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Regards sur l'Art.......ELISABETH

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Elisabeth
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Elisabeth

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Regards sur l'Art.......ELISABETH Vide
MessageSujet: Regards sur l'Art.......ELISABETH   Regards sur l'Art.......ELISABETH EmptySam 9 Mar - 16:06


« Firmin fait de la résistance »


Les Studios Walt Disney, réunis en conclave d’infographistes, outrecuidants, surdoués et perplexes, s’arrachaient les tifs = nouveau film d’animation annuel ; that’s question !
Après avoir pillé sans vergogne tous les contes de Fées Européens, avec « la Reine des neiges », après avoir bricolé une saga Picto-Gaélique dont la créature rousse et dodue en 3D, « Rebelle » avait fait un tabac, ils reniflaient désespérément l’inconscient culturel collectif de cette Europe sous développée, mais riche en juteux fantasmes historiques ;
Seulement, le « filon » s’épuisait ;
Un réalisateur proposa un dessin animé avec un animal vedette ;
C’était l’alternative ;
Mais la faune n’est pas inépuisable non plus ; on avait beau humaniser de rigolote façon tous les mammifères, poissons, crustacés, batraciens -même Nessie, du Loch Ness y était passée - etc. de la création, il vient un temps ou plus rien ne surprend ni n’émeut ;
Le silence s’éternisait ;
Et puis, un crayon se leva ;
- faudrait un animal Français dit quelqu’un ;
- c'est-à-dire ? rugit le chef infographiste
- heu…..Typiquement Français
- vous pouvez être plus précis ?
- une sorte de symbole bien frenchie, un truc marrant, quoi, voilà ;
Des rires vulgaires accueillirent la réponse ; il était admis que les contes de Fées, bon O.K. mais penser que « quelque chose » de Français put avoir le moindre impact fut-ce une bestiole était risible ; Okay ?
Le type se cramponna à son idée ; il fallait voir le succès obtenu avec les Aristochats et Ratatouille, deux animaux bien Français ; et puis, n’était-on pas dans la mouvance du "Pacte Atlantique" ?
On ricana ; d’ailleurs « Ratatouille » c’était la concurrence, tabou, ça mon vieux ;
Le chef infographiste avait suivi le raisonnement, il ricana moins fort que les autres ;
Et appela la France ;
La réponse s’appelait Firmin ;
Une volaille blanche, futée, splendide, dodue, et surtout dressée par le célèbre Jacquot ; on ne présentait plus Jacquot, le dresseur surdoué du cinéma qui faisait trembler dans leur culotte tous les metteurs en scène qui avaient besoin d’un animal dressé ;
Okay !
On téléphona à Jacquot ;
Il éclata d’un rire méprisant et refusa de parler anglais ;
Mais accepta de filmer Firmin, son coq de compagnie et de mettre en ligne les rushes aussitôt ;
Contre quelques centaines de milliers de dollars, payables par virement express, en euros, bien sûr ;
Le lendemain, le chef infographiste avait sur son ordinateur les rushes réalisés ;
Il en resta muet ;
Une splendeur de bestiole ;
Expressive, la démarche goguenarde, la crête papelarde, subtilement perverse dans ses gloussements ; l’idéal en toutes plumes ;
Mais Jacquot refusa tout net de se déplacer ;
Encore davantage son précieux Firmin, qui était son confident, et dont il ne pouvait se séparer ;
La Walt Disney Resorts Bella Vista, empoigna ses comptables et ses assureurs et les enferma dans un blockhaus souterrain durant 24 heures ;
Ils en émergèrent hagards en assurant que le plus rentable était de se rendre en France ; Okay !
Une cargaison de types surdoués embarqua le lendemain, opérateurs, bruiteurs, infographistes, scénaristes ; durant le trajet les scénaristes pondirent cinq ou six laying out de génie, où la french attitude se mêlait habilement au comique américain, habilement saupoudré de traits d’esprit ridiculisant les frenchies ;
Ils en riaient tous seuls ; le chef infographiste se vit tiré de son sommeil grincheux pour en juger ; il se marra aussi ; excellent ; Okay !
La troupe débarqua, envahit les studios et convoqua Jacquot qui arriva en retard en traînant les pieds, Firmin douillettement rencogné dans un couffin d’osier ;
Firmin condescendit à marcher, gloussa un peu, puis se fourra la tête sous l’aile et se rendormit aussi sec ;
Mais pour l’instant, ça suffisait ; on l’avait filmé avec huit caméras portables, et les infographistes planchaient sur des incrustes dessinées avec art = une clope à lui glisser dans le bec, un litron sous l’aile et un béret sur la crête ; les types étaient exaltés ;
Puis on voulut comparer la pellicule adroitement redessinée avec les attributs du Français typique, à côté de l’original en plumes et en crête ; encore fallait-il qu’il bouge ; on courut chercher des graines de toutes sortes, rien n’y fit ;
Le chef infographiste, diplomate, décida que c’était bon ; Okay ;
Les scénaristes entrèrent en piste et déroulèrent un laying out sans surprise, où un éleveur brut de décoffrage empêchait une romance éperdue et caquetante entre le volatile frenchie et une poulette de l’Arkansas ; le tout sur fonds de sublimes décors à l’aquarelle dessinés par les infographistes, une ferme dans le Colorado ;
Bref, on roulait pleins gaz vers un nouveau succès ; Sue Ellen la dresseuse américaine avait avec elle une poule marron très délurée ; on la filma et lui adjoignit un petit chapeau de cow girl ; les dialogues étaient en argot new yorkais, hilarant ;
Or, une antipathie inexplicable s’établit entre Poulette et Firmin, lorsqu’il daignait se réveiller ; loin de parader, de glousser, de gonfler son jabot, il fonçait sournoisement vers sa partenaire et la piquait du bec ; il fallut administrer des tranquillisants à Poulette et lui chercher une remplaçante ; une brave poule exhumée d’un cirque et placide comme tout ; on perdait un fric monstre et des heures et des heures à attendre les réactions de Firmin qui avait décidé de l’ignorer ;
A bout de ressources, le chef infographiste se résigna à un entretien avec Jacquot ; nul ne sut ce qui s’y dit ;
Mais c’était trop tard ; la production appela d’Amérique, le budget était dépassé ;
Tout le monde rembarqua, mais Jacquot exigea que les rushes de Firmin fussent placés sous scellés ; droits d’auteur, mon coco, nonmého;
Et puis juste avant Noël, voilà-t-il pas qu’un film d’animation franco-français remporta au cinéma un succès foudroyant;
« Firmin fait de la résistance » narrait en argot très « in » les aventures d’un coq franchouillard ;
Le volatile, pervers et patriote, réussissait à berner les cinéastes surdoués et américains en dormant, et en agressant sa partenaire, une poule américaine et imbécile, au lieu de dire son texte ; il subtilisait sous son aile scénarios, décors et dialogues de leur film d’animation, pour les refiler à trois jeunes infographistes Français sortis des Gobelins qui s’en donnaient a cœur joie, en parodiant les animations américaines, et leurs poncifs, le tout en 3D ;
Un tabac ;
Du délire ;
Les critiques se marrèrent en douce, et parlèrent chastement de « délicieuse mise en boite » ;
Le Quai d’Orsay, alerté, s’attendit à des remous sur le plan culturel ;
On connaissait les Américains, hein ;
Rien ne vint ;
« Firmin fait de la résistance » devint la blague à la mode ;
Des publicitaires en firent leur logo pour une voiture, un maillot de foot et une marque de pâtes alimentaires ;
Discrètement, La Culture fit appeler Jacquot, et lui décerna la légion d’honneur ;
Jacquot ne fit semblant de rien et ne pipa mot ;
Mais doubla ses tarifs ;
Avec les Américains ;



LA VISITE AU MUSÉE INGRES


Regards sur l'Art.......ELISABETH Pommes12


" Le jour grisâtre filtre modestement par les hautes fenêtres du Musée Ingres, et il est dix heures pétantes ;

J’ai dans mon dos, qui renâcle, glapit de façon assourdie un troupeau de quinze buffles – mâtinés de demi de mêlée néo zélandais- rouges, suants, soufflant, et quelques filles ; on y a été au pas de charge depuis le Lycée pour être à l’heure, et on y est, pile poil ;

On attend, moi résignée, les quinze zèbres rigolards, la Conservatrice adjointe, qui, majestueusement (bin, hein, une Conservatrice adjointe) se fait attendre ;
Je soupire ; ils ricanent ;
Un cliquetis de talons distingués se fait entendre ;
Je serre les dents, on y est ;


( Je m’appelle Adélaïde ; bon, hein ;
C’était ça ou Philomène ;
Le ciel m’ayant doté simultanément d’une famille fidèle aux aïeux, et de deux grands mères aux prénoms importables ;
Je fais avec ; si vous avez une autre soluce, je suis preneuse, hein ;
Et je suis prof ; certifiée ; dans un Lycée, où depuis de longues années, je recueille les « littéraires » ; voilà, on s’est tout dit ;)

Bref, me voilà dans le hall grandiloquent du Musée susdit, en compagnie de ma Terminale L (Littéraire – tu parles-), qui n’est pas tombée de la cuisse de Kant ni de Hegel ; des zombis de la dialectique, enfin, vous voyez, quoi, pas de quoi frimer ;
Bref, les IPR (noble caste des Inspecteurs Pédagogiques Régionaux) jamais à court de trouvailles abrutissantes ont pondu de concert une note répandue dans toute l’Académie, comme quoi, il serait bon que les élèves se familiarisent avec les arts plastiques ;
Bref, on en est là, il y a une expo machin au Musée local, et j’y traîne mes « énervés de Jumièges » pour qu’ils se rincent l’œil ;


Le cliquetis se fait plus sonore et une radieuse créature apparaît, coupant le sifflet aux quinze abrutis dans mon dos ;
Elle est blonde, et beige ; les tifs soyeux, bien coiffés, le pull – très cher ça crève l’œil- et la jupe assortie, dans les mêmes tarifs ;
Elle sourit, à moi, et aux abrutis qui doivent se mettre à baver, la lippe pendante, mâchoire décrochée de stupéfaction ; je n’ose pas me retourner de crainte de voir ça ;
On échange de menus propos bienséants, la créature céleste promène sur mon troupeau un sourire séraphique légèrement plus distant – elle a du comprendre à qui elle a affaire- et hop, un tintement de clés, elle ouvre l’enfilade de salles, et s’en va ;
J’en profite pour me retourner et bin, non, ils sont O.K. matés, médusés ;
Allons-y, on va pas y passer le week-end ; et je fonce ;
Puis je pile ; net ;
P’tain !!!!! Ils nous ont pas loupés ;
Bref ;
Deux pommes bien vertes, masquées de gris, sur le sable, la mer au loin, au dessus un croissant de lune dans les nuages ; admettons, après tout, hein ;
On va faire avec ;
Seulement voilà, sur le cartouche sous le tableau s’étale en lettres d’or
René Magritte « Le prêtre marié »
Vas-y, Adélaïde, t’es brillante, tu le sais, tu vas dominer la situation ;
Ta gueule, je fais à ma gamberge, lâches-moi, tu veux ? T’as vu le merdier ?

Zioup, je fais demi tour, et je me plante sous le tableau, juste devant le cartouche ;

Y a trois futés qui ont eu le temps de capter et qui se tordent le cou pour lire par-dessus mon épaule ;
Je les vrille d’un regard glacé ; ils rentrent la tête dans leur sweater ;

Alors, fais-je avec un rictus pédagogique, voici un tableau de René Magritte qui date de 1967 ;
Le futé qu’a capté – je crois- le titre intervient « C’est quoi, Madâaame, le nom du tableau ? » fumier, va, je t’ai à l’œil, toi ; j’ouvre la bouche pour riposter sèchement par le nom du peintre suivi de « z’êtes sourd, ou quoi ? » lorsqu’une autre voix s’élève :
- Ta gueule, toi, elle l’a dit, la prof, t’es sourd ou quoi ?
Le futé pique du nez sur ses baskets ;
Je foudroie la seconde voix, une blonde aux longs tifs raides jusqu’aux fesses avec un bandana en serre-tête, des jeans délavés et des mocassins bien cirés ;
Les miens ;

( Evaporée me pique mes fringues, copie ma coiffure, jusqu’à massacrer ses cheveux et veut mordicus faire hypokhâgne ;
C’est ma fille, l’aînée, la seconde, Chafouine, est perdue dans la foule ;
Alter ego, m’a fourré de force mes deux filles en classe « y a que dans le privé que l’on travaille ! »
Je mène, vous le voyez, une vie exemplaire, d’épouse exemplaire, de mère exemplaire, de prof exemplaire ;
Ne vous fiez pas lecteur ami, et femmes mes sœurs d’infortune, à mon look banal à pleurer = imper délavé, tifs à la taille avec nœud-nœud de velours et croules bien cirées ;
Sous cet aspect misérable se cache une créature corvéable à merci comme les serves du moyen âge ;
Bref, je professe, j’éduque, je cuisine, je materne, je lave, je balaye; si j'en réchappe, là, je le jure, j'écris un Apologue à visée argumentative = UNE VIE EXEMPLAIRE ! où comment ne pas être une emmerdeuse, où comment se rendre compte, un beau jour qu'il aurait mieux valu, et qu'il est trop tard ! ou peut-être pas encore, mais n'anticipons pas......
adoncques, disé-je, je torchonne, je torche, j'essuie, je repasse.......)

........Et aujourd’hui, j’effectue sans filet et dans les règles méthodologiques les plus strictes une « lecture d’image » ;

Devant quinze guignols goguenards mâtinés de quelques drôlesses de ci de là, dont mes deux filles ;

En piste !

Je reprends mon laïus
« Ce tableau de René Magritte va surprendre ; il faut, tout d’abord, se laisser porter par le regard, et le ressenti ; que voyons-nous ? »

Je recule un peu et colle étroitement mes omoplates au cartouche maudit ;

Un silence s’abat sur le groupe ; même la terrible Constance – Evaporée- est coite ; intervient alors Chafouine...Heu, Pauline, sa sœur ; nonchalante…..

( Je vous briefe vite fait ; Constance est blonde et belle ; elle veut être une intellectuelle ; Pauline est, heu, précoce ; elle veut être belle ; les deux chamelles se vouent à leur objectif sans désarmer et me pourrissent la vie )

- Deux pommes auxquelles l’exécution picturale a conféré comme un air d’humanité ; on pourrait parler d’anthropomorphisme pictural, souligné par le masque, et la position des deux fruits, légèrement inclinés, le second vers le premier qui fait face au spectateur…." profère Pauline lentement….
Constance foudroie sa sœur ;
Je récupère mon rictus pédagogique :
« c’est bien Pauline X »
Constance fonce tête baissée
- Heu, le titre du tableau nous fournit une précieuse indication « Le prêtre marié » doit connoter de façon directe les fruits, les masques……"
Petite teigne, j’ai décollé mes omoplates du tableau et elle a vu !

Le groupe de zébus apathiques ouvre le bec de façon inquiétante en émettant des borborygmes confus ;
- hein ? Quoi ? Comment ça s’appelle, ça ?
- « Le prêtre marié » glapit Constance

J’enfonce mes poings serrés dans mes poches ; Adélaïde, ne la gifle pas, please, pas ici, attends chez toi ;

Rictus pédago-patient-serein-dominateur ;
- C’est bien, Constance X "
En fait, je me suis angoissée pour rien ; sont balourds, hein, aucune réaction ;
J’enchaîne, mode « prof-brillant » on
- René Magritte, fut inspiré durant quelques années par l’esthétique Surréaliste, et……."
Tu parles, s’ils s’en foutent ; Constance prend des notes, Pauline inspecte ses boucles du bout de l’index ;

Et tout à coup, le noir ! La lumière s’éteint, et nous restons dans l’obscurité ;
On me bouscule violemment et on me jette par terre, tandis que des élèves crient, et qu’au moins deux d’entre eux me tombent dessus ;
Un miaulement déchirant, aigu, vrille l’air, j’entends des cris, bousculade monstre, tout le monde gueule à la fois ;
Je rampe précautionneusement hors du magma humain qui coince douloureusement un de mes tibias et je tente à toute allure de me souvenir des consignes de sécurité de la sortie de groupe ;
Je suis mal barrée, on devrait être au moins deux ;
Et j’ai atrocement mal à la jambe ;
Le bruit devient infernal, dominé par ce qui doit être l’alarme ;
Je pense péniblement « il doit y avoir un court-circuit » et « malheur, y a le feu »
Je renifle en essayant de bouger ma jambe et de localiser la porte dans mon souvenir ;
Un élancement atroce me coupe le souffle ;
Noir complet ;

Lorsqu’il fait jour de nouveau, il y a devant mon nez une quantité importante de guibolles étrangères et diverses ;
- une paire de très jolies jambes avec des escarpins hors de prix, doivent être italiens ;
- quatre guibolles bleu-marine avec des croquenots, l’armée, les pompiers, les keufs ?
- quatre guibolles en blue-jean qui tremblent violemment et
- quatre guibolles en nylon vert pâle, type fringue d’hosto ;

Je ferme les yeux, j’ai du mal à les garder ouverts ; puis, giflée par ma conscience professionnelle, je chevrote « où sont les élèves » ?
« Au bahut Maman » chevrote en réponse une voix familière ; mes entrailles maternelles frémissent, les deux pestes sont vivantes, et semble-t-il le reste du troupeau aussi ;
Je rouvre les yeux, le spectacle en vaut la peine ;
La conservatrice sanglote, deux flics me contemplent avec ??? Émerveillement ? (je pense que je suis très très atteinte, ça doit être les spasmes agoniques) ; Constance et Pauline sont grisâtres et ruissellent de larmes en reniflant de façon dégoûtante, jamais, jamais ces gosses n’ont de mouchoir ! Je suis un flop comme mère ; les guibolles vert pâle sont pliées vers moi « ça va aller, hein, marmonne la première paire, vous avez une cruralgie sciatique, on vous a fait une piqûre » ;
Et plouf ! Le noir total ;

C’est un doux contact qui me réveille, si on peut dire ; je vasouille terrible ; je dois le marmonner entre haut et bas, parce que Alter ego se penche « on t’a fait de la morphine » ; eh bin, d’accord ;
Contre moi, j’ai, entassés, Tenace le Résolu une peluche dans les bras, le chat et le chien ; il me reste assez de lucidité pour traduire "on a bien faim » ;
Tenace (mon fils) couine plaintivement « t’as mal, Maman ? » le chat miaule et le chien gémit ; j’avais raison, ils ont faim ;
Alter ego revient « j’ai fait des nouilles » dit-il avec majesté ;

Et soudain, j’aperçois au pied du lit une pile de journaux ;

« LORSQUE L’EDUCATION NATIONALE MET EN FUITE LES MALFRATS »

Ça me saute à la figure ;

« Blablabla Bla Bla ….. »

Et bien, voilà =
« holdup avorté au Musée Ingres ; un groupe de quatre cambrioleurs voit son attaque surprise mise en échec grâce à la présence d’un groupe d’élèves et de leur professeur réunis sous le tableau convoité….. »

Et ça continue =
« Jetant à terre l’enseignante grâce à l’obscurité, les malfaiteurs, gênés dans leurs mouvements, et n’ayant pu faire taire l’alarme, sont pris par la police arrivée rapidement sur les lieux » ;

Je médite, songeuse, sur La Vie qui est - à sa façon- Exemplaire lorsqu'elle s'y met; Adélaïde, tu le tiens, ton Apologue.....




LA PÂLE OPHÉLIE FLOTTE COMME UN GRAND LYS........




Regards sur l'Art.......ELISABETH Opheli11



L’Honorable Lobelia Asparagus, 18 printemps, dévala l’escalier monumental, fit un dernier petit saut sur la dernière marche, tira la langue au « Nénuphar », et glissant jusqu’à la salle à manger s’assit à table ;
Sa mère Lady Helianthema, fronça les sourcils, jeta un regard sur la pendule et but en silence une gorgée de thé ;
Dans ce silence retentit bruyamment un hululement strident ; il s’amplifia jusqu’à l’insoutenable et fit tinter les cristaux de l’argentier ;
Lady Helianthema se leva posément, soupira et étendit les bras ; ils entourèrent à la fois la plus jeune des Honorables Asparagus, Ancolia 10 ans, la digne Pritchett, et jusqu’au vénérable Barmes qui en rosit imperceptiblement sous ses favoris ;
La cohorte longea le hall et s’engouffra derrière l’escalier gigantesque vers les entrailles de la cave ;
Il était temps ;
Un sifflement vénéneux, métallique, stridula, se rapprocha et une violente explosion secoua l’hôtel particulier ancestral des Asparagus dont la majesté funèbre s’élevait depuis des siècles à Belgravia ; l’explosion se mêla à un autre fracas plus difficile à caractériser = bruissements, bris de vitres ou de verre, chute sourde, lourde qui ébranla les fondements de l’immense demeure ; puis deux explosions encore plus violentes résonnèrent ; les murs tremblèrent ;
Dans l’escalier, immobilisés par les explosions, tous s’étaient recroquevillés à terre, la tête plongée dans les mains, recourbés sur les marches de l’escalier ;
Des plaques de plâtres tombaient des murs et du plafond, et un nuage gris de poussières refluait depuis l’ouverture de l’escalier, en haut des marches ;
- Seigneur ! fit Lady Hélianthema ;
- On aurait dû emporter le « Nénuphar » gémit Ancolia ; Lobelia lui tira la langue ;
- Que Milady ne bouge pas, dit Barmes d’une voix sépulcrale, je crois que l’attaque s’achève……

Sa voix se perdit dans un nouveau hululement vociférant, sinistre, la fin d’alerte, seule dans une sorte de silence de fin du monde ; des bruits divers chutes d’objets, tintements, soupirs de choses retentissaient sourdement ;
Barmes déplia lentement sa silhouette vénérable et grimpa doucement les marches en toussant et en agitant les mains pour chasser le nuage de poussières et de débris ;
Un instant il se découpa en contre jour sur la lumière diffuse du rez de chaussée ; un souffle d’air s’engouffra dans l’escalier ; puis Barmes réapparut ;
- Milady, dit-il avec calme, nous n’avons que peu de dégâts ;
- Le « Nén…… » heu, le tableau de Sir John Everett Millais est intact, Milady, acheva-t-il ;
- Loué soit Dieu fit Lady Hélianthema, comme s’ils avaient tous échappé à l’anéantissement ;

Et lentement, elle se mit à monter les marches à son tour, dédaignant de brosser sa jupe et de lisser ses cheveux ;
Elle émergea dans le hall, jeta un bref regard sur le « Nénuphar » qui était légèrement de guingois, malgré tout et se tourna vers les autres ;
Chacun retint sa respiration, les yeux fixés sur elle ;

Cependant, inaperçue derrière la monumentale porte d’entrée, une ombre menaçante oscillait dangereusement = le tilleul plusieurs fois centenaire qui ombrageait le somptueux hôtel particulier, fauché à sa racine par une bombe qui venait de tomber, tremblait et frémissait en silence ;

Lady Helianthema respira un grand coup ;
Elle ressemblait ainsi, les cheveux ébouriffés, l’œil rond et solennel, la bouche ouverte et légèrement pincée, à une chouette poussiéreuse refusant le déshonneur ;
La chouette ouvrit la bouche et dit =
- que pensez-vous de le décrocher et de le mettre en sécurité, heu, à la cave, par exemple ? nous pourrions l’emballer, et, heu….soigneusement, je veux dire……
Personne ne sut jamais ce qu’elle voulait dire ensuite, car un hurlement frénétique lui coupa la parole et fut lui-même interrompu par un éclatement sombre, foudroyant, et un craquement tel qu’il figura pour ceux qui eurent le temps de l’entendre encore, les entrailles de l’enfer s’ouvrant sous eux ;
Une masse raide, sombre, feuillue, abominablement lourde écrasa le hall et tout disparut ;


Lorsque Lord Asparagus se leva pour s’exprimer, au ministère de la Guerre, il n’eut guère le temps, lui non plus, de proférer le moindre son;
Un officier courait silencieusement dans les rangées de chaises, autour de l’immense table et l’interrompit ;
Tout le monde se tut ;
Lord Asparagus blêmit, se raidit, et quitta la salle ;
Quelques chuchotements sifflèrent après son départ ; « tragédie……sans nouvelles…..plus rien ne reste…… »

Dans le chaos du Blitz en ce 10 Octobre 1940, les sauveteurs les pompiers et les bénévoles de la défense passive ne purent que faire asseoir le malheureux devant les décombres de ce qui avait été l’hôtel particulier et la résidence familiale des Asparagus depuis le règne de Victoria ;
Lorsque, longtemps après, il releva lentement la tête, dans le soir tombant, alors que l’on dissimulait les lumières pour le couvre feu, il identifia devant lui, une silhouette avec un casque sur la tête et un immense rectangle raide dans les bras ;
- Heu…..fit la silhouette en tendant le rectangle
- Donnez le dit Lord Asparagus et il secoua la tête ;

Il ne voulait plus le voir ;
LE tableau ;
Enfin la copie ;
Enfin, le SECOND tableau que Sir John Everett Millais avait peint cédant aux supplications frénétiques du 9 ème baronnet Asparagus, prénommé Viburnum ;

(Comme tous les descendants de sa lignée, le malheureux portait – outre son patronyme- un prénom de fleur ;
Il avait péniblement déniché une épouse portant elle aussi un nom de fleur, -Saxifragia- et baptisé toute sa famille filles et garçons de noms de fleurs ;
On racontait que les pasteurs qui se succédaient au presbytère d’Asparagus Manor faisaient désormais, avant d’entrer en fonction, l’acquisition d’un herbier aussi fourni que possible, ceci afin d’aider au choix des prénoms ;)

Tout allait à peu près bien avant ce f**** tableau ;
L’Ophelia de Sir John Everett Millais avait sa réputation avant même de pénétrer à la Tate Gallery, parmi d’autres tableaux Préraphaélites ;
Millais avait fait poser Elizabeth Siddal, la femme d’un poète célèbre, dans une baignoire, habillée d’une robe ancienne, afin de restituer le plus vivant tableau possible de la malheureuse noyée rêvée par Shakespeare ; il avait aussi durant deux saisons scruté les fleurs reproduites, dans leur fraîcheur, dans les prairies du Northumberland ;
Le résultat sidéra le public …….
……….Et Lord Asparagus, qui y vit en une illumination, la vivante incarnation de sa lignée ;

L’innocent venait – sans le savoir- d’en signer la fin ;

En quels arcanes funestes, cette noyée s’enfonçant dans l’eau mortelle au milieu des fleurs se mit-elle à préfigurer le sort de ceux qui depuis 9 générations portaient eux aussi des noms semblables ? Nul n’eut pu le dire ;
On chuchota à l’office, très vite que « ça glaçait les sangs, c’te femme morte les yeux ouverts », les femmes de chambre évitaient le hall, et la gouvernante se signait ;
Et puis, la première née – Rosalind- perdit l’équilibre en descendant l’escalier, les yeux arrondis et épouvantés fixant le tableau ; elle en demeura boiteuse ; la seconde, Daffodilia, se mit à bégayer dès ses premiers mots « Na...Na…nanny » le jour où, du haut de ses deux ans, elle prit soudain conscience de ce qui était suspendu au mur juste en face de l’escalier……. et demeura bègue ; le garçon Chrusanthemus, sembla indifférent, mais à dix ans, fut surpris à dessiner des moustaches et une barbiche à la Shakespearienne créature peinte et refusa énergiquement de s’excuser, de les effacer, et d’avouer avec quoi il les avait dessinées ; on eut le plus grand mal à les faire disparaître ;
Lady Saxifragia, qui s’était farouchement battue contre la présence de l’Ophelia de Millais au cœur de son foyer, prit un amant et lui confia certaines choses qu’il divulgua ; Tout Londres se mit à bruire, et on soupirait lorsque Lord Asparagus s’asseyait à la Chambre des Lords ; le scandale éclipsa un instant le procès d’Oscar Wilde, et George Bernard Shaw plaça l’héroïne de sa pièce Pygmalion en face du dilemme suivant = devenir une Lady ou bien devenir fleuriste ;
Et ainsi de suite ;

Lord Asparagus – le douzième du nom- soupira ; il eut été aisé de se défaire de l’Ophélia ; mais dès les fiançailles l’Honorable Helianthema, sa future, s’était, elle aussi entichée de cette f***** bonne femme ;
Et voilà, on en était là ; sa famille et ses fidèles serviteurs écrasés non par des bombes, mais par un tilleul innocent ;
Il se leva lourdement prit le seul taxi à rôder encore et se réfugia à son club où un silence consterné et compatissant l’entoura ;

C’est ainsi que la copie de l’Ophelia de Sir John Everett Millais s’éloigna doucement dans la nuit d’Octobre et les nuages de fumée et de poussière de ce funeste automne 1940 ;

Pas très loin dans l’inconnu ;

La femme de Withers, le brave bénévole poussa un hurlement et lâcha la théière qui s’écrasa au sol, lorsqu’il posa le tableau sur une chaise ;
- Bonté gracieuse, Viney, qu’est-ce que c’est que ça ? t’as tué quelqu’un ou quoi ? vire-moi cette horreur !
- Bin, non, pour sûr, ça a de la valeur ce truc…..
- Vire moi ça, j’te dis !

Withers soupira, attrapa le tableau par la chaînette qui le tenait sur l’envers de la toile et repartit doucement ;

Le pasteur n’en voulut pas et se signa ; mais après une courte controverse, il déclara le donner au brocanteur du coin ;

Le brocanteur cligna des yeux, et souffla doucement ;
- ffffff……..Millais ? hein ? Ffffff…….
- Je pense, dit le pasteur onctueusement ;

Et l’Ophelia copiée de Millais changea de mains ; assez vite, ma foi ; une doucereuse femme entre deux âges -enrichie par le marché noir- vit tout de suite le parti qu’elle pouvait en tirer ; elle marchanda un bref moment, et partit avec le tableau fagoté dans de vieux journaux ;


A son club, Lord Asparagus vivait des instants pénibles ; mais c’était la guerre et l’on avait besoin de toutes les bonnes volontés ; environné d’une compassion agissante, il fut pris en main par divers responsables au sein du Ministère de la guerre, et, le voyant diminué, on le transféra au poste d’accueil des réfugiés ;
Sa mine funèbre et éplorée y fit merveille, de plus légèrement sonné depuis la chute du tilleul, ses réactions étaient très ralenties ; il laissait pleurer sur son épaule durant de longs instants les malheureux rescapés des diverses nations et pleurait avec eux à chaudes larmes ;


L’histoire aurait pu, ainsi, suivre en cahotant l’Histoire……
Lord Asparagus, au terme de 6 années de guerre, aurait pu épouser sa secrétaire (Amaryllis, blonde et douce, qui lui passait au fur et à mesure des mouchoirs, des sandwiches, et des gobelets d’eau fraîche au poste d’accueil des réfugiés), et l’Angleterre, affamée, sinistrée mais victorieuse, aurait du signer l’Armistice ;
Il n’en fut pas ainsi ;
Oh, certes, la guerre s’acheva sur la Victoire avec majuscule ;
Mais c’était compter sans la malignité du Destin ;

Un matin qu’il sortait de son club, Lord Asparagus se rencontra de plein fouet avec une grande bringue osseuse et véhémente qui le saisit par les revers de son veston, l’embrassa vigoureusement par surprise et hulula en pleine rue
- Cher ! je l’ai !
- Madâââme……soupira le pauvre type
- Eh bien, Asparagus, JE L’AI ! qu’en dites-vous ?
Et Asphodelia Asparagus- Fitzjames secoua avec énergie le baronnet ;
Dans un brouillard consterné, ce dernier discerna un taxi à l’arrêt dont la portière ouverte laissait entrevoir un grand rectangle revêtu de papier marron ;


Les dernières années de Lord Asparagus s’écoulèrent donc à l’ombre de l’Ophelia de Millais, dument accrochée dans un immeuble récent au mur du hall d’entrée ;
L’immeuble était fort laid, mais solide ;
La nouvelle Lady Amaryllis Asparagus fort sotte mais ravissante ;
La guerre était finie et le Roi Georges VI enterré ;
Asparagus était résigné ; désormais sans descendance, il se souvint tout à coup du sobriquet ironique dont sa terrible cadette baptisait le tableau « Le Nénuphar » ; il n’y pensa plus que sous ce surnom méprisant et vécut jusqu’à un âge avancé ;
Des frasques et méfaits de l’Ophelia de Millais jusqu’à ce qu’elle lui revint, il ignora tout ;
Et il refusa énergiquement de voir, de même, les désolantes conséquences que sa proximité déclenchait autour de lui ;
L’ascenseur qui tombait en panne régulièrement, cassa un beau matin les chaînes qui le tractaient et s’écrasa six étages plus bas ; plusieurs familles bien nées enregistrèrent des comportements scandaleux en leur sein ; il y eut deux assassinats à l’étage immédiatement au dessus et au dessous ; les chiens se faisaient mordre et attrapaient la rage, les chats perdaient leur poils ;
- Quel monde,…….soupirait hypocritement Lord Asparagus
- Amaryllis, ma chère, que penseriez-vous d’inviter Dame Agatha Christie ? cet immeuble devient un repaire de brigands, elle aurait matière à inspiration……..
Et, ignorant le regard agonique du « Nénuphar », il ouvrait le Times en quête de catastrophes contemporaines.......



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Regards sur l'Art.......ELISABETH

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