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Aro Saínz de La Maza (Espagne)

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MessageSujet: Aro Saínz de La Maza (Espagne)   Dim 5 Aoû - 16:52



Etoiles Notabénistes : *****

El Asesino de La Pedrera
Traduction : Serge Mestre


ISBN : 9782330086213


Extraits
Personnages



La Pedrera - La Carrière en français - est le surnom, moqueur, que les Barcelonais donnèrent à la Casa Milà, conçue par l'architecte catalan aussi atypique dans son œuvre qu'il se montra excentrique dans sa vie, que fut Antoni Gaudí. Cet imposant bâtiment, qui mêle allègrement et surtout avec une grâce et un naturel infinis, le style le plus moderne à l'Art Nouveau et, pour ses cheminées-soldats (dont vous avez un aperçu sur la jaquette de l'édition Actes Sud / Babel Noir), l'art de la Grèce antique, était à l'origine un hôtel particulier construit entre 1906 et 1910. De nos jours, il abrite des bureaux et est voué tout entier à la mémoire de Gaudí.

Gaudí fut, dans son domaine, l'un des plus grands novateurs de son temps. Aujourd'hui encore, les questions s'accumulent non seulement sur ses constructions mais aussi sur la ligne de démarcation qui sépare sa période "dandy" et franc-maçonnique de son époque mystique, à laquelle nous devons, entre autres, la Sagrada Familia, toujours à Barcelone. Sans oublier les "droites de Gaudí" dont l'auteur de ce polar nous parle tout à la fin, à la page 761.

Il était normal que, en cette période marquée par le renouveau du polar en Espagne, cette énigme que furent Gaudí et l'existence qu'il choisit de mener en ait inspiré un. L'action se situe à Barcelone et Gaudí et les différents bâtiments auxquels il travailla ou dont il traça les plans hantent littéralement ce pavé signé Aro Saínz de La Maza. A tel point que le lecteur, peu à peu fasciné, pour peu qu'il s'intéresse un tant soit peu à l'Art Nouveau et, de façon générale, à l'architecture du XXème siècle (ne parlons pas de celle du XXIème : elle est lamentable) n'a plus qu'un rêve : se rendre à Barcelone et visiter, visiter tout Gaudí, à la fois si lointain puisqu'il mourut, renversé par un tramway, en 1926, et si proche par sa manière, à nulle autre pareille, de préfigurer, dans nombre de ses constructions, le style moderne des années soixante-dix, par exemple.

Mais il y a bien une intrigue policière ? me direz-vous. Rassurez-vous, oui. Mais elle aussi est liée à Gaudí. Elle débute d'ailleurs à La Pedrera un fou, furieux mais organisé, se filme enflammant, encore vivant, un certain Eduard Pinto, que, pour les besoins de sa démonstration, il a attaché à un câble électrique du bâtiment. Ajoutons qu'il avait enlevé Pinto et le retenait prisonnier depuis cinq jours. Pour le suspendre, il a eu l'astuce de recourir à l'un de ces véhicules qui permettent aux ouvriers municipaux d'élaguer les arbres ou encore au personnel de l'EDF de régler certains problèmes imprévus. Comment savait-il que ce véhicule se trouvait dans le coin ? L'avait-il volé ? Un complice l'avait-il volé pour lui ? Par dessus tout, pourquoi avoir choisi une mort aussi cruelle, précédée de ces cinq jours durant lesquels, le médecin-légiste le prouvera, Pinto n'a eu rien à boire ni à manger ? Et pourquoi avoir choisi La Pedrera comme scène finale de la tragédie ? Mystère.

Et un mystère de taille. Confrontée à lui, alors que le Pape Benoît XVI s'apprête à venir à Barcelone bénir la Sagrada Familia, la Police catalane se voit contrainte de s'adresser à un flic rebelle qui a eu de récents problèmes avec sa hiérarchie, Milo Malart. Mis à pied parce qu'injustement soupçonné, en prime, d'être responsable d'une "fuite" à la presse, Milo n'en reste pas moins un limier hors pair. Tout particulièrement dans ce genre d'affaires où ce fils et frère de schizophrène parvient, non sans souffrance, à entrer dans la peau du tueur. Or, penser comme le tueur, c'est déjà l'orienter vers la cellule qui l'attend ...

Pour tenir Malart à l'œil, la hiérarchie lui adjoint une co-équipière, la sous-inspectrice Rebecca Mercader. Milo vient de divorcer et, après cette histoire qui l'a fait mettre à moitié à la porte de la Police, rien ne va plus pour lui. Autant Rebecca est mignonne, autant Milo oublie de se raser, s'habille mal et se fout du tout au tout de l'impression qu'il peut faire. En plus, pris dans une affaire de cette ampleur - car vous vous doutez qu'il n'y aura pas qu'un seul crime de ce type, chacun ayant un rapport avec Gaudí et laissant présumer que le bouquet final se produira lors de la visite du Pape - c'est à peine si notre inspecteur se permet de dormir. Ce qui n'arrange pas son physique. Pourtant, lorsqu'il le veut, il paraît - selon ce que nous en rapporte Rebecca - qu'il n'est pas si laid que ça.

L'ensemble, c'est vrai, est un peu bavard. On sent que, plus que l'intrigue (dont la fin est donnée un peu trop rapidement selon moi), ce sont Gaudí et son œuvre qui sont à l'origine de ce roman. "Le Bourreau de Gaudí" est en fait un hommage à l'architecte de génie et aussi un magistral catalogue touristique sur ce qu'il a laissé. On serait presque tenté d'écrire que s'ajoute à cela une pointe de biographie. En tout cas, le lecteur sensible aux Arts mais aussi à l'originalité ne pourra, à la fin de sa lecture, que vouloir tout savoir, mais absolument TOUT, sur l'architecte catalan, dans la vie duquel affleurent encore certaines zones d'ombre.

Pour en revenir à l'intrigue policière, précisons qu'elle est noire, très noire et menée par les pires des bourreaux : deux victimes que les sévices vécus ont transformées en bourreaux. Certains la trouveront gore - j'ai lu pire. D'autant que l'ensemble est superbement agencé et des plus cohérent. Et puis, ce genre de choses, malheureusement, existent. Pourquoi donc les passer sous silence ?

Au commissariat dont dépendent Milo et Rebecca, on croise les personnages habituels : l'ancien co-équipier qui a lâché Malart lors des histoires de "fuite" ; un supérieur hiérarchique à qui il a tout simplement donné un coup de poing, un jour que ça n'allait pas ; une bande d'inspecteurs plus ou moins jaloux du "don" de Malart ; et une perle, un sergent qui n'hésite pas devant les heures supplémentaires et aidera beaucoup Milo dans son enquête.

Et puis, en intrigue parallèle, le suicide de Marc, le propre neveu de Milo, suicide lié, à des années de distance, à l'histoire du "Bourreau de Gaudí."

Un roman à recommander en ne perdant pas de vue que l'intrigue, si glauque qu'elle soit, sert surtout d'alibi à un hommage extasié à Barcelone et à son architecte de génie. Il faut donc aimer à la fois le policier et la création artistique. Il faut aussi aimer les ouvrages qui s'appuient sur un thème policier ou fantastique pour nous faire découvrir un monde différent et que nous ignorions. A lire, donc. Mais prenez votre temps : "Le Bourreau de Gaudí" se savoure à tête reposée.  

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