evidemment, il n'a pas la jovialité traîtresse du "père" de Jeeves et de Bertram Wooster, et sa gaieté a souvent quelque chose de carrément méchant. En revanche, avec Saki, on a rarement peur. Et pourtant, si vous relisez "Sredni Vasthar", et même si vous demeurez à fond pour Conradin, un malaise vous saisit non seulement à cause de l'énigme représentée par son "dieu" mais surtout à l'idée que, si Conradin grandit - après tout, les pronostics alarmistes des médecins peuvent se révéler faux - il pourra faire encore mieux ...  Nyarknyarknyark

Dans ses nouvelles fantastiques, si rares qu'elles soient, Saki privilégie le malaise insidieux, celui qui est capable de vous réveiller en sursaut parce que, brusquement, vous venez de réaliser, non pas que l'idole bien-aimée de Conradin est sous votre lit, mais parce que vous envisagez les conséquences éventuelles du pouvoir du jeune garçon.

Dans "La Musique sur La Colline", le nouvelliste britannique relève d'un degré le niveau du malaise. L'impression d'être espionnée que ressent Sylvia Seltoun tout au long de cette courte nouvelle peut être imaginaire comme elle peut se révéler tout à fait exacte. Sa fin, comme celle de la tante de Conradin, peut être le fruit d'un pur hasard. Mais, dans les deux cas, le doute subsiste et, plus à mon avis que dans "Sredni Vasthar" , le malaise s'appesantit ici au fil des pages avec une assurance et une puissance qui ont, elles aussi, quelque chose de profondément inquiétant.

Le thème de la nouvelle est simple. Jeune mariée, Sylvia Seltoun, qui aime à tout diriger, parvient à arracher son mari (qu'on peut suspecter d'apprécier les hommes autant, sinon plus que les femmes) aux plaisirs de Londres. Elle l'entraîne dans un domaine familial qu'il aime particulièrement et sur lequel, parce qu'il y a vécu enfant, il paraît connaître nombre de choses qui ne viendraient jamais à l'esprit d'un citadin. Toutefois, s'il les connaît bel et bien, Mortimer a su les respecter. Ainsi, le culte du dieu Pan, dont une statue se dresse dans les bois familiaux. Il arrive à Mortimer d'y déposer une offrande - une grappe de raisins, par exemple. Sylvia, esprit rationnel au possible, ne fait tout d'abord que rire de ce qu'elle tient pour une superstition tout juste bonne pour les paysans du coin. Puis, cela l'agace de constater que son époux, un gentleman accompli, partage cette croyance en la présence de Pan dans la forêt. C'est un peu - habileté de l'auteur - comme si ce Pan, en qui elle ne voit qu'une légende issue du monde antique, tentait de lui voler son époux ou, plus précisément, si le dieu faunesque, dont le nom a engendré le mot "panique", ne l'oublions pas, avait, sur Mortimer, plus d'influence qu'elle-même.

Cela, Sylvia ne l'admet pas.


Tout se joue là-dessus, dans cette rivalité - supposée ou réelle, au lecteur de choisir - entre la Femme et le Dieu qui n'en reste pas moins de sexe masculin, entre la sophistication urbaine et le naturel parfois cruel de la Nature toute-puissante. 

Les dialogues sont rares et les descriptions de la forêt, où Sylvia se sent de plus en plus mal à l'aise, abondent, tour à tour somptueuses et effrayantes. Sylvia - son prénom lui-même se rapporte à la Forêt où règne le Grand Dieu Pan puisqu'il signifie "la fille de la forêt, la sauvageonne" - est aussi vivante que ces bois qu'elle parcourt non sans déplaisir mais que, aux yeux d'une entité qui en serait la maîtresse absolue, elle a trahis doublement : en niant tout d'abord, bien qu'inconsciemment, tout ce qu'implique le prénom qui aurait dû lui permettre au contraire d'approcher sans crainte le dieu Pan et son royaume, et en se rebellant ensuite - le vol de la grappe de raisin et la façon qu'elle a de qualifier le geste de Mortimer de ridicule - très ouvertement contre le dieu lui-même. 

Bien que le lecteur se doute que tout cela finira mal, la chute n'a rien de "téléphoné." Et c'est la Forêt et non Pan qui punit Sylvia. Là encore, on reste avec des doutes. Certains penseront que le Grand Dieu Pan est responsable de la fin de Sylvia, d'autres que celle-ci avait des hallucinations qui l'ont poussée vers son destin. 

Mais, parmi les lecteurs, tous ceux qui ont lu "Le Grand Dieu Pan" , du Gallois Arthur Machen , ceux-là, je puis vous l'assurer, ne conserveront aucun doute ... 

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

La Musique Sur La Colline - Saki - Grande-Bretagne (XXème siècle)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: MODESTE PANORAMA DE LA LITTERATURE :: Feuille Par Feuille, La Nouvelle & Le Conte De Tous Les Horizons -