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L'Affaire Grégory

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Masques de Venise
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MessageSujet: L'Affaire Grégory   Lun 16 Fév - 16:38



Les Deux Affaires Grégory
Auteur : Colonel (e. r.) Etienne Sesmat


Les plus âgés de ce forum s'en souviennent certainement, les plus jeunes en ont sans doute entendu parler : l'Affaire Gregory a remué et même divisé la France entière pendant près d'une décennie. C'est aussi, après l'affaire de Bruay-en-Artois, dans les années soixante-dix, l'une des toutes premières affaires modernes où se distingue un juge d'instruction qui va prêter à polémique tant son parti-pris sera grand. C'est enfin une affaire où les médias ont joué un rôle tel qu'on peut leur reprocher en partie non seulement le meurtre de Bernard Laroche mais aussi et surtout le lynchage orchestré de Christine Villemin, la mère de la petite victime.

Le principal mérite de l'ouvrage, en tous points remarquable, que le colonel (en retraite) de gendarmerie Etienne Sesmat consacre à cette affaire où il fut l'un des tous premiers intervenants, est de remettre les faits, qu'il s'agisse du crime ou des enquêtes (car il y en eut deux), dans leur contexte. Ce qui est primordial pour un lecteur qui, sur l'affaire Grégory, a souvent entendu et lu tout - et n'importe quoi.

Au départ, le corps d'un petit garçon de quatre ans et deux mois, Grégory Villemin, retrouvé mort dans la Vologne, la rivière qui passe dans le village de Lépanges où vivent ses parents, Christine et Jean-Marie. Quand les sauveteurs le récupère, il semble avéré que la mort remonte à trois heures, que l'enfant n'a subi aucune violence même s'il est pieds et poings liés avec l'arrière de la cordelette enserrant son cou et que la responsable du décès est la noyade. Par l'un de ces hasards qui font l'Histoire, grande ou petite, un photographe professionnel se trouve présent et prend la photographie qui fera dès le lendemain la une des journaux locaux, puis nationaux, celle de la petite silhouette ramenée dans les bras d'un sauveteur visiblement très ému.

Très vite, tout le monde comprend la complexité de l'affaire : un ou plutôt deux corbeaux (un homme et une femme) qui sévissaient déjà autour de la famille Villemin tout entière mais en visant tout particulièrement Jean-Marie, dont la réussite sociale, pourtant bien modeste, semblait déchaîner les jalousies ; des voisins qui affirment n'avoir rien vu ; des experts qui désignent un cousin des Villemin, Bernard Laroche, comme l'auteur plus que vraisemblable de certaines lettres parmi lesquelles celle qui revendique l'assassinat ; puis la déposition de la belle-soeur de Laroche, alors âgée de 15 ans, qui déclarera, tant aux gendarmes qu'au juge Lambert, être montée dans la voiture de son beau-frère ce jour-là et y avoir vu le petit Grégory ; enfin, au bout de plusieurs jours, la rétractation éclatante de la même belle-soeur, Murielle Bolle, que le juge Lambert n'a pas pris la peine de placer à l'écart de ses parents, proches et moins proches, ceci afin d'éviter les pressions.

Des pressions, justement, les avocats de Bernard Laroche vont en exercer sur le juge Lambert, que la presse appellera bientôt "le petit juge." Il faut dire que Lambert fait montre d'un caractère pour le moins curieux chez un juge appelé, par sa profession, à agir dans l'impartialité absolue. Il se définit lui-même comme un "anarchiste libertaire", écoute Léo Ferré quand il doit prendre une décision, omet de remplir toutes les paperasseries dont la Justice raffole et rompt le secret de l'instruction au bénéfice des journalistes. Certains diront en outre qu'il était toujours de l'avis du dernier qui avait parlé.

Contre l'avis du procureur, Lambert va dessaisir la gendarmerie pour ne plus travailler qu'avec la SRPJ de Nancy. Et dès le départ, le nom de l'assassin est donné : c'est "la Mère." Pourquoi ? Comment ? Peu importe, c'est elle, ça ne peut être qu'elle et Bernard Laroche est innocent. Qui, le premier, a eu cette certitude ? On peut penser à Jean-Michel Bezzina, qui a été dépêché à Lépanges par RTL (la station d'ailleurs, à un certain moment, sera prise de tels doutes quant à son collaborateur, qu'elle enverra un autre journaliste pour se faire une idée personnelle de l'affaire).

Outre le fait que Bezzina et l'inspecteur auquel l'enquête a été confiée, Jacques Corazzi, s'entendent comme larrons en foire, le journaliste dispose d'un véritable réseau médiatique qu'il va utiliser pour procéder au lynchage en règle de Christine Villemin : sous divers pseudos, il écrit en effet dans "Le Journal du Dimanche", "France-Soir", "Le Figaro." Sa femme, Marie-France, qui prendra elle aussi fait et cause contre Mme Villemin, travaille au "Parisien", au "Quotidien de Paris", à l'Associated Press et à l'Agence centrale de Presse. Qui dit mieux ? ...

Malgré tout, Christine Villemin ne "craquera" pas et, lorsque l'enquête sera enfin délocalisée et confiée à la cour de Dijon, le travail, extraordinaire d'impartialité et de sérieux, qu'effectuera le Président Simon avant de succomber à un infarctus, permettra à la Cour d'Appel de Dijon, le 3 février 1993, de "dire et juger qu'en l'état, il n'y a pas de charges contre Christine Blaise, épouse Villemin, d'avoir assassiné son fils, Grégory Gilbert Villemin."

L'arrêt fera jurisprudence : la cour d'Appel ne se contente pas en effet de renvoyer l'accusée faute de charges suffisantes, elle précise que, des charges, il n'y en a pas contre elle - ce qui revient à dire qu'elle a été amenée là sans aucune preuve valable.


Au-delà l'horreur de ce crime, de nos jours encore non-résolu, le lecteur garde l'image d'une presse et d'une télévision toutes puissantes et capables de raconter n'importe quoi en dépit du bon sens, pourvu que ce n'importe quoi soit porteur. Qu'on réfléchisse en effet un instant : un meurtre commis par un cousin jaloux, même sur un petit enfant, c'est tout de même moins "porteur" que le même, commis par la propre mère de la victime, qu'on s'acharne à dépeindre sous des traits littéralement diaboliques. Menteuse, hypocrite, calculatrice, préméditant le meurtre trois ans à l'avance, ne reculant devant rien, noyant elle-même son petit, tout cela par haine de son mari !

Quoi qu'il en soit, le livre du colonel Sesmat est, avec "Le Bûchers des Innocents", de Laurence Lacour, l'un des livres qu'il faut lire si l'on s'intéresse à l'affaire Grégory. A déconseiller, le "docu-fiction" rédigé par Corazzi en 2003 et qui ne tient aucun compte du jugement de la Cour d'Appel de Dijon. A déconseiller aussi, tous les délires de Marguerite Duras sur la question.
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Masques de Venise
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Lun 16 Fév - 19:40

A voir également, ce site très bien fait.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Mar 17 Fév - 0:49

Et finalement, on ne sait toujours pas qui a assassiné l'enfant ?
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Je ne suis qu'à moitié idiot et j'ai le vice de la tolérance.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Mar 17 Fév - 9:38

On sait seulement que ce n'est pas Christine Villemin.

Alors, évidemment, on pense à Laroche. Mais, plus on y réfléchit, et plus on se dit qu'il a eu un ou deux complices. De toutes façons, déjà, il y avait deux corbeaux, un homme et une femme.

Pourquoi pense-t-on que le Corbeau mâle était Bernard Laroche ? Non seulement en raison des similitudes d'écriture mais parce que :

1) Laroche écrivait aussi bien de la main gauche que de la main droite ;

2) contrairement à ce qu'il a affirmé aux gendarmes ("Je n'écris qu'en script"), il écrivait également en écriture liée et cursive et a tenté de le dissimuler ;

3) enfin, en raison du "foulage" retrouvé sur l'une des lettres du Corbeau. Le foulage, c'est tout simplement quand, sur une feuille manuscrite, vous retrouvez l'empreinte d'autres mots ayant été écrits, eux, sur un document posé sur la feuille, et y ayant gravé une marque en creux. La marque retrouvée sur celle du Corbeau étaient "LB", comme la signature de Bernard Laroche.

Evidemment, on peut objecter - un internaute le fait sur le forum FR.2 - que Bernard Laroche pouvait avoir chez lui un bloc sur lequel il avait écrit et signé des lettres et sur lequel, par la suite, un Corbeau qui n'avait rien à voir avec lui a rédigé le message aux Villemin. Ce n'est pas dépourvu de logique mais, même dans ce cas, le Corbeau devait être proche de Bernard Laroche.

D'autre part, on a émis l'hypothèse que Gregory avait été drogué à l'insuline avant d'être noyé - soit dans une baignoire, soit dans la Vologne.
(Les viscères n'ayant pas été conservés, on n'a pu demander ce complément d'enquête, chose qui paraît simple à nos esprits abrutis par les démonstrations de la police scientifique, aussi bien française qu'américaine, que l'on voit à la télévision, dans les séries et les documentaires. Mais c'est oublier que, dans les années 80, cette police scientifique, en tous cas en France, était loin de disposer d'autant de moyens qu'aujourd'hui.)

Pourquoi l'insuline ? Parce que, là où l'on pense que l'enfant a été jeté dans la Vologne, on a retrouvé une seringue vide d'insuline. Or, la belle-soeur de Bernard Laroche, Murielle Bolle, se rendait régulièrement chez une parente diabétique, Louisette (si mes souvenirs sont bons), laquelle passait pour "simple" d'esprit et dont le témoignage n'a pas été écouté pour cette raison. Et bien entendu, comme il arrive à tous ceux qui soignent les diabétiques ou aux diabétiques eux-mêmes, Murielle savait faire des piqûres d'insuline.

Coïncidence ? ... Dans un aussi petit bourg ? ...

On a aussi émis l'hypothèse que l'enlèvement avait mal tourné, que Grégory avait été initialement kidnappé pour faire plus de peur que de mal, et que, l'enfant ou son ravisseur s'étant affolé, tout s'était mal terminé.

Mais non, on ne saura jamais.

Toutefois, ta question, André, me rappelle quelque chose qui m'a personnellement fait une drôle d'impression quand j'ai regardé l'émission consacrée par Hondelatte à l'affaire Grégory.

A la fin de l'émission, il fait un peu le "tour" de toutes les personnes qui se sont exprimées sur la question : journalistes, enquêteurs, avocats et témoins. A la question : "Saura-t-on un jour qui a tué le petit Grégory et pourquoi ?", tous ont répondu : "On ne le saura jamais." Tous sauf ...

... l'ex-Marie-Ange Laroche
(car elle s'était remariée, ce qui, à l'époque, n'a guère choqué la presse), laquelle a dit (je cite de mémoire) : "Peut-être qu'on saura un jour. Si quelqu'un parle avant de mourir et dit ce qu'il savait. C'est l'espoir que je garde."

J'ignore si les réalisateurs de l'émission avaient leur petite idée derrière la tête mais c'est vrai que ce seul avis favorable à une résolution de l'énigme par la peur de la Mort, venant de la veuve de Bernard Laroche, présenté de surcroît en dernier, faisait un drôle d'effet.

Les journalistes se sont peut-être rappelé l'hypothèse, formulée elle aussi, que Laroche aurait pu, tout simplement, chercher à protéger quelqu'un qu'il aimait et qu'il savait (ou croyait savoir ? ) avoir trempé dans la mort de Grégory.
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MessageSujet: Le Bûcher des Innocents   Mar 14 Avr - 16:45



Le Bûcher des Innocents
Laurence Lacour


Avec plus de six-cent-cinquante pages, ce livre constitue la somme indispensable pour quiconque tient à mieux connaître les dessous, journalistiques et politiques, de l'Affaire Grégory. A l'époque des faits, son auteur, Laurence Lacour, était la correspondante d'Europe 1 dans l'Est de la France et avait tout juste vingt-sept-ans. A l'issue des neuf ans pendant lesquels l'Affaire ne quittera pas les manchettes des journaux, elle prendra une année sabbatique car, elle l'explique ici avec pudeur mais sans complaisance aucune, pas même pour ses erreurs personnelles, elle ne reconnaissait plus alors la vision du journalisme qui était la sienne à l'origine.

Avec courage, avec impartialité, avec tristesse et colère aussi, "Le Bûcher des Innocents" prouve, si l'on avait encore des doutes sur la question, que, contrairement à ce que l'on pourrait croire en écoutant par exemple Bernard de La Villardière s'emporter sur Direct 8 contre le directeur d'"Ici-Paris", les journaux réputés "à scandales" et qui font effectivement leurs unes en raclant les poubelles, ne sont plus les seuls - et depuis longtemps - à grossir le trait de façon caricaturale et en dépit du bon sens. "Le Figaro", "Le Monde" mais aussi "Le Parisien", "La Croix", "Libération", "L'Humanité" sans oublier "L'Est Républicain" et l'omniprésent "Paris-Match", tels sont les noms des principaux journaux et revues ayant contribué à transformer le meurtre ignoble d'un enfant en lynchage d'une mère et d'un père ravagés par la douleur et l'injustice.

Pour étayer ce travestissement hallucinant de la vérité, nombre de stations-radio (surtout RTL, dominé par le pool Bezzina) et la télévision ont aussi donné de la voix. Tous recherchaient une hallali qui n'a pas eu lieu, tous - ou presque - ont sacrifié à leur folie la mémoire de l'enfant assassiné.

Mois par mois, semaine par semaine, jour par jour et presque heure par heure, depuis le début des faits, en ce 16 octobre 1984, Laurence Lacour raconte ce qui commença comme un fait divers, atroce certes mais perdu parmi les autres faits divers, et se termina par le fameux non-lieu du 3 février 1993 qui non seulement mettait définitivement hors de cause Christine Villemin mais précisait également qu'elle n'aurait jamais dû comparaître devant la Justice.

Elle dit les brumes énigmatiques de la Vologne, les soirées agitées où les journalistes campant à Lépanges reprenaient régulièrement les faits autour de repas bien arrosés, la montée des tensions, le professionnalisme de la gendarmerie, l'amateurisme lunaire du juge Lambert, les obsessions de M° Prompt qui voyait partout des complots de la Droite pour faire renaître la peine de mort et des complots de l'Extrême-Droite contre les honnêtes ouvriers collègues de Bernard Laroche, l'embarras, puis l'agacement de l'Elysée devant les remous suscités par l'Affaire, la course au plus "beau" scoop, à la plus "belle" photo, les tractations des avocats des deux parties pour que leurs clients en tirent un maximum d'argent (et puissent ainsi couvrir leurs honoraires), le rôle ambigu de son confrère Jean Ker, de "Paris-Match", qui, convaincu de l'innocence de Christine Villemin, en viendra aux mains avec Jean-Michel Caradec'h, autre grande pointure de la revue et qui, lui, main dans la main avec le couple Bezzina, s'entêtera à salir la jeune femme par tous les moyens, les sommes plus que conséquentes enfin versées par les rédactions aux "grands reporters" (Caradec'h, Marie-France & Michel Bezzina, etc ...) ainsi qu'aux francs-tireurs (Catherine Lévitan) de la profession.

Mais Lacour dit aussi ses propres doutes, ses certitudes, ses flottements et ce moment terrible où, à l'antenne, elle aura elle aussi un mot cruel envers Christine Villemin. Sans vouloir les dédouaner de la terrible responsabilité qu'ils portent dans le déroulement médiatique de l'Affaire Villemin, il faut bien admettre que les choses ne furent pas toujours simples pour les journalistes. Tantôt sûrs d'eux et arrogants, tantôt déconcertés et hésitants, rares, très rares sont, parmi eux, ceux qui ne changèrent jamais de camp. Selon Lacour, il n'y en eut même jamais qu'un seul, Jean-Michel Hauck, du "Républicain Lorrain." Un seul sur une meute qui, dès les premières investigations, comportait soixante représentants pour cinquante gendarmes ...

Si vous doutez encore que l'Affaire Villemin se transforma très vite en authentique chasse aux sorcières, lisez "Le Bûcher des Innocents" de Laurence Lacour. Et si pour vous, le journal de 20 h, avec ou sans Poivre, ainsi que votre quotidien du matin, sont paroles d'Evangile, lisez-le aussi : ça vous remettra les idées en place.

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Dernière édition par Masques de Venise le Ven 23 Oct - 10:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Mémoires d'un Rat - Denis Robert   Ven 24 Avr - 15:04



Au Coeur de l'Affaire Villemin - Mémoires d'un Rat
Denis Robert


Avec l'ouvrage de Denis Robert, qui, en 1984, faisait ses débuts de journaliste à "Libération" comme dans le métier, se clôt, peut-on dire, la liste des livres à lire sur l'Affaire Grégory.

Mieux vaut en effet laisser de côté les divagations d'un Philippe Besson resservant la sauce éventée de la culpabilité de Christine Villemin - alors même que celle-ci avait été innocentée - dans l'un de ces prétendus "romans" dont doit se contenter aujourd'hui trop souvent la littérature française, ainsi que le "docu-fiction" que l'on doit au commissaire Corazzi, lui aussi persuadé de la culpabilité de la malheureuse mère alors même qu'il n'avait pas encore en mains les pièces du dossier. Tout au plus, par curiosité - car le personnage est si outrancier et si lunaire à la fois qu'on le croirait presque une nouvelle invention des médias - pourrait-on ajouter au trio Sesmat-Lacour-Robert l'autobiographie du juge Lambert : "Le Petit Juge."

Quant à l'ouvrage rédigé par les parents de l'enfant disparu, avec l'aide d'un journaliste qui leur posait des questions, et intitulé "Le 16 octobre", il convient bien entendu de le mettre à part : approche différente, implication absolue dans la noirceur du drame de la Vologne, douleur intense et parfois difficile à supporter tant elle contient de vécu.

Pour en revenir à ces "Mémoires d'un Rat", il faut savoir qu'ils se composent d'une sorte de prologue (assez court) restituant l'époque, les personnages du drame et, de façon générale, tous ses principaux acteurs, suivi des articles publiés par "Libération" et signés par Denis Robert. Précisions tout de suite que les délires durassiens n'y figurent pas et que le journaliste égratigne fortement au passage Serge July, seul responsable semble-t-il de cette entreprise loufoque : "brancher" la pseudo-voyante Marguerite Duras sur l'affaire Grégory.

Denis Robert le dit lui-même : cette affaire lui a appris le journalisme - et le lui a aussi désappris. Toutes proportions gardées, son livre est un peu le pendant de celui de Laurence Lacour à ceci près qu'il se limite à son seul ressenti et que ce ressenti est masculin. Le livre de Lacour est un "pavé" minutieux, la tentative réussie de rassembler un maximum d'informations non seulement sur l'enquête, ses succès, ses dérives mais aussi sur le contexte tout entier de l'affaire : la vue d'ensemble est large. A l'inverse, Denis Robert n'évoque que ce qu'il a vu, éprouvé et retransmis, lui et lui seul. Avec ses doutes, ses mépris, ses dégoûts, ses étonnements aussi. Tels quels, les deux livres se complètent harmonieusement.

Toujours respectueux envers la mémoire de l'enfant assassiné - Grégory est probablement le seul à ne pas être envisagé avec une ironie qui, on le sent bien, a servi et sert encore de carapace au journaliste - Denis Robert brosse des portraits pris sur le vif : ceux des membres de la famille endeuillée, de la tribu Laroche-Bolle, des villageois mais aussi de ses confrères "journaleux" (Jean Ker en prend pour son grade, Gilbert Ouaki, le couple Bezzina, Michel Serres, Catherine Lévitan, etc ...) et, bien sûr, des enquêteurs.

Cependant, au fur et à mesure qu'on avance dans les articles et bien que Robert se défende d'avoir jamais pris position pendant l'Affaire, on se rend bien compte que, inconsciemment ou pas, le journaliste traite certains avec une sorte de tendresse qui adoucit le trait alors que le mépris et la colère montent contre d'autres. Parmi ces derniers, on citera le juge Jean-Michel Lambert (un cas, tout le monde est d'accord là-dessus) et Muriel Bolle, témoin-clef désormais cloîtrée dans la morne répétition de ce que tout le monde pense, sans hélas ! pouvoir le prouver, n'être qu'une accumulation de mensonges.

Intègre ou s'efforçant de l'être au maximum, Denis Robert rappelle son indignation - partagée par tant de Français - quand il apprit les sommes versées pour les photographies du petit Julien Villemin. Mais il note ensuite la manière dont les avocats - de toutes les parties - se payèrent sur l'argent versé par les médas aux différents protagonistes. Et son article final - ou presque - nous rappelle que, à ce petit jeu-là, la famille Bolle-Laroche a, elle aussi, énormément gagné sur le dos des parents de l'enfant assassiné.

Un moment très fort de ces "Mémoires ..." est celui où Robert raconte le rire du fameux Corbeau, enregistré sur une cassette qu'il avait obtenue par la bande et dont une copie fut, plus tard, entendue à l'audience, lors du procès de Jean-Marie Villemin. Bien que l'on se trouve dans un amas d'encre et de papier d'imprimerie, ce Corbeau, on croit l'entendre et le coeur se serre quand on songe que, effectivement, l'Histoire lui a donné raison : aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas de qui il s'agissait.

Et le livre s'achève sur l'évocation de la Vologne qui, elle, connaît certainement et le Corbeau, et l'assassin du petit Grégory.

A lire, sans aucun doute. Et à relire.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 10:35

Un quart de siècle après la mort du petit Grégory Villemin, les progrès scientifiques viennent de permettre la découverte de deux ADN différents - l'un féminin, l'autre masculin - sur l'une des lettres du fameux Corbeau de la Vologne. Jean-Marie et Christine Villemin sont hors de cause dans l'histoire : leurs ADN respectifs n'ont aucun rapport avec ceux mis en lumière par la police scientifique. L'enquête sera-t-elle rouverte ? Le corps de Bernard Laroche exhumé ? Des prélèvements ADN effectués sur tous les autres intervenants de l'Affaire ? Cela est souhaitable et il faut espérer que la Vérité se fera enfin jour. Cela ne ramènera pas l'enfant, c'est certain mais on peut espérer que cela fera taire enfin, après tant d'années, ceux qui s'acharnent encore sur Christine Villemin et son mari - et ceci en dépit de la chose jugée.

Citation :
[...] ... Un quart de siècle après la découverte du corps du petit Grégory dans la Vologne (Vosges), l’affaire Villemin a rebondi jeudi avec la découverte d’ADN "identifiable" sur une lettre et son timbre envoyés par le «corbeau» qui a revendiqué l’assassinat.

«On a trouvé deux ADN identifiables sur les scellés: un ADN féminin sur ou sous le timbre d’une lettre du "corbeau" et un ADN masculin sur cette même lettre», a déclaré à l’AFP le procureur général de la cour d’appel de Dijon, Jean-Marie Beney.

Selon une source judiciaire, il ne s'agit pas des ADN des parents du petit Grégory, sur qui des prélèvements avaient été réalisés pour cette nouvelle expertise.

La lettre avait été adressée par le "Corbeau" à Albert Villemin, le grand-père de Grégory, en juillet 1985, neuf mois après la découverte, le 16 octobre 1984, du garçonnet de quatre ans et demi dans les eaux de la Vologne.

Selon Jean-Marie Beney, l’auteur de la lettre affirmait: "Je vous ferai la peau à la famille Villemin: la prochaine victime est Monique", l’épouse d’Albert.

De "l’ADN identifiable du petit Grégory (a également été retrouvé) sur la manche de son anorak, alors que ce scellé a séjourné dans l’eau pendant un certain temps", a ajouté le magistrat, qui venait de recevoir le rapport d’expertise commandé en décembre 2008 par la cour d’appel de Dijon au laboratoire lyonnais Biomnis (ex-Mérieux).

Il s’agit d’un nouveau rebondissement de l’enquête sur l’assassinat, jamais élucidé, de Grégory Villemin. En juin 2000, la justice, déjà saisie par les parents de Grégory, avait une première fois fait expertiser un demi-timbre apposé sur une enveloppe expédiée par le "Corbeau". "ADN inexploitable", avaient conclu les experts.

Selon un spécialiste cité par Le Parisien, qui a révélé jeudi les principales conclusions du rapport Biomnis, il faudrait maintenant "pouvoir comparer ces empreintes génétiques avec celles des protagonistes de l’affaire".

"Cela implique de retrouver l’ensemble des acteurs du dossier, y compris les enquêteurs qui ont manipulé les scellés", a précisé un magistrat au journal.

Pour l’un des avocats des époux Villemin, Me Marie-Christine Chastant-Morand, ses clients "espèrent toujours la vérité". L’avocate doit donner, vers 16 heures, une conférence de presse à son cabinet parisien avec son confrère mulhousien, Me Thierry Moser.

Me Gérard Welzer, l’avocat de la famille Laroche, au sein de laquelle se trouverait le "Corbeau" selon certains enquêteurs, a pour sa part réclamé que l’enquête soit "entièrement reprise". Il a notamment demandé l’expertise de "la cassette audio du "corbeau", qui est dans le dossier".

Arnaud Montebourg (PS), qui fut un des avocats de Christine Villemin, s’est également prononcé pour la réouverture de l’enquête.

Interrogé sur l’opportunité d’exhumer le corps de Bernard Laroche, un moment suspecté du crime, Me Welzer a dit: "On n’en est pas là. Mais nous annoncerons dans les prochains jours un certain nombre d’initiatives."

Mis en cause par sa belle-sœur Murielle Bolle en novembre 1984, Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, avait été inculpé d’assassinat, écroué puis remis en liberté en février 1985. Il avait été abattu d’un coup de carabine par Jean-Marie Villemin peu après.

En juillet 1985, c’était au tour de la mère de l’enfant, Christine Villemin, d’être inculpée de l’assassinat de son fils. Ecrouée puis remise en liberté sous contrôle judiciaire quelques jours plus tard, elle avait bénéficié d’un non-lieu en février 1993.


Depuis, Christine et Jean-Marie Villemin se sont établis à Etampes (Essonne) tandis que Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, vit dans les Vosges. Elle doit publier le 3 novembre un livre intitulé "Les larmes oubliées de la Vologne." (Sources : Libé)

On voit mal pourquoi on n'exhumerait pas le corps de Bernard Laroche, ne serait-ce que pour l'innocenter définitivement.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 12:21

La " chose jugée " est une notion qui m'a toujours posé question. Pour être clair, prenons un exemple fictif, proche de cette affaire : 1- Un crime de sang est commis 2- un suspect est arrêté, mis en examen, accusé. 3- Il est acquitté deux fois en Cour d'Assises (Première instance - Appel). Question n° 1 : qui est le coupable puisque le crime existe ? Question n° 2 : l'enquête est-elle réouverte ? Réponse : le coupable ne sera pas recherché sauf reprise de l'enquête sur élément nouveau. Or, la découverte de traces d'ADN, permet la réouverture du dossier et confond le premier suspect, deux fois acquitté. Quid de la suite ? Chose jugée et crime impuni, ou non ?
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 13:14

J'ai une amie qui habitait dans le village où on a retrouvé Gregory et comme j'allais souvent chez elle il y a une vingtaine d'années, j'entendais beaucoup les gens du coin parler non pas de l'affaire judicaire mais du comportement des journalistes à leur égard. Les habitants de la région n'en savaient pas plus que les autres sur le criminel mais ils déploraient la manière dont on parlait de leur vallée. Cette amie me parlait surtout de l'arrogance des journalistes qui sonnaient à sa porte pour prendre des photos des environs et qui, dès qu'elle leur avait ouvert, ne se présentaient pas, ne demandaient pas "s'il vous plaît", ne disaient pas "merci". Ils s'imposaient, installaient tout leur attirail, prenaient leurs photos, faisaient beaucoup de bruit et repartaient. Ils se croyaient vraiment en pays conquis et se prenaient pour Fantasia chez les ploucs.

Les reportages sur les habitants de la région entraînaient aussi beaucoup de commentaires de leur part. Ils ne se reconnaissaient pas dans l'image que l'on donnait d'eux. Le plus souvent, ils s'en amusaient : "Vous avez entendu le paysan qu'ils ont interrogé à la télé ? Où est-ce qu'ils sont allés chercher un énergumène avec un accent pareil ?" etc.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 13:54

Et au delà, à supposer que le criminel soit toujours en vie,
Pourquoi ? Pourquoi tuer un enfant de 4 ans en le noyant comme un jeune chat, un animal, avec toute l'horreur que cela comporte...
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 14:06

Certes, mais en cas de décès du criminel, il n'y a aucun problème juridique, comme en cas de prescription de l'action publique. A mon avis - mais je n'ai pas suivi l'évolution du droit ces dernières années - on ne reviendrait pas sur le principe de la chose jugée qui doit être d'Ordre Public ; ce serait ouvrir un nombre incalculable de portes. Peut-être un juriste de passage pourrait-il nous renseigner. Mais si mes souvenirs sont exacts, ce principe figure dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, intégré au Préambule de la Consitution de 58, et sûrement à la Déclaration Universelle, donc...pas touche. Mais peut-être y-a-t-il une solution que je ne sais ou ne vois pas.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 21:41

L'arrêt de la Cour d'Appel de Dijon, en date du 3 février 1993, dit et juge : " qu'en l'état, il n'y a pas de charges contre Christine Blaise,
épouse Villemin, d'avoir assassiné son fils, Grégory Gilbert Villemin."


Or certains ouvrages, publiés après 1993, ne tiennent aucun compte de la décision de la Justice et continuent à traiter Mme Villemin comme si la preuve avait été faite qu'elle avait tué son fils - ce qui est faux.

Aujourd'hui encore, le prélèvement ADN, auquel elle s'est soumise sans hésiter, la disculpe. Il serait peut-être temps d'arrêter de s'en prendre à elle et de regarder un peu ailleurs.

Pourquoi tuer un petit enfant de quatre ans, Jean-Marc ? De deux choses l'une :

1) ou bien l'assassin a agi par haine pure - qu'il puisse être tenu pour responsable ou non de son acte au moment où il l'a accompli ;

2) ou bien il y a eu dérapage, soit de la part de l'assassin, soit de la part de l'un ou l'autre de ses complices. (Car l'assassin avait au minimum un (ou une) complice.)

Il y a un point sur lequel tout le monde, dans cette affaire, était en tous cas d'accord, après l'audition de la cassette : c'est que la voix et le rire du Corbeau - lequel a toujours déclaré ne faire qu'un avec l'assassin - étaient ceux d'une personne qui n'avait pas toute sa raison.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Ven 23 Oct - 21:48

Lucile, si tu t'intéresses à l'affaire et comme tu aimes les pavés, je te conseille "Le Bûcher des Innocents" : Lacour raconte en effet que l'attitude des journalistes ne fut guère glorieuse.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Sam 24 Oct - 6:22

Ma réflexion sur "l'autorité de la chose jugée" était faite sur le plan théorique, et non pas en rapport direct avec cette affaire. Dans l'hypothèse que j'ai évoquée, le crime resterait vraissemblablement impuni comme il le resterait après prescription de l'action publique.

Pour ce qui concerne cette affaire je n'émettrai pas d'opinion puisque ne connaissant pas le fond du dossier judiciaire qui n'est certainement pas identique au dossier "journalistique". Par contre, il me semble difficile d'argumenter à partir de la phrase de la Cour d'Appel de DIJON qui dit : " en l'état du dossier, il n'y a pas de charges...", ce qui signifie, me semble-t-il, qu'en cas d'élément nouveau, il pourrait y en avoir. Les magistrats ont été prudents et ont laissé libre main aux commentaires. De plus, compte tenu de la rédaction, il s'agit vraissemblablement d'un arrêt de la Chambre de l'Instruction qui ne vaut pas chose jugée puisque la chose n'est pas jugée sur le fond.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Dim 25 Oct - 19:11

Merci pour le conseil MDV. Je m'intéresse effectivement aux faits divers et je rate rarement l'émission de Chritophe Hondelatte "Faites entrer l'accuser". Je me souviens comme nous nous sentions concernés par le feuilleton de l'affaire Gregory à l'époque. Ce livre est bien tentant. Je trouverai peut-être le temps de le lire cet été.
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MessageSujet: Re: L'Affaire Grégory   Sam 7 Mai - 18:31

Je viens de finir Le bûcher des innocents de Laurence Lacour. Avant cette lecture, j'étais persuadée que c'était Christine Villemin qui avait assassiné Grégory. Je pensais ceci car ce ne serait pas la première fois qu'une mère trempe dans un acte aussi odieux, vil et atroce. Ceci dit, après lecture, je n'en suis plus aussi certaine. Comme je suis incorrigible et que je me méfie énormément des médias - Laurence Lacour en ayant fait partie - je me pose toujours des questions. A-t-elle fait cette "enquête" sans arrière-pensée ? Cependant, elle a l'air sincère car elle exprime ses doutes. De plus, elle avait quitté le journalisme au moment où elle écrit son livre.

En tous les cas, voilà un livre qui ne laisse pas indifférent et qui fait s'interroger sur cette sombre affaire. Finalement, je me dis que le (ou les) meurtrier(s) cour(en)t toujours dans la nature. Car en admettant que ce soit vraiment Laroche qui soit impliqué, il ne devait certainement pas être tout seul. Si lui est mort, il en reste au moins un (ou une) qui ne doit pas forcément dormir sur ses deux oreilles (encore que... pour commettre un tel crime, il ne faut pas avoir de conscience).
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