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Richard Aldington (Grande-Bretagne)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Richard Aldington (Grande-Bretagne)   Jeu 5 Juil - 16:09

8 juillet 1892, Portsmouth - Hampshire (Empire britannique / Grande-Bretagne actuelle) : naissance d'Edward Godfree Aldington, dit Richard Aldington, poète, biographe & romancier.

Fils d'un homme de loi, il fait ses études au Collège de Douvres avant d'entrer à l'Université de Londres. Faute de moyens financiers suffisants, il ne peut malheureusement y poursuivre sa seconde année.

A dix-neuf ans, il rencontre la poétesse et mémorialiste américaine proche du courant Imagiste et d'Ezra Pound, Hilda Doolittle, dite H. D.. Ils se marient deux ans plus tard.

Les poèmes d'Aldington sont associés, eux aussi, au groupe Imagiste et on les retrouve dans l'anthologie inaugurale du mouvement, "Des Imagistes", publiée en 1914. On rapporte que, dès 1912, Pound avait forgé le terme d'"imagistes" à l'intention de H. D. et de son compagnon. A cette époque, les textes d'Aldington sont en vers libres non rimés alors que, plus tard, la cadence s'en fera longue et sensuelle, avec des images puissantes et détaillées.

Mais avant la Grande guerre, Aldington n'est encore qu'un poète parmi les autres, dans le cercle du proto-Imagiste T. E. Hulme. Dans sa biographie de Hulme, Robert Ferguson évoquera le jeune homme, alors trop prude, trop timide, pour manifester son approbation envers les opinions parfois plutôt rudes de Hulme, notamment sur les femmes. Adlington partage tout de même avec Hulme la certitude que l'expérience sur le vers japonais traditionnel peut apporter beaucoup à l'avant-garde littéraire anglaise et il se rend souvent au British Museum pour étudier les estampes de brocart dites "Nishiki-e" ou "Edo-e" qui illustrent souvent les anciens textes poétiques nippons.

Il collabore aussi avec Ford Maddox Ford, notamment pour un texte de propagande destiné à une commission gouvernementale en 1914. Il accepte de se faire dicter par l'Américain le texte de "The Good Soldier", que sa femme trouve, pour sa part, trop atroce.

En 1915, les Aldington déménagent, quittant Holland Park, trop proche de Pound, pour Hampstead, lieu de résidence de D. H. Lawrence et de son épouse, Frieda. Mais leur amitié pâtira d'intérêts romantiques divergents et aussi de la naissance de leur enfant mort-né.

Entre 1914 et 1916, Aldington est l'un des rédacteurs littéraires du périodique moderniste The Egoist. Il en est aussi le rédacteur-adjoint aux côtés de Leonard Compton-Rickett et sous l'autorité de la philosophe et féministe Dora Marsden. Le fossé qui s'installera peu à peu entre les Imagistes et les Futuristes sera dû en partie à une critique négative d'Aldington, qui n'avait pas aimé un poème de Filippo Marinetti.

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MessageSujet: Re: Richard Aldington (Grande-Bretagne)   Jeu 5 Juil - 17:37

Aldington rejoint l'Armée en 1916. Il fait partie du régiment Royal Sussex et, en 1917, est blessé sur le front occidental. Il ne se remettra jamais tout à fait des expériences vécues à la guerre et l'on pense aujourd'hui qu'il a peut-être souffert d'un stress post-traumatique.

Pendant qu'il était au front, sa femme s'était beaucoup investie dans une relation amoureuse avec D. H. Lawrence. Après la fin du conflit, Aldington tente de replâtrer leur mariage mais H. D. est alors impliquée à fond dans une liaison saphique avec l'écrivain Bryher, qui n'est autre que la fille du riche armateur et financier John Ellerman. Finalement, Aldington et sa femme se séparent, chacun retentant sa chance avec un autre partenaire. Toutefois, ils ne divorceront pas avant 1938 et resteront d'ailleurs bons amis.

A cette époque, Aldington, impressionné par le talent du poète américain T. S. Eliot, va aider celui-ci en bien des façons, notamment en persuadant Harriet Shaw Weaver de le prendre comme son successeur à The Egoist. Il écrit aussi un texte de présentation du dramaturge et poète et de son oeuvre qui paraît dans le supplément littéraire du Times. Avec lady Ottoline Morrell, célèbre mécène de l'époque, l'éditeur Leonard Woolf (également époux de Virginia) et Harry Norton, il fait tout pour "enlever Eliot à sa banque." En effet, l'Américain travaille chez Lloyd's : or, nombre de ses amis veulent à tous prix le voir se consacrer uniquement à la poésie. Ces manoeuvres se soldent par un échec : Eliot n'y récolte qu'un "don" de 50 livres et une mauvaise publicité dans le Liverpool Post tandis que Lytton Strachey se gausse avec esprit.

Au milieu des années vingt, Aldington tente de répondre au nouveau style de poésie initié par "The Waste Land / La Terre Vaine" et donne "A Fool l' the Forest." Mais l'année suivante, il semble sombrer dans la dépression : tout à coup, sa poésie lui semble vaine et inutile et il devient tout simplement jaloux de la célébrité d'Eliot.

Pour un homme qui, à  peine quatre ans plus tôt, s'occupait du chat d'Eliot dans son cottage près de Reading, et à qui Eliot confiait entre autres son auto-diagnostic d'aboulie, Aldington a viré du tout au tout. Dans le mariage d'Eliiot, il va jusqu'à prendre ouvertement le parti de Vivienne, sa femme, et se moque du mari qu'il nomme "Jeremy Cibber" dans "Stepping Heavneward : A Record", sorti à Florence en 1931.

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MessageSujet: Re: Richard Aldington (Grande-Bretagne)   Jeu 5 Juil - 18:01

A partir de 1928, Aldington s'impose un exil loin de l'Angleterre, espérant sans doute trouver ainsi la paix intérieure. Il vit quelques années à Paris, a une liaison avec Brigit Patmore (la belle-fille de cette dernière, Netta McCullough, deviendra dix ans plus tard sa seconde épouse) et courtise Nancy Cunard.

En 1929, sort le roman pour lequel Aldington est resté célèbre : "Death of a Hero / Mort d'un Héros", une réponse littéraire à la Grande guerre que Lawrence Durell déclare "le meilleur roman de guerre de l'époque." Aldington l'écrit à Port-Cros, en Provence mais, pour ce faire, reprend un manuscrit qui date déjà de quelques années. Satirique, cynique et critique, "Death of A Hero" inflige une bonne raclée aux hypocrisies des temps victoriens et edwardiens.

En 1930, Aldington publie une traduction paillarde du "Decameron" de Boccace. En 1933, sort un roman intitulé "All Men Are Enemies / Tous les Hommes sont Ennemis". Il s'agit d'un roman d'amour - en tous cas selon l'auteur - rédigé avec un brio supérieur à celui de "Mort d'un Héros."

Ce n'est qu'en 1942, lorsqu'il émigre aux Etats-Unis, qu'il commence à se spécialiser dans les biographies.
La première concerne le duc de Wellington et sort l'année qui suit. En 1950, paraît une biographie de D. H. Lawrence, au titre révélateur de "Portrait of a Genius, but ... / Portrait d'Un Génie Mais ...". En 1957, Robert Louis Stevenson a droit à son "Portrait of a Rebel / Portrait d'un Rebelle".

Mais entre les deux, en 1955, il y a eu la biographie consacrée à T. E. Lawrence, mieux connu par certains sous le surnom de "Lawrence d'Arabie."

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MessageSujet: Re: Richard Aldington (Grande-Bretagne)   Jeu 5 Juil - 18:19

Cette biographie du colonel Lawrence cause un énorme scandale et provoque un tollé général. C'est qu'elle contient pas mal d'affirmations controversées. Ainsi, Aldington est le premier à mettre sur la place publique le caractère illégitime de la naissance de Lawrence. Il affirme également que Lawrence était homosexuel. De fait, il a mené une vie de célibataire et aucun de ses proches amis - dont plusieurs étaient sans aucun doute homosexuels - ne le croyait gay. Aldington traite également Lawrence de voleur et d'imposteur.

La réputation de l'écrivain ne se remettra jamais pleinement de ce qui fut vécu comme une attaque venimeuse contre T. E. Lawrence. Beaucoup pensèrent que les souffrances endurées par Aldington pendant la Grande guerre l'avaient poussé à en vouloir à Lawrence, qui avait gagné sa célébrité au Moyen-Orient.

Richard Aldington
devait mourir à Léré, dans le Cher, en France, le 27 juillet 1962,

Le 11 novembre 1985, son nom figurait parmi ceux des seize Grands Poètes de Guerre célébrés à l'Abbaye de Westminster, au fameux Coin des Poètes. Sur la plaque collective, cette citation d'un autre grand poète, Wilfred Owen : "Mon sujet est la guerre et la compassion qu'elle inspire. La Poésie appartient à la Compassion."

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MessageSujet: Re: Richard Aldington (Grande-Bretagne)   Ven 6 Juil - 16:17

Aldington pourvait tremper sa plume dans l'acide. Ainsi, il déclara, au sujet des poètes Géorgiens - au nombre desquels on retrouve, par exemple, Walter de la Mare et Robert Graves : "Leur vision est provinciale et ils sont amoureux de la petitesse. Ils s'en vont pour sur de petites routes pour un petit cottage où ils écriront un petit poème sur un petit thème." Précisons que les Imagistes ne supportaient pas les Géorgiens et nous aurons ainsi le fin mot de l'histoire ...

Le romancier Alec Waugh - frère aîné d'Evelyn Waugh - qui avait eu l'occasion de faire la connaissance d'Aldington chez un ami commun, le décrit comme rendu profondément amer par la guerre et le compare à l'écrivain Douglas Goldring qui, lui aussi, avait vécu le traumatisme de la Grande guerre mais sans le laisser empoisonner le reste de sa vie.

A la mort d'Aldington, le London Times était probablement dans le vrai quand il le décrivit comme "un "jeune homme en colère" [= référence au mouvement contemporain des "angry young men"] qui appartenait à une génération pour laquelle ce n'était pas encore la mode."

Certains de ses textes ont été traduits en français et vous pouvez vous les procurer assez facilement. On tend de toutes façons de nos jours à redécouvrir cet écrivain peut-être trop méconnu.

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MessageSujet: Re: Richard Aldington (Grande-Bretagne)   Ven 6 Juil - 16:27


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MessageSujet: La Fille du Colonel   Dim 5 Aoû - 14:53



Etoiles Notabénistes : ******

The Colonel's Daughter
Traduction : Marie Canavaggia


ISBN : 9782868694003

Extraits
Personnages



C'était un roman que je me promettais de lire depuis longtemps, de même que la biographie, si scandaleuse à l'époque où elle parut, du colonel T. E. Lawrence, lequel, avec ses "Sept Piliers de la Sagesse" et son amour aveugle pour l'islam, n'a jamais cessé de me porter sur les nerfs. La biographie, nous verrons plus tard : elle est dans mes piles de livres à lire et je m'en délecte à l'avance . "La Fille du Colonel", nous pouvons y passer directement.

Ecrit d'une plume douce-amère, admirablement retranscrite par Marie Canavaggia, "La Fille du Colonel" est un chef-d'œuvre d'humour noir anglais. Dans le fond, c'est une tragédie épouvantable mais, du début jusqu'à la fin, le lecteur n'arrête pas de sourire, voire de rire, quand encore, devant les apparitions de la redoutable Mrs Eastcourt, il ne s'esclaffe pas ouvertement. Eh oui, le talent de Richard Aldington est tel - et on le voit encore mieux dans "Mort d'un Héros", également paru chez Actes Sud - que, tels Molière et son inoubliable Harpagon, il parvient à fournir à son lecteur une tragédie superbe, parée des non moins merveilleux oripeaux de la comédie grinçante.

Georgina, dite Georgie, Smithers est la fille du colonel Frederick Smithers, qui a toujours végété dans l'armée des Indes et continue à gâcher beaucoup trop de sa retraite dans les paris et courses de chevaux (parfois aussi dans les caprices des "petites dames" qui trottinent sur le pavé londonien) et d'Alvina, de l'illustre lignée des Slame. Dans leur antique manoir, qui aurait bien besoin d'être refait à neuf, ils vivent avec le cousin Coz, un quadragénaire taquin et snob qui, lui aussi, appartient à la famille Slame.

La Première guerre mondiale vient de s'achever.
Nombreuses, trop nombreuses, sont les tombes de jeunes hommes en pleine santé qui ont donné leur sang pour leur patrie et pour la Liberté. Résultat : il y a de plus en plus de "vieilles filles". Et Georgie, malgré son caractère plutôt doux quoique porté sur les principes, fait partie de ce triste troupeau. Elle est jeune pourtant mais elle souffre de deux gros handicaps : sa laideur (son nez surtout) et ... son peu d'espérance de dot.

N'empêche, l'espoir se cheville férocement au cœur à cette époque de la vie. Georgie ne renonce donc pas à ses rêves de tomber un jour sur l'homme idéal (ou à peu près). Evidemment, le village papote à qui mieux mieux sur "cette pauvre Georgie" mais, à vrai dire, le village papote à peu près sur tout. Imperturbable, ou plutôt se voulant imperturbable en dépit de sa profonde sensibilité, Georgie va son chemin, sur la vieille bicyclette familiale - les Smithers n'ayant pas pour l'instant les moyens de s'acheter une voiture digne de ce nom.

Le livre nous conte ses espoirs frémissants ... et les fuites, plus ou moins élégantes, de ces hommes qui l'auraient pourtant attirée et qui, parfois, se sentent attirés par sa douceur et son innocence. Georgie est en effet d'une innocence absolue en ce qui concerne les plaisirs de la chair. Elle en laissera quelques chastes miettes entre les mains du très égoïste Mr Purfleet, rentier de son état quoiqu'il se prétende assez peu aisé et professe des idées de gauche très avancées - tiens ? ça vous rappelle pas mal de monde ? Comme c'est curieux : à moi aussi ! - homme instruit et même érudit, à la sexualité plutôt dirigée vers les hommes mais qui, à l'occasion, ne dédaigne pas de révéler la douceur des caresses masculines à de petites demoiselles aussi gentilles que Georgie.

Avant Purfleet - dont on se demande, à la fin, (mais peut-être suis-je trop optimiste) si, malgré tout, il ne finira pas avec la fille du colonel - il y avait eu le nouveau révérend, Mr Carrington, homme énergique et pas trop mal de sa personne. Mais ...

Et puis, épisode bien plus cruel, vous le verrez, après la fuite de Purfleet, il y aura Geoffrey Hunter-Payne, jeune homme ayant échappé à la guerre et qui, dès le début du roman, s'annonce comme un futur et éphémère locataire du Manoir au printemps (ou à l'automne, peu importe). Il en prévient très correctement Alvina, laquelle lui est apparentée par les Slame (encore eux ...). Avec Geoffrey, garçon de son âge et assez décomplexé, Georgie va tisser une relation surprenante et délicate qui laisse augurer le meilleur jusqu'à ce que le jeune homme fasse la connaissance de sa meilleure amie, Margy, laquelle est non seulement jolie mais riche et très "branchée." Arriviste-né au cœur des ces Années Folles qui font leurs premiers pas titubants, Geoffrey, à la suite d'une soirée très arrosée chez Margy, ne fait ni une ni deux. Ce n'est plus la pauvre Georgie qu'il sort dans la voiture qu'il a achetée mais Margy.

Georgie encaisse avec dignité. Encaisser les affronts masculins, elle sait.
Hélas ! c'est le moment que choisit le colonel Smithers, lequel, malgré ses faiblesses, aime profondément sa fille, pour avoir une attaque ... Avec toutes les conséquences que je vous laisse deviner.

Pour un drame ou une comédie, il faut des spectateurs. Outre les lecteurs-voyeurs que nous sommes, Georgie et ses partenaires ont pour auditoire tout le village, des plus humbles (comme Lizzie, la jeune bonne des Smithers, au mariage de laquelle Georgie contribuera énormément) aux plus puissants, comme l'horrible Mrs Eastcourt dont tout le monde, dans une unanimité exceptionnelle, ne souhaite d'ailleurs qu'une chose : qu'elle aille rejoindre ses ancêtres au plus vite. La dame espionne en effet à droite, à gauche, devant, derrière et, quand il n'y a pas scandale, elle en invente un !

A l'intrigue principale, se joignent celle de Lizzie tombant enceinte d'on ne sait trop qui, les démêlés de Mr Judd, son père (par ailleurs bien sympathique) avec l'un ou l'autre, les discussions passionnées et politiques de Mr Purfleet avec son voisin, le Dr McCall, Ecossais pure souche, les mille méfaits du plus gros propriétaire foncier de Cleeve, sir Horace Stimms, et bien d'autres gâteries du même genre.

Aldington brosse ici, d'un pinceau railleur, le portrait sans complaisance de la société anglaise de son époque, réunie dans un microcosme qu'il observe à la loupe. Rien ne lui échappe, ni les lâchetés des uns, ni la médiocrité des autres, pas forcément mauvais mais qui ne tiennent pas à "se mouiller", et encore moins la force d'âme de Georgie. Il rappelle avec hargne comment des jeunes filles totalement innocentes étaient jetées en pâture à des maris qui, eux, n'avaient en général que l'expérience des maisons closes et, avec une habileté consommée, nous montre combien une nuit de noces ratée (celle d'Alvina et Frederick) peut présider à la naissance d'un couple bancal.

Un roman à lire et un auteur, longtemps mal aimé ou écarté en raison de son manque de complaisance envers certains puissants et la légende de "Rule Britannia", à découvrir sans plus tarder. Quoi, vous êtes encore là ? Mais qu'attendez-vous pour vous précipiter et jeter un coup d'œil sur les ouvrages d'Aldington sortis en français ? Allez, allez, vite ... Vous ne devriez pas le regretter, surtout si vous aussi, vous aimez nager à contre-courant ! Bonne lecture !

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