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William Faulkner et son Oeuvre.

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Masques de Venise
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MessageSujet: William Faulkner et son Oeuvre.   Dim 8 Mai - 13:40



Sanctuary
Traduction : Maurice-Edgar Coindreau


De « Sanctuaire », André Malraux a dit qu’il symbolisait « l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier. » De la tragédie antique, Faulkner a en effet retenu l’exceptionnelle rigueur de la construction et son « Sanctuaire » est vierge de ces monologues intérieurs, de ces tentatives de déstructuration du récit en vue d’une recréation joycienne du mode d’écriture – et du mode de lecture. « Le Bruit et la Fureur » sont à mille lieues de là et, n’était la volonté délibérée du romancier de nous dissimuler pratiquement jusqu’à la fin la terrible infirmité dont souffre Popeye et qui a conditionné les trois-quarts de son destin, le déroulement du récit serait absolument classique.

Nous sommes dans les années vingt, dans ce « vieux Sud » où Faulkner a situé l’essentiel de son œuvre. La Prohibition bat son plein et les gangs prospèrent. Quant aux ivrognes, même s’ils sont tenus de boire en cachette, ils sont légion. Parmi eux, Gowan Stevens, qui aime à se définir comme un « gentleman de Virginie » et qui, en tant que tel et en dépit de son jeune âge et de l’excellente famille qui est la sienne, trouve élégant et même indispensable de se saouler à mort plus souvent qu’à son tour.

Gowan doit à sa belle prestance et à son sens certain du baratin la grâce de sortir avec la jeune et jolie fille du juge Drake, Temple, plus préoccupée de virées nocturnes dans les night-clubs que de ses études universitaires. A l’issue de l’une de ces sorties, Gowan promet de la raccompagner le lendemain au train qui doit la ramener à son université. Mais, déjà fortement imbibé et taraudé par le besoin de boire à tout prix, le jeune homme, au lieu de la conduire directement à la gare, entraîne Temple dans la ferme isolée qui abrite les alambics de Lee Goodwin. Celui-ci revend évidemment une partie de son alcool clandestin à un gang de Memphis et il se trouve que, une livraison étant justement à l’ordre du jour, deux hommes de main du gang doivent passer la soirée chez Goodwin.

Si Temple réussit tant bien que mal à survivre à une nuit de beuverie qui rend Gowan tout-à-fait incapable de la défendre des entreprises de Van, l’un des deux gangsters ; si la compagne de Goodwin, Ruby Lamar, d’abord hostile à l’égard de la jeune fille, fait ensuite tout pour la protéger des violences d’hommes que la boisson livre à leurs pires instincts ; en définitive, elle n’échappera pas à Popeye, malfrat solitaire, asocial, adepte des pistolets automatiques et qui, dès le premier chapitre du roman, est assimilé par son créateur à « cette chose noire qui sortit de la bouche de Mme Bovary et se répandit sur son voile de mariée quand on lui souleva la tête. » Evil or Very Mad

Mais avant de violer Temple, Popeye a eu le temps d’abattre Tommy, le garçon de ferme un peu simplet de Goodwin, qui cherchait à protéger la jeune fille. Lorsque, après le départ de Popeye qui a embarqué Temple dans sa Packard, Goodwin se retrouve avec le cadavre du malheureux, il comprend qu’il n’a d’autre choix que de prévenir la police. Comme il a malheureusement un casier judiciaire déjà assez chargé, il échoue dans la prison du comté, sous inculpation d’homicide volontaire.

Un jour qu’il s’était égaré et avait débarqué dans sa ferme, Goodwin avait sympathisé avec Horace Benbow, un avocat à l’âme de poète qui, dans le roman, fait manifestement référence au sens de l’honneur et au code quasi chevaleresque qui étaient de mise dans certaines classes de la société sudiste, avant la Guerre Civile. Persuadé de l’innocence de Goodwin, Benbow décide de le défendre. Mais, comme son client ne tient pas à « moucharder » Popeye, il en est réduit à entreprendre son enquête personnelle qui le fera remonter jusqu’au gangster et jusqu’à Temple.

Dès qu’il apprend la présence de Temple à la ferme au moment du meurtre, Benbow comprend qu’il lui faut à tout prix retrouver celle qui, d’après ce que lui en a dit Ruby, est bel et bien le seul témoin oculaire de l’assassinat de Tommy. D’indice en coup de chance, l’avocat parvient à la localiser dans le bordel de Memphis où Popeye loue à demeure une chambre la pittoresque et maternelle Miss Reba, veuve inconsolable d’un certain Bedford et qui, depuis le décès de celui-ci, vit seule entre ses deux chiens – rebaptisés avec un humour discutable « Reba » et « Mr Bedford » - ses « filles » et sa fidèle domestique, Minnie.

C’est là que Popeye a amené un soir la pauvre Temple. C’est là que Miss Reba a fait venir son médecin attitré pour panser l’important saignement de la jeune femme. C’est là que Popeye est venu et revenu bien souvent pour couvrir Temple de bijoux et de toilettes de luxe. C’est là aussi qu’il n’a pas arrêté de se disputer avec elle et de la frapper. C’est là encore que, pendant quatre jours, il a amené Red, un jeune et beau garçon qui a passé une nuit, puis une autre, suscitant la désapprobation, puis les soupçons de Minnie et de Miss Reba. Miss Reba en effet est anglo-saxonne et, en tant que telle, n’entend pas tenir « une maison à spécialités » - dans le texte original, un « bordel français. » Or, quand deux hommes se retrouvent avec une femme et que l’un d’entre eux se contente de regarder, il y a « spécialité » - et donc « bordel à la française » … Mr.Red

Ainsi se délite lentement le personnage de Popeye. Ainsi le lecteur est-il amené peu à peu à comprendre, jusqu’à l’épi de maïs final et ensanglanté que l’Attorney général brandira en plein tribunal, au dernier jour du procès Goodwin.

Aussi implacable que dans les grands drames shakespeariens, l’horreur est absolue puisque Goodwin est condamné pour un crime qu’il n’a pas commis et que la foule, révoltée par les conditions dans lesquelles s’est déroulé le viol de Temple, met le feu à la prison pour s’emparer de lui et le lyncher d’une façon particulièrement atroce.

Pendant ce temps, Temple, qui a sombré dans une semi-démence, s’éloigne au bras de son père, vers la vie brumeuse et décalée qui sera désormais la sienne. Faulkner ne nous dit pas si son témoignage, imputant de façon formelle le meurtre de Tommy au malheureux Goodwin et non à Popeye, est le résultat de son état psychique ou le signe d’un attachement sado-masochiste à son tortionnaire.

Horace, quant à lui, complètement laminé par l’échec, rentre au bercail, auprès de l’épouse qu’il avait quittée. Et Popeye … Popeye paiera malgré tout ses dettes à la société : on le pendra en Alabama pour le meurtre d’un policier. Mais auparavant, Faulkner nous aura rapporté ce qui fut son destin : naissance malvenue, enfance déséquilibrée, les premières cruautés contre les animaux, puis son entrée dans la pègre où la Prohibition le rendit extrêmement riche alors que, par une étrange ironie du sort, sa santé lui avait toujours interdit d’absorber une seule goutte d’alcool.

Ainsi, en parfait accord avec la tradition de la Grèce ancienne qui voulait que les dieux eux-mêmes n’échappassent pas au Destin, la Fatalité aura mené l’intrigue de « Sanctuaire » à son dénouement sans espoir. Et c’est à la sœur d’Horace Benbow, Narcissa la bien nommée, toujours habillée de blanc, que revient ce rôle impitoyable et décisif. Je vous laisse découvrir pourquoi … :twisted:


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MessageSujet: Tandis Que J'Agonise   Mer 11 Mai - 18:49



As I lay dying
Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
Préface : Valéry Larbaud
Postface : Michel Gresset


ISBN : 9782070363070

Extraits
Personnages

Nous L'Avons Relu

Faulkner était le premier à déclarer que, après le refus du premier manuscrit de « Sanctuary », il avait conçu « As I lay dying » comme un « tour de force » accompli pour le bénéfice d'un lecteur bien ébahi de constater que le récit tout simple du voyage d’un cercueil, dans une charrette brinquebalante, par les plaines du Texas, le tient en haleine pendant un peu plus de deux-cent-quarante pages.

C’est que, dans le cercueil, git Addie Bundren, épouse d’Anse à qui elle a donné quatre enfants légitimes, Cash, Darl, Vardanan et Dewey Dell – seule fille de la nichée – ainsi qu’un fils adultérin et né de ses amours éphémères avec le pasteur Whitfield : Jewel. Or, si pauvre et si triste qu’elle eût vécu, Addie était bien le véritable chef de la famille Bundren. Ainsi que beaucoup de paysannes, aux USA comme ailleurs, elle laissait officiellement les rênes du pouvoir à son époux. Mais en réalité, c’était elle qui menait la maisonnée : l’amour et le respect que ses enfants continuent à lui témoigner dans la mort sont là pour le prouver.

Dès le départ – et la fin du roman nous le confirmera – Anse, son mari, apparaît comme ce mélange de ruse et d’entêtement qui est le lot de tant de ruraux de sexe mâle, du moyen-âgeux « Aucassin et Nicolette » jusqu’à l’œuvre de Faulkner lui-même en passant bien sûr par les féroces portraits de paysans normands que brossa Maupassant.

Ayant promis à Addie mourante qu’il la ferait enterrer à plus de quarante miles de leur domicile, auprès de ses parents, à Jefferson, Anse met donc tout en œuvre pour ne pas se dédire. A croire qu’il estime déjà que, s’il tient parole, il pourra ensuite faire ce qu’il lui conviendra … :twisted: (A ce propos, si vous lisez l’édition Folio, mieux vaut passer la préface de Valéry Larbaud afin de mieux goûter toute la férocité de la chute – férocité qui m’a évoqué sur le fond quelques uns des meilleurs textes de Jacques Brel.)

Déjà, c’est le fils aîné, Cash, qui construit le cercueil dans lequel sera enterrée sa mère, alors que celle-ci est encore vivante. Pourquoi lui ? Parce que la famille est pauvre et, ainsi que le rabâche Anse, parce qu’Addie en personne l’a demandé. (Mais le lecteur n'aura pas confirmation de la chose puisque, quand il ouvre le roman, Mrs Bundren ne peut plus dire un mot.) La visite bien tardive du Dr Peabody, appelé à la dernière minute, quand les dés sont jetés, s’effectue d’ailleurs avec le bruit du rabot et de l’erminette en fond sonore mais sans une seule phrase ou plainte de la part d'Addie.

Après le repas funéraire qui voit débarquer les voisins, Mr Tull et sa bigote d’épouse, Cora, toute la famille grimpe dans la charrette avec le cercueil et c’est le départ. Malheureusement, des pluies ont contraint la rivière à sortir de son lit et deux ponts ont été détruits. Ce qui fait qu’un voyage prévu pour durer un minimum va s’échelonner sur une dizaine de jours, sous un soleil de plomb, escorté par les busards qui suivent le convoi car, évidemment, vu le peu de moyens dont il dispose, Anse n’a pu demander à un embaumeur de s’occuper du cadavre et a couché celui-ci tel quel dans le cercueil.

Anse Bundren appartenant malheureusement à cette catégorie de gens qui, à force de gémir et s’attendrir sur leur sort, finissent toujours par attirer sur eux l’attention d’un Destin exaspéré :roll: , contretemps et accidents s’accumulent : les mules se noient au niveau du gué où elles n’avaient plus pied et il faut se procurer un nouvel attelage ; dans l’accident des mules, Cash, le fils aîné, se casse à nouveau la jambe et le vétérinaire consulté au hasard de la route ne fait pas grand chose pour améliorer son état ; du coup, on le couche sur le cercueil qui exhale de telles vapeurs que, toutes les fois que l’étrange cortège s’arrête pour passer la nuit, ceux à qui ils demandent asile ont vraiment bien du mérite à le leur accorder affraid ; dans l’espoir de soigner la jambe du malheureux Cash et sur instigation d’Anse, on achète pour dix sous de ciment que l’on touille avec un peu d’eau et l’on verse le tout sur la fracture …

Enfin, après que le cercueil ait failli périr dans l’incendie de la grange du fermier Gillepsie – je vous laisse découvrir dans quelles circonstances le feu s’est propagé – la dernière étape est franchie : Jefferson est en vue. Anse, qui nous serine depuis déjà deux cents pages que ni lui, ni sa défunte ne veulent « rien devoir à personne », descend pour négocier le prêt de deux bêches destinées à creuser la tombe - en effet, s'ils ont emporté le cercueil, aucun n'a pensé à se munir au moins d'une bêche ...

Pendant ce temps, dans la charrette, Cash souffre de plus en plus de sa jambe qui se gangrène. Dewey Dell profite également de la halte pour se procurer une drogue abortive et Vardanan se pose bien des questions sur l’arrestation de son frère Darl par des infirmiers ayant pour mission de le mener à l’hôpital de Jackson où l’on soigne les gens qui ont perdu la raison.

Le cercueil ayant rejoint la Mère-Terre, on peut s’attendre à ce que tout rentre dans l’ordre. Mais Faulkner qui, dès les premières pages, a misé avec un maximum de férocité sur les scrupules d’Anse, partagé entre son désir d’acquérir un dentier et celui de maintenir sa famille à flots, n’en a pas fini avec son lecteur …

Moins puissant que « Sanctuaire », tout aussi impitoyable envers la nature humaine mais bien plus ironique, « Tandis que j’agonise » est encore l’un de ces romans où l’on entre en hésitant, voire en se demandant pourquoi diable on l’a acheté et que l’on finit de lire avant l’aube parce que l’on veut à tout prix en connaître la fin. En 1962, Julien Green disait d'ailleurs à son sujet :

« Il y a là-dedans une sorte de délectation funèbre, mais chaque page est d’une beauté saisissante. C’est une des très rares réussites de ce temps où l’on crie au chef-d’œuvre à tant de livres insignifiants. » Cool


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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mer 11 Mai - 18:50



The Sound & the Fury
Traduction : Maurice Edgar Coindreau


ISBN : 9782070361625

Extraits
Personnages
Nous L'Avons Relu


Avant d’aborder « Le Bruit et la Fureur », ami Lecteur, mieux vaut prendre vos précautions. :study:


Sachez donc avant toute chose que vous mettez les pieds dans une chronologie bouleversée de fond et comble et que son auteur laisse, pantelante, derrière lui. Le roman comporte en effet quatre parties. Mais attention : sur ces sections, seule la dernière, qui se déroule le 8 avril 1928, occupe la place qui lui revient.

D'un point de vue strictement chronologique, la première partie du roman, qui décrit la folie croissante menant Quentin Compson au suicide, se situe le 2 juin 1910 mais Faulkner la place en seconde position dans son plan. Les événements du 6 avril 1928, qui ont pour héros principal Jason II Compson, l’un de ses frères, se situent quant à eux en troisième position. Enfin, ceux du 7 avril, qui révèlent la vision du monde de Benjy Compson, l’autre frère du suicidé, nous sont racontés d’entrée, dans la première partie.

Le lecteur averti voit déjà l’intérêt qu’il y a à lire « Le Bruit et la Fureur » tel que son auteur l’a conçu et puis, quelques mois plus tard, en remettant un peu d’ordre dans cette chronologie en apparence insensée mais qui se calque en fait sur l'esprit du "narrateur" principal : Benjy.

Autre embûche de taille, volontairement placée là par Faulkner : la confusion des prénoms. Qui a lu ne serait-ce que le très classique « Sanctuaire » sait déjà que l’auteur sudiste éprouvait un malin plaisir à semer le doute sur l’identité à laquelle se rapportent dans ses œuvres tel ou tel pronom personnel. Mais dans « Le Bruit et la Fureur », ce procédé atteint le summum.

Faulkner a pourtant opté pour un trompe-l'oeil des plus simples : il a pris deux prénoms, « Jason » et « Quentin », et les a donnés dans chacun des cas à deux personnages de génération différente.

Le premier Jason, c’est le père de la nichée, un père dont on entrevoit de temps à autre la silhouette accablée par les événements et volontiers tentée par l'alcool. Aristocrate sudiste, il a épousé une jeune fille de son monde et a eu d'elle quatre enfants : trois garçons et une fille.

Le premier Quentin est le fils qui doit aller à Harvard. Malheureusement, il a reçu de sa mère névrosée une tendance à se créer des mondes imaginaires un peu trop envahissants. Pour sauver sa soeur bien-aimée d'un mariage avec un homme qu'elle déteste, il a l'idée de se prétendre le père de l'enfant qu'elle a conçu de son amant. Mais son père, à qui il avoue un inceste non accompli mais qu'il appelle de tous ses voeux, ne le croit pas et le renvoie à ses études. Désespéré par le mariage-sauvetage de sa soeur, Quentin se suicide. La seconde partie du roman nous retrace son cheminement lent et obstiné vers la folie auto-destructrice.

Maurice était au départ un bébé comme les autres. Puis, la vérité atroce s'est fait jour : Maurice, le second fils, ainsi nommé en l'honneur du frère de sa mère, est en réalité un enfant handicapé. Alors, on le dépossède de son prénom , dont il n'est plus digne et on lui substitue celui de Benjamin (Benjy). Et puis on le laisse grandir, avec toujours un serviteur noir à ses côtés pour le surveiller. Au début du roman, Benjy a trente-trois ans et à la suite d'un incident avec une fillette, sa famille l'a fait castrer.

Jason, le troisième fils, est celui que l'on a sacrifié pour payer des études inachevées à Quentin et dénicher un mariage réparateur pour sa soeur. Aigri, fielleux mais responsable, il n'a plus qu'une passion - ou presque : l'argent. Personnage énigmatique à plus d'un titre, il exaspère le lecteur et l'attendrit pourtant car, qu'on le veuille ou non, Jason est bien une victime, au même titre que Benjy.

La fille, Candace, dite « Candy », qui était particulièrement attachée à son frère handicapé, a failli déshonorer la famille en se faisant faire un enfant par un amant dont elle refuse de livrer le nom. En 1910, elle se résoud à faire un mariage de convenance qui assurera un nom à son enfant mais divorce après la Grande guerre. Menant désormais une vie plus ou moins cosmopolite, elle se résigne à laisser sa fille - qu'elle a baptisée "Quentin" en souvenir de son frère disparu - à sa propre mère, à charge pour celle-ci de l'élever comme doit l'être une Compson.

C'est avec le personnage tout en bouillonnements et en révoltes de Quentin II que Faulkner nous dévoile l'autre passion de Jason, son oncle. Même s'il hait sa nièce au point de lui soutenir que sa mère ne s'intéresse pas à elle et ne participe en rien à son entretien (en réalité, il s'arrange pour encaisser les mandats envoyés par Candy Evil or Very Mad ) Jason semble bien nourrir au plus profond de lui-même une attirance inexplicable pour Quentin - comme une ombre de la passion incestueuse jadis éprouvée par son frère Quentin envers leur soeur.

Une fois que le lecteur s’est familiarisé tant bien que mal avec cette valse du temps et des identités ainsi qu'avec le dédale des monologues intérieurs, il lui reste encore à affronter le personnage de Benjy qui, dans la première comme dans la dernière partie, nous conte l’histoire de sa famille, ces Compson si orgueilleux et si riches, peu à peu réduits à la portion congrue, mais vue par lui, l’handicapé mental. Une vision par conséquent fragmentée et kaléidoscopique mais non dépourvue de logique – pour peu, évidemment, qu’on n’ait pas trop de mal à suivre celle de Benjy.

Avec Benjy, Dilsey, la vieille servante noire qui assure l’intendance de la maison, demeure le personnage le plus touchant – le plus déchirant aussi. Pilier vivant de cette famille en pleine décomposition, elle veille à ce que nul n’abuse de cet innocent qui, à trente-trois ans, se révèle incapable d’exprimer les joies et les peines qu’il ressent autrement que par des grognements et des hurlements. Elle n’y parvient pas toujours mais au moins, elle s’y efforce. Et sa bonté résignée, qui ne comprend ni le pourquoi, ni le comment de cette malédiction pesant sur un être sans défenses, constitue la seule trouée de lumière de ce livre que William Faulkner plaça sous le patronage de la tirade désespérée de « Macbeth » :

« … […] La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui, son heure durant, se pavane et s’agite
Et puis qu’on n’entend plus : un histoire contée
Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
Et qui ne veut rien dire. […] … »


:cool:


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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mer 11 Mai - 23:44

Que dire d'autre :D ?
Peut-être conseiller une lecture que j'ai trouvé magnifique sur l'univers de Faulkner : "Un été de glycine" de Michèle Desbordes aux éditions Verdier.
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Ven 13 Mai - 11:58

Justement, moi qui cherchais quelque chose sur l'univers de Faulkner ! Merci, Calou. Wink

Tu n'aurais rien du même goût sur James Joyce ? On m'a offert un livre sur son oeuvre mais il est rédigé dans un style tellement philosopho-blablateux que je ne le recommanderai à personne. Cool
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Ven 13 Mai - 19:38

sur James Joyce, non... petite gourmande ! :eye:
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 4 Déc - 15:40

Déjà pour mon premier post, je me présente.
Grand voyageur, aussi bien dans l'âme que dans la réalité, j'ai toujours aimé découvrir de nouvelles contrées.
Ces pays que j'ai traversés, on peut les nommer livres ou bien nations, peu importe. Ce sont des mondes.
Et je suis venu ici pour partager ma vision du monde. ^^

Concernant William Faulkner, je ne l'ai découvert que très récemment.
J'ai commencé par "le Bruit et la Fureur".
Je suis quelqu'un de passioné par le style et lorsque j'ai lu le quart de couverture, je n'ai pas pu m'empêcher d'être frappé par le Style de l'auteur.
Première partie. Benjy.
Il est très difficile de vraiment comprendre ce que Benjy veut dire, ça exprime aussi son incompréhension du monde.
Il ne cesse de crier Caddy, Caddy.
Deuxième partie. Quentin.
C'est une des parties les plus tragiques de mon point de vue.
Il est ce qu'on peut appeler un "gentil garçon".
Il a conscience de sa faiblesse notamment lorsqu'il avait voulu se battre contre celui qui avait donné un enfant à Caddy.
Il a des histoires touchantes comme cette histoire où une petite fille Italienne le suit à travers toute la campagne.
Et puis vient alors, Jason.
C'est un personnage gâché. Il en veut à tout le monde de son destin raté.
À son père tout d'abord qui a ruiné la famille avec l'alcool, à sa mère qui ne fait que se plaindre et pourrit la vie du monde, aux Noirs qui continuent de rester sur la propriété, aux Juifs de New-York qui lui volent son argent, etc.
La force de ce personnage, on ne s'en rend compte qu'à la fin, lorsqu'il aide Benjy. On voit qu'il est le seul encore qui mène cette famille descendue en Enfer...
Enfin, Quentin la fille de Caddy.
Avec elle, les choses prennent plus de sens.

Lorsque j'ai fini ce livre, j'ai relu les deux premières parties, les plus obscures, celle de Benjy et celle de Quentin qui sont ècrites toutes deux dans un style difficile à lire. Et là, tout à coup, des passages qui avaient été obscures ont pris toutes leur signification au vu des révélations des deux dernières parties. On comprend mieux à travers quelques phrases, glissées ici et là, la tragédie du "Bruit et de la Fureur".
Donc, selon moi, définitivement un livre à lire et à relire.
Mais il faut avoir le courage d'affronter des pages écrites dans un style très obscur, le courage d'affronter cette tempête, tout ce bruit et cette fureur, pour à la fin peut-être saisir le coeur de cette histoire du Sud des Etats-Unis, de cette tragédie familiale en milieu sudiste.
Ce cadeau final mérite toute cette aventure littéraire.
À vos livres. ;)
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 4 Déc - 15:42

Merci, Heimdall pour ce post et cette présentation et bienvenue ! Je pensais bien que, avec un pseudo pareil, tu ne pouvais pas être un "bot." (Cf. explication sur le fil "Aux nouveaux arrivants ...")

N'hésite pas à participer, surtout ! :loveheart:
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 4 Déc - 16:00

William Faulkner est mon auteur préféré, et j'ai moi aussi commencé par Le bruit et la fureur, Heimdall. Ca a été un vrai choc. La construction achronologique, le fait de commencer par la partie de Benjy (le fou qui dans Shakespeare, raconte l'histoire pleine de bruit et de fureur, sans significaton, de la vie), et le style inimitable et tellement puissant de l'auteur m'ont immédiatement emballé.

Une chose est sûre : un peu comme chez Tourneur au cinéma, le non-dit est encore plus signifiant chez lui que ce qu'il décrit en toutes lettres. C'est particulièrement vrai dans des romans comme Sanctuaire ou Pylone, ou les grands tournants de l'histoire ne sont qu'ébauchés, le lecteur ayant toute faculté de s'imaginer les scènes-pivot. Il faut dire qu'à l'époque, l'énonciation noir sur blanc de ces scènes auraient pu valoir l'interdiction pure et simple des romans. Sanctuaire a déjà fait assez de scandale comme ça !

Depuis, j'ai quasiment lu tous ses romans, et suis passé à l'anglais pour mieux apprécier encore le style elliptique et symbolique de ce grand maître.

En as-tu lu d'autres ?
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 4 Déc - 16:33

Masques de Venise, je compte hanter ce forum. lol
Et sinon merci Thomas pour ta réponse.
Je n'aurais jamais imaginé recevoir une réponse aussi tôt. ^^
Oui, après avoir lu mon premier Faulkner, j'ai tellement été "sur le cul" que je n'ai pas pu m'empêcher d'aller me procurer un autre de cet auteur alors que le "Dieu des Petits Riens" m'attendait sagement sur ma table encore.
J'ai pris le recueil de nouvelles "Une rose pour Emily et autres nouvelles" le Folio à 2 euros.
On y retrouve d'ailleurs notre famille du "Bruit et de la Fureur" sans Benjy ce coup-ci.
Ce que j'ai aimé à travers la lecture de cet auteur, c'est l'atmosphère particulière qui baigne ce qu'il écrit, l'atmosphère sudiste.
On sent que l'époque "cowboy" et "épopée vers l'ouest" n'était pas encore très loin, on sent aussi la guerre de Sécession un peu partout avec cette rancoeur contre les Yankees.
Sinon concernant les nouvelles, elles étaient toutes très bien mais c'est certain qu'elles ne pouvaient pas avoir le niveau d'une histoire telle que "le Bruit et la Fureur" donc ça m'a fait plus passer un bon temps qu'un temps arrêté et extraordinaire. ^
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Thomas
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 4 Déc - 16:44

Je suis d'accord avec toi, Heimdall : Faulkner est plus à l'aise dans le volumineux, même si j'ai pour ma part bien apprécié le même Folio à 2€ Wink La nouvelle dont le recueil porte le nom est tout simplement extraordinaire.

La guerre de Sécession est omniprésente chez Faulkner, elle remplit une grande partie de son oeuvre en raison des retombées qu'elle a eues sur un Sud longtemps moribond, revanchard et nostalgique. C'est ainsi le cas de Sartoris (Etendards dans la poussière) et de beaucoup d'autres romans, tous poignants notamment pour cette raison-là.
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Dim 30 Déc - 14:21

Je lis "Le bruit et la fureur".

Imaginez mon état !

Je suis déstabilisée, tourneboulée !

C'est fort, oui mais j'ai du mal.

Songez qu'il y a peu, je lisais Damasio qui y allait de son puzzle aussi.

Hard !

On a des pièces éparses au début, on croit comprendre, puis on se perd, puis on revient, puis enfin, un éclair...puis, l'opacité à nouveau...

Sacré William !

Un rythme entêtant car comment s'arrêter quand on a commencé ?

Bon, je reviendrai vous voir quand j'en serai sortie...

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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 31 Déc - 15:54

Changée, en tout cas, c'est sûr !

C'est le premier Faulkner que j'ai lu, et j'en suis tombé raide dingue. La construction de ce roman est démoniaque. Je me souviens qu'à l'époque je m'étais dit : "il faisait déjà, à l'époque, en littérature, ce que Lynch fait aujourd'hui au cinéma"... Je n'avais pas forcément tout compris, mais j'avais pris une claque et j'avais adoré ça ! (non, non, je ne suis pas maso !)
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 31 Déc - 16:05

Je viens d'acheter SARTORIS.

Démoniaque, le terme est juste...

Mais ce gars est venu tout casser en littérature !


Un bulldozer...
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Lun 31 Déc - 16:09

Il a énormément inventé, c'est vrai. Et puis il a cassé beaucoup de préjugés, de codes sociaux... Un rénovateur de la littérature, absolument moderne bien qu'enracinée dans une culture, celle du sud des Etats-Unis, des plus traditionnaliste. A son époque, l'abolition de l'esclavage semble avoir tout juste été digérée. D'ailleurs les souvenirs de l'époque pré-Guerre de Sécession abondent dans son oeuvre, ce que tu pourras constater dans Sartoris, d'ailleurs !
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mar 12 Juil - 17:52

en cours de lecture : Sanctuaire
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mar 12 Juil - 18:11

Coucou Annie ! Quel plaisir de te retrouver ! Pour tes lectures en cours, c'est ici, dans le lecturama du mois.
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mar 12 Juil - 22:27

Thomas a écrit:
La guerre de Sécession est omniprésente chez Faulkner, elle remplit une grande partie de son œuvre en raison des retombées qu'elle a eues sur un Sud longtemps moribond, revanchard et nostalgique.
Ces sentiments de défaite existaient encore au temps où Carson McCullers a écrit ses œuvres principales ; The Heart Is a Lonely Hunter en 1940, Frankie Addams et The Member of the Wedding en 1946 et Clock Without Hands en 1950 ; elle est restée une romancière du Sud bien qu'elle ait vécu longtemps en France, mais l'aspect sordide et violent des personnages est plus intérieur que chez Faulkner, et il est équilibré par des personnages comme John Singer, l'aveugle altruiste de The Heart Is a Lonely Hunter et les personnages de jeunes filles.
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mar 12 Juil - 23:12

J'ai peu lu Faulkner, seulement "De bruit et de fureur", mais quelle claque, oui ! d'ailleurs depuis, il m'effraie un peu, car j'en suis sorti aussi imprégné de déréliction qu'admiratif !
Bon rapprochement à coup sûr, Giles, avec Carson Mc Cullers, j'ai lu "Reflet dans un oeil d'or" et "La ballade du café triste" (en français). Tiens, elle a vécu en France ? j'ignorais tout à fait.
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mer 13 Juil - 6:27

Itsumo-yo a écrit:
Tiens, elle a vécu en France ?
Oui, de 1945 à 1953, jusqu'au suicide de son mari. (Ainsi que plusieurs autres écrivains Américains, en fait.)
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mer 13 Juil - 6:29

Itsumo-yo a écrit:
Tiens, elle a vécu en France ?
Oui, de 1945 à 1953, jusqu'au suicide de son mari. (Ainsi que plusieurs autres écrivains et artistes et politiques Américains, dont W. Allen, Sydney Bechet, A. Calder, Mary Cassatt, Dos Passos, Francis Scott Fitzgerald, B. Franklin qui a été membre de l'Académie des sciences, Hemingway, Henry James, Jefferson, Man Ray, Henry Miller, Th. Paine qui a été élu à l'Assemblée Nationale, Gertrude Stein, Edith Wharton, James Whistler et j'en oublie.)
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Mer 31 Aoû - 21:27

Je ne connaissais pas du tout Faulkner, j'ai emprunté "Le Bruit et la fureur" à la médiathèque car j'avais lu dans un magazine que c'était un écrivain américain réputé pour ses drames psychologiques. Du coup, j'ai eu un peu de mal à me faire au style de la première partie, mais finalement on se prête au jeu des superpositions de souvenirs de Benjamin, Quentin et Jason. Du coup, l'histoire de cette famille nous est contée de manière totalement inattendue, et c'est très plaisant pour le lecteur. J'avais parfois l'impression de faire un jeu de pistes, je faisais des pauses pour récapituler l'histoire, c'était assez cocasse. La dernière partie objective sublime le tout, elle est cependant nécessaire pour comprendre l'ampleur dramatique de cette histoire. J'ai adoré les dernières lignes : "La fleur brisée pendait au poing de Ben, et ses yeux avaient repris leur regard bleu, vide et serein, tendis que, de nouveau, corniches et façades défilaient doucement de gauche à droite ; poteaux et arbres, fenêtres et portes, réclames, tout dans l'ordre accoutumé." Le roman se termine comme une boucle.
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Jeu 1 Sep - 14:22

Je suis ennuyé avec Faulkner, les auteurs que j'adore le cite perpétuellement en référence, et pour l'instant je n'accroche que très moyennement. J'ai essayé "Treize histoires", et j'ai acheté "Tandis que j'agonise" (un peu pour le titre, j'avoue). Je précise que les romans "chorales", genre les Démons de Dostoïevski, que j'aimais beaucoup étant adolescent ne me touchent pus beaucoup désormais. Y a t il un traitement susceptible de me faire apprécier Faulkner?
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Jeu 1 Sep - 14:26

J'en ai dans ma bibliothèque mais je n'ai jamais osé en ouvrir un...
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MessageSujet: Re: William Faulkner et son Oeuvre.   Dim 4 Sep - 21:31

ignatius a écrit:
Je suis ennuyé avec Faulkner, les auteurs que j'adore le cite perpétuellement en référence, et pour l'instant je n'accroche que très moyennement. J'ai essayé "Treize histoires", et j'ai acheté "Tandis que j'agonise" (un peu pour le titre, j'avoue). Je précise que les romans "chorale", genre les Démons de Dostoïevski, que j'aimais beaucoup étant adolescent ne me touche pus beaucoup désormais. Y a t il un traitement susceptible de me faire apprécier Faulkner?

Mon jugement peut être complètement erroné mais à mon avis il est surtout connu pour avoir innover dans le mode de narration avec la juxtaposition des point de vue. Ce qui est agréable chez Faulkner c'est qu'il ne fait aucun cadeau au lecteur, il le laisse patauger, se débrouiller à se retrouver au milieu de la voix uniforme du narrateur. Je n'ai jamais aimé les écrivains qui expliciter trop de peur qu'on ne les comprenne pas. Du coup, j'ai adoré Faulkner, même si au début je trouvais le temps long.
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